jeudi 25 avril 2013

Le piège des sans-emploi (The New York Times) (Le grand soir)

 

Le piège des sans-emploi (The New York Times)

   
Franklin D. Roosevelt nous disait que la seule chose que nous avions à craindre était la peur elle-même. Mais lorsque les futurs historiens se pencheront sur notre réponse monstrueusement défaillante quant à la dépression économique, ils ne blâmeront probablement pas la peur en soi. Au lieu de cela, ils fustigeront nos dirigeants pour avoir craint les mauvaises choses.
La crainte exagérée qui a conduit la politique économique a été l’hystérie de la dette, la peur que, si nous ne coupions pas dans les dépenses nous en arriverions un jour ou l’autre à l’état dans lequel se trouve la Grèce maintenant. Après tout, les économistes n’ont-ils pas prouvé que la croissance économique s’effondre une fois que la dette publique dépasse 90% du produit intérieur brut ?
Eh bien, il s’avère que la célèbre ligne rouge sur la dette, était un artefact de statistiques douteuses, renforcé par une mauvaise arithmétique. Et les Etats-Unis ne sont pas et ne peuvent pas être la Grèce, parce que les pays qui empruntent dans leur propre monnaie opèrent selon des règles très différentes de ceux qui dépendent de l’argent de quelqu’un d’autre. Après des années d’avertissements répétés que la crise financière était juste au détour du chemin, le gouvernement étasunien peut encore emprunter à de très bas taux d’intérêt.
Mais de même que les craintes de la dette ont été et sont peu judicieuses, il existe un réel danger que nous avons ignoré : l’effet corrosif, social et économique, d’un chômage élevé et persistant. Et même si le problème de l’hystérie de la dette s’effondre, nos pires craintes au sujet des dommages du chômage de longue durée sont en en train de se confirmer.
Actuellement, un certain taux de chômage est inévitable dans une économie en constante évolution. Les Etats-Unis d’aujourd’hui ont tendance à avoir un taux de chômage de 5% ou plus, même dans les bons moments. Dans ceux-ci, cependant, les périodes de chômage sont généralement brèves. De retour en 2007, il y avait environ 7 millions d’Etasuniens au chômage - mais seulement une petite fraction de ce total, environ 1,2 millions, avaient été sans emploi plus de six mois.
Puis la crise financière a frappé, entraînant une chute économique terrifiante suivie d’une faible reprise. Cinq ans après la crise, le chômage reste élevé, avec près de 12 millions d’Etasuniens sans emploi. Mais ce qui est vraiment frappant, c’est le grand nombre de chômeurs de longue durée, avec 4,6 millions de chômeurs de plus de six mois et plus de 3 millions de personnes qui ont été sans emploi pendant un an ou plus. Oh ! Et ces chiffres ne comptent pas ceux qui ont renoncé à chercher du travail parce qu’il n’y a pas d’emplois à trouver.
Il va sans dire que l’explosion du chômage de longue durée est une tragédie pour les chômeurs eux-mêmes. Mais elle peut aussi être un désastre économique plus important.

