samedi 10 mars 2018

A l’hôpital, « nous sommes dans une logique fordiste : les femmes doivent accoucher à la chaîne » (basta)

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« Beaucoup sont convaincus du fait que les femmes se sont battues pour accoucher à l’hôpital, mais ce n’est pas du tout le cas. » Derrière cette fausse évidence combattue par Marie-Hélène Lahaye, auteure du livre Accouchement, les femmes méritent mieux, se cache l’histoire d’une médicalisation à l’extrême de l’accouchement : l’usage d’hormone pour accélérer le travail, comme le recours exagéré à la péridurale ou aux épisiotomies, dont les conséquences ressemblent parfois à celles de l’excision, dessinent le portrait d’un hôpital plus soucieux de productivité que du respect des femmes. En lieu et place de cette maltraitance qui laisse des traces, des alternatives existent pourtant. Entretien.
Basta ! : En France, l’hôpital possède un quasi-monopole sur l’accouchement. Dans votre ouvrage, vous rappelez que cette médicalisation à outrance a été imposée aux femmes, bien plus que revendiquée par elles. Pourquoi ?
Marie-Hélène Lahaye [1] : Beaucoup de gens, y compris des féministes, sont convaincus du fait que les femmes se sont battues pour accoucher à l’hôpital, et cesser de mourir en mettant leurs enfants au monde. Ce n’est pas du tout le cas. Historiquement, la médicalisation de l’accouchement s’est faite sous la pression des pouvoirs publics, dans le cadre de politiques natalistes. A partir du 18ème siècle, il a été considéré qu’une nation devait avoir beaucoup d’enfants, puisque cela lui permettait d’avoir à terme de nombreux soldats pour faire la guerre et de nombreux bras pour faire tourner l’économie. Cette volonté de voir la population augmenter s’est accentuée aux 19ème et 20ème siècles, avec des lois interdisant la contraception et l’IVG, et une médicalisation croissante de l’accouchement renforçant le rôle du médecin.
Dans l’entre-deux-guerres, pendant la période fasciste que traverse l’Europe, les lois contre la contraception et l’avortement sont encore renforcées. Parallèlement, une médicalisation croissante de l’accouchement se met en place en poussant les femmes vers les hôpitaux. Mais encore au début du 20ème siècle, les femmes résistent, elles ne veulent pas aller accoucher à l’hôpital. Les pouvoirs publics ont fini par avoir raison de cette résistance après la Seconde guerre mondiale, en proposant aux femmes qui accouchent à l’hôpital de ne plus avancer les frais, au contraire de celles qui accouchent à la maison.
Pourquoi les femmes ne voulaient-elles pas se rendre dans les hôpitaux pour mettre leurs enfants au monde, en préférant rester chez elles ?
Aux 18ème et 19ème siècles, les hôpitaux n’étaient vraiment pas attirants. On y accueillait les femmes sans toit, méprisées par la société, y compris par les soignants qui les accueillaient : les sans-abris, les prostituées, les petites bonnes enceintes suite aux viols de leurs patrons. La plupart de ces femmes mettaient au monde des « bâtards », qu’elles abandonnaient en général aussitôt. Les hôpitaux étaient de vrais mouroirs pour les femmes qui accouchaient, en premier lieu à cause du manque d’hygiène. Les médecins passaient de la morgue aux salles d’accouchement sans se laver les mains et transmettaient aux femmes un germe à l’origine de la fièvre puerpérale, qui les tuait massivement.

