Kader Hamiche
a plus d’une corde à son arc. Auteur de « La France confisquée »,
blogueur de renom dont les articles, aussi synthétiques que denses,
reflètent bien ce malaise si européen et si difficilement traitable
qu’est celui de la dénationalisation,
il se dit nationiste et non pas nationaliste, c’est-à-dire opposé à la
toute-puissance de cette anti-France dont les valeurs étriquées ne sont
rien d’autres que des simulacres au service d’incernables chimères
mondialistes toutes génératrices de guerres. Dans l’un de ses derniers
articles, il évoque trois types de guerre. Quelles seraient-elles ?
La
Voix de la Russie. Dans votre récent article, vous évoquez trois types
de guerre qui ont cela de commun qu'elles sont des guerres
civilisationnelles. Pourriez-vous nous les nommer?
Kader Hamiche.
En préambule, je tiens à mettre en garde contre une interprétation trop
radicale, trop simpliste, trope tranchée, trop « premier degré » de la
formule « guerres de civilisations ». Quand je dis, par exemple, que
l’Islam mène une véritable guerre à la civilisation occidentale, je ne
signifie pas par là que c’est tout le monde musulman qui se lève et
prend les armes contre l’Occident. En réalité, il y a part et d’autres
des camps qui se font la guerre, des gens qui la veulent et ceux qui la
refusent. Par exemple, il y mille manières d’être musulman. La plupart
d’entre eux n’aspirent qu’à vivre tranquillement. De même, les
Américains sont très partagés. Songez que seuls 10 états sur les 51 qui
constituent les Etats-Unis ont institutionnalisé le mariage gay. Ce qui
démontre d’ailleurs que les Américains ont tendance à exporter en Europe
des idées qui ont assez peu de succès chez eux. Le problème est que,
comme toujours dans les guerres, ce sont les plus extrémistes, qui sont
souvent les plus déterminés, qui imposent leurs vues aux plus sages.
Alors, oui, il y a trois
guerres de civilisation qui se manifestent par trois phénomènes dont
deux géopolitiques et un national :
La première guerre, la plus voyante, est celle que l’Islamisme mène contre l’Occident héritier de la civilisation gréco-romaine et chrétienne. Elle est parfaitement illustrée par l’irruption de DAESH dans l’actualité.
La deuxième guerre est celle qu’une partie de l’Occident mène à l’autre
sous couvert de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et, en
réalité, pour des raisons idéologiques et économiques. C’est l’affaire
ukrainienne.
La troisième guerre est celle que l’Occident mène contre sa propre civilisation,
qui se joue au sein des Nations occidentales entre ceux qui veulent
rompre avec les fondements chrétiens de l’Occident et remplacer ses
valeurs par l’individualisme à tout crin, l’universalisme, le
mondialisme et les tenants de la conservation d’une civilisation
bimillénaire. Cela passe par une allégeance absolue aux États-Unis. Les
lois sociétales, l’européanisme sous influence américaine et
l’atlantisme via l’OTAN en sont les marques. Cette guerre-là est
particulièrement féroce en France qui est gouvernée par des anciens de
la French American Foundation,
dont le Président Hollande lui-même. Vous verrez qu’après l’Europe, dont
la commission est truffée d’agents des États-Unis, après le retour dans
l’OTAN, nous aurons droit au traité de libre-échange transatlantique. C’est la disparition de la Nation France qui est en jeu.
De
ces trois guerres, la plus dangereuse à mon sens est la troisième. La
première ne peut pas être perdue par l’Occident ; la deuxième se heurte à
l’équilibre de la terreur car les protagonistes détiennent l’arme
nucléaire. La seule chance pour que les « dé-constructeurs », pour
reprendre le terme de Zemmour, ne gagnent pas la troisième est que les
Nationistes de tous les pays se donnent la main pour les en empêcher. En
effet, face à l’internationale des « dé-constructeurs », les
Nationistes sont dispersés.
LVdlR.