La question clé est de savoir si les travailleurs qui sont au chômage depuis longtemps en viennent à être considérés comme inaptes au travail, des produits contaminés que personne ne va acheter. Cela peut se produire parce que leurs compétences de travail s’atrophient, mais une raison plus probable est que les employeurs potentiels supposent que quelque chose ne doit pas aller avec des gens qui ne peuvent pas trouver un emploi, même si la vraie raison est tout simplement la violence de l’économie. Et il existe, malheureusement, un nombre croissant de preuves de l’altération du chômage de longue durée au moment où nous écrivons.
Un élément de preuve vient de la relation entre les créations d’emploi et le chômage. Normalement, ces deux valeurs se déplacent en sens inverse : plus il y a de créations d’emplois, plus le nombre d’Etasuniens sans emploi baisse. Et cette relation traditionnelle reste vérifiée si l’on regarde le chômage à court terme. Mais comme William Dickens et Rand Ghayad de la Northeastern University l’ont récemment montré, le lien s’est rompu pour ce qui concerne les chômeurs de longue durée : une augmentation du nombre d’offres d’emploi ne semble pas faire beaucoup pour réduire leur nombre. C’est comme si les employeurs n’avaient même pas pris la peine de regarder les personnes qui ont cessé de travailler pendant une longue période.
Pour tester cette hypothèse, Rand Ghayad a ensuite fait une expérience, il a envoyé des curriculum vitae décrivant les compétences et les antécédents en matière d’emploi de 4800 travailleurs fictifs. Qui a été rappelé ? La réponse a été que les travailleurs qui ont déclaré avoir été au chômage pendant six mois ou davantage ont obtenu très peu de succès, même quand toutes leurs autres qualifications étaient supérieures à celles des travailleurs qui n’ont pas suscité l’intérêt de l’employeur.
Donc, nous sommes en effet en train de créer une classe permanente d’Etasuniens sans emploi.
Et soyons clairs : il s’agit d’une décision politique. La raison principale pour laquelle notre reprise économique a été si faible, c’est que, effrayés par les campagnes de peur sur la dette, nous avons fait exactement ce que la macroéconomie de base dit que vous ne devriez pas faire - couper les dépenses du gouvernement face à une économie déprimée.
Il est difficile d’exagérer l’effet autodestructeur de cette politique. En effet, l’ombre du chômage de longue durée signifie que les politiques d’austérité sont contre-productives même en termes purement financiers. Les travailleurs, après tout, sont aussi des contribuables, si notre obsession de la dette prive des millions d’Etasuniens d’un emploi productif, cela coupera des revenus à venir et augmentera les déficits futurs.
Notre crainte exagérée de la dette en revient, pour faire bref, à créer une catastrophe au ralenti. Elle ruine de nombreuses vies, et en même temps nous appauvrit et nous affaiblit de toutes les façons. Et plus nous persisterons dans cette folie, plus les dégâts seront importants.
Paul Krugman
Le 21 avril 2013.
NdT : Paul Krugman est Professeur d’économie à l’université de Princeton, il s’est vu attribuer en 2008 le Sveriges Riksbank Prize in Economic Sciences.
Source : The Jobless Trap
URL de cet article 20298

Après l’ANI, le droit de grève bientôt soumis à la question ? (Le grand soir)

Après l’ANI, le droit de grève bientôt soumis à la question ?

"Ils se comportent encore comme des voyous !"
   
Le droit social français connaît des heures difficiles. Alors que le Conseil constitutionnel va plancher sur la loi du Mariage pour tous, il se pourrait bien qu’au train où vont les choses les sages de la rue de Montpensier se retrouvent un jour prochain à examiner le droit de grève.
Celui-ci, comme le code du Travail avec l’ANI, risque de devenir, si ce n’est la bête à abattre (il ne faut pas que cela soit trop visible), en tout cas un animal à dépecer. Un mammouth à dégraisser, comme diraient certains.
