Censure du net : tout pour l'industrie, rien pour les citoyens
L'
« Agenda numérique » de l'Union européenne, ce n'est pas seulement des
chiffres et de l'économie. Il est aussi question de droits et de
libertés. Après plusieurs heures d'audition de Günther Oettinger, le
commissaire européen désigné pour l' « Économie et la société
numériques », une question demeure : qu'en est-il de la protection des
droits fondamentaux dans le monde numérique ?
Hier, M. Oettinger a montré lors de son audition de confirmation au
Parlement européen qu'il n'a aucune idée de pourquoi ou de comment les
droits fondamentaux doivent être protégés sur Internet. Un bon exemple
est son soutien aveugle au dangereux projet de loi français
contre le terrorisme, qui impose une censure et une surveillance
extrajudiciaires. Il est clair qu'Oettinger ne se soucie aucunement de
la protection des droits fondamentaux en ligne.
Parmi de nombreuses questions relatives à
l'investissement et à la concurrence, M. Oettinger a été explicitement
interrogé sur le logiciel libre et la Neutralité du Net. Tandis qu'il a
honteusement choisi de ne pas répondre à la question qui lui était posée
sur le logiciel libre, ses réponses concernant la Neutralité du Net
révèlent les positions extrêmement inquiétantes du commissaire désigné
sur ce sujet. Oettinger a ainsi soutenu le dangereux projet de règlement
sur le marché des télécommunications, présenté par la Commission
européenne l'an dernier. Il a également soutenu l'idée que la Neutralité
du Net devait être « progressive », et dépendre du prix payé
par l'abonné. Ce faisant, il a explicitement plaidé pour l'avènement
d'un Internet à deux vitesses, discriminant les internautes « lambda ».
« La position de M. Oettinger sur la Neutralité du Net montre non
seulement qu'il ignore tout des enjeux cruciaux qu'elle recouvre, mais
aussi qu'il est tout-à-fait disposé à se plier au lobbying des
opérateurs télécoms. La Neutralité du Net est le principe fondateur de
l'architecture de l'Internet décentralisé, pas un privilège qui peut
être marchandé par les fournisseurs d'accès à Internet. C'est la
condition de la protection des droits politiques en ligne et du
développement d'une économie numérique diversifiée et innovante. En
ouvrant explicitement la voie à des violations de la Neutralité du Net,
Oettinger montre qu'il est prêt à sacrifier l'innovation en ligne et la
liberté de communication pour promouvoir l'agenda des opérateurs
télécoms dominants » déclare Félix Tréguer, membre fondateur de La Quadrature du Net.
« Les vagues souhaits de Oettinger de rendre la culture plus
accessible et le droit d'auteur plus adapté à l'environnement numérique
ne sont que des mots vides de sens. Son audition confirme qu'il est
complètement ignorant de l'intérêt général dans les politiques relatives
à l'Internet. Les membres du Parlement européen doivent montrer qu'ils
prennent leurs responsabilités au sérieux et le révoquer sans
hésitation » conclut Jean Cattan, membre du Conseil d'Orientation Stratégique de La Quadrature du Net.