La gendarmerie réprime les opposants au barrage de Sivens : un mort. Premier récit (ReporTerre)
p ar Raphaël "JahRaph" Berland / le 27 octobre 2014
Tout avait pourtant bien commencé samedi 25 octobre.
Malgré les difficultés, l’organisation était parée à gérer l’arrivée du
flux de manifestants sur le site de la zone humide du Testet, où les
autorités veulent construire un barrage. L’ambiance est chaleureuse, bon
enfant, les familles sont là, beaucoup sont venus pour la première
fois. La présence de Jean-Luc Mélenchon et José Bové crée un léger chahut, certains y voyant là une tentative de récupération. « [Nous sommes venus] apporter notre soutien plein et entier dans cette lutte d’importance » déclare à Reporterre M. Mélenchon. Au fil des heures, l’affluence grandit.
Le spectacle est désolant ; sur plus d’un kilomètre,
un espace détruit, tandis qu’au bout, à l’emplacement de la digue, le
terrassement a commencé.
Arrivé à l’extrémité de la zone, les forces de police
sont là. La destruction la veille au soir d’un local technique les a
ramenés sur le site, alors qu’au départ elles ne devaient pas être
présentes. Une dizaine de camions sont ainsi parqués dans une plateforme
entourée d’une douve, à l’écart, et protégés par des barbelés.
A 17 h, samedi, premiers affrontements
Vers 17 heures, la pression monte. Plusieurs dizaines
de personnes habillées de noir et parées pour l’affrontement affluent
tandis que le public retourne à l’autre extrémité, là où se trouvent les
chapiteaux, près de la ferme de la Métairie Neuve. Ils tentent,
expliquent quelques-uns, de profiter de l’affluence pour tenter de
repousser les forces de police.
Les informations contradictoire circulent, entre un
appel à venir soutenir pacifiquement cette action, ou au contraire
dénonçant le non respect des décisions collectives de ne pas provoquer
la police. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas longtemps avant que les
renforts de police n’arrivent sur place et ce sont plus de trente
camions qui se massent à l’entrée de la D999, zone d’accès au chantier.
On entend bientôt les premières détonations, les
lacrymogènes puis les grenades assourdissantes. Tandis que
l’affrontement se poursuit à une extrémité de la digue, des
clowns-arbres arrivent pour calmer la tension. Les manifestants,
bigarrés et joyeux forment une chaîne humaine juste devant le cordon
policier. La situation se calme pendant une demi heure mais la tension
remonte d’un cran avec la volonté de la chaîne humaine pacifique
d’avancer et de se rapprocher du cordon.
Nous quittons alors la zone, pensant que la situation
se calmerait avec l’arrivée de la soirée. Et effectivement, l’arrivée
du repas et des concerts de la soirée calme le jeu. Mais les forces
policières ne partent toujours pas.
La reprise des combats durant la nuit
C’est après une heure du matin que reprennent les
combats, cette fois sans caméra ni public extérieur. Vers 2 heures du
matin, les CRS procèdent à une forte charge, avec gazage massif, tirs
incontrôlés de projectiles. C’est juste avant cette charge qu’une des
personnes présente remarque que son voisin est tombé par terre. Après la
charge, les opposants tentent de venir le récupérer. Mais, dans un
nouvel assaut, ce sont les policiers qui viennent récupérer le corps et
le traînent jusque dans leur zone à l’arrière.
La suite est plus confuse, puisque nous ne disposons
pour l’heure que d’un communiqué très succinct de la Préfecture du Tarn,
envoyé ce matin aux rédactions : « Vers 2 heures du matin, le corps
d’un homme a été découvert par les gendarmes sur le site de Sivens. Les
sapeurs-pompiers sont intervenus rapidement mais n’ont pu que constater
le décès de la victime. Une enquête a été ouverte sous l’autorité du
procureur d’Albi afin de déterminer les causes du décès et l’identité de
la victime ».
Les forces de police se retireront finalement en début de matinée.
Les forces de police se retireront finalement en début de matinée.
Interrogé par l’AFP, le lieutenant-colonel Sylvain Renier,
commandant du groupement de gendarmerie du Tarn, n’a pas voulu faire de
commentaire sur le décès. M. Renier, qui gérait sur place les
opérations de gendarmerie lors des échauffourées de samedi soir, a
simplement indiqué que le calme était revenu « vers 21 heures« .
Il a indiqué que sept membres des forces de l’ordre avaient été blessés
mais que les pompiers ne lui avaient pas signalé dans la soirée de
blessé dans le camp adverse.
Des traces de sang
Sur place, de nombreux opposants sont sous le choc,
partagés entre la colère et la tristesse. En conférence de presse ce
midi, ils délivraient les premières informations certifiées à leur
disposition : « Selon les premiers éléments que nous avons
recueillis, la mort a eu lieu dans le contexte d’affrontements avec les
gendarmes. Nous ne disons pas que les forces de l’ordre ont tué un
opposant mais un témoin nous a dit que le décès s’était passé au moment
d’affrontements », indique Ben Lefetey,
porte-parole du collectif Sauvegarde de la zone humide du Testet. Le
jeune décédé serait âgé d’environ trente ans et s’appellerait Rémi.
Nous apprenions également peu après que des traces de
sang ont été découvertes ce matin à l’endroit où la personne est tombée
cette nuit, ce qui écarte a priori l’hypothèse d’une crise cardiaque.
Quel que soit son affiliation politique, ce serait le premier mort dans une lutte écologiste en France depuis que Sébastien Briat a été écrasé le 7 novembre 2004, à Avricourt, en Lorraine, alors qu’il s’opposait au passage d’un train de déchets nucléaires.
Afin de faire toute la lumière sur ce tragique événement, les opposants ont indiqué : qu’ils allaient « mener l’enquête et coopérer avec les enquêteurs
», mais ont surtout exhorter la Préfecture du Tarn et le Conseil
Général de ne pas faire revenir de forces de police sur place et de ne
pas renvoyer les machines de chantier dès le lendemain. On ignore à
cette heure ce qu’il en sera, la Préfecture restant injoignable ce
dimanche.
Source : Grégoire Souchay pour Reporterre.Photos : Isabelle Rimbert pour Reporterre