2015 : La prochaine récession ?
Voilà ce que nous écrivions : « L’histoire
des crises sévères suggère trois impacts successifs, plus ou moins
équidistants du choc originel du printemps 2008. Ceux-ci seraient alors
constatés à l’automne 2011, en 2014 et en 2018. Sera-ce le cas ? Et
comment ? Par vagues, répliques sismiques ou de manière plus linéaire,
monotone et graduelle ? En une fois ou au terme d’une longue agonie
économique ? Quel est l’évènement, peut-être infime, qui déclenchera des
effets en chaîne ? «
Depuis l’avertissement du FMI, la
révision à la baisse de la croissance allemande, le constat
récessionnaire et déflationniste européen, il est possible que cette
séquence triennale soit vérifiée.
La crise, état naturel de l’économie, est en formulation permanente et ne fait donc que commencer.
Elle sera une séquence de ruptures et
de déséquilibres, tellement durs qu’on pourra parler de guerre
économique. Dans cette perspective, il nous semble que la mondialisation
n’a exprimé que ses effets préalables.
En d’autres termes, elle n’a pas encore intégré l’histoire réelle.
Le plus étonnant est que peu de guides
de l’opinion s’alertent de cette situation, comme si une peur du réel,
voire une simple peur de nommer les choses, entraînait une tétanie.
Saisissent-ils les vrais enjeux ? Cette situation est d’autant plus
frappante en Belgique, dont la réalité, triste mais évidente, est
qu’elle est vieillie et usée.
Quels seraient les attributs de cette
empreinte de récession ? Outre les aspects de solvabilité étatique, ils
sont les mêmes que le constat des années septante : un taux de
croissance faible de l’économie, combiné à une décroissance marginale
des gains de productivité, un chômage structurel et élevé
(caractéristique des dislocations structurelles de l’économie), une
sous-utilisation des capacités de production, des anticipations de
bénéfices des entreprises faibles (à tout le moins dans une perspective
de moyen terme), des dépenses d’investissement faibles à modérées, des
déficits publics importants entraînant à terme des taux d’intérêt élevés
ainsi qu’une raréfaction du crédit bancaire pour des investissements
privés, des déficits de la balance commerciale et un phénomène
généralisé de désindustrialisation.
Mais il y a autre chose. En 2015, la
dette publique de la zone euro devrait frôler 100 % du PIB, auxquels il
faut ajouter l’endettement caché, c’est-à-dire la partie non financée du
coût du vieillissement de la population.
Comment sortirons-nous de ce piège
infernal ? Nombreux sont ceux qui invoquent la sortie « par le haut et
par l’extérieur » de l’endettement public, c’est-à-dire par la
croissance (qui diminue le poids relatif de la dette publique) ou par
l’inflation (qui dilue la valeur de la dette).
Malheureusement, il n’y a pas de
croissance et l’obstination politique allemande écarte l’inflation,
alors que cette orientation est poursuivie par les Etats-Unis,
l’Angleterre et le Japon. Sans inflation, nous sortions de cette crise
d’endettement public » par le bas et par l’intérieur », c’est-à-dire
par une diminution du pouvoir d’achat de la monnaie elle-même.
C’est d’ailleurs intuitif : derrière
la dette publique, c’est la monnaie qui est mise en joue, raison pour
laquelle un endettement public excessif conduit toujours à une devise
faible. Et puis, il est tellement évident que la combinaison d’une
monnaie unique confédérale ne peut pas s’accommoder de politiques
budgétaires restées fédérales et d’endettements publics d’une telle
hauteur. Seuls les pays qui ont eu des monnaies de réserve mondiales
(Angleterre au début du 20ème siècle, Etats-Unis actuellement) peuvent
se permettre d’imposer leur dette publique au reste du monde.
Avec une monnaie adolescente, l’Europe
est loin d’être dans cette posture. Concrètement, il faudra se préparer
à un effacement des dettes. Ce ne sera pas un défaut généralisé de la
dette européenne, mais des dissolutions et compensations nationales de
dettes. Il s’agira de défauts « internes », comme la Russie l’a effectué
en 1998 sous forme d’un probable rééchelonnement (c’est-à-dire d’une
élongation forcée des maturités) des dettes publiques avec un
allongement simultané des engagements vis-à-vis des assurés et
pensionnés (les capitaux se transformant en rentes, etc.).
Il s’agira de cas extrêmes de ce que
les économistes appellent la répression financière, c’est-à-dire une
combinaison de capture d’épargne et de taux d’intérêt bas. La
stupéfiante opération chypriote en est l’exemple parfait.
Mais il y aura d’autres modalités :
défauts (Grèce), annulation des dettes bancaires (Irlande) et
confiscations (affectation obligatoire des pensions publiques au
Portugal et réserves d’assurances en Hongrie).
Ce scénario d’effacement des dettes
n’est plus de la science-fiction cataclysmique car de nombreux indices
sont discernables. Parmi ces derniers, les dettes publiques ont re-migré
vers leur pays d’origine (la dette publique portugaise a été rachetée
par des banques portugaises, etc.). Les transferts financiers du Nord
vers le Sud ont été parcimonieux tandis que l’idée d’euro-bonds a été
écartée. Cela rejoint la logique allemande qui veut que les dettes d’un
pays soient strictement financées par l’épargne domestique.
La Belgique sera épargnée par ces scénarios de dettes mais la zone euro longe les abîmes de grands chocs socio-économiques.
