Vous trouverez sur ce blog, beaucoup d'articles et de vidéos d'actualité. Les points de vue présentés dans ces articles et vidéos ne sont pas forcément les miens, mais ils peuvent amener une réflexion. Chacun se fera une opinion avec autre chose que le discours formaté des politiques et des médias.Vous y trouverez aussi les réponses aux questions qui me sont posées concernant mes livres.
Les thèmes de mes ouvrages sont le développement personnel et la spiritualité.
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mercredi 5 novembre 2014
Les origines de la crise Ébola, interview d’Allyson Pollock, professeure anglaise en santé publique (vineyardsaker)
Ceux qui se nourrissent de vent(s), particulièrement nombreux sur
internet, s’en sont donné à cœur joie avec la question des origines de
l’actuelle épidémie d’Ébola. Les États-Unis, sous toutes les formes
d’intervention qu’ils ont adoptées depuis 15 ans de par le monde, y sont
violemment dénoncés. Pour notre part, même si nous ne prêtons pas que
des qualités aux interventions de l’Amérique (ce qui est un euphémisme),
avons toujours considéré cette hystérie comme étrange. D’où le souci de
ne pas faire écho aux articles concernés, afin de ne pas contribuer à
les relancer.
Allyson Pollock
Cela dit, un article de CounterPunch nous avait échappé, qui mérite d’être signalé, bien qu’il date de près d’un mois (12 octobre) : Les origines de la crise Ébola[1].
Le point intéressant de cet article, en dehors du fait qu’il confirme
beaucoup de nos propos concernant l’épidémie, est qu’il s’agit de
l’interview par un certain Tariq Ali, (auteur du livre The Obama Syndrome [2]) d’Allyson Pollock [3],
professeure en matière de santé publique à la Queen Mary University de
Londres. Ni l’un ni l’autre ne font montre de complaisance avec le
système politico-financier qu’incarne désormais Obama, mais leurs
critiques demeurent mesurées et raisonnables.
NB. Ce qui suit est un résumé partiel de cette interview. Les
grandes lignes y sont, mais beaucoup de points n’ont pas été abordés, si
bien que nous invitons le lecteur intéressé à lire l’interview
complète, en anglais. Nous espérons que les deux auteurs ne s’estimeront
pas trahis si ce papier leur arrive sous les yeux. Par ailleurs, des
approfondissements et discussions complémentaires s’imposeraient, qui
feront peut-être l’objet d’un nouvel article de notre part.
Allyson Pollock reconnaît que l’épidémie Ébola est due à un virus,
dont les origines précises sont inconnues. Après quelques apparitions
lors des décennies précédentes, où il était entré en sommeil de
lui-même, il a pu exploser dans les premiers pays atteints, Sierra
Leone, Libéria et Guinée, du fait de leur état de grande pauvreté :
effondrement de leurs infrastructures, notamment en matière de systèmes
de santé, alors que les conflits internes et une urbanisation de la
misère ont accru considérablement la contagiosité, non seulement d’Ébola
mais aussi de nombreuses maladies mieux connues, mais qui ne sont pas
mieux endiguées pour autant.
Allyson Pollock admet que l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
et l’opinion dans les pays riches, avaient initialement supposé que le
virus s’éliminerait de lui-même, comme lors des épidémies précédentes.
Aussi l’OMS n’a-t-elle pas mobilisé, dès les origines de la présente
épidémie, les moyens massifs qui auraient pu la contenir. Obama s’est
contenté d’envoyer, pour relancer l’influence américaine dans cette
partie de l’Afrique, quelques effectifs de l’US Army sans compétences
médicales particulières. Il a par ailleurs annoncé qu’il allait relancer
la recherche de vaccins. Mais cela ne pouvait remédier en aucune sorte à
l’absence de médecins, d’infirmiers, d’hôpitaux ou de simples lieux où
isoler les malades. Quant aux vaccins, il aurait dû savoir que leur mise
au point et leur fabrication en quantités suffisantes ne seraient pas
prises en charge par les industries pharmaceutiques, en l’absence de
budgets substantiels venant de l’extérieur.
Pour Tarik Ali comme pour Allyson Pollock, le vrai responsable de
l’épidémie actuelle est le système financier international, dont en
matière de santé publique le principal objectif est de mettre en place
des solutions privées, coûteuses, réservées à une étroite minorité de
personnes favorisées. Pour que ce solutions puissent s’implanter, il
faut démanteler les équipements publics, décourager les médecins en
dépendant, enlever toute efficacité aux solutions associatives reposant
sur le bénévolat. Cette politique profondément inégalitaire est
poursuivie partout dans le monde. Mais dans les pays développés
disposant d’un secteur public de santé important, elle ne peut que
marginalement s’imposer. Ce ne fut pas le cas en Afrique, et ce depuis
des décennies.
