La censure de Google sur ordre de la police n’a même pas fait débat
octobre 24th, 2014 | by Mickael - Fondateur de News360x
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Ajoutée
au dernier moment au Sénat, la disposition qui autorise le ministère de
l’intérieur à ordonner aux moteurs de recherche de déréférencer des
sites internet n’a fait l’objet d’absolument aucun débat lors de la
commission mixte paritaire.
Mardi, nous rapportions que
les députés et sénateurs de la commission mixte paritaire, chargée
d’arbitrer les différences entre les deux chambres parlementaires,
s’étaient mis d’accord pour conserver le dispositif de censure des moteurs de recherche sur instruction de la police, qui avait été introduit au Sénat par un amendement présenté dans les dernières heures du débat par le Gouvernement.
Comme nous l’avions expliqué, l’amendement ajouté à l’article 9 sur
le blocage administratif des sites terroristes avait été adopté par les
sénateurs sur la base d’une explication mensongère du ministre de
l’intérieur Bernard Cazeneuve. Il avait affirmé que le dispositif était
identique à celui déjà prévu pour les sites de jeux d’argent non
homologués, alors que celui-ci fait intervenir le juge judiciaire. Le compte-rendu officiel du Sénat nous
rappelle les propos exacts du ministre, qui a soigneusement évité de
dire que l’ARJEL devait faire la demande auprès d’un magistrat chargé
d’en vérifier le bien-fondé, et non directement au FAI qui est chargé de
l’appliquer :
- Bernard Cazeneuve,ministre. Ce
sous-amendement tend à prévoir que l’autorité administrative peut
demander, en plus du blocage de l’accès à certains sites, le
déréférencement de ces sites.Cette possibilité est déjà prévue à
l’article 61 de la loi du 12 mai 2010 relative à l’ouverture et à la
concurrence du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne, lequel
permet à l’ARJEL, l’Autorité de régulation des jeux en ligne, de
demander que soit prise « toute mesure destinée à faire cesser le
référencement du site d’un opérateur mentionné au deuxième alinéa
[dudit] article par un moteur de recherche ou un annuaire ».
Le déréférencement est une mesure simple et peu coûteuse à mettre en
œuvre par le prestataire requis. Elle est d’ailleurs préconisée par la
CNIL dans le cadre de la mise en œuvre du droit à l’oubli, ainsi qu’elle
le précise aux pages 83 et 84 de son rapport de 2012.
Comme elle est complémentaire du blocage, nous proposons de compléter l’article 9 avec cette mesure.
L’argumentation n’avait soulevé aucune interrogation au Sénat, où
l’amendement qui permet de censurer Google sur simple instruction de la
police a été adopté sans coup férir. On pouvait toutefois espérer que
les députés, informés de la manoeuvre, seraient plus attentifs devant la
commission mixte paritaire (CMP). Mais non.
Le compte-rendu des débats de la CMP montre
que l’ajout imposé à la dernière minute par le Gouvernement a été
totalement ignoré par les parlementaires. Ils se sont contentés
d’évoquer des détails sur le blocage des sites administratifs par les
FAI, sans dire un seul mot du déréférencement des sites sur ordre
administratif.
Les éventuels députés et les sénateurs alarmés pourront en dire un
mot lors du débat en séance plénière (prévu le 4 novembre au Sénat, et
une date encore inconnue à l’Assemblée), mais ne pourront pas modifier
le texte. A ce stade de la procédure, seul le Gouvernement a encore un
droit d’amendement. Les élus devront se contenter de voter pour ou
contre l’ensemble du projet de loi anti-terroriste, or un rejet est plus
qu’improbable.
Source : Numerama