Les conditions d’hygiène ont commencé à s’améliorer suite à la découverte de ce germe. Il y eu ensuite Pasteur, sa théorie microbienne et l’aseptisation des lieux qui est devenue plus systématique. Malgré ces progrès, les hôpitaux ont conservé cette image négative. Ils ont continué à être des lieux sans intimité, où les femmes n’étaient pas respectées. Elles continuaient par conséquent à préférer accoucher chez elles.
Pourquoi la mortalité des femmes en couches a-t-elle diminué ?
Après la Seconde guerre mondiale, on voit la mortalité maternelle s’effondrer partout en occident pour diverses raisons : à l’asepsie généralisée, s’ajoutent la découverte des antibiotiques, puis la possibilité de faire des transfusions sanguines. Les femmes sont aussi plus robustes et en meilleure santé. Il faut se souvenir de leurs conditions de vie au 19ème siècle : elles travaillaient dur, étaient mal nourries, enchaînaient les grossesses, sans nécessairement l’avoir voulu.
Ce sont donc les progrès de la médecine générale et l’amélioration des conditions de vie qui font chuter la mortalité maternelle. Ce n’est ni l’hôpital, ni l’obstétrique [spécialité médico-chirurgicale qui a pour objet la prise en charge de la grossesse et de l’accouchement, ndlr]. Entre 1945 et 1950, plus de la moitié des femmes continuent à accoucher à domicile ! Ensuite, dans les décennies suivantes, la médicalisation augmente, sans qu’il y ait d’impact notable sur la mortalité des femmes qui accouchent. 10 % des femmes ont un accouchement compliqué, et pour elles, il est évident que l’obstétrique est nécessaire. Mais toutes les autres peuvent parfaitement accoucher sans !
Ces progrès de la médecine se sont peu à peu transformés en standardisation de l’accouchement, avec une hyper médicalisation qui peut également entraîner des complications, dites-vous. Pourquoi ?
Aujourd’hui en France, toutes les femmes, ou presque, accouchent à l’hôpital. Le protocole qu’on leur impose n’est pas du tout prévu pour les sauver ou les protéger, mais pour que l’hôpital tourne le plus vite possible. Il s’agit d’une logique fordiste : les femmes doivent accoucher à la chaîne, avec des sages-femmes qui courent d’une salle à l’autre, en accélérant le travail ici, et en le ralentissant ailleurs... Il n’y a pas d’accompagnement humain, ni de prise en compte des souhaits individuels, mais des normes déconnectées de la réalité physiologique de l’accouchement. Parmi ces normes : le dogme selon lequel le col de l’utérus doit s’ouvrir d’un centimètre par heure. Pour contrôler ce rythme, totalement arbitraire, on impose aux femmes des touchers vaginaux réguliers, c’est à dire qu’on leur enfonce deux doigts très profondément dans le vagin pour mesure l’ouverture du col. Ce peut être une personne différente à chaque fois.
Si ce timing, cette norme, ne sont pas respectés, on propose alors aux femmes de leur injecter de l’ocytocine de synthèse qui imite l’hormone naturelle du même nom, responsable du bon déroulement de l’accouchement en assurant les contractions de l’utérus. En 2016 en France, 52 % des femmes reçoivent de l’ocytocine de synthèse pour que leur accouchement soit accéléré. Peut-être faut-il rappeler que l’accouchement est un processus très lent. L’utérus, devenu pour l’occasion le muscle le plus puissant de l’organisme, pousse petit à petit le fœtus vers la sortie, au cours d’une période s’étalant sur de nombreuses heures, parfois même sur plusieurs jours. Le bébé avance millimètre par millimètre, en toute sécurité vers sa naissance.
En quoi ces « accélérations » d’accouchement peuvent-elles être problématiques ?
Les injections d’ocytocine de synthèse ne sont pas sans conséquences, ce que l’on se garde bien de dire aux femmes. Première conséquences : la douleur. Si les contractions sont naturelles, le corps produit en même temps des endorphines qui atténuent la douleur et rendent les choses supportables. Avec les hormones de synthèse, certaines femmes peuvent se retrouver avec une contraction qui ne cesse pas, au lieu des vagues qui arrivent régulièrement et qui permettent de récupérer entre chaque contraction. Elles ont d’autant plus mal qu’on leur impose de rester allongées sur le dos, alors que pour gérer la douleur, il vaut mieux être mobile. Résultat : on leur pose une péridurale. 82 % des femmes en France accouchent avec une péridurale. Dans d’autres pays, seules 15 à 20% des femmes en ont besoin.
Deuxième conséquence : les risques de complications comme la souffrance fœtale ou l’hémorragie de la délivrance. Le bébé n’arrive pas forcément à supporter les violentes contractions entraînées par l’injection d’ocytocine. Cela augmente les taux de césariennes, pour le soustraire rapidement à la violence des contractions. Les hémorragies de la délivrance sont aussi plus nombreuses. Pourquoi ? Parce que l’utérus, sur-sollicité par l’ocytocine de synthèse peut se retrouver en incapacité de fermer les vaisseaux sanguins reliés au placenta, ce qu’il fait normalement en se contractant une dernière fois quand le placenta est sorti. Enfin, l’exposition à l’ocytocine de synthèse augmente de 30 % les risques de dépression post-partum. Dès 1997, l’OMS a classé l’accélération de l’accouchement par l’ocytocine comme une pratique fréquemment utilisée à tort.
Vous questionnez le recours trop systématique à la péridurale. Ne s’agit-il pas néanmoins d’un indéniable progrès, qui libère les femmes de la douleur ?
Il est très compliqué de questionner cette technique, tant elle apparaît effectivement comme un instrument de libération des femmes de la terrible malédiction divine spécifiant : « Tu accoucheras dans la douleur. » Mais la péridurale ne garantit pas un accouchement indolore ; et bien des femmes sont fort déçues de la réalité lorsque le jour de l’accouchement arrive. D’abord, la péridurale n’est pas posée immédiatement. Souvent, les femmes doivent attendre, certains hôpitaux ne l’administrant qu’une fois le col ouvert de 4 ou 5 centimètres. Les soignants ne tiennent pas forcément compte de ce que demandent les femmes. De plus, dans 10 à 20% des cas, la péridurale ne fonctionne pas, ou alors sur seulement une moitié latérale du corps. Il y a enfin divers effets secondaires, notamment une augmentation de 40% du risque de césarienne et d’extraction instrumentale du bébé – avec des forceps.
Curieusement, la littérature scientifique est incapable de lier, d’une part, le taux de satisfaction des femmes, d’autre part le fait d’avoir eu une péridurale. Une étude menée en 2013 par le collectif inter-associatif autour de la naissance Ciane révèle même que la proportion de femmes satisfaites de leur accouchement est nettement supérieure chez celles n’ayant pas bénéficié d’une péridurale. Il ne s’agit évidemment pas de s’opposer par principe à cette pratique, qui peut réellement soulager les femmes. Mais son usage doit dépendre du point de vue de chacune. J’ajoute que si une femme demande une césarienne alors que cela n’est pas nécessaire, cela doit être possible également. Il s’agit de laisser les femmes choisir, de les respecter, et de faire confiance à leurs capacités à mettre au monde leur enfant sans danger pour elles, ni pour leur bébé.
Vous évoquez également de nombreux mauvais traitements, comme par exemple l’interdiction de boire et de manger, ou l’obligation d’accoucher sur le dos...