Ces 3 guerres que vous mettez en exergue, n'ont-elles pas pour axe de
rotation l'insatiable volonté de toute-puissance des USA qui favorisent
ou créent des monstres plus ou moins grotesques (nazillons zombifiés en
Ukraine, islamistes dans le monde arabo-musulman) pour empêcher la
formation d'un monde multipolaire? Si c'est le cas, n'y-a-t-il pas, en
somme, une seule guerre entre le totalitarisme impérialiste américain et
un monde qui entendrait s'émanciper ?
Kader Hamiche.
Non, ce serait trop manichéen. Ce serait par trop noircir les uns pour
mieux blanchir les autres. Les États-Unis sont responsables de beaucoup
de choses mais pas de tout. L’Islamisme guerrier existe depuis très
longtemps. En 1912 le poète nationaliste turc Ziya Gökalp écrivait : « Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats ».
Le FLN algérien, par exemple, a fait au nom de l’Islam plus de
deux-cents milles victimes dont les cent-cinquante-mille Harkis égorgés
après le 19 mars 1962. En 1974, le président algérien Houari Boumediene
déclarait, à tribune de l’ONU, c’est-à-dire à la face des Occidentaux : «
Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère Sud pour aller
dans l’hémisphère Nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce
qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs
fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. »
Certes, les États-Unis ont créé une sorte de Frankenstein
en soutenant et en armant sans discernement tous ceux qui combattaient
contre les Soviétiques en Afghanistan de 1979 à 1989. Mais je pense
(comme Elie Barnavi, l’ancien ambassadeur d’Israël en France) que cela a
beaucoup moins compté que leur politique de soutien aveugle à Israël.
C’est ça, la vraie raison de l’invasion de l’Irak et, à mon avis, de
l’offensive anti-Bachar en Syrie.
Mais votre formule est pertinente s’agissant de la guerre en Ukraine.
A condition d’en connaître les dessous, ce qui est votre cas. Nos
compatriotes, par exemple, ignorent qu’elle s’inscrit dans l’offensive
des Américains et de leurs clients et disciples européens contre
Vladimir Poutine et sa politique d’émancipation de la Russie. Là, on
peut bel et bien parler d’impérialisme à la fois moral mais aussi
économique. Pour ceux qu’Eric Zemmour appelle les « dé-constructeurs »,
Poutine est l’homme à abattre pour deux raisons : la première est qu’il
s’oppose à l’établissement d’une société universelle, individualiste et
marchande sur les ruines de la civilisation romaine-chrétienne ; la
seconde est que, avec la Chine, notamment, il est en train de créer un
pôle économique concurrent du pôle américain en s’émancipant de
l’hégémonie du dollar.
En deux mots, les accords de
Bretton Woods de 1944 faisaient du dollar la monnaie du commerce
international en lieu et place de l’or. Ce privilège accordé aux
Américains supposait le maintien de la parité dollar/or et, donc, sa
convertibilité. Une contrainte que les Etats-Unis ont décidé de ne plus
assumer. Résultat, leurs créanciers étrangers se trouvent à la tête de
quantités astronomiques de dollars, soit 83% des 16 700 mds$ de la dette
américaine en 2013, dont 30% pour la seule Chine, qu’ils ne peuvent pas
se faire rembourser. En bref, les Américains vivent à crédit et
beaucoup sur le dos des Chinois, notamment, et, c’est moins connu, sur
celui des Russes. C’est ce que la Russie et la Chine ne veulent plus.
Associés comme vous le savez au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai
(OCS), la Chine et la Russie prennent de plus en plus d’initiatives
pour se débarrasser de la tutelle américaine. Par exemple, la création,
avec les Bricks et d’autres pays comme l'Inde, le Pakistan et l'Iran
d’une concurrente à la Banque Mondiale et au FMI. D’autre part, ils
multiplient les offres de règlement en monnaie locale à leurs
partenaires commerciaux.
Il est évident que la
création d’un nouveau pôle d’attraction commerciale signifie une
nouvelle redistribution des alliances politiques et, donc, stratégiques.