La catastrophe qui, avec Ébola, frappe les pays africains aurait été
parfaitement prévisible par ceux qui auraient voulu voir. Elle était
d’ailleurs en germe, au vue du développement d’autres maladies,
clairement identifiées, mais contre lesquelles les moyens nécessaires
ne sont toujours pas mis en place : choléra notamment. L’Afrique n’est
pas la seule à souffrir de cette désorganisation des systèmes de santé
sous l’influence des milieux d’affaires. L’Inde, le Pakistan, le Sri
Lanka en manifestent aussi les signes. La responsabilité majeure des organisations internationales néolibérales
Les organisations internationales, FMI, Banque mondiale, Banque
africaine de développement, ont été indirectement les responsables de la
destruction des systèmes de santé dépendant du secteur public. Depuis
des années, elles ont orchestré l’éviction des petits exploitants
agricoles traditionnels, au profit de grands groupes hautement mécanisés
produisant de l’huile de palme, du cacao, du caoutchouc, en vue de la
vente sur les marchés spéculatifs. Les petits cultivateurs chassés de
leurs terres se sont réfugiés dans d’immenses bidonvilles urbains, dont
certains éléments, comme on a pu le voir grâce à divers reportages, sont
directement implantés sur des montagnes d’ordure. La même spoliation a
été organisée concernant les autres ressources naturelles, notamment
minières, souvent très importantes, dont disposaient ces pays.
Quant à l’OMS (à sa décharge), il faut bien voir qu’elle a été depuis
plus de vingt ans privée de ses financements, donc de ses moyens de
prévention et d’intervention. Dans le même temps, des Organisations non
gouvernementales n’ayant rien de désintéressé, comme les Fondations de
Bill et Melinda Gates ou de Warren Buffet, ont prétendu gérer les
questions de santé en court-circuitant les institutions publiques, et
sans aucun contrôle démocratique de la part des gouvernements concernés.
À supposer qu’elles décident de s’attaquer à l’épidémie d’Ébola en
ignorant (volontairement) ses autres causes, évoquées ci-dessus, elles
ne pourront offrir aucune solution de long terme, puisqu’elles
s’opposeront souvent ouvertement aux solutions publiques ou
coopératives, qui, seules, permettrait de traiter le problème à la base.
Or, en profondeur, au-delà des médicaments et des vaccins, ces pays
auraient besoin de mesures redistributives radicales, touchant, au-delà
de la santé, l’éducation, le logement, la formation des femmes et des
jeunes.
Allyson Pollock ne prétend pas que les vaccins soient inutiles. Mais,
là encore, selon elle, l’approche reste profondément capitalistique et
donc inégalitaire. Il faut citer à cet égard la Global Alliance for Vaccine Initiative,
en association avec les géant GSK et Merck, qui ne cherche pas à
développer des investissements internes, mais à solliciter des
financements des gouvernements occidentaux, sans exclure a priori de
breveter leurs propres découvertes. Mais comme produire des vaccins ne
suffirait pas, sans l’effort gigantesque permettant de les diffuser, en
les accompagnant de toute l’infrastructure de santé évoquée ci-dessus,
et aujourd’hui pratiquement inexistante, il ne faudra pas attendre de
miracles des vaccins, à supposer que les recherches en cours
aboutissent.
Il faut mentionner aussi le fait que les pays occidentaux,
s’apitoyant sur les décès provoqués par Ébola, ne veulent pas constater
que l’attrait de la médecine libérale destinée aux plus riches dépossède
massivement l’Afrique de ses professionnels de santé. Les médecins
choisissent en effet de s’expatrier pour bénéficier de meilleures
rémunérations et de meilleures conditions de travail. Seul Cuba,
refusant de s’inscrire dans les normes du libéralisme, a envoyé en
Afrique des centaines de médecins et professionnels de santé, qui payent
d’ailleurs aujourd’hui un lourd tribut à la maladie. Le mauvais exemple des pays européens
Cela dit, au-delà de la situation des pays africains, révélée par la
crise de l’Ébola, les pays européens devraient mesurer la menace que
fait peser sur eux la privatisation des équipements et la fuite des
médecins hors du secteur public. Ce sont là les conséquences d’un
néolibéralisme, dont l’Europe a pris très largement le chemin. L’exemple
le plus éclatant de cette dégradation est fourni par la
Grande-Bretagne. Le Service national de santé (NHS), mis en place à la
fin de la Seconde Guerre mondiale, n’est plus désormais que l’ombre de
ce qu’il était, à la suite des vagues de privatisation qui l’ont frappé.
Il fonctionnait sur la base de l’impôt progressif sur le revenu. Les
cotisations des assurés s’élevaient en fonction de leurs revenus. Or
aujourd’hui les principales dépenses de santé sont prises en charge par
des assurances privées, inaccessibles aux plus pauvres.
Si une épidémie comme Ébola réussissait à s’implanter en
Grande-Bretagne, ce seraient, comme en Afrique, les populations les plus
démunies qui en feraient les frais. Alors, il sera trop tard pour
compter sur un Service national de santé exsangue en vue de répondre aux
besoins collectifs. Jean-Paul Baquiast Notes
[1] The Origins of the Ebola Crisis (counterpunch, anglais, 12-10-2014)
[2] The Obama Syndrome, surrender at home, war abroad, par Tariq Ali (amazon, anglais, 09-2011)
[3] Allyson Pollock
est professeure en politique et recherché en matière de santé publique,
à l’Université Queen Mary University de Londres (Wikipedia, anglais)