En 2016 en France, 88,5 % des femmes étaient couchées sur le dos durant toute la durée de leur travail. 95 % l’étaient au moment de l’expulsion. C’est d’ailleurs l’image que tout le monde a de l’accouchement : une femme allongée sur le dos, les jambes en l’air. Cette position n’a pourtant rien de naturel, au contraire. Elle a été imposée au fil de 20ème siècle, avant tout pour le confort des médecins qui n’ont plus besoin de se baisser, et voient mieux « ce qui se passe ». Douloureuse et inconfortable, elle est aussi aberrante au niveau physiologique puisqu’elle ne fait pas profiter le fœtus des effets de la gravité, ni de tous les mouvements du corps et du bassin de la femme permettant sa bonne progression.
Par ailleurs, certaines femmes rapportent que ce qu’elles ont trouvé le plus pénible lors de leur accouchement, ce n’est pas d’avoir mal, mais d’avoir faim et soif ! En France, de nombreuses maternités interdisent aux femmes de boire et de manger pendant qu’elles accouchent. Le corps médical avance le risque d’étouffement, si l’estomac des femmes est plein et qu’elles doivent subir une anesthésie générale. Rappelons le fait que plus de 80 % des femmes ont une péridurale : brandir les risques dus à une anesthésie générale paraît donc un peu tordu. On sait en plus aujourd’hui comment vider l’estomac en cas d’intervention urgente, c’est ce qui se passe quand des personnes ont de graves accidents de voiture de retour d’un bon dîner bien arrosé par exemple… Interdire aux femmes de boire et manger relève du dogme, et non de la science. C’est aussi une maltraitance au vu du prodigieux effort physique que représente un accouchement, que l’on peut comparer à un marathon.
Vous mettez en cause le recours aux épisiotomies de routine. Pourquoi ?
L’autre argument employé pour justifier la position allongée des femmes, avance qu’il serait plus facile, pour le médecin, de procéder à une épisiotomie. Cette « opération » consiste à sectionner sur plusieurs centimètres, au bistouri ou au ciseau, la chair, la muqueuse et le muscle du périnée de la femme qui accouche, juste avant la naissance du bébé, puis à recoudre cette incision. Cette mutilation inclut la section définitive de nerfs, voire d’une partie profonde du clitoris dont on sait maintenant qu’il se prolonge de part et d’autre du vagin. Les conséquences de l’épisiotomie ressemblent pour beaucoup des femmes à celles de l’excision : douleurs intenses pendant plusieurs semaines, perte d’estime de soi, souffrance pendant les relations sexuelles, chute de libido, dépression. Pour justifier cette pratique cruelle, le mondé médical a d’abord invoqué la protection du bébé : protéger le cerveau des enfants, qui risquerait d’être endommagé lors du passage dans le vagin de leur mère. Puis on s’est rendu compte que ce n’était pas valide.
On a donc gardé la pratique, mais on a dit que c’était pour protéger le périnée des femmes, et empêcher les déchirures. Ce qui est également faux. Les études démontrent que l’épisiotomie non seulement n’évite pas les très rares déchirures importantes du périnée, mais surtout en augmente la gravité. Preuve de l’irrationalité de cette pratique : la grande variation des chiffres d’un pays à l’autre, d’un hôpital à l’autre et d’un soignant à l’autre. En 2010 en France, 27 % des femmes qui ont accouché ont subi une épisiotomie (44 % pour les femmes accouchant de leur premier enfant). La même année, elles étaient 75 % à Chypre et 73 % au Portugal, ces deux pays occupant le haut du classement dans la découpe du sexe des femmes. En revanche, elles n’étaient que 7 % en Suède et 5 % au Danemark. Dans les hôpitaux de Nanterre et Besançon, qui se sont engagés contre les épisiotomies de routine, les soignants ne pratiquent ce geste que sur moins de 1 % de leurs patientes !
Le corps des femmes est capable de mettre les enfants au monde, rappelez-vous. Peut-être l’accouchement pourrait-il même être l’occasion pour elles de se découvrir des forces insoupçonnées ?
Les femmes qui accouchent, quand on les laisse tranquilles, ont des forces décuplées. Et si elles crient ce n’est pas forcément de douleur, mais parce qu’elles vivent des sensations très fortes. Un peu comme quand on saute en parachute ou qu’on est sur des montagnes russes. Mais dans une société sexiste, l’image d’une femme puissante, qui crie, cela ne cadre pas. On préfère une vision de la femme fragile, avec un corps défaillant, qui tombe dans les pommes à la moindre émotion. Il vaut mieux qu’elle se taise, qu’elle ne bouge pas, qu’elle soit souriante et bien coiffée. Certains médecins présentent d’ailleurs la péridurale comme le moyen idéal d’avoir des salles d’accouchement silencieuses.
Il faut arrêter d’affirmer aux femmes qu’elles risquent de mourir en mettant leurs enfants au monde. 90 % d’entre elles peuvent accoucher sans aucune aide, médicale j’entends. Ce dont elles ont besoin, c’est de soutien émotionnel, parce que c’est intense. C’est ce que font normalement les sages-femmes. Évidemment, il faut pour cela qu’elles soient très disponibles, et qu’elles ne courent pas d’une salle à l’autre comme c’est le cas actuellement dans les hôpitaux, et comme cela risque de s’aggraver au fil des réformes que subit l’hôpital public.
Peut-on néanmoins espérer que cette situation évolue dans le bon sens ?
C’est un système qui reste compliqué à changer de l’intérieur. En France, il est difficile pour une femme de trouver une alternative à l’hôpital. Les sages-femmes à domicile, celles qui veulent travailler différemment et décident de s’installer en libéral, sont mises en difficultés par les pouvoirs publics qui exigent d’elles de payer des assurances très élevées. Quant aux maisons de naissance, elles restent très marginales. Le changement viendra peut-être grâce à nos voisins ? Aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni, les services de médecine encouragent les femmes à accoucher chez elles, parce qu’elles y sont mieux, plus tranquilles. Elles ne subissent pas d’actes médicaux dommageables, et les risques ne sont pas plus élevés. Les pays où l’accouchement est très médicalisé ne sont pas ceux où les décès sont les moins nombreux. En France, où le médicalisation est forte, la mortalité maternelle est de 8,4 décès pour 100 000 naissances. Aux Pays-Bas où, en 2010, un quart des femmes ont accouché à domicile accompagnées d’une sage-femme, la mortalité maternelle est de 4,9 sur 100 000 naissances.
Il faudrait que les responsables politiques cessent de déléguer la question de l’accouchement aux seuls médecins. Il s’agit d’une vraie question de santé publique, et de liberté des femmes. Il y a en France 800 000 accouchements par an. Au moins 20 000 à 40 000 femmes y sont réellement maltraitées. 6% des femmes qui accouchent développement des stress post traumatiques, parce qu’elles ont été menacées dans leur intégrité physique [2]. Comme les soldats qui reviennent de la guerre ou les victimes d’attentats, elles ont peur, font des cauchemars, sont en grande fragilité psychologique. Pour certaines, cela peut porter atteinte au lien qu’elles nouent avec leur enfant. A contrario, une femme qui a pu exprimer sa pleine puissance, qui a été valorisée et considérée, sera moins sujette au baby blues et aux difficultés avec son nouveau-né. Les conditions d’accouchement sont un véritable problème de santé public. Il est temps que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s’empare de cette question.
Propos recueillis par Nolwenn Weiler
Marie-Hélène Lahaye, Accouchement, les femmes méritent mieux, Éditions Michalon, 2018, 20 euros.