Déjà, des signes avant coureurs apparaissent ici et là. Mardi 24 avril, la grève a été pointée un temps par la direction de Peugeot comme la responsable d’une décision que le constructeur automobile pourrait prendre la mort dans l’âme : la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-bois.
L’action des salariés de l’usine « pourrait nous obliger » à fermer le site cette année et non l’an prochain comme Peugeot l’avait promis, a susurré de façon liminaire le directeur financier, Jean-Baptiste de Chatillon. Et ceci est « le fait » d’un « petit nombre de personnes (qui) continue à perturber notre usine ». Depuis quinze semaines.
Après les patrons voyous : les syndicats et la grève de voyous, en quelque sorte.
A peine lancée aux journalistes, la phrase assassine fait l’objet d’un rétropédalage de la part de la direction de Peugeot qui affirme qu’elle entend maintenir le calendrier initial de fermeture du site.
Peu importe, l’important est que Peugeot utilise la grève scélérate comme autant d’éléments de langage à destination non seulement du patronat dans son ensemble et des salariés français qui doivent comprendre ce qui arrive en pareil cas. Le politique doit également tendre une nouvelle fois l’oreille.
Rassurons-nous : le gouvernement a le pavillon très élastique, nous l’avons vu et compris avec l’Accord national interprofessionnel (ANI), dit de « flexisécurité » (la deuxième partie de ce mot-valise étant des plus relatives).
De plus, nul n’était besoin pour Peugeot de remettre la mort annoncée de ce site industriel sur le tapis de la communication : le sort d’Aulnay est scellé depuis belle lurette.
L’usine est maudite pour la famille Peugeot et les actionnaires depuis 1982 : les ouvriers immigrés se battent alors, notamment, pour la … liberté syndicale. Après une longue saga de conflits sociaux, notamment celui de 2007 en pleine campagne présidentielle, en 2011 un document interne évoque la fermeture du site. En 2012 : l’arrêt de mort devient officiel, la C3 n’y sera plus produite.
A GENOUX
Pourtant, bien avant la crise qui touche la construction automobile et les erreurs stratégiques commerciales de Peugeot mettant l’entreprise à genoux, Aulnay marchait très bien. En 2004, l’usine avait connu un record de production et de productivité (418.000 véhicules par 5.000 salariés).
Autre indice précurseur d’une attaque en règle contre le droit syndical : Alain Vidalies, ministre en charge des relations avec le Parlement a déclaré sur France Info que le gouvernement sera défavorable à l’amnistie des délits commis lors de mouvements sociaux.
Le tout bien que la proposition de loi communiste en ce sens ait été déjà adoptée au Sénat. Pudique, en plein affaire Cahuzac, Vidalies tient à ajouter que son gouvernement n’est pas favorable « à cette amnistie, ni à aucune autre ».
Nous attendons donc avec impatience, la terrible sentence qui va frapper l’ancien ministre du Budget fraudeur fiscal à grande échelle. Elle viendra de la Cour de Justice de la République (si le dossier va jusque là, d’ici deux-trois ans) réputée pour l’extrême rigueur de ses décisions…
En pleine crise économique, les leviers dont disposent les représentants du personnels pour faire valoir les droits de leurs mandants, non seulement en matière de conditions de salaires et de travail mais surtout en ce qui concerne le maintien de l’emploi, se réduisent comme peau de chagrin.
Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les ménages qui ont déjà le plus grand mal à boucler des fins de mois commençant le 15 (dans le meilleur des cas) regardent à deux fois avant de cesser le travail pour motifs revendicatifs.
Cette loi d’amnistie sociale, pour aussi débattue qu’elle pourrait l’être, a néanmoins sa légitimité. Les actions "musclées" des militants syndicaux n’ont été jusqu’ici mus que par des objectifs personnels.
Ensuite, on ne peut qu’espérer que notre gouvernement très attentif aux desideratas du Medef lors de l’écriture de l’ANI, n’écornera pas plus avant le droit des salariés à « valeur constitutionnelle » et figurant par ailleurs dans « La Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ».
Denis Thomas

