novembre 5th, 2014 | by Mickael - Fondateur de News360x
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France Trésor est
l’agence en charge de la gestion de notre dette publique. A ce titre,
c’est elle qui place notre dette sur les marchés. Pour ce faire, « l’Agence France Trésor est assistée dans la gestion de la dette de l’État par le Comité stratégique,
qui aux côtés des spécialistes en valeurs du Trésor, la conseille sur
les grands axes de la politique d’émission de l’État. Il aide l’Agence
France Trésor à mettre en œuvre de façon concrète, en les
approfondissant, les principes de sa politique d’émission »[i].
La composition du comité stratégique en surprendra peut-être plus d’un (ou pas …) :
– Le président, M. Jacques de la Rosière, ancien patron de la Banque de France et du FMI, est aussi président du think tank Eurofi, qui prétend conseiller les gouvernants sur la régulation financière. Sauf que les membres de ce think tank (voirici)
sont à peu près toutes les grandes banques européennes (BNP Paribas,
Société Générale, Crédit Suisse, etc.) et américaines (Goldman Sachs,
Bank of America, JPMorgan, etc.). On peut donc raisonnablement augurer
que les « préconisations » d’Eurofi ne seront guères contraignantes pour
les amis de François Hollande, Michel Sapin, et autres Nicolas Sarkozy. M. de la Rosière conseille aussi Michel Pébereau, le très influent patron de BNP Paribas[ii]. A noter qu’il a 84 ans. On ne se lasse décidemment jamais des affaires et du pouvoir …
– M. Marc-Antoine Autheman est président du conseil d’administration d’Euroclear.
Basée en Belgique, il s’agit d’une société financière internationale de
dépôt et de règlement/livraison. Autrement dit, une « banque des
banques » qui assure les transactions entre elles. Elle partage ce
privilège avec la désormais célèbre, bien que discrète, Clearstream[iii].
Après avoir été directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy (ce qui lui a
permis de participer aux grands mouvements de libéralisation de la
finance), Marc-Antoine Authmean a également dirigé la Banque de
Financement et d’Investissement (BFI) du Crédit Agricole[iv].
– M. Günther Braünig siège au conseil d’administration de KfW, l’une des plus grosses banques allemandes.
– Mme Satu Huber est directrice générale de Local Tapiole Pension, un fonds de pension suédois.
– M. Assaas J. Jabre est membre du conseil d’administration d’Ecobank, un réseau de banque qui couvre une large partie de l’Afrique.
– M. René Karsenti est président de l’International Capital Market Association (ICMA), une organisation interprofessionnelle mondiale regroupant les banques d’investissement et les maisons de titres.
– M. Ng Kok Song est président du Global Investments du Government of Singapore Investment Corporation (GIC), le fonds d’investissement singaporien (mais loin de nous l’idée de considérer Singapour comme un paradis fiscal, puisque « les paradis fiscaux, c’est fini », dixit notre ancien président).
– M. Dino Kos est le Directeur des Global Regulatory Affairs de CLS, une entreprise américaine spécialisée dans le conseil financier. Il a également officié chez Morgan Stanley[v].
– M. Bertrand de Mazières est directeur général des finances de la Banque européenne d’investissement (BEI).
– M. Thomas Philippon, grâce lui en soit
rendue, est le seul économiste du lot. Il a, notamment à travers Le
capitalisme d’héritiers, la crise française du travail (La République
des idées, 2007), dénoncé les bonus et stock-options excessifs.
– M. Yong Yin est directeur général du centre de gestion des réserves de la State Administration of ForeignExchange (SAFE), l’organisme de régulation des échanges financiers internationaux de la Chine.
On ne trouve donc que, dans une quasi exclusivité, des banquiers ou
assimilables comme tels. A l’exception – notable – de M. Philippon (qui
sert de caution morale ?), il ne se trouve aucun économiste, aucun
véritable haut fonctionnaire (encore en activité), aucun représentant
politique, aucun représentant d’une quelconque association. Le conseil
pour la réalisation de nos emprunts publics est donc confié à ceux-là
même à qui nous empruntons … Comme si une entreprise se faisait
conseiller par l’avocat d’affaires de son client ou de son débiteur …
On rétorquera encore, un peu facilement, que pour de tels conseils,
il faut un haut niveau d’expertise que l’on ne retrouvera que dans le
monde de la finance. Mais la France ne regorge-t-elle pas de
suffisamment d’économiste hautement qualifiés et de hauts fonctionnaires
amplement formés et expérimentés ? Avec de tels raisonnements, on en
finirait par recruter les policiers chez les délinquants …
Ce qui est certain, par contre, c’est que ne certes pas avec de tels
« conseillers » que le pouvoir en place infléchira quoi que ce soit dans
la financiarisation de l’économie, ni remettra quoi que ce soit en
cause dans les dogmes des politiques néolibérales en vigueur. Et ce ne
certes pas d’un tel conseil que viendra l’inconcevable idée d’emprunter
auprès de notre banque centrale.
[i] Le texte entre guillemets provient directement du site de l’agence France Trésor :http://www.aft.gouv.fr/rubriques/strategic-committee_77_lng1.html
[ii] Jacques de la Rosière, le forgeron de l’Europe financière, Les Echos, 01/12/2010.
[iii] Au-delà
de l’affaire ayant opposé Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, la
banque Clearstream est soupçonné de participer à de multiples mouvement
financiers opaques en s’abritant derrière le statut protecteur de la loi
luxembourgeoise. Sur le sujet, voir la série de reportages (6 épisodes)
de Christophe Nick, Jean-Robert Viallet et Pierre Péan, Manipulations,
une histoire française (diffusé en novembre 2005 sur France 5).
[iv] Marc-Antoine Autheman quitte Crédit Agricole Indosuez mais reste dans le groupe, Les Echos, 28/07/2013.
[v] Voir sa biographie sur le site de CLS : http://www.cls-group.com/About/Pages/BiogDetails.aspx?BiogId=96
Source : Gaulliste libre