Vous trouverez sur ce blog, beaucoup d'articles et de vidéos d'actualité. Les points de vue présentés dans ces articles et vidéos ne sont pas forcément les miens, mais ils peuvent amener une réflexion. Chacun se fera une opinion avec autre chose que le discours formaté des politiques et des médias.Vous y trouverez aussi les réponses aux questions qui me sont posées concernant mes livres.
Les thèmes de mes ouvrages sont le développement personnel et la spiritualité.
Préambule Pour bien comprendre cet article de Noam Chomsky, publié non pas
aux États-Unis, mais au Venezuela, qui considère les USA comme un État
terroriste, il convient de rappeler que dans le « droit de la guerre »
la protection des populations civiles est un devoir pour les deux
parties en lice. Ne pas le faire est une infraction directe au droit
humanitaire [1]. Une attaque terroriste est une attaque visant directement des
civils, dans le but d’obtenir un avantage territorial ou politique. Ce
qui est le cas de l’État islamique (Daech, Isis, EIIL…), qualifié de
groupe terroriste. Mais l’attaque, racontée dans ce texte, d’une usine
cubaine, par des forces terroristes formées par les USA, et qui laissa
400 ouvriers morts, en est un autre cas. Au niveau légal, les deux
attaques ne sont pas différentes. La différence entre les deux,
subjective à la conscience collective occidentale, repose sur sa
représentation médiatique, celle qui fabrique votre consentement, qui
vilipende la première et encense, ou au moins excuse, la deuxième,
simplement parce que c’est votre bord qui en est l’auteur. Si vous trouvez que faire cette différence est normal de votre
part, alors vous pouvez vous classer parmi les hégémonistes (même si
vous préférez le mot pragmatiques), ceux qui pensent que c’est la
puissance qui est la règle du jeu international. Si vous trouvez cette
différence anormale, vous vous classez parmi les légalistes et vous
blâmerez les deux. Mais il faut aussi se rappeler que le puissant à une
responsabilité supplémentaire, celle de maîtriser sa puissance et ne pas
commencer l’attaque. D’autant plus, s’il se considère « gendarme du
monde », car on ne peut prétendre à la fois faire appliquer la loi et se
placer au-dessus d’elle. Il devient de plus en plus évident que l’hégémonisme est une
idéologie qui reprend toute sa force aux USA et dans le monde
occidental, tant parmi nos gouvernements, que dans la conscience
collective, dirigée dans ce sens par les médias dominants. C’est
pourtant cette idéologie qui a conduit aux catastrophes qu’ont été les
deux premières guerres mondiales. Guerres à chaque fois perdues par les
tenants de l’hégémonisme. Ce qui nous ramène à la constatation du
gouvernement US lui-même, que vous lirez dans ce texte : « les succès
sont si rares qu’il serait bon d’envisager un changement de stratégie »,
constatations que les pragmatiques et les hégémonistes se doivent de
méditer. Le Saker francophone
————————————————————
C’est officiel : les USA sont l’État terroriste n°1
Un sondage international a montré que les USA sont en tête du
classement de « la plus grande menace à la paix de nos jours », loin
devant la deuxième place tenue par le Pakistan.
Imaginez un article de première page dans la Pravda,
rapportant une étude faite par le KGB, portant sur les principales
opérations terroristes menées par le Kremlin dans le monde, dans le but
de déterminer ce qui a favorisé leurs succès ou leurs échecs, et qui
conclurait que, malheureusement, les succès sont si rares qu’il serait
bon d’envisager un changement de stratégie. Imaginez que l’article en
vienne à reprendre des propos de Poutine, disant qu’il a demandé au KGB
d’enquêter pour recenser les cas « de financement et de livraison
d’armes aux insurgés dans un pays, ayant entraîné la victoire de ces
derniers. Mais ils n’ont pas trouvé grand-chose ». Il aurait donc
quelques hésitations à poursuivre de telles actions.
Si, aussi inimaginable que cela puisse paraître, un tel article
venait à être publié, les cris d’indignation et de colère seraient
tonitruants, et la Russie serait immédiatement condamnée très sévèrement
(même pire), non seulement pour cette reconnaissance publique d’actes
de soutien terroristes, mais aussi pour la réaction de sa classe
dirigeante. Aucune remise en question, si ce n’est de savoir si de tels
actes ont un effet et comment l’améliorer.
Il est même difficile d’imaginer qu’un tel article puisse être publié, sauf qu’il l’a été (ou presque).