URL de cet article 20323

mercredi 24 avril 2013

En Grèce, on a tiré à balles réelles sur des travailleurs qui réclamaient le paiement de leurs salaires ( cercle des volontaires)

En Grèce, on a tiré à balles réelles sur des travailleurs qui réclamaient le paiement de leurs salaires

 
Les faits que nous relayons ici se sont produits le 17 avril 2013 à Manolada, une ville de l’est de la Grèce, un peu connue des touristes, et surtout connue des négociants de fraises. Les propriétaires y emploient des travailleurs immigrés à travailler dans des serres ou en plein air. Ils emploient également des hommes de main pour « maintenir l’ordre », notamment quand les salaires ne sont pas versés correctement. Nous sommes au XXIème siècle, en Europe ; mais les faits rappellent d’autres époques ou d’autres continents. Voici un article publié dans les Dossiers du BIP n°152.

Des hommes de main des grands propriétaires agricoles de Manolada, ont tiré et blessé des ouvriers !
Des hommes de main des grands propriétaires fonciers – des capitalistes de la production de fraises – de Manolada, ont tiré une grêle de balles sur des ouvriers agricoles miséreux ! Quelque 200 ouvriers originaires du Bangladesh, après la fin de leur travail dans les serres, vers 18 heures, sont allés aux bureaux de la société pour réclamer leurs arriérés de plusieurs mois de salaire. Là, les surveillants – hommes de main des patrons prirent des carabines et tirèrent de sang froid, blessant plus de 35 ouvriers, dont 11 sérieusement. Les blessés ont été évacués vers le Centre de santé de Varda, à l’hôpital de Pyrgos et à l’hôpital de Rio.
Le déroulement des faits : Les travailleurs migrants travaillaient depuis 6 heures du matin. Quand ils eurent fini ils se rendirent aux bureaux de l’entreprise pour réclamer leurs arriérés. Là ils ont été confrontés à trois surveillants employés d’un grand propriétaire foncier – grand exportateur de la région. Quand ils ont compris que les surveillants n’étaient pas disposés à satisfaire leurs réclamations, ils ont protesté vivement. Alors les sbires, comme affirment des témoins oculaires, sont allés à leur voiture. Deux d’entre eux ont pris des carabines. Le troisième a pris un revolver et commencé à tirer en l’air. Entretemps les deux premiers ont armé leurs carabines et commencé à tirer dans le tas. S’en est suivi le chaos. La pluie de balles a touché 33 ouvriers qui sont tombés ensanglantés au sol, tandis que les autres fuyaient vers les champs pour échapper aux balles meurtrières. Les balles et les chevrotines avaient touché les ouvriers à la tête, aux yeux, au cou, à la poitrine, et atteint plusieurs organes vitaux.
Les auteurs, avec l’aide de deux chauffeurs, ont disparu. Ils sont recherchés par la police. Un peu plus tard le propriétaire foncier a été arrêté. Selon des informations, un des agresseurs avait en 2009 attaché deux ouvriers agricoles immigrés derrière son scooter et les avait trainé dans les rues de Manolada sur la simple présomption qu’ils avaient volé quelques moutons.
Un peu plus tard sont arrivés sur les lieux 10 ambulances. Les ouvriers blessés ont été évacués vers le Centre de santé et les hôpitaux. Comme l’a déclaré le directeur adjoint du Centre de santé, Nikos Chountras, aux actualités de la chaine NET, cette scène choquante, avec des dizaines de blessés ensanglantés, ressemble à un incident de front de guerre.
Dans sa communication, le secrétariat exécutif du groupe intersyndical PAME, a entre autres, souligné : « Les ouvriers migrants à Manolada qui subissent au quotidien, hormis le terrorisme de l’Etat et des patrons, le fait de travailler sans aucune protection et sans assurance, dans des conditions de vie difficiles, sans le moindre moyen d’hygiène, sans soins médicaux ni médicaments, ont aujourd’hui subi un attaque meurtrière avec des armes à feu par les sbires du patronat avec comme conséquence l’hospitalisation de dizaines d’entre eux »
« La serre » aurifère de la bestialité
L’orgie d’exploitation impitoyable et de terrorisme brutal des grands propriétaires terriens et grands exportateurs de fraises de la région de Manolada, est arrivée hier après-midi à s’en prendre à la vie des ouvriers migrants ; elle a pris forme dans sa manière la plus odieuse.
L’événement d’hier n’est pas isolé, ni accidentel. Dans la région règnent des lois d’airain imposées par les grands propriétaires de la culture de la fraise avec la complicité tacite des pouvoirs locaux et de l’état.
Les ouvriers migrants, avec des salaires journaliers de 25 euros, de soleil en soleil, travaillent comme des serfs, vivent dans des abris misérables de nylon au fond des champs, pour lesquels ils doivent encore payer un loyer. Il y a des cas documentés et des témoignages de travailleurs agricoles migrants eux-mêmes, expliquant que s’ils relâchaient un peu la cadence du travail, ils étaient battus et menacés avec des armes, et que l’on tirait en l’air pour les intimider.
De la part des grands propriétaires de la culture des fraises et de leurs sbires, la tactique d’intimidation et de violence, est une seconde nature.
En effet, en avril 2008 ils n’ont pas hésité de faire des raids nocturnes contre les maisons de centaines de travailleurs migrants, – en grève pour de meilleurs salaires – avec des pistolets, des carabines, des battes, des barres de fer, les battant et les menaçant de les tuer s’ils n’arrêtaient pas la grève.
Quelques heures plus tôt un groupe de sbires des grands propriétaires avait attaqué des cadres Parti communiste de Grèce (PCG) et des syndicalistes de PAME sur la place centrale de Manolada parce qu’ils s’étaient solidarisés avec la grève. Au lendemain de cette attaque, le PAME a organisé dans la région un rassemblement. Quelques jours plus tard il a organisé une mobilisation dans tout le Péloponnèse avec la participation de milliers de travailleurs. Comme alors, les travailleurs doivent donner maintenant leur propre réponse au terrorisme patronal.
Par un communiqué, le Comité du département d’Ilia du PCG condamne l’attaque meurtrière des grands fermiers contre des ouvriers étrangers.
Source : Les Dossiers du BIP
Traduction : Alexandre MOUMBARIS
Correction : Marie José MOUMBARIS

Nactualités : amnistie pour les casseurs ?

Nactualités : amnistie pour les casseurs ?

Sans droit à manger (Pressenza)

