Qu’est-ce donc que l’Europe sinon une assemblée brouillonne, une demi-monnaie, un espace mercantile et un jouet américain ?
Publié le 19/10/2012
http://mediabenews.wordpress.com/2012/10/19/quest-ce-donc-que-leurope-sinon-une-assemblee-brouillonne-une-demi-monnaie-un-espace-mercantile-et-un-jouet-americain/
Quelques indices alarmants laissent croire que le couple franco-allemand considéré comme le moteur et la tête de l’Europe serait en train de prendre l’eau. D’inquiétantes fissures sont en train d’apparaître qui augurent d’un avenir moins idyllique que la version officielle, mais cette « Europe » qui est sur toutes les lèvres a-t-elle vraiment une existence et même un avenir ?
Une photo illustre bien le fait, prise il y a déjà quelques mois alors qu’Hollande était dans l’euphorie de sa victoire électorale. Les deux personnages se trouvaient distant d’un bon mètre, Angela Merkel les yeux au ciel, François Hollande l’air pincé… Voilà un bon résumé d’une entente de façade, nous sommes loin des connivences ou des cabrioles de Nicolas Sarkozy. D’aucuns disent que par le passé, les décisions et les négociations se déroulaient dans les coulisses et que par la suite le couple franco-allemand n’avait plus qu’à dérouler ses plans. C’est sans doute oublier, les heurts qui furent également présents entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy et peindre un tableau un peu idyllique de la relation franco-allemande.
S’il est certain, que les deux pays sont le cœur de l’idée européenne, en opposition à la Grande-Bretagne très en retrait dans sa construction et toujours en embuscade pour lui porter quelques coups de griffes, c’est oublier aussi que l’Europe ce n’est pas, et de loin uniquement la France et l’Allemagne. Force est de constater que les médias tricolores ont souvent une tendance systématique à l’oublier, au point de limiter jusque dans l’opinion publique la vraie essence de l’Europe. Elle fut construite nous dit-on pour la Paix… du moins dans les livres d’histoire. Car dans l’absolu elle fut construite avant tout pour ouvrir un espace économique et marchand, selon des idées mercantiles qui sont allées plus vite dans les faits que la construction politique et structurelle.
De plus en plus souvent, cette Europe se trouve d’ailleurs réduite à deux entités, une Europe dite du Sud, appelée méchamment « le Club Med », et une Europe du Nord, qui serait par opposition, plus sage, moins farfelue et moins cavalière. La France tour à tour, au gré du vent des élections, se retrouve écartelée entre son penchant méridional, et sa germanité franque et burgonde. Elle oscille comme un balancier, observée avec attention par sa voisine d’outre-manche, prompte à lui rappeler les limites de son influence. Aujourd’hui, pour des raisons de camp politique, la France penche vers l’Italie, l’Espagne et la Grèce, tandis que l’Allemagne inquiète, se demande si demain elle n’aura pas à subir un effondrement qui commencerait justement en France. Ailleurs c’est un peu la débandade, en Hongrie, Italie,Espagne,Grece,Portugal,rie où l’on se tourne vers la Chine, en Roumanie où la situation politique est proche de l’ubuesque, ne parlons pas de la Belgique menacée dans ses fondements, de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne enlisés dans un sable mouvant. La Suisse au milieu de tout cela annonce des exercices militaires en cas de « chaos social en Europe »…
Mais revenons à la Belgique… curieuse construction politique qui fut un héritage des vieux caprices anglo-saxons qui n’aimaient pas à voir la France sur une frontière naturelle où elle se trouvait toujours dérangeante voire même inquiétante. C’est en 1815, qu’un pseudo royaume des Pays-Bas fut fondé selon les volontés britanniques, jusqu’à son implosion en 1832 et la naissance de la Belgique après un drôle de compromis. Les élections dans cette Belgique valeureuse montre combien l’Europe est loin d’en avoir terminée avec ses vieux fantômes, et que les traités tyranniques du passé n’ont pas fini de faire des cheveux blancs aux députés de Bruxelles… C’est ainsi que nous trouvons des Allemands en Pologne, des Russes en Prusse, mais aussi des Hongrois devenus Roumains ou Ukrainiens, de fortes minorités russes en Moldavie et en Ukraine, des Serbes en Bosnie, des Albanais au Kossovo ainsi que d’autres Serbes, des Anglais en Irlande, des Turcs à Chypre… et je pourrais ainsi continuer indéfiniment.
Je ne parle pas bien sûr des constructions nationales parfois bancales et des séparatismes qui se profilent dans le sein de cette Europe parfois de manière pacifique, parfois dans la douleur. La France à elle seule comprend plusieurs exemples notoires, de la Corse en passant par les Basques ou les Bretons, ailleurs il y a aussi l’Ecosse, la Catalogne, la Bavière etc… des résistances se profilent, se renforcent. Ce grand mouvement n’est que celui d’une Europe séculaire, avec ses contradictions, ses violences, ses incompréhensions. Aussi lorsque François Hollande semble surprendre en déclarant que l’Allemagne par ses réticences sur les obligations freine la résolution de la crise économique en Europe, le couple Franco-allemand finalement ne se porte pas plus mal, et pas mieux que par le passé, car l’Europe n’a à ce jour aucune existence réelle, en dehors de son système économique.
