Woodward et Newton
mar, 16/10/2012 -
Croissance: Christine Lagarde prise en faute
Où l’on comprend que la patronne du FMI n’a pas le temps de lire les rapports produits par ses experts…
Grand moment ce lundi après-midi du 8 octobre à Luxembourg au pot de baptême du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) doté d’une force de frappe de 500 milliards d’euros comme chacun sait, et dont Bakchich a déjà souligné l’effrayant déni de démocratie qui le caractérise.
A la tribune, une bande des 4 composée de Christine Lagarde très en beauté dans un blouson en cuir au col démesuré, Klaus Regling, l’apparatchik européen et homme de confiance de madame Merkel venant d’être nommé un peu plus tôt dans la journée directeur général du MES – un bien joli fromage – par son Conseil des 17 Gouverneurs des états de la zone Euro, Jean-Claude Juncker, puissance invitante puisque premier ministre du Grand Duché, par ailleurs grand chambellan de l’Eurogroup et Président du Conseil des Gouverneurs du MES, et enfin Olli Rehn, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires depuis le 27 novembre 2009.
Bercé par les explications fournies par le quatuor distingué, l’auditoire journalistique qui ne se risquerait à aucun prix à un soupçon d’impertinence, ronronne paisiblement.
Le rapport du FMI qui vient de paraître contient une courte étude qui tend à démontrer que les prévisions de croissance sont continuellement fausses et qui conclut que tant le FMI que la Commission Européenne sous-estiment depuis un bon moment les effets des mesures fiscales sur l’investissement, le PIB et l’emploi. Est-ce que les implications de ce phénomène vous inquiètent ? Merci.
Marrant de voir Lagarde pas sur ses gardes ; décontenancée, la dame au carré Hermès fait le mauvais choix :
Je ne sais même pas où vous êtes ni qui vous êtes, puis, faisant mine de se tordre le cou, alors où êtes-vous ?
Découvrant enfin l’effrontée à la modeste robe rouge : « ah d’accord »
-Et pour quel journal travaillez-vous ?
-Je suis du Irish Examiner. Merci.
-Bien. Vaguement gênée : Et bien il y a une deuxième chose que je dois vous demander ; à quelle publication faites-vous exactement allusion ?
C’est au chapitre 2 du rapport du FMI qui vient juste d’être publié…
Du GSFR ou du WEO ?
-Du WEO
-Le WEO ; Ah d’accord
A la décharge des économistes du FMI, leurs bouliers les ont conduit relativement tôt à conclure que la croissance de ce pays avait peu de chance de dépasser les 0,2% cette année. De plus, et comme le soulignait Ann Cahill, ils ont eu l’honnêteté intellectuelle d’admettre qu’ils se sont joyeusement plantés dans l’estimation de l’impact des mesures fiscales sur la croissance.
Dans la perspective de sa prochaine apparition sur une estrade en compagnie de professionnels de l’économie, nous ne saurions trop conseiller à notre tour à Christine Lagarde de jeter un œil à l’encadré de la page 41 (« are we underestimating short-term fiscal multipliers ? ») conclu ainsi par leurs auteurs : « la découverte principale, qui repose sur les données statistiques de 28 économies nationales, est que les multiplicateurs utilisés pour produire des prévisions de croissance depuis le début de la Grande Dépression ont été systématiquement trop bas de 0,4 à 1,2… »
Il n’est jamais trop tard pour apprendre…
Grand moment ce lundi après-midi du 8 octobre à Luxembourg au pot de baptême du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) doté d’une force de frappe de 500 milliards d’euros comme chacun sait, et dont Bakchich a déjà souligné l’effrayant déni de démocratie qui le caractérise.
A la tribune, une bande des 4 composée de Christine Lagarde très en beauté dans un blouson en cuir au col démesuré, Klaus Regling, l’apparatchik européen et homme de confiance de madame Merkel venant d’être nommé un peu plus tôt dans la journée directeur général du MES – un bien joli fromage – par son Conseil des 17 Gouverneurs des états de la zone Euro, Jean-Claude Juncker, puissance invitante puisque premier ministre du Grand Duché, par ailleurs grand chambellan de l’Eurogroup et Président du Conseil des Gouverneurs du MES, et enfin Olli Rehn, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires depuis le 27 novembre 2009.
