L'austérité grecque a créé une véritable situation d'urgence
humanitaire à laquelle Bruxelles semble rester sourd. (Crédits : Reuters) Nabil
Bourassi | 21/03/2015, 12:10 - 401 mots Une étude a montré comment l'austérité
a laminé les revenus des grecs les plus pauvres. Cette situation humanitaire
alarmante ne semble pas avoir ému le gouvernement allemand qui persiste à
imposer un système d'austérité drastique à la Grèce.
La
progressivité de l'impôt est un principe fondamental des sociétés
contemporaines, dans un souci de justice sociale et de redistribution des
richesses. Acculée, la Grèce semble avoir dérogé à cette règle en imposant la
population tout azimuts afin de restaurer les caisses de l'Etat, qui restent,
pour l'heure encore, désespérément vides.
Les pauvres, première cible du fisc?
Une
étude de l'institut Hans Böckler a établi que les hausses d'impôts appliquées
dans la péninsule hellénique depuis le début de la crise ont augmenté de 337%
pour les pauvres tandis qu'elles n'ont augmenté que de 9% pour les plus riches.
Cette étude a été rendue publique jeudi 19 mars à Berlin par deux chercheurs
grecs, Tassos Giannitsis et Stavros Zografakis.
Les
données livrées par les deux chercheurs vont plus loin encore. D'après cette
étude, le revenu moyen avant impôt est passé de 23.100 euros en 2008, soit
avant la crise, à 17.900 euros en 2012, soit une baisse de 23%. Sur les
inégalités, le constat est pire encore. Les 10% les plus pauvres ont perdu 86%
de leur revenu qui est passé de 8.462 euros à 1.150 euros en moyenne. En
revanche, les 30% les plus riches n'ont à déplorer qu'une perte comprise entre
17 et 20% de leur revenus.
Le retour à la réalité "peut
faire mal" d'après Schäuble
Le
gouvernement allemand, connu pour sa position intransigeante quant à
l'austérité imposée à la Grèce, ne semble pas avoir été ému par les résultats
de cette étude. Cette semaine encore, Wolfgang Schäuble a déclaré:
"Quand
la Grèce essaie perpétuellement de persuader que ses problèmes trouvent leur
source en dehors du pays, elle ne dit pas la vérité à son peuple (...) C'est ça
le tragique de la situation en Grèce, c'est que les élites ne disent pas tout à
fait la vérité à leur peuple", a déclaré le ministre allemand des
Finances.
Il
estime que le pays a trop longtemps vécu au-dessus de ses moyens et que
"revenir à la réalité, cela fait très mal". Voilà une sortie qui
ne sera pas de nature à apaiser ses relations avec Yanis Varoufakis, le nouveau
ministre grec des Finances et qui s'est déjà illustré par ses joutes
incessantes avec son homologue allemand...
