9 décembre 2014

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez au Venezuela en 1999, une nouvelle ère s'est ouverte en Amérique Latine. L'élection de président progressistes et révolutionnaires en Bolivie, en Équateur ou en Argentine ont redonné espoir à des millions de personnes que les années de néolibéralisme effrénés avaient condamnés à la pauvreté et aux injustices. Dans un contexte de révolutions sociales et de reconquête des souverainetés, certains pays en revanche persistent sur le chemin du pillage de leurs ressources naturelles, la libéralisation croissante de leur économie ainsi que sur le durcissement de la répression policière et militaire. C'est le cas du Mexique, du Pérou ou encore du Paraguay. Deux politiques, deux visions de l'économie se font donc face. Dans cette opposition idéologique et politique, les médias occidentaux semblent avoir choisi leur camp...
Les médias dominants sont devenus dans nos sociétés dites « démocratiques » de redoutables agents de propagande et de manipulations. En France, comme dans la majorité des pays occidentaux, la plupart des grands médias sont aux mains de puissants groupes industriels et financiers. Le quotidien Le Figaro à l’entreprise d’armement Dassault, la chaîne TF1 à la multinationale Bouygues ou encore la station de radio Europe 1 au groupe Lagardère. Loin d’être « indépendant » ou « objectif », comme ils adorent s’autoproclamer, un de leur rôle consiste à faire accepter aux citoyens les politiques antisociales et austéritaires qui leur sont imposées. Du matin au soir, les téléspectateurs, les lecteurs et les auditeurs ont droit à leur leçon de catéchisme libérale. Pour ces VRP du système, seul la libéralisation et la financiarisation de l’économie apporteront croissance et emploi. La situation catastrophique dans laquelle se trouve l’Europe après avoir adopté les mesures dictées par les institutions financières internationales et la commission européenne n’entame apparemment en rien la détermination des éditocrates, spécialistes et autres économistes « réalistes » dans leur croisade contre les derniers acquis de l’État social.
Un second rôle, caractéristique des médias-partisans tend à rendre
impossible l’établissement d’une autre politique que celle qui est mise
en œuvre par les gouvernements actuels, eux- mêmes soumis aux puissants
lobbies, multinationales et autres marchés financiers. Tout autre
politique même des plus timides en termes économiques sont reléguées au
rang d’ « utopistes » et d’ « irresponsables ». En effet, la
mondialisation nous oblige à être « pragmatique » et « moderne ».
Sacralisation de l’idéologie libérale couplée à l’échec annoncé d’un
système économique alternatif = « There is no alternative ».. Paix à ton
âme Margaret Tchatcher, les idéologues et experts médiatiques de la
pensée unique veillent soigneusement sur toi.
Ce parti pris idéologique se manifeste également dans le traitement
qui est fait des politiques instaurées par les divers gouvernements
latino-américains. Média-mensonges, occultation des réussites sociales
et économiques, propagande, caricature outrancière sont les maîtres mots
qui caractérisent le travail journalistique de seconde zone des médias
dominants en ce qui concerne les expériences novatrices des
gouvernements progressistes sud-américain. Éloge, glorifications,
applaudissements sont eux les manifestations exprimées par « les chiens
de garde » du système pour qualifier les politiques conservatrices des
gouvernements dociles et soumis comme celui d’Enrique Pena Nieto au
Mexique. Le travail de sape fait à l’encontre des présidents de gauche a
pour but de décrédibiliser les politiques économiques et sociales
alternatives mises en œuvre par les dirigeants insoumis du
sous-continent.
En effet, montrer les succès de ces gouvernements reviendrait à
pointer du doigt les échecs patents des mesures mises en place sur le
vieux continent et en conséquence éveiller l’esprit de révolte et la
demande de changement. En revanche, les occasions ne manquent jamais
pour chanter les louanges des gouvernements de droite... mais également
pour occulter leurs terribles échecs. La liste est pourtant très longue
mais ne semble pas attiser la curiosité des médias, trop occupés à
déverser leur idéologie et à condamner ceux qui ne s’y soumettent pas.
Le cas latino-américain témoigne de cette posture hypocrite prise par
les médias partisans dans la guerre qu’ils ont lancée contre ceux qui
osent défier l’ordre économique capitaliste.