Sans droit à manger
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Image par Gabriel Sanz
Cet article est aussi disponible en : Espagnol
Ils nous disent qu’ils veulent abolir la faim dans le monde, que si cela ne sera pas possible en 2015, alors ce sera pour plus tard. Aujourd’hui, quand les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) deviennent caducs sans avoir, bien entendu, rien obtenu, on invente de nouveaux concepts tels que l’ « Agenda pour le Développement Post-2015 » et ils nous disent de garder l’espoir et de leur faire confiance, de les laisser faire, parce que cette fois-ci, « c’est la bonne ». Et l’histoire, ou le mensonge, se répète à nouveau.
Les Objectifs du Millénaire pour le Développement, impulsés par les Nations Unies en l’an 2000, ne sont plus qu’un chiffon de papier et tel sera également le sort de l’Agenda pour le Développement Post-2015, ou de tout ce qui suivra. Et cela parce que mettre un terme à la faim dans le monde ne dépend pas de déclarations et de bonnes intentions, ni d’accords signés, ni d’une ferme direction dans les hautes sphères ; cela dépend uniquement et exclusivement d’une volonté politique. Et cette dernière n’existe pas.
Ces questions sont abordées par la Consultation de Haut Niveau des Nations Unies sur la Faim, la Sécurité Alimentaire et la Nutrition qui se déroule aujourd’hui [04/04/2013] à Madrid, dans le cadre d’une série de dialogues internationaux promus par l’ONU, et qui réunit son secrétaire général, Ban Ki-moon, le président Mariano Rajoy, et la fine fleur de l’ONU et des représentants du monde patronal, académique, etc. Son objectif : discuter sur comment affronter le problème de la faim à partir de 2015, date butoir pour les OMD. Mais, si ce sont les mêmes gouvernements qui nous ont conduits à la situation présente qui vont diriger ce processus, alors on est mal partis.
Avec leur frénésie de coupes budgétaires qui ont fait exploser les chiffres de la faim ici et à l’échelle internationale, on ne peut que s’attendre à très peu, ou plutôt à rien de bon, de leur part sur cette question. Selon les données de l’Institut National de Statistique de 2010, on estime qu’au moins 1,1 millions de personnes ont faim dans l’Etat espagnol et ne consomment pas les calories et les protéines minimales nécessaires. Un chiffre qui, dans le contexte actuel de crise économique et sociale, de chômage et de précarité, est certainement encore plus important. Et ce n’est pas tout. Le gouvernement espagnol, amphitryon de la Consultation de l’ONU, est le même qui a supprimé l’Aide Publique au Développement, en la réduisant à sa plus minime expression – aux niveaux de 1990 et en queue du peloton dans l’Union européenne. La solidarité de ce gouvernement avec les pays du sud équivaut à zéro.
Les Nations Unies nous disent que pour mettre un terme à la faim nous devons favoriser la croissance. Comme on le souligne dans son rapport sur « L’état d’insécurité alimentaire dans le monde en 2012 » : « Les pauvres doivent participer au processus de croissance et à ses bénéfices. La croissance doit être atteinte avec la participation des pauvres et s’étendre à ces derniers ». Et d’ajouter : « La croissance agricole est particulièrement efficace pour réduire la faim et la malnutrition ».
Mais là n’est pas le problème. Il ne s’agit pas de redémarrer à nouveau la machine de la croissance économique, comme s’il s’agissait d’une formule magique. Ce dont nous avons besoin c’est de redistribution et de justice. Tout particulièrement dans les politiques agricoles et alimentaires, où des tonnes de nourritures finissent tous les jours dans les poubelles alors que 870 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim. Il ne nous faut pas « plus de richesses concentrées dans une poignée de mains », mais plus de démocratie.
D’après l’organisation GRAIN, depuis les années 1960, la production alimentaire a été multipliée par trois, tandis que la population mondiale n’a fait que doubler. Il existe une quantité phénoménale de nourriture, bien plus grande qu’à n’importe quelle autre période de l’histoire, mais si on n’a pas d’argent pour l’acheter ou d’accès à la terre, à l’eau, aux semences pour la produire, alors on ne mange pas. Il ne s’agit donc pas de produire plus d’aliments mais bien de répartir ceux qui existent déjà. C’est l’ensemble du modèle agro-alimentaire, au service d’une poignée d’intérêts privés, qui est en cause.
Les médias et les institutions internationales nous disent que la faim est le fruit de phénomènes météorologiques et de conflits armés. Pas seulement et pas principalement. Les causes de la faim sont politiques et ont à voir avec ceux qui contrôlent les politiques agricoles et alimentaires, avec ceux qui en tirent profit et dans les mains desquels se trouvent les moyens de production des aliments.
Ce n’est qu’ainsi qu’on peut expliquer que des pays comme Haïti qui, dans les années 1970, produisait suffisamment de riz pour alimenter sa population, est aujourd’hui l’un des pays les plus frappés par la faim. Depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, les politiques de libéralisation commerciale et d’invasion de ses marchés par des produits subventionnés de multinationales du Nord, vendus en dessous de leurs prix de production, ont détruit ses systèmes agricoles, supprimé sa souveraineté alimentaire et l’ont transformé en pays dépendant de l’achat de nourriture à des entreprises étrangères. Ce n’est pas le hasard qui a conduit, comme tant d’autres pays, Haïti à la faim, mais bien la politique.
Dans le contexte actuel de crise profonde du système, les biens communs se transforment en une nouvelle source de profit pour le capital. On intensifie l’accaparement des terres, la privatisation de l’eau, la spéculation avec la nourriture. En d’autres mots, ce que le géographe David Harvey appelle l’« accumulation par dépossession ». Ou comment devenir riche en privatisant ce qui appartient à la majorité. Et ces processus ne font rien d’autre qu’aggraver les causes de la faim, en laissant des multitudes de gens sans droit à manger.
*Article publié dans le journal Público, 04/04/2013.
**Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Grèce, Espagne, Portugal…: la reprise n’est pas pour demain (Blogapares)