Notes

[1] 
Marie-Hélène Lahaye, juriste, est auteure du blog Marie accouche là, explorations politiques et féministes autour de la naissance. Elle viens de publier Accouchement, les femmes méritent mieux, aux Éditions Michalon, 2018, 20 euros.
[2] 
Voir ici. Le chiffre de 20 000 à 40 000 femmes est une extrapolation (prudente) des 6% de stress-post traumatiques sur les 800 000 accouchements qui ont lieu chaque année.

lundi 5 mars 2018

Ces milliardaires et multinationales qui investissent dans la quête d’immortalité et de jeunesse éternelle (basta)

PAR , JACQUES TESTART
Des start-up se lancent dans des transfusions de sang de patients jeunes vers des personnes plus âgées dans le but de prolonger la vie. Des grandes fortunes ou des multinationales, comme Google-Alphabet, investissent dans des biotechnologies pour identifier les gènes de longévité et ralentir le vieillissement. D’autres mènent des expérimentations pour dupliquer le cerveau dans des machines. L’industrie de la cryoconservation – congeler un organisme en attendant un hypothétique remède contre la mort – connaît un succès grandissant. Tous partagent l’ambition transhumaniste : créer un être humain à la longévité décuplée, voire immortel. Sans aucune réflexion sur les conséquences sociales. Une enquête extraite de l’ouvrage Au Péril de l’humain, co-écrit par Agnès Rousseaux, journaliste de Basta !.
De nouveaux vampires seraient parmi nous ! S’injecter du sang humain « jeune » dans les veines semble être devenu la nouvelle marotte de ceux qui voudraient vivre quelques décennies supplémentaires. Pour ceux qui se revendiquent de l’idéologie transhumaniste et souhaitent l’avènement d’un « humain augmenté », vaincre la mort est l’objectif ultime. Ou plutôt de « résoudre » la mort, car celle-ci est considérée comme un problème technique, et le vieillissement comme une maladie à combattre. Entre délires de charlatans et recherches sérieuses, difficile parfois de faire le tri. Mais une chose est sûre : la recherche sur les secrets de l’immortalité – ou du moins sur les recettes de la longévité – n’est plus le domaine réservé d’une poignée de chercheurs farfelus. Depuis quelques années, les études et publications scientifiques foisonnent dans ce domaine.
En 2014, plusieurs études menées sur les souris montrent que le transfert de sang d’un rongeur jeune vers un rongeur âgé a un effet nettement « régénérateur » sur l’organisme du plus vieux. Le transfert dope le fonctionnement du cerveau et des muscles, stimule la fabrication de nouveaux neurones chez des souris âgées, améliore le sens olfactif ou la mémoire [1]. La technique consiste à injecter à échéances régulières d’importantes quantités de sang « jeune » dans un organisme ou à connecter deux systèmes de circulation sanguine – les vaisseaux sanguins de deux souris étant « cousus » ensemble, selon un montage appelé « parabiose ».