Elu sur un programme de rupture avec le modèle néolibérale, sur la
critique de la spécialisation primo-exportatrice de son pays, le Pérou,
ainsi que sur la dénonciation de l’emprise des multinationales
étrangères sur son sol, le président Ollanta Humala avaient notamment
séduit les paysans pauvres de la région de Cajamarca, au nord du pays,
menacés d’être expulsés de leur terre ancestrale pour satisfaire les
appétits miniers de la multinationale Newmont. Le 2 mai 2011, en pleine
campagne électorale, sur la place centrale de Bambamarca, il lance
indigné, à ceux qui sont venues l’écouter : « Vous a t’-on demandé votre
avis ? » puis il rajoute : « Qu’est ce qui est plus important : l’eau
ou l’or ? Vous ne buvez pas l’or, vous ne mangez pas l’or !(...) C’est
de l’eau que vient la richesse ».
Le candidat s’oppose alors à Minas Conga, un projet gigantesque
d’extraction de cuivre et d’or conduit par le consortium Yanacocha,
composé principalement de la multinationale états-unienne Newmont
experte en pillage de ressources minières notamment présente au Ghana,
en Indonésie, en Australie et qui développe des projets futurs au
Suriname et du groupe péruvien Buenaventura . Sur son site, la
transnationale se targue d’assurer le développement des pays où elle a
élu domicile et donne une image d’entreprise respectueuse de
l’environnement. La réalité est un peu différente. Le groupe
nord-américain exploite depuis 1993 la plus grande mine d’or d’Amérique
du sud situé dans la région de Cajamarca. Afin de parvenir à extraire
les minerais nécessaires, le groupe a reçu l’aval des autorités afin de
pomper jusqu’à neuf cent litres d’eau par seconde provoquant de graves
assèchements des sols. L’eau manque cruellement pour les populations et
le rationnement de l’eau potable est de mise. La pollution, les
substances toxiques, la destruction des terres deviennent le quotidien
des paysans qui luttent sans relâche pour ne pas être expulsés de ces
dernières.
Cette dictature et l’impunité des multinationales notamment minières
dans certains pays d’ Amérique du sud montrent à quel point le système
d’exploitation commencé au XVème siècle continue à faire de terribles
ravages sociaux, culturels et environnementaux. Les défenseurs de
l’environnement et les associations de paysans réclament que justice
soit faite et que les dommages causés soit réparés mais surtout que le
projet Minas Conga ne voie pas le jour. Car les activités d’extraction
mettront sans doute un terme à des siècles de présence indigène dans
cette région reculée des Andes. Des peuples ancestraux qui seront
contraints à l’exode rural et iront gonfler les villes, ajoutant de la
pauvreté à la pauvreté et de l’indigence à l’indigence.
Et le président dans tout ça ? N’avait-il pas promis que s’il était
élu, il choisirait l’« eau » à la place de l’« or » ? Quelques mois
après sa prise de fonction, le discours se veut plus mesuré : « Nous
refusons les positions extrêmes ! (…) L’eau et l’or ? Nous proposons une
position raisonnable : et l’eau et l’or ». Ce qui est sous-entendu dans
cette déclaration, c’est que le projet minier verra le jour.
Conséquence : de l’or pour les multinationales étrangères et
l’oligarchie nationale et plus rien ou presque pour les populations
indigènes. Se sentant trahis par ce revirement du nouveau président en
qui ils avaient fondés leurs espoirs, les organisations paysannes
organisent une grève générale qui paralyse la ville de Cajamarca. La
réponse du président à ceux qui ont en partie permis sa victoire
électorale ? Il décrète l’état d’urgence et envoie les forces armées
réprimer les mouvements contestataires. Lorsqu’en juillet 2012, il
réaffirme son soutien au projet minier, les manifestations qui en
découlent tournent au drame : cinq morts et une trentaine de blessés du
côté des manifestants.
Ces répressions brutales des mouvements sociaux et indigénistes
soulignent deux choses. Premièrement, que les peuples originaires sont
toujours victimes dans beaucoup d’endroits d’Amérique du sud de
violences et de répressions comme c’est le cas des Mapuches au Chili qui
se battent sans relâche pour ne pas être expulsés de leur terre. Cette
répression des indigènes péruviens est d’autant plus cruelle et
révoltante qu’elle vient d’un président qui est issu par son père d’une
famille andine d’Ayacucho. Il semble que le fils ait choisi la voie de
la répression de ces ancêtres favorisant du même coup les
multinationales étrangères, ces « monstres hybrides des temps modernes »
selon l’expression d’Eduardo Galeano. Deuxièmement, que les luttes pour
la reconnaissance du droit des indigènes à conserver leur terre, volées
d’abord par les colons espagnols puis par les oligarchies nationales,
restent plus que jamais d’actualité. Cette trahison au plus haut sommet
de l’État montre bien que chez certains présidents, une fois arrivés au
pouvoir, l’oubli s’empare subitement d’eux. Ils oublient d’où ils
viennent, leur origine ethnique et surtout grâce à qui ils ont pu
accéder au pouvoir. C’est le cas pour Ollanta Humala mais également pour
Barack Obama, plus prompt à céder aux pressions des puissances d’
argent que d’honorer et de servir les minorités que l’Histoire avait
rendu à l’état d’esclavage et de servitude. Le programme de rupture avec
l’ancien ordre impérialiste et néolibéral n’est plus à l’ordre du jour.