Le 14 octobre, l’info de Une du New York Times portait sur
une étude de la CIA, qui passait en revue les principales opérations
terroristes conduites par la Maison Blanche dans le monde, dans le but
de déterminer les causes de leurs succès ou de leurs échecs et dont la
conclusion disait que, malheureusement, les succès étaient rares et
qu’il serait bon d’envisager une réadaptation stratégique [2][3].
L’article continue en citant Obama, disant qu’il avait demandé à la CIA
de lancer une enquête pour déterminer les cas où « le financement et la
fourniture d’armes aux insurgés d’un pays a abouti à leur victoire.
Mais ils n’ont pas trouvé trouvé grand-chose ».
Il n’y a eu aucun cri de réprobation, aucune indignation, rien.
La leçon à tirer d’une telle histoire me semble limpide. Dans la
culture politique occidentale, il est maintenant considéré comme
totalement normal que le Leader du Monde Libre soit un État voyou et
terroriste et puisse publiquement proclamer sa capacité à accomplir de
tels crimes. Et il est tout à fait normal que le prix Nobel de la paix,
et avocat constitutionnel libéral, qui détient le pouvoir, ne soit
concerné que par un aspect : comment rendre de tels actes plus
efficaces.
Une approche plus détaillée de cette histoire ne peut qu’aboutir à cette leçon.
L’article commence en citant les opérations US « de l’Angola au Nicaragua, en passant par Cuba ».
En Angola, les USA se sont alliés à l’Afrique du Sud pour fournir une
aide vitale à Jonas Savimbi, de l’armée terroriste de l’Unita, et ont
continué de même après que Savimbi eut été battu à plate couture dans
des élections libres dûment surveillées, et même après que l’Afrique du
Sud avait retiré son soutien à ce « monstre, dont la soif de pouvoir
avait entraîné la misère de son peuple », selon les mots mêmes de
l’ambassadeur britannique en Angola, Marrack Goulding, propos renforcés
par ceux du chef de la station de la CIA à Kinshasa, dans le Zaïre
voisin, qui avait averti que « ce ne serait pas une bonne idée » de
soutenir un tel monstre, « à cause de l’étendue de ses crimes. Il est
extrêmement brutal ». Jonas Savimbi recevant ses parrains sud-africains dans sa « capitale » de Jamba, en Angola
Malgré ces opérations terroristes meurtrières en Angola, appuyées par
les USA, les forces cubaines ont repoussé les agresseurs sud-africains
vers le sud, les forçant à quitter la Namibie, illégalement occupée, et à
ouvrir la voie à des élections, pour lesquelles Savimbi, après sa
défaite, « a complètement rejeté les avis de 800 observateurs
internationaux, qui disaient que ces élections avait été… globalement
libres et justes » (New York Times). Savimbi a continué sa guérilla
terroriste, grâce au soutien US.
Les succès cubains dans la libération de l’Afrique et la fin de
l’apartheid furent loués par Nelson Mandela, quand il fut finalement
libéré de prison. Un de ses premiers actes fut de déclarer que « durant
toutes ces années de prison, Cuba fut une inspiration pour moi, et Fidel
Castro un monument de courage… Les victoires cubaines ont détruit le
mythe de l’invincibilité de l’oppresseur blanc et inspiré le combat du
peuple sud-africain… un tournant majeur pour la libération de notre
continent (et de mon peuple) du fléau de l’apartheid ». Recherché pour crimes contre l’humanité : Henry A. Kissinger
Par contraste, le commandant terroriste Henry Kissinger était dans un
état « apoplectique », face à l’insubordination de ce « minable » de
Castro, qui devait être « écrasé », comme l’ont rapporté William
Leogrande et Peter Kornbluh dans leur livre « Back channel to Cuba », en
se référant à des documents déclassifiés.
Pour ce qui est du Nicaragua, nous ne nous attarderons pas sur cette
guerre terroriste de Reagan, qui continua bien après que la Cour de
justice internationale eut ordonné à Washington d’arrêter tout « usage
illégal de la force », c’est-à-dire du terrorisme international, et de
payer pour les vastes dommages occasionnés ; et même bien après la
résolution du conseil de sécurité des Nations Unies qui demandait à tous
les États (c’est-à-dire aux USA) de respecter les lois internationales –
Résolution contre laquelle Washington a posé son veto.