Associées sur le plan économique, les Nations le seront tout
naturellement au plan militaire. Or, si le pacte de Varsovie ne comptait
qu’une grande puissance, ce qui se construit en ce moment entre les
BRICS, le Pakistan et l’Iran, c’est non pas une mais quatre puissances
nucléaires.
Si on veut absolument rendre
les États-Unis responsables de l’Islamisme, certes, ils ont créé une
sorte de Frankenstein en soutenant et en armant sans discernement tous
ceux qui combattaient contre les Soviétiques en Afghanistan contre les
troupes soviétiques. Mais je pense (comme Elie Barnavi, l’ancien
ambassadeur d’Israël en France) que cela a beaucoup moins compté que
leur politique de soutien aveugle à Israël. Lequel est la vraie raison
de l’invasion de l’Irak et, à mon avis, de l’offensive anti-Bachar en
Syrie.
LVdlR.
Le dernier livre d'Eric Zemmour, « Le suicide français », a eu plus de
succès que les révélations de Mme Trierweiler ? A votre avis, pourquoi ?
Kader Hamiche.
Ce ne seront sans doute pas les mêmes acheteurs. Certains Français ont
pu acheter le livre de Valérie Trierweiler par curiosité et, sans doute
aussi par voyeurisme. D’autres achèteront celui d’Eric Zemmour par sens
politique, c’est-à-dire par bon sens. Depuis quarante ans, les français
voyaient leur pays partir en vrille sans savoir ni pouvoir l’exprimer.
Or, depuis quelques années, ils trouvent en Eric quelqu’un qui les aide à
décrypter.
Eric Zemmour est, à sa façon, un lanceur d’alerte. Son livre Le suicide français
est comme le versant sentimental du mien, la France confisquée. Mais
lui a la possibilité de « parler dans le poste ». Sa parole porte.
L’émission de Ruquier a battu tous ses records d’audience 1.6 million de
téléspectateurs pour 28.5% de parts. Zemmour est devenu un prescripteur
politique, un homme d’influence. Je trouve ça très bien pour le
mouvement patriotique français ».
Commentaire de l’auteur.
On dit du diable qu’il est venu déformer la Parole de Dieu. Pas de la
nier, pas de la contredire, mais bien de la déformer. S’il s’agit d’une
image qu’il convient de soumettre à une analyse de type anagogique ou du
moins tropologique, il faudrait aussi remarquer qu’elle s’applique
mieux que jamais au rôle qu’a joué l’establishment américain vis-à-vis
des religions ou idéologies jusqu’ici garantes d’un certain équilibre
mondial. Il y a toujours eu des courants de pensée radicaux au cœur de
l’islam, le wahhabisme est loin d’être né d’hier ! Mais il a fallu
instrumentaliser les promoteurs les plus obscurs de ces courants pour en
arriver à la création du DAESH, miroir foncièrement déformant de
l’islam. De même en va-t-il des droits de l’homme. Qui ne veut pas vivre
dans un pays où les droits de l’homme sont respectés ? Mais voilà que
ces derniers sont devenus le joker des puissances dites
thalassocratiques (ou atlantistes) leur permettant de dire et/ou de
faire tout et son contraire.
Un réveil généralisé, se
fera-t-il attendre ? Tout dépendra de la stratégie ultérieure
européenne. L’UE, acceptera-t-elle le Traité transatlantique sur le
libre-échange ? Va-t-elle persévérer dans ses croisades meurtrières et
suicidaires contre les régimes non-alignés du Moyen-Orient, servant ipso
facto les intérêts étasuniens et desservant avec brio les siens ?
Peut-être serait-il temps d’abandonner la vieille pieuvre à la
contemplation de ses insatiables tentacules et à l’immensité abyssale de
sa dette. La consolidation économique des BRICS devrait certes y aider.
Mais la lucidité des pays de l’UE serait également la très bienvenue.
Publié par : http://french.ruvr.ru