Des start-up se lancent dans la transfusion de sang pour allonger la vie

Vu le succès de ces expériences sur les souris, des essais cliniques ont été lancés sur l’homme ces dernières années. Rassurez-vous : il n’est pas (encore) question de fusionner deux systèmes sanguins… Le neurologue Tony Wyss-Coray a fondé une start-up, Alkahest, qui transfuse à des patients alzheimer du plasma acheté à des banques du sang et tente d’identifier les facteurs bénéfiques de cette opération [2].
Autre projet : Ambrosia Plasma, startup basée à Monterey en Californie, recrute actuellement 600 patients de plus de trente-cinq ans pour leur injecter régulièrement du plasma sanguin issu de personnes de moins de vingt-cinq ans [3]. Mais ces essais demeurent très controversés : les conséquences sanitaires de telles transfusions ne sont pas encore maîtrisées, ni les mécanismes à l’œuvre. L’étude ne prévoit pas de groupe témoin, rendant impossible toute comparaison et donc tout résultat scientifique sérieux. La démarche est néanmoins légale.

Des milliardaires obsédés par la mort

Que se passera-t-il si ces expériences concluent aux bienfaits des transfusions de sang pour l’allongement de la durée de vie de l’homme ? Espérons que nous ne verrons pas se développer dans les prochaines années un marché noir de la jouvence, avec le commerce de doses de sang d’adolescents… Certaines déclarations peuvent inquiéter : Peter Thiel, cofondateur de l’entreprise PayPal et dirigeant de Facebook, s’est dit « très intéressé » par ce type de transfusion (mais jure qu’il n’est pas encore « pratiquant ») [4]. Passionné par le sujet – et obsédé par sa propre mort – le milliardaire investit des sommes considérables dans la recherche sur la longévité et dans des start-up de biotechnologies actives dans le domaine de la prolongation de la vie.
Tout cela pourrait passer pour une lubie sans conséquence de la part d’un milliardaire angoissé, si Peter Thiel n’était pas aussi un des rares soutiens de Donald Trump parmi les dirigeants de la Silicon Valley. Celui-ci l’a nommé « conseiller numérique », car Peter Thiel est aussi fondateur de l’entreprise Palantir, leader du big data et de l’analyse de données, dont les principaux clients sont la CIA et les agences de renseignements américaines, ainsi que les grandes multinationales (ou en France, la DGSI). Adepte de l’idéologie transhumaniste et généreux donateur de l’Université de la Singularité, principal think tank transhumaniste, Thiel estime qu’il est « étrange et un peu pathologique » de se résigner à mourir. Et que nous devrions nous battre beaucoup plus contre cette « réalité » [5].

2045, la date prophétique des transhumanistes

Parmi toutes les promesses transhumanistes, la poursuite de l’immortalité est celle qui séduit aujourd’hui le plus large public. Qui ne voudrait pas avoir le choix de vivre plus longtemps ? Parmi les voies envisagées pour atteindre l’immortalité, en bons mécaniciens, les transhumanistes imaginent que la substitution d’organes permettra un jour de prolonger indéfiniment la vie. Si chaque pièce usée est remplacée par une pièce neuve, la machine repart pour un tour !
Autre solution : l’immortalité cybernétique, avec le téléchargement du cerveau sur un ordinateur. Le milliardaire russe Dimitri Itskov, magnat des médias, a ainsi imaginé un planning pour notre mutation en post-humains : en 2045 serait créé un avatar dans lequel l’être humain pourrait à terme dupliquer sa conscience. Dimitri Itskov a envoyé un courrier aux mille personnes les plus riches de la planète pour les encourager à financer son rêve [6]. 2045, c’est aussi la date choisie par le pape des transhumanistes, Ray Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google et fondateur de l’Université de la Singularité, pour l’avènement de la singularité technologique, moment où les intelligences artificielles seront capables d’auto-évolution.