Grèce, Espagne, Portugal…: la reprise n’est pas pour demain

1x1.trans Grèce, Espagne, Portugal...: la reprise nest pas pour demainC’était bien la peine tout ce mal. C’est pas faute de l’avoir répété mais il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Les politiques d’ ont trouvé leur limite mais et consorts s’entêtent dans leur enfermement idéologique d’oligarque.
En tout cas, pour la , faudra attendre. Telle est la conclusion de 40 économistes interrogés la semaine dernière par et dont beaucoup ont revu leurs prévisions à la baisse depuis janvier.

Dans une déclaration au Comité du à Washington, le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder, a affirmé par ailleurs d’une manière générale que la réponse politique internationale n’est pas à la hauteur des enjeux mondiaux de croissance, de création d’ et de réduction de la pauvreté.
L’enquête menée par Reuters rapportée par Capital, laisse peu d’espoir quant à une baisse du niveau du chômage en Espagne et en , où plus d’un quart de la population active est sans emploi.
« En Grèce, les mesures d’austérité, qui incluent une baisse des retraites et des traitements dans la fonction publique ainsi que des hausses d’impôts, devraient contribuer à une contraction de 4,5% du PIB en 2013, selon les économistes interrogés par Reuters, dont les prévisions sont semblables à celles d’Athènes.
Au Portugal, des mesures d’austérité semblables affectent la consommation et les investissements, ce qui conduit les économistes à attendre une contraction de 2,4% cette année puis une croissance de 0,3% en 2014, ce qui correspond aux prévisions de Lisbonne.
En Espagne, les économistes interrogés par Reuters attendent une contraction de 1,5% en 2013, comme dans les deux dernières enquêtes de ce type. »
Le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder, est bien plus pessimiste encore. Selon lui, les politiques actuellement mises en œuvre pour répondre à la mondiale échouaient à enrayer la hausse du chômage dans les économies avancées et le blocage de la croissance dans les pays émergents et en développement. « Les politiques actuelles n’arrivent pas à juguler la hausse du chômage dans les pays avancés et freinent la croissance rapide dont les pays émergents et les pays en développement ont besoin pour faire face à l’augmentation de leur main-d’œuvre jeune».
Selon les estimations de l’OIT, plus de 200 millions de personnes seraient au chômage de par le Monde, dont 74 millions de jeunes.
Environ 470 millions de nouveaux emplois devront être créés entre 2015 et 2030 simplement pour absorber la croissance de la population mondiale en âge de travailler.
En outre, quelque 870 millions d’hommes et de femmes ne gagnent pas suffisamment pour se hisser au-dessus du seuil de pauvreté de 2 $ par jour.
M Ryder a aussi cité en exemple les succès des politiques menées en Amérique latine où la protection sociale et les minimaux ont contribué à stimuler la croissance, et en Asie de l’Est et du Sud-Est où la demande intérieure a joué un rôle essentiel pour soutenir la croissance économique. Mais ça la Troïka ne veut même pas en entendre parler, pensez-vous, adieu lait, vaches et cochons.
Tout va pour le pire dans le pire des mondes possibles mais rien n’est fait réellement pour que les choses changent, l’austérité étant menée comme la seule politique possible.
Bien au contraire, c’est la fuite en avant suicidaire. Comme quand les empires vacillent avant de s’effondrer.
Sources: CapitalOIT
 

Jean-Marc Daniel 24 Avril 2013 - Salaire minimum XIIIe siècle (J'ai un doute)



Chypre : la troïka persiste et signe (Blogapares)

Chypre : la troïka persiste et signe

1x1.trans Chypre : la troïka persiste et signeArticle de Jerôme Durval paru dans CADTM
Comme en Espagne, le modèle de développement avec le taux de croissance élevé des années 2000 en large partie dû au secteur de construction et du tourisme semble avoir atteint ses limites. est secouée par les politiques d’ qui traversent la , les attaques spéculatives et les pressions de ses créanciers.