L’imbroglio actuel est tel, son héritage du passé si incompréhensible, et d’ailleurs complètement incompris des Européens, que même si le couple franco-allemand se retrouvait dans une situation plus complexe, l’Europe ne serait finalement pas plus en mauvaise posture qu’à l’heure actuelle. A-t-elle jamais existée ? Comment l’Europe pourrait-elle se construire avec l’hostilité permanente des Britanniques ? Le système monétaire est quant à lui intimement lié à la France et à l’Allemagne, mais combien de pays n’utilisent pas cette monnaie dans l’UE ? Entre ceux qui n’en veulent pas, ceux qui en voudraient mais dont l’UE ne veut pas, et ceux qui ne sont pas pressés de vouloir quelque chose, nous assistons à un vrai vaudeville. Qu’est-ce donc vraiment que l’Europe sinon une assemblée brouillonne, une demi-monnaie, un espace mercantile et un jouet américain ?
Laurent Brayard
S’il est certain, que les deux pays sont le cœur de l’idée européenne, en opposition à la Grande-Bretagne très en retrait dans sa construction et toujours en embuscade pour lui porter quelques coups de griffes, c’est oublier aussi que l’Europe ce n’est pas, et de loin uniquement la France et l’Allemagne. Force est de constater que les médias tricolores ont souvent une tendance systématique à l’oublier, au point de limiter jusque dans l’opinion publique la vraie essence de l’Europe. Elle fut construite nous dit-on pour la Paix… du moins dans les livres d’histoire. Car dans l’absolu elle fut construite avant tout pour ouvrir un espace économique et marchand, selon des idées mercantiles qui sont allées plus vite dans les faits que la construction politique et structurelle.
De plus en plus souvent, cette Europe se trouve d’ailleurs réduite à deux entités, une Europe dite du Sud, appelée méchamment « le Club Med », et une Europe du Nord, qui serait par opposition, plus sage, moins farfelue et moins cavalière. La France tour à tour, au gré du vent des élections, se retrouve écartelée entre son penchant méridional, et sa germanité franque et burgonde. Elle oscille comme un balancier, observée avec attention par sa voisine d’outre-manche, prompte à lui rappeler les limites de son influence. Aujourd’hui, pour des raisons de camp politique, la France penche vers l’Italie, l’Espagne et la Grèce, tandis que l’Allemagne inquiète, se demande si demain elle n’aura pas à subir un effondrement qui commencerait justement en France. Ailleurs c’est un peu la débandade, en Hongrie, Italie,Espagne,Grece,Portugal,rie où l’on se tourne vers la Chine, en Roumanie où la situation politique est proche de l’ubuesque, ne parlons pas de la Belgique menacée dans ses fondements, de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne enlisés dans un sable mouvant. La Suisse au milieu de tout cela annonce des exercices militaires en cas de « chaos social en Europe »…
Mais revenons à la Belgique… curieuse construction politique qui fut un héritage des vieux caprices anglo-saxons qui n’aimaient pas à voir la France sur une frontière naturelle où elle se trouvait toujours dérangeante voire même inquiétante. C’est en 1815, qu’un pseudo royaume des Pays-Bas fut fondé selon les volontés britanniques, jusqu’à son implosion en 1832 et la naissance de la Belgique après un drôle de compromis. Les élections dans cette Belgique valeureuse montre combien l’Europe est loin d’en avoir terminée avec ses vieux fantômes, et que les traités tyranniques du passé n’ont pas fini de faire des cheveux blancs aux députés de Bruxelles… C’est ainsi que nous trouvons des Allemands en Pologne, des Russes en Prusse, mais aussi des Hongrois devenus Roumains ou Ukrainiens, de fortes minorités russes en Moldavie et en Ukraine, des Serbes en Bosnie, des Albanais au Kossovo ainsi que d’autres Serbes, des Anglais en Irlande, des Turcs à Chypre… et je pourrais ainsi continuer indéfiniment.
Je ne parle pas bien sûr des constructions nationales parfois bancales et des séparatismes qui se profilent dans le sein de cette Europe parfois de manière pacifique, parfois dans la douleur. La France à elle seule comprend plusieurs exemples notoires, de la Corse en passant par les Basques ou les Bretons, ailleurs il y a aussi l’Ecosse, la Catalogne, la Bavière etc… des résistances se profilent, se renforcent. Ce grand mouvement n’est que celui d’une Europe séculaire, avec ses contradictions, ses violences, ses incompréhensions. Aussi lorsque François Hollande semble surprendre en déclarant que l’Allemagne par ses réticences sur les obligations freine la résolution de la crise économique en Europe, le couple Franco-allemand finalement ne se porte pas plus mal, et pas mieux que par le passé, car l’Europe n’a à ce jour aucune existence réelle, en dehors de son système économique.
L’imbroglio actuel est tel, son héritage du passé si incompréhensible, et d’ailleurs complètement incompris des Européens, que même si le couple franco-allemand se retrouvait dans une situation plus complexe, l’Europe ne serait finalement pas plus en mauvaise posture qu’à l’heure actuelle. A-t-elle jamais existée ? Comment l’Europe pourrait-elle se construire avec l’hostilité permanente des Britanniques ? Le système monétaire est quant à lui intimement lié à la France et à l’Allemagne, mais combien de pays n’utilisent pas cette monnaie dans l’UE ? Entre ceux qui n’en veulent pas, ceux qui en voudraient mais dont l’UE ne veut pas, et ceux qui ne sont pas pressés de vouloir quelque chose, nous assistons à un vrai vaudeville. Qu’est-ce donc vraiment que l’Europe sinon une assemblée brouillonne, une demi-monnaie, un espace mercantile et un jouet américain ?
Laurent Brayard