C’est une nouvelle affaire dont Nicolas Sarkozy se serait bien passé. Ainsi, l’ex-président a effectué trois voyages en jet privé à New York, Doha et Abou Dhabi, payés 301 000 euros par Lov Group Industrie (LGI), la société de son ami Stéphane Courbit. A ce stade, la juge marseillaise Christine Saunier-Ruellan enquête sur ces faits découverts dans le cadre d’un autre dossier. Les documents saisis par la police au siège de LGI, auxquels Libération a eu accès, montrent que les voyages correspondent aux recherches de fonds de l’ancien président, qui avait monté en 2012 avec Courbit un projet de fonds d’investissement baptisé Columbia. Ces documents retracent l’histoire secrète de l’homme d’affaires Sarkozy, prêt à user de son influence d’homme d’Etat pour faire fortune. Au point d’avoir obtenu un engagement de 200 millions d’euros du Qatar, avant que Columbia ne capote.
«Attrait». Tout est parti de l’affaire «Air Cocaïne», ce Falcon rempli de coke saisi en République dominicaine. Au siège de l’affréteur de l’avion, les policiers découvrent dix factures payées par LGI, dont trois concernant Nicolas Sarkozy. Le 3 février, la juge Saunier-Ruellan demande à l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière d’enquêter sur les «flux financiers» liés à ces factures. Puis elle saisit les policiers de la Brigade financière parisienne. Lesquels perquisitionnent début août le siège de LGI à Paris, puis entendent Stéphane Courbit comme témoin le 20 août. Le patron de Lov déclare qu’il n’y a rien d’illégal. Selon lui, les vols étaient liés à Columbia, ce que confirment les documents saisis. Lorsque Mediapart avait révélé l’existence du fonds en janvier 2013, l’entourage de Sarkozy avait démenti. Pourtant, tout était vrai.
L’histoire commence à l’automne 2012. L’idée est venue d’Alain Minc et de Stéphane Courbit, deux proches de l’ex-président. Minc, conseiller et homme d’influence des grands patrons, compte Courbit parmi ses clients. Lequel a fait fortune dans la télé-réalité (Loft Story) avant de fonder Lov, présente dans l’audiovisuel, les paris en ligne, l’hôtellerie et l’énergie. Minc et Courbit se disent qu’avec sa force de conviction et son carnet d’adresses Sarkozy ferait un homme d’affaires idéal. Ils lui proposent de monter un fonds qui investirait dans des entreprises européennes. Sarkozy n’a jamais caché sa fascination pour les patrons et leur fortune. Encore sonné par sa défaite à la présidentielle, il se laisse tenter. «A l’époque, il ne voulait plus du tout revenir en politique et redécouvrait l’attrait de l’argent», raconte un proche. Il pose deux conditions. Personne ne sera payé avant le lancement. Et les investissements en France se limiteront à l’immobilier, pour éviter les conflits d’intérêts.
Le fonds sera basé au Luxembourg, avec des bureaux au Grand-Duché, à Londres, puis de «petits bureaux» à Paris et à Madrid. Sarkozy et ses associés seront rémunérés en fonction des bénéfices. Courbit est la cheville ouvrière : son groupe LGI sera l’opérateur du fonds et investira au moins 25 millions d’euros. Minc recrute des figures européennes des affaires qui siégeront avec lui au comité d’investissement. Sarkozy sera, lui, «président of the advisory committee», c’est-à-dire conseiller en chef et tête de gondole. «C’était la locomotive», précise un financier au fait du dossier. Son job : draguer les très grandes fortunes et les fonds souverains pour qu’ils lui confient leur argent. Columbia espère gérer 500 millions à 1 milliard d’euros.
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