Il faut quand même reconnaître que la guerre terroriste de Reagan contre le Nicaragua, poursuivie par Bush 1er,
ne fut pas aussi destructrice que le terrorisme d’État qu’il a soutenu
avec grand enthousiasme au Salvador et au Guatemala. Le Nicaragua avait
l’avantage d’avoir une armée pour s’opposer aux forces terroristes
soutenues par les USA, alors que dans le cas de ces pays voisins les
terroristes s’en prenant à la population étaient les forces armées
elles-mêmes, équipées et entraînées par Washington. Le
meurtre de 6 intellectuels sud-américains, des prêtres jésuites, par
une brigade d’élite de l’armée du Salvador, le bataillon Atlacatl
Dans quelques semaines nous commémorerons une des dernières batailles
terroristes de Washington contre l’Amérique du Sud : le meurtre de 6
intellectuels sud-américains, des prêtres jésuites, par une brigade
d’élite de l’armée du Salvador, le bataillon Atlacatl, équipé et
entraîné par Washington et agissant sous les ordres du Commandement
Central, bataillon ayant un long passé de massacres des habituelles
victimes.
Ce crime horrible datant du 16 novembre 1989, à l’Université jésuite
de San Salvador fut le point culminant d’une énorme vague de terreur qui
s’est répandue sur tout le continent à la suite de la décision par John
F. Kennedy de changer la stratégie des militaire sud-américains, de
« défense de l’hémisphère » – une relique datant de la seconde guerre
mondiale – à celle de « sécurité intérieure », qui voulait dire que la
guerre allait se tourner contre la population locale. Le décor fut
brièvement planté par Charles Maechling, qui dirigea la planification de
la contre-insurrection et de la défense intérieure US de 1961 à 1966.
Il a décrit la décision que prit Kennedy en 1962 comme un changement de
« la tolérance envers la rapacité et la cruauté des militaires
sud-américains » vers « une complicité directe dans leurs crimes » et
même vers un appui US aux « méthodes des escadrons de la mort d’Heinrich
Himmler ».
À Cuba, les opérations terroristes US furent lancées plein gaz par le
président Kennedy pour punir les Cubains d’avoir gagné lors de
l’invasion de la Baie des cochons. Comme l’a décrit l’historien Piero
Gleijeses, JFK a « demandé à son frère, le procureur général Robert
Kennedy, de diriger le groupe qui a organisé l’Opération Mongoose
(Mangouste), un programme d’opérations paramilitaires, de guerre
économique, et de sabotage qu’il lança en 1961 pour que Fidel Castro
connaisse « les terreurs terrestres » (terrors of the earth) [4] mais surtout, de manière plus pragmatique, pour le renverser ».
La phrase « les terreurs terrestres » fut notée par Arthur
Schlesinger, historien et associé de Kennedy, dans sa biographie
quasi-officielle de Robert Kennedy, qui reçut la mission de conduire
cette guerre terroriste. RFK informa la CIA que le problème cubain
représentait « la priorité absolu du gouvernement des USA (tout le
reste devenant secondaire) et que ni le temps, ni les efforts, ni le
matériel ne devaient être épargnés » dans l’effort de renverser le
régime de Castro et de répandre les « terreurs terrestres » sur Cuba.
Cette guerre terroriste lancée par les frères Kennedy ne fut pas une
mince affaire. Elle impliqua 400 US-Américains, 2000 Cubains, une flotte
privée de vedettes et un budget annuel de 50 millions de dollars, géré
en partie par la station CIA à Miami, en violation du « Neutrality act »
mais aussi visiblement en violation de celle qui interdit à la CIA
d’opérer sur le sol US. Diplôme de bons et loyaux services décerné au Général Lansdale
L’opération terroriste Mongoose fut conduite par le général Edward
Lansdale, qui s’était formé aux opérations terroristes US dans des
opérations menées aux Philippines et au Vietnam. Son programme pour
l’Opération Mongoose appelle à « des révoltes publiques et au
renversement du régime communiste » en octobre 1962, et pour qui « le
succès final va demander une action militaire US décisive » quand le
terrorisme et la subversion auront préparé le terrain.