« Une révolution médicale et philosophique est en marche »

Pour les transhumanistes, quelle que soit la voie choisie, nul doute que l’immortalité nous est accessible. « La mort survient à un âge différent selon les espèces, mais elle n’a rien d’obligatoire ni d’inévitable… du moins pour une humanité maîtrisant les technologies NBIC [nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives]. Une révolution médicale et philosophique est en marche. Le combat contre la mort va s’intensifier, annonce ainsi le chirurgien-urologue français Laurent Alexandre. La mort deviendra un choix et non plus notre destin » [7]. Il se dit convaincu que les hommes qui vivront mille ans sont déjà nés...
Tout comme le britannique Aubrey de Grey, biogérontologue autodidacte et autoproclamé prophète du transhumanisme, fondateur du projet SENS (Strategies for engineered negligible senescence) qui vise « l’extension radicale de l’espérance de vie humaine ». Le chercheur veut s’attaquer aux causes profondes du vieillissement, qui « tue 100 000 personnes chaque jour dans le monde ». Pourquoi ce projet ? « C’est quand même très curieux que les gens se posent cette question. Personne ne se demande pourquoi Mère Teresa veut sauver des gens qui meurent en Inde ! Personne ne trouve anormal que Louis Pasteur ait voulu éviter aux gens de souffrir et de mourir d’infection, explique-t-il. Alors pourquoi me pose-t-on la question à moi, qui veut sauver les gens de la mort ? C’est exactement pareil ! » [8].

En quête du rajeunissement cellulaire

Si les projets d’uploading du cerveau dans des machines éternelles ne semblent pas être pour tout de suite, de très sérieuses recherches scientifiques s’intéressent aux gènes « de la longévité » et à l’usure des cellules humaines. Les recherches sur la longévité ont connu une brusque accélération au début des années 1990. En 1993, la biologiste Cynthia Kenyon identifie un gène qui permet de doubler la durée de vie d’un petit ver, (Caenorhabditis elegans) – le gène Daf-2, qui code un récepteur hormonal similaire à celui de l’insuline. Une découverte qui change la donne. Tout va ensuite très vite : seize ans après cette découverte sur les vers, en 2009, une molécule – la rapamycine – est testée qui permet d’augmenter la durée de vie d’un mammifère, la souris. Depuis, nous sommes passés aux expériences sur les primates. D’autres voies sont explorées actuellement pour agir sur les gènes de la longévité, comme la « voie de la restriction calorique », qui active un gène ralentissant le vieillissement.
D’autres recherches avancent du côté de la « voie cellulaire », qui s’intéresse aux moyens de rajeunir nos cellules ou du moins de ralentir leur dégradation, en agissant par exemple sur les télomères, des séquences d’ADN situées à l’extrémité des chromosomes [9]. En 2010, Ronald De Pinho, chercheur à l’université de Harvard, montre qu’il est possible de moduler l’activité du gène responsable de la production de télomérase, enzyme qui régule la fabrication des télomères lors de la réplication de l’ADN. Lorsque ce gène est rendu inactif, le vieillissement de la souris s’accélère. Mais si le gène est activé, les souris rajeunissent ! Pour la première fois, des chercheurs démontrent le caractère réversible du vieillissement chez un mammifère. Mais si cette enzyme n’est pas encore proposée en cocktail vitaminé pour le petit déjeuner, c’est qu’elle favorise aussi la croissance de cancers…

Quand la Silicon Valley investit dans l’immortalité

En 2006, Shinya Yamanaka, professeur à l’université de Kyoto, découvre une des clés du rajeunissement cellulaire. Il réussit à transformer des cellules de peau de la souris en cellules-souches « pluripotentes » (iPSC, Induced pluripotent stem cells), comparables aux cellules embryonnaires, qui sont à l’origine de toutes les cellules spécialisées de l’organisme [10]. Les cellules de peau sont reprogrammées par la réactivation de quatre facteurs génétiques importants durant la vie embryonnaire. L’année suivante, il reproduit cette expérience sur des cellules humaines. En France, une équipe de l’Inserm, dirigée par Jean-Marc Lemaître, parvient en 2011 à rajeunir des cellules humaines sénescentes, issues de donneurs âgés, voire centenaires. Après cette cure de jouvence, les cellules obtenues possèdent toutes les caractéristiques de cellules « jeunes », y compris la longueur de leurs télomères. Mais ces expériences concernent des cellules isolées et rien n’indique qu’elles soient transposables à des organes entiers, ou à l’individu dans sa totalité.
Quelle sera la prochaine étape ? Des molécules seront sans doute bientôt mises sur le marché. Un essai clinique sur l’utilisation de la metformine est en train d’être lancé aux États-Unis, impliquant 6000 personnes pour une durée de six ans [11]. Les capitaux affluent vers les start-up, alimentant la course aux molécules-miracles. De grandes multinationales se lancent également dans la recherche sur le sujet. Découvrir les clés de la jeunesse éternelle est devenu la nouvelle passion de Google-Alphabet, qui investit dans la lutte contre le vieillissement. En 2013, la multinationale a créé Calico (California Life Company), une société dédiée à ce domaine, dirigée par Arthur Levinson, ex-directeur de Google et président d’Apple. L’entreprise reste très secrète sur ses objectifs. Elle se focaliserait sur la recherche fondamentale, visant des découvertes révolutionnaires à l’horizon d’une décennie. Ses ambitions sont immenses. « Google peut-il résoudre la mort ? », titre le magazine Time en septembre 2013.