Pourtant, la dette publique chypriote ne dépasse le niveau requis par Bruxelles (60% du PIB) qu’après l’éclatement de la en Europe et passe de 48.9% en 2008 à 71,1% en 2011. Elle serait de 84% du PIB au troisième trimestre 2012 selon Eurostat |2| et pourrait dépasser les 109 % du PIB cette année.
Suite à de nombreux rebondissements, finalement, ce ne sont plus 18 milliards dont a besoin le gouvernement chypriote pour la période 2012-2016 mais au moins 23 milliards d’euros. Alors que les négociations courent toujours entre les autorités chypriotes et russes sur la restructuration du prêt de 2,5 milliards d’euros accordé en 2011 à Chypre par la Fédération de , la a donné son verdict avant d’être validé par les Parlements nationaux |3| : l’austérité, comme on pouvait s’y attendre, sera brutale voire mortelle et dévastatrice à Chypre. En échange d’un prêt de 10 milliards d’euros (9 milliards de la zone euro, via le Mécanisme européen de stabilité (MES), et 1 milliard du ), la troïka impose ses recommandations habituelles :
1x1.trans Chypre : la troïka persiste et signe allongement de la durée du travail en repoussant l’âge de départ à la retraite de deux ans ;
1x1.trans Chypre : la troïka persiste et signe réduction de 4500 fonctionnaires jusqu’en 2016 ;
1x1.trans Chypre : la troïka persiste et signe gel des pensions retraites et salaires jusqu’en 2016 ;
1x1.trans Chypre : la troïka persiste et signe augmentation de 17 à 19% de la TVA à raison d’un point en plus par an en 2013 et en 2014 (le taux réduit de TVA augmentera de 8% à 9%) ;
1x1.trans Chypre : la troïka persiste et signe augmentation des impôts/taxes sur le tabac, l’alcool, l’énergie, les transports et l’essence ;
1x1.trans Chypre : la troïka persiste et signe coupes claires dans l’éducation et la santé…
Chypre rejoint ainsi le club des pays sous perfusion de la troïka. La population chypriote est sommée de se serrer la ceinture pour sauver des banques privées insouciantes et irresponsables qui ont perdu des milliards en spéculant sur la dette grecque.
Sur les 10 milliards « d’aide », seulement 3,4 milliards doivent servir au besoin de financement du gouvernement. 2,5 milliards sont destinés à recapitaliser le secteur bancaire (la somme totale nécessaire est estimée à 10,4 milliards d’euros) et les 4,1 milliards restant repartiront aussitôt en remboursement de la dette arrivant à échéance.
Signalons au passage que le montant prêté par la troïka est à peu près équivalent à la fortune de 11,5 milliards de dollars détenue par le milliardaire chypriote John Fredriksen. D’après Forbes, les 3 milliardaires de Chypre totalisent 13,6 milliards de dollars. |4|
Mais ce n’est pas tout, pour satisfaire ses créanciers, le pays doit dégager 13 milliards d’euros, au lieu des 7 milliards prévus fin mars. Ces 13 milliards supplémentaires (soit 75 % du PIB annuel actuel de l’île) seront à la charge des Chypriotes qui pâtissent d’un effondrement de leur pouvoir d’achat et dont le taux de chômage a brutalement augmenté de 3,7% en 2008 à 14% en février 2013.2 |5|
Chypre, ce paradis fiscal de moins de 1,5 millions d’habitants où les entreprises ne payent officiellement que 10% d’impôt sur leurs bénéfices, devrait s’engager à porter ce taux au niveau de celui de l’Irlande à 12,5 %. Une bien maigre compensation suite à la chute vertigineuse de cet impôt de 9 points qui était de 19% en 2000. Par ailleurs, le programme de privatisations est porté à 1,4 milliard d’euros et la banque centrale doit vendre une partie de l’or qu’elle détient en réserve pour 400 millions d’euros.
La particularité de cette crise est qu’elle met en doute la sécurité des dépôts bancaires de la population, dorénavant, on touche au portefeuille des citoyens. Le projet initial élaboré en mars prévoyait d’instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75 % sur les dépôts bancaires en-deçà de 100 000 euros et de 9,9 % au-delà de ce seuil. Il a été rejeté par le Parlement le 19 mars 2013. Après avoir été empêchée de violer sa propre loi protégeant les avoirs bancaires de moins de 100 .000 euros par les députés chypriotes, l’ propose désormais de mettre à contribution les dépôts de plus de 100 000 euros à hauteur de 60 % selon le FMI. Malgré un soi-disant contrôle sur les capitaux et la fermeture des banques pendant 12 jours en mars, d’énormes fuites ont eu lieu sous les yeux de la .
Cela rappelle fortement la crise argentine de 2001 lorsque le ’ corralito ’ fut décrété le 1er décembre 2001 (il resta en place jusqu’au 1er décembre 2002) et entraîna la chute du gouvernement de Fernando de la Rúa trois semaines plus tard. Ce qui se passe à Chypre, bien que ne représentant que 0,2 % de l’économie de la zone euro (son PIB annuel est d’environ 17,8 milliards d’euros), constitue une première en Europe et a de fortes probabilités d’étendre la crise de la zone euro et au-delà. Malgré les récents discours du FMI appelant à réduire l’austérité, l’institution persiste et signe. Il s’agit de contrôler la mise en œuvre des politiques austéritaires afin de poursuivre les mêmes objectifs d’ajustement. L’austérité doit passer coûte que coûte, outre la réprobation de la Cour constitutionnelle comme au Portugal ou l’impasse au Parlement comme en Grèce |6|.
Le problème des banques chypriotes, c’est la dette grecque, que les banques du Centre leur ont refourguée
Les actifs du système financier chypriote, extrêmement exposé à la dette grecque, sont devenus 8 fois plus importants que le PIB du pays. En 2009 et 2010, les banques privées chypriotes – dont les 2 plus importantes, la banque Laiki et la banque de Chypre – ont massivement investi en bons de la dette grecque à hauts risques à la recherche de rentabilité sur le marché secondaire (où s’échangent les bons de la dette « d’occasion ») et cela alors que les autres banques européennes tentaient par tous les moyens de s’en défaire. La Deutsche Bank a ainsi pu se débarrasser de ses titres de la dette grecque pour les revendre à bon prix aux banques de Chypre. Avec la dévaluation des bons de la dette grecque négociée avec la troïka et la Grèce en décembre 2012 comme condition au déblocage d’une nouvelle tranche d’endettement, les détenteurs de la dette grecque ont été soulagés et c’est tout le système bancaire chypriote qui a subi d’énormes pertes. La banque Laiki et la banque de Chypre se sont alors effondrées. Une fois encore la population est appelée à sauver la mise d’un secteur bancaire privé qui a perdu des milliards en spéculant de manière totalement aberrante.
Article publié dans la revue espagnole Diagonal le 19/04/2013.
Notes
|1| Le ‘Corralito’ (littéralement « petit enclos ») fait référence à la décision de début décembre 2001 du gouvernement argentin, pour mettre fin à des retraits massifs de liquidité (22Mds $ en 3 mois) et à la fuite de capitaux, du gel des avoirs bancaires, de l’interdiction de l’envoi de fonds à l’étranger, et la limitation des retraits bancaires à 250 pesos par semaine.
|2| Eurostat, 23 janvier 2013. http://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca…
|3| Le 18 avril 2013, les députés allemands du Bundestag ont approuvé le plan. Sur les 600 députés présents, 486 ont voté oui, 103 ont voté contre et 11 se sont abstenus.
|4| The World’s Billionaires, Forbes 2013
|5| Eurostat, http://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca…
|6| Les 2 premiers Memorandum de la troika ne sont pas passés devant le Parlement grec, violant ainsi la Constitution.
Source: CADTM