Octobre 1962 est, bien sûr, une date très importante de l’histoire
moderne. C’était le mois où Nikita Khrouchtchev a envoyé ses missiles à
Cuba, déclenchant la fameuse crise des missiles qui nous a amenés au
bord d’une ultime guerre nucléaire. L’histoire officielle reconnait
maintenant que Khrouchtchev fut en partie motivé par l’énorme avantage
de force dont bénéficiaient les USA après que Kennedy eut répondu à son
appel pour une réduction des armes offensives par une augmentation
radicale de l’avantage US ; et aussi par l’inquiétude de voir une
invasion US de Cuba. Des années plus tard, le secrétaire à la Défense de
Kennedy, Robert McNamara a reconnu que Cuba et la Russie avaient raison
de craindre une attaque. « Si j’avais été à la place des Cubains ou des
Russes, j’aurais pensé la même chose », fit observer McNamara au cours
d’une conférence internationale pour le 40ème anniversaire de la crise
des missiles. Objectifs de reconnaissance de l’US Air Force à Cuba, 1962. (document US Air Force)
L’analyste politique Raymond Garthoff, très reconnu dans son milieu,
et ayant de nombreuses années d’expérience directe du renseignement US, a
rapporté que pendant les semaines qui ont précédées la crise d’octobre,
un groupe terroriste cubain, basé en Floride avec l’autorisation du
gouvernement US a entrepris « une attaque osée à base de vedettes
rapides sur un hôtel de bord de plage cubain, près de La Havane, ou des
techniciens militaires avait l’habitude de se réunir, tuant une dizaine
de Russes et de Cubains ». Peu de temps après, rajoute-t-il, les forces
terroristes attaquèrent des cargos britanniques et cubains et
organisèrent d’autres raids sur Cuba, entre autres actions entreprises
début octobre. À un moment particulièrement tendu de cette crise encore
non résolue, le 8 novembre, une équipe terroriste envoyée des USA a fait
exploser une usine cubaine alors que l’opération Mongoose avait déjà
été officiellement arrêtée. Selon Fidel Castro, 400 ouvriers ont été
tués dans cette opération menée grâce à « des photos prises par des
avions espions ». Des tentatives d’assassinat de Castro et d’autres
attaques terroristes ont continué, et se sont même aggravées, les années
suivantes.
On a accordé un peu d’intérêt à une partie mineure de cette guerre
terroriste, les nombreuses tentatives d’assassiner Castro, mais elles
furent le plus souvent considérées comme des manigances infantiles de la
part de la CIA. À part cela, rien de ce qui s’est passé n’a provoqué
grand intérêt ou beaucoup de commentaires. La première enquête sérieuse
de langue anglaise sur l’impact de cette période sur les Cubains fut
publiée par le chercheur canadien Keith Bolender dans son Voices from the other side : An oral history of terrorism against Cuba (Voix de l’autre côté : une histoire orale du terrorisme contre Cuba), une étude de grande valeur, largement ignorée.
Ces trois exemples mis en lumière dans l’article du New York Times sur
le terrorisme US ne sont que la pointe de l’iceberg. Mais ils sont
néanmoins utiles pour reconnaitre l’engagement de Washington dans des
opération terroristes meurtrières et destructrices et du peu
d’inquiétude que cela provoque dans la classe politique, qui trouve cela
normal et considère que les USA doivent être une superpuissance
terroriste, au-dessus des lois internationales et des normes de
civilisation.
Aussi étrange que cela puisse vous paraître, le reste du monde risque
de ne pas être d’accord. Un sondage international diffusé il y a un an
par le Worldwide Independent Network/Gallup International Association
(WIN/GIA) a montré que les USA arrivaient largement en tête des
« menaces contre la paix mondiale », loin devant le Pakistan (position
surement grossie par le vote indien). [5] [6]
Heureusement, on a épargné cette information insignifiante aux US-Américains. Noam Chomsky Traduit par Wayan (qui a aussi rédigé le préambule) et revu par Fausto, pour vineyardsaker.fr et Tlaxcala Notes
[1] Droit international humanitaire : protection des civils (Wikipédia, français)
[2] C.I.A. Study of Covert Aid Fueled Skepticism About Helping Syrian Rebels (nytimes.com, anglais, 14-10-2014)
[3] Syria: Arming Insurgents Probably Achieved Its Real Aim (moonofalabama.org, anglais, 16-10-2014)
[4] « [... ] je ferai de telles choses – je ne sais pas encore
lesquelles, mais elles seront la terreur de la terre [... ] », citation
contenue dans le discours du sénateur JFK à l’Auditorium du Coliseum d’Indianapolis, IN, le 4 Octobre 1960,
tirée du Roi Lear de W. Shakespeare (Scène II, Acte IV, 276-282) :
« [... ] Je veux faire des choses… Ce qu’elles seront, je ne le sais pas
encore ; mais elles feront l’épouvante de la terre. Vous croyez que je
vais pleurer. Non, je ne pleurerai pas ; j’ai certes sujet de pleurer ;
mais ce cœur se brisera en cent mille éclats avant que je pleure… Ô
bouffon, je deviendrai fou ! [... ] » [Trad. François-Victor Hugo]
[5] Win/Gallup Iinternational’s annual global end of year survey shows a brighter outlook for 2014 (orb-international.com, anglais)
[6] In Gallup Poll, The Biggest Threat To World Peace Is … America? (ibtimes.com, anglais, 02-01-2014) Source :Official: The US is a Leading Terrorist State (telesurtv.net, anglais, 20-10-2014)