mardi 14 octobre 2014

Belgique : la dictature des apparence (big browser))

Belgique : obèse et ministre de la santé, faut-il vraiment chercher l’erreur ?

DIRK WAEM/AFP
DIRK WAEM/AFP
Dur d'être femme et ministre en Belgique : déjà, la parité a été saignée à blanc avec 14 hommes pour 4 femmes – " Un gouvernement d'hommes blancs" a d'ailleurs titré le quotidien De Standdart – mais quand, en plus, l'une des quatre, Maggie De Block est attaquée sitôt nommée...
Motif : l'inadéquation supposée entre son apparence physique (elle est obèse) et sa fonction (ministre de la santé). Car il s'est trouvé un journaliste pour oser poser la question alors que le nouveau gouvernement prêtait serment devant le roi, samedi 11 octobre :
"La Belgique a une ministre de la santé publique obèse. Cette critique sera jugée inopportune, mais qu'en est-il de sa crédibilité ?", s'est interrogé Tom Van de Weghe, correspondant aux Etats-Unis de la chaîne flamande VRT 

Une provocation qui a immédiatement fait réagir, d'abord l'intéressée : "Je pense que ces remarques sont un non-sens. A la Chambre, mes collègues ne me jugent pas sur mon aspect physique, mais ils me complimentent sur la connaissance de mes dossiers", a-t-elle déclaré au journal Nieuwsblad.
"Un scandale"
"Certains ont envisagé que M. Van de Weghe puisse avoir raison, rapporte cependant Courrier international en citant le quotidien De Morgen. Un ministre garde une fonction d'exemple. Si on nommait un ministre de l'intégration qui ne parlerait pas néerlandais... le pays exploserait !"
Mais dans l'ensemble, l'ambiance est plutôt au tollé : "Juger quelqu'un sur son apparence, quel scandale, s'est ainsi emporté De Standaard. D'autant plus lorsqu'il s'agit, comme dans le cas de Maggie De Block, d'une obésité liée à une maladie chronique, contre laquelle elle ne peut rien."
La ministre de la santé a pu également compter sur le soutien de Catherine Fonck, secrétaire d'Etat à l'environnement, qui est montée au créneau sur Twitter :
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Lundi, en marge de la présentation d'un livre qui lui est consacré (L'Extraordinaire Maggie de Block), elle a de nouveau demandé à être jugée sur son bilan et non son physique, rapporte le site de RTL.be : "Dans les cinq ans qui sont devant nous, on aura l'opportunité de juger ce que je fais. Mais pas comme ça, pas de cette manière. Je ne l'accepte pas."
La ministre la plus populaire
Car "si l'obésité de la ministre en a fait ricaner plus d'un, note L'Echo, la popularité du personnage est forte, et ses compétences [sont] souvent saluées." 
Maggie De Block est en effet la ministre préférée des Belges : 74 % d'entre eux pensent qu'elle fera une bonne ministre, selon le premier Grand Baromètre RTL-Ipsos-Le Soir suivant l'entrée en fonction du gouvernement, samedi 11 octobre.
Et la polémique pourrait même prolonger l'état de grâce, envisage De Morgen : "Dans une époque de dictature des apparences, elle est un exemple fort et décomplexé que des femmes qui ne correspondent pas au modèle imposé du corps idéal peuvent réussir. Et, dans un gouvernement dominé par des hommes blancs, un tel exemple n'est pas un luxe."
Maggie De Block peut donc reprendre sereinement ses fonctions en compagnie de ses trois collègues femmes. Mais toujours au milieu de quatorze autres ministres hommes, et blancs.
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