L’alliance de Google et des labos pharmaceutiques

Google/Calico et l’entreprise pharmaceutique AbbVie annoncent en 2014 qu’elles vont investir 1,5 milliard de dollars dans un projet de recherche commun. Calico veut vérifier une partie des hypothèses de recherche actuelles concernant la lutte anti-vieillissement. Elle utilisera sans doute pour cela la puissance de calcul de Google, pour analyser de gigantesques masses de données collectées. Calico a notamment noué un partenariat avec AncestryDNA, une société spécialisée dans la « recherche génétique personnelle », qui aide ses clients à réaliser leur arbre généalogique, en se basant notamment sur l’analyse de leur ADN. Les deux entreprises veulent se pencher sur « l’hérédité de la longévité ». Leur moyen ? Croiser les données de millions d’arbres généalogiques et d’un million d’échantillons génétiques, archivées dans les bases de données d’AncestryDNA, pour identifier, grâce à des algorithmes, des schémas récurrents, et donc des facteurs héréditaires de la longévité humaine. À partir de cette analyse, Google/Calico veut commercialiser des « solutions thérapeutiques ».
On entre ici dans la « médecine préventive » : personnaliser les soins, grâce au séquençage de l’ADN, pour proposer des parades aux maladies selon le génome de chacun. L’efficacité des traitements médicaux, individualisés pour répondre aux caractéristiques génétiques de chacun, serait ainsi fortement augmentée. « Pour soigner de manière adaptée […], nous avons besoin de connaître le génome de chaque individu. C’est une bataille pour soigner le diabète, le cancer, les maladies rares », a ainsi déclaré en 2016 l’ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine, annonçant que la France allait investir 670 millions d’euros sur cinq ans pour se doter de 12 plateformes de séquençage du génome à haut débit, afin de réaliser l’analyse complète de 18 000 génomes – une ambition relativement modeste par rapport au projet états-unien. Reste à savoir quel sera le bénéfice pour les personnes chez lesquelles on découvrira forcément des gènes de risque pour des pathologies que nous ne savons pas encore soigner…

En attendant l’élixir de jeunesse, cryogénisez-vous !

Le traitement de données génétiques à grande échelle est aussi l’approche choisie par Human Longevity Inc., une société créée en 2014 par le biologiste Craig Venter (fondateur de la biologie de synthèse) avec Peter Diamandis, président de l’Université de la Singularité. Son objectif est de rassembler une base de données d’un million de génomes humains d’ici 2020. Quelle que soit la voie choisie, le projet de « tuer la mort » séduit de nombreux milliardaires, en quête du privilège ultime : vivre plus longtemps que leurs contemporains. Jeff Bezos, fondateur et PDG d’Amazon, a investi dans le secteur, injectant quelques dizaines de millions de dollars dans Unity Biotechnology, start-up de San Francisco qui développe des médicaments pour détruire les cellules sénescentes dans le corps humain et assurer une plus grande longévité. Quant à Peter Thiel, le fondateur de PayPal, il a investi plusieurs millions dans les recherches d’Aubrey de Grey et de la Fondation SENS.
Mais Peter Thiel n’est sans doute pas tout à fait convaincu qu’un remède contre la mort sera trouvé avant la fin de sa vie. Aussi a-t-il signé un contrat avec Alcor Cryonics, numéro un mondial de la cryogénisation, pour être congelé après son décès. L’industrie de la cryoconservation a connu un boom depuis les années 1990, avec le développement de la « vitrification », congélation ultrarapide qui empêche la formation de cristaux de glace – garantissant moins de dégâts lors de la décongélation – et de nouveaux contrats d’assurance vie dédiés à la cryogénisation qui prennent en charge les coûts [12]. L’opération coûte tout de même 200 000 dollars – 80 000 dollars en cas de préservation uniquement du cerveau. Rien bien sûr ne garantit la survie et l’intégrité de l’organisme après la décongélation... Mais les adeptes convaincus font valoir qu’ils n’ont rien à perdre. Certains militent désormais pour le droit à se faire cryogéniser avant la mort – ce qui augmenterait selon eux les chances d’une réanimation.
Que ce soit par l’accès à des molécules anti-vieillissement ou par d’autres techniques aujourd’hui encore plus incertaines, certains bénéficieront-ils bientôt d’un « surplus de vie » par rapport aux autres, grâce à des innovations technoscientifiques que seule une minorité aura les moyens de s’offrir ? C’est en tout cas le projet défendu par les promoteurs du transhumanisme. L’immortalité vendue par Google, de quoi nous faire rêver ?
Agnès Rousseaux et Jacques Testart
Illustration de une : Marc Boulay
Article extrait et adapté de l’ouvrage Au péril de l’humain. Les promesses suicidaires des transhumanistes, coécrit par Jacques Testart et Agnès Rousseaux, Seuil, 272 pages, mars 2018.