Bercé par les explications fournies par le quatuor distingué, l’auditoire journalistique qui ne se risquerait à aucun prix à un soupçon d’impertinence, ronronne paisiblement.
Very Awkward Moment
Jusqu’à ce que Ann Cahill du Irish Examiner, s’empare du micro baladeur et s’adresse en ces termes à la patronne du FMI un peu déconcentrée :Le rapport du FMI qui vient de paraître contient une courte étude qui tend à démontrer que les prévisions de croissance sont continuellement fausses et qui conclut que tant le FMI que la Commission Européenne sous-estiment depuis un bon moment les effets des mesures fiscales sur l’investissement, le PIB et l’emploi. Est-ce que les implications de ce phénomène vous inquiètent ? Merci.
Marrant de voir Lagarde pas sur ses gardes ; décontenancée, la dame au carré Hermès fait le mauvais choix :
Je ne sais même pas où vous êtes ni qui vous êtes, puis, faisant mine de se tordre le cou, alors où êtes-vous ?
Découvrant enfin l’effrontée à la modeste robe rouge : « ah d’accord »
-Et pour quel journal travaillez-vous ?
-Je suis du Irish Examiner. Merci.
-Bien. Vaguement gênée : Et bien il y a une deuxième chose que je dois vous demander ; à quelle publication faites-vous exactement allusion ?
C’est au chapitre 2 du rapport du FMI qui vient juste d’être publié…
Du GSFR ou du WEO ?
-Du WEO
-Le WEO ; Ah d’accord
Et bien, tout ce qui est écrit dans le WEO (World Economic Outlook ; cf. pièce jointe) est certainement rédigé à partir des renseignements tirés des observations que nous faisons et qui sont prises en considération de manière très prudente par notre département de la Recherche, puis sont réévaluées en interne et certainement estimées comme des fondements très solides, soit de conseils en matière de politique à mettre en œuvre, soit d’une analyse de ce que nous constatons sur le terrain. Encore que je ne vois pas à quelle partie du WEO, du chapitre 2 du WEO, vous faites exactement référence. Je serais très heureuse de voir de quoi il s’agit après cette réunion si vous le souhaitez…Affligeant.
Des Prédictions qu'on préfèrerait oublier
Il est vrai qu’il eut été délicat pour la Directrice Générale du FMI d’admettre un jour pareil, qu’elle n’avait pas la moindre idée de ce que peut contenir, fut-ce un mea culpa, le World Economic Outlook report – octobre 2012 (« Faire face à une dette élevée et à une croissance qui se traîne ») de l’estimable institution internationale. Se souvient-elle seulement d’avoir prédit - et avec quelle assurance - alors qu’elle oeuvrait sous les ordres de Nicolas Sarkozy, un taux de croissance tricolore de 2,5% en 2012 ?A la décharge des économistes du FMI, leurs bouliers les ont conduit relativement tôt à conclure que la croissance de ce pays avait peu de chance de dépasser les 0,2% cette année. De plus, et comme le soulignait Ann Cahill, ils ont eu l’honnêteté intellectuelle d’admettre qu’ils se sont joyeusement plantés dans l’estimation de l’impact des mesures fiscales sur la croissance.
Dans la perspective de sa prochaine apparition sur une estrade en compagnie de professionnels de l’économie, nous ne saurions trop conseiller à notre tour à Christine Lagarde de jeter un œil à l’encadré de la page 41 (« are we underestimating short-term fiscal multipliers ? ») conclu ainsi par leurs auteurs : « la découverte principale, qui repose sur les données statistiques de 28 économies nationales, est que les multiplicateurs utilisés pour produire des prévisions de croissance depuis le début de la Grande Dépression ont été systématiquement trop bas de 0,4 à 1,2… »
Il n’est jamais trop tard pour apprendre…