Quand la pub nous vend la matrice
Un jeune homme va pour sortir de chez lui, croisant un
voisin qui parle tout seul, il s’en étonne. Mais dans la rue la
situation continue, chaque passant parle seul, sans se préoccuper des
autres, même cet homme d’une cinquantaine d’année ordinairement peu au
fait de la mode ou de l’air du temps.
Personne ne le voit, ne le remarque, ne le regarde, il se fait même
bousculer, il n’existe plus aux yeux de tous, il n’est plus personne.
Comme pris de panique, il court et se jette dans une bouche de métro,
recherchant sans doute la protection symbolique d’un ventre maternel
ainsi que l’espace normalisé d’un flux mais son cauchemar continue, dans
la rame, personne ne se regarde, impossible d’accrocher les regards,
tout le monde se parle seul.
Il sort sur l’esplanade de la Défense, lieu parfait d’absence totale
de nature, aseptisé, dédié au commerce, à l’industrie en col blanc, à la
finance… Il s’effondre et s’assoit comme désespéré sur les marche
froides en marbre.
Soudain, il a compris, il mets des écouteurs dans ses oreilles,
sourit et se met à parler seul à son tour. La marque d’un téléphone
portable apparait.
Dans le dernier plan, il marche seul, de dos, en faisant des gestes
tel un pantin. Il est désormais connecté, il ne nous intéresse plus, il
n’est plus personne et se fond dans la foule.
La rencontre physique n’est désormais plus possible sans en
passer par une machine dont l’activation passe par le paiement mensuel
d’un forfait. Le rêve parfait du monde néolibéral : payer pour faire
partie de la société selon son rang, selon le prix de son abonnement ou
être condamné à n’être plus personne, à ne plus exister…
Sans commentaire.
Allez y faire un tour, il y a de très bonnes analyses…