Notes

[1] Kristopher E Plambeck, Jinte Middeldorp, Joseph M Castellano, Kira I Mosher et alii, « Young blood reverses age-related impairments in cognitive function and synaptic plasticity in mice », Nature Medicine, 20, 2014, p. 659-663, et Francesco S. Loffredo et alii, « Growth differentiation factor 11 is a circulating factor that reverses age-related cardiac hypertrophy », Cell, 153(4), 9 mai 2013.
[2] Ian Sample « Can we reverse the ageing process by putting young blood into older people ? », The Guardian, 4 août 2015.
[3] Ambrosia LLL, « Young donor plasma transfusion and age-related biomarkers » ; https://clinicaltrials.gov et https://www.ambrosiaplasma.com/
[4] Jeff Bercovici, « Peter Thiel is very, very interested in young people’s blood », Inc., 1er août 2016.
[5] Jeff Bercovici, « Peter Thiel wants you to get angry about death », Inc., 7 juillet 2015.
[6] Romain Clergeat, « Le projet fou d’un milliardaire russe : la vie éternelle », Paris Match, 8 juillet 2013.
[7] Laurent Alexandre, La Mort de la mort, J.-C. Lattès, 2011.
[8] cité dans « Un rêve sans fin », documentaire diffusé par « Envoyé spécial », avril 2015, réalisation Anouk Burel.
[9] Ces structures, séquences d’ADN répétées plusieurs milliers de fois, situées à l’extrémité des chromosomes, les protègent contre la dégradation. Mais à chaque division cellulaire, les télomères sont un peu amputés, jusqu’à atteindre une taille limite, entraînant alors la senescence de la cellule puis sa mort.
[10] Kazutoshi Takahashi, Shinya Yamanaka, « Induction of pluripotent stem cells from mouse embryonic and adult fibroblast cultures by defined factors », Cell, 126(4), 2006, p. 663-676.
[11] Nir Barzilai et alii, « Metformin as a Tool to Target Aging », Cell Metabolism 23, 14 juin 2016.
[12] Maxime Vaudano, « Congeler les morts, un business d’avenir ? », Le Monde, 6 janvier 2014.

jeudi 1 mars 2018

Politique & Eco n°160 : L’Horreur politique : l’Etat contre la société (tvlibertes)



A. Les dessous de l’économie avec Natasha Königsberg. B. L’Horreur Politique, l’Etat contre la société. Olivier Pichon reçoit Olivier Babeau professeur à l’université de Bordeaux ancien conseiller ministériel auteur du livre « L’horreur Politique » paru aux Editons des Belles-lettres. 1. L’extension continue du domaine de l’Etat. - Un livre établi selon neuf lois. - Les origines de cette croissance. - 1912 :11% du PIB Français. 2018 : 57%. - Le paroxysme français. - Louis XIX : pouvoir et limites. - La France ou l’art d’enrichir ses voisins. - Max Weber et l’autonomisation de l’administration. - Inefficience du parlementarisme. - L’Etat, comme hypostase sacrée, ne peut se tromper. - Infaillibilité de l’Etat, - Jacques Rueff et les économistes autrichiens : la connaissance de l’incertitude et du risque. - La logique assurancielle. Joseph Stieglitz (prix Nobel) et l’incertitude. - Schumpeter : mise en doute de la bienveillance a priori de l’Etat. - L’école des choix publics (J. Buchanan prix Nobel). - La longue liste des échecs économiques de l’Etat. 2. Les hommes politiques ne font pas ce qu’ils disent et ne disent pas ce qu’ils font. - G. Lane : le divorce avec l’Etat. - Sociologie des hommes politiques. - Les électeurs ne sont-ils pas souvent responsables des mécomptes des politiciens qu’ils élisent ? - L’Etat perçu comme un guichet de gratifications. - Comment changer les politiques, le problème du contact avec le monde réel. - Ouvrir les portes de la haute administration à d’autres que ceux qui ont été reçus à un concours à 22 ans. - Comparaison avec la classe politique des années 20 et 30. - Les citoyens agissent souvent dans le sens de leur asservissement. - Le problème de la valeur, la sanction par le marché pour les entreprises. - La valeur ajoutée des administrations publiques en question. - La sécurité sociale non fondée sur des règles de droit. - Limiter les mandats dans le temps, problème de l’employabilité limitée des hommes de l’Etat. - A Bercy les plus hauts salaires en dérogation aux règles de la fonction publique. - Problème posé par Juvénal : qui gardera le gardien, - Séparation des pouvoirs, comme c’est « le peuple qui a le pouvoir » il n’y a plus de contre pouvoir. - Louis XIV mit des années à exproprier les propriétaires de maisons pour construire la colonnade du Louvre. - Rousseau et le contrat social, le livre préféré de Robespierre. 3. La loi de complexification comme résultante de l’ignorance. - A la main invisible honnie on substitue la main visible d’un état omniscient. - Jacques Bichot et la complexité, impéritie et volonté politique d’opacifier et de légitimer la nouvelle embauche de fonctionnaires. - La fameuse loi de simplification de 2013 reprise par un texte de 150 pages énumérant les exceptions au principe qui ne dit mot consent. - L’Etat soutien l’économie comme la corde soutien le pendu. - Priapisme fiscal de l’Etat, la question des dépenses n’est jamais évoquée. - Inertie radicale de l’Etat face à la technologie, celui-ci ne comprend pas le big bang numérique. - La nouveauté prétexte à une nouvelle taxe ! - Repenser l’Etat qui n’échappera pas à la logique numérique. - Google monopole ?débat sur la question. - Course poursuite entre l’Etat et la technologie ; - Un épuisement démocratique avéré, quelles solutions ? - Démocratie ou république ? - L’impératif éducatif. - L’Etat et la nation quels rapports ? Autres livres d’Olivier Babeau : La nouvelle ferme des animaux, version allégorique du livre en débat, et un livre à venir Eloge de l’Hypocrisie, contre la transparence tyrannique contemporaine.