- Écrit par folamour
13 entreprises du secteur de l'hygiène et des cosmétiques sanctionnées ( AFP/Archives / Fred Dufour )
L'Autorité
de la concurrence a prononcé jeudi à Paris deux amendes, d'un montant
cumulé record de 950 millions d'euros, à l'encontre des géants des
secteurs de l'entretien/hygiène/beauté, pour une entente commerciale sur
les prix entre 2003 et 2006.
Les
sanctions se montent d'une part à 345,2 millions d'euros contre huit
fabricants de produits d'entretien, et d'autre part, à 605,97 millions
contre 11 fabricants de produits d'hygiène et de beauté.
Cette
deuxième amende est la plus grosse jamais prononcée par l'Autorité,
devant celles déjà infligées aux secteurs de la téléphonie (534 millions
d'euros) et de la banque (384 millions d'euros).
"L'argent
va dans les caisses de l’État et l'amende sera payée car le taux de
recouvrement est de 97%", a déclaré Bruno Lasserre, président de
l'Autorité à la concurrence sur France Info.
Six
entreprises -Colgate-Palmolive, Henkel, Unilever, Procter & Gamble,
Reckitt Benckiser, Sara Lee- apparaissent dans les deux volets de
l'affaire.
L'ensemble
des 13 sociétés concernées ont été condamnées pour avoir coordonné
"leurs politiques commerciales auprès de la grande distribution et en
particulier, pour s'être concertées sur les hausses de prix", a indiqué
l'Autorité de la concurrence.
Ces
entreprises se réunissaient secrètement pour se concerter afin
d'obtenir les meilleurs hausses de tarifs lors des négociations
commerciales avec la grande distribution. Elles échangeaient notamment
entre elles le montant de leurs tarifs à venir et les argumentaires
qu'elles allaient chacune développer auprès des distributeurs.
"Le
contre-pouvoir de la grande distribution pour refuser ces hausses de
tarifs était à l'époque très relatif", du fait de l'encadrement très
strict par la législation, et parce que les marques concernées avaient
un poids et une notoriété si importantes, qu'elles ne pouvaient que très
difficilement faire l'objet de déréférencements, a expliqué l'Autorité.
"Il
n'y a pas de doute sur le fait que ces ententes aient eu un impact" sur
le niveau des prix en magasins et donc "sur les consommateurs", a
déclaré Bruno Lasserre, le président de l'Autorité.
- L'Oréal et Unilever font appel -
Les
secteurs de l'entretien et de l'hygiène/beauté "représentent une part
non négligeable des dépenses courantes des ménages français". A l'époque
des faits, ces marchés se montaient respectivement à 4,2 et 7 milliards
d'euros, rappelle l'Autorité.
Cette
affaire intervient trois ans après une amende importante de l'Autorité
de 361 millions d'euros sur le secteur des lessives. Unilever, Procter
& Gamble, Colgate-Palmolive et Henkel s'étaient secrètement mis
d'accord pendant six ans sur leurs prix et leurs promotions en France,
ce qui avait entrainé un surcout de 4 à 6% pour les consommateurs.
Cette
fois, les faits ont été révélés à l'Autorité via la "procédure de
clémence", instaurée en 2001. Elle permet à certaines entreprises
participant à un cartel de dénoncer ce dernier pour bénéficier d'une
exonération totale ou partielle d'amende.
Le siège du groupe français L'Oréal à Clichy ( AFP/Archives / Aurore Marechal )
SC
Johnson suivi de Colgate-Palmolive, puis de Henkel, sont venus dénoncer
les faits permettant aux agents de l'Autorité de prendre les
entreprises concernées sur le fait.
"Nous
avons été informés que les responsables des ventes se réunissaient
régulièrement dans un restaurant parisien... Les enquêteurs les ont pris
par surprise (...) à côté des membres de l'entente il y avait une autre
table où discrètement déjeunaient deux enquêteurs, et à 15h00, à la fin
du repas, tout le monde à été pris sur le fait et les ordinateurs et
les notes manuscrites saisis", raconté M. Lasserre.
L'Autorité
l'assure: "Ces entreprises savaient parfaitement ce qu'elles faisaient,
puisqu'elles avaient même été jusqu'à cacher certains des documents
incriminant chez des salariés".
Pour
avoir le premier révélé les faits, SC Johnson a été dispensé d'amende,
tandis que Colgate-Palmolive qui apparaissait dans les deux volets, a vu
son amende réduite de 50% sur le secteur de l'entretien -elle devra
s'acquitter de 59 millions d'euros- et n'aura rien à payer dans celui de
l'hygiène.
L'Oréal,
bien que ne figurant que dans une seule des deux affaires, est le
groupe le plus lourdement condamné, avec une amende de 189 millions
d'euros, du fait de la part majoritaire qu'il détenait sur le secteur de
l'hygiène-beauté au moment des faits. Il réfute les accusations et a
annoncé faire appel.
Unilever écope d'une totale de près de 173 millions d'euros
( AFP/Archives / Eric Feferberg )
Vient
ensuite Unilever, présent dans les deux affaires, avec une amende
totale de près de 173 millions d'euros. Jugeant le montant de sa
sanction "totalement disproportionné et injustifié", il fera également
appel.
Contactés
par l'AFP, Henkel et Colgate-Palmolive ont indiqué examiner la décision
de l'Autorité de la concurrence avant de décider des suites qu'ils
comptent lui donner.
En tout, seules trois sociétés contestent les faits. Toutes ont un mois pour faire appel.
Source : Boursorama.com avec AFP