Merkel : « Les membres de la zone euro doivent se tenir prêts à céder leur souveraineté » (Le journal du siècle)

Merkel : « Les membres de la zone euro doivent se tenir prêts à céder leur souveraineté »

Angela Merkel
S’exprimant lors d’une conférence organisée par la Deutsche Bank à Berlin, Angela Merkel a appelé les membres de la zone euro à se tenir prêts à céder leur souveraineté pour surmonter la crise.
Elle a également défendu le recours à la politique d’austérité pour faire face à la crise, affirmant que l’Europe devait trouver à la fois une manière de générer de la croissance tout en assainissant ses finances.
« Nous semblons n’être capables de trouver des solutions communes que lorsque nous sommes au bord du gouffre », a-t-elle dit. « Mais dès que la pression se fait moins forte, tout le monde veut suivre sa propre voie. Nous devons être prêts à accepter que l’Europe ait le dernier mot dans certains domaines. Sinon, nous ne pourrons plus poursuivre la construction européenne ».
« Il serait dangereux que d’autres pays en Europe ressentent que l’Allemagne impose son propre modèle économique sur le bloc entier », a poursuivi la chancelière. Nous n’avons pas toujours besoin d’abandonner nos pratiques nationales, mais nous devons être compatibles. Actuellement, c’est le chaos. Nous devons être préparés à rompre avec le passé pour aller de l’avant. Je suis prête à le faire », a ajouté Merkel.
Les dirigeants européens doivent se réunir à Bruxelles dans les deux prochains mois pour discuter des avancées à réaliser pour aller vers une «union fiscale».