Place aux investisseurs privés : « L’industrie minière responsable doit
devenir un levier de notre développement grâce à l’investissement
privé » déclarera le président. Le Pérou continue donc son rôle de
serviteur des intérêts nord-américain.
Bien évidemment, ces décisions sont du goût des multinationales, des
marchés financiers, des gouvernements occidentaux. Le pillage continue.
Certains économistes et journalistes libéraux verront dans ce revirement
du président péruvien, une prise de conscience de la fameuse
« réalité ». Réalité de la mondialisation, réalité du marché, réalité
économique en somme. Néanmoins, l’attitude du président s’apparente plus
à une abdication plutôt qu’à une prise de conscience de la réalité.
Abdication face aux multinationales, face à l’oligarchie nationale, face
au FMI et à la Banque Mondiale. Cette inféodation face aux diktats des
tenants de l’économie capitaliste condamnent 58,8% des gens à la
pauvreté dans les zones rurales, là où justement l’extraction minière,
la principale richesse du pays, bat son plein. Et les avantages offerts
/(faits) aux multinationales ne s’arrêtent pas là : les engagements pris
en terme de protection du patrimoine naturel et archéologique ont été
purement et simplement supprimés.
De leur côté, les paysans, issus en majorité des communautés quechua
et aymara ne seront plus consultés par les entreprises minières lorsque
ces dernières auront pour projet l’exploration de nouvelles mines, comme
c’était le cas auparavant. Conséquence des décisions prises par le
nouveau président, les conflits sociaux se multiplient et la répression
s’accentue. Les paysans, fer de lance de la contestation, se sentent
abandonnés des pouvoirs publics qui ne savent répondre que par
/(qu’avec) la violence, la brutalité et parfois la mort aux
revendications pourtant légitimes de ces « damnés » de la terre. Mais
comme nous pouvons le constater, la bataille s’avère très inégale. En
effet, on a d’un côté une multinationale omnipotente, appuyé par un État
répressif qui n’hésite pas à user de tous les moyens pour faire taire
les manifestants et de l’autre des associations paysannes, soutenues par
des ONG qui n’ont que leur courage et leur détermination à faire
valoir, dans cette lutte qui semble perdue d’avance. Plus de cinq cents
ans de lutte pour les peuples indigènes du Pérou, pour qui
malheureusement l’histoire semble se répéter inlassablement, avec son
lot de brutalité et d’horreur.
De leur côté, les médias occidentaux se sont montrés très discrets
voire muets sur les événements qui secouent le pays andin. Pas un mot ou
presque sur la répression policière et militaire. Pourtant, les
chiffres sont effrayants : d’après un rapport de la Commission
Inter-américaine des Droits de l’Homme (CIDH), depuis 2011, année de
l’arrivée d’Ollanta Humala au pouvoir, 24 manifestants ont été
assassinés et 649 personnes ont été blessées. Pas plus sur les dégâts
environnementaux provoqués par les multinationales. Non, ils préfèrent
s’attarder sur la forte croissance économique que connaît le pays, une
croissance qui cache en réalité de fortes inégalités sociales et
géographiques, parmi les plus élevées d’Amérique latine. Des inégalités
dont les victimes s’avèrent être les... indigènes bien sûr, encore et
toujours, pour qui croissance et boom des exportations riment avec
expulsions et répressions.
Mais au-delà du fait que les médias soutiennent, défendent et
promeuvent l’idéologie dominante, ce qui explique leur engouement face
aux politiques instaurés au Pérou, une autre question se pose : pourquoi
n’évoquent-ils jamais la répression féroce dont sont victimes les
manifestants ? Y’aurait-il des choses que les médias notamment
hexagonaux aimeraient occulter, une vérité dérangeante ? La réponse se
trouve dans les accords de coopérations en matière de sécurité signés
par les gouvernements français et péruviens. Des accords qui ont pour
but d’enseigner aux forces de sécurité péruvienne le fameux
« savoir-faire » français. En 2012 déjà, deux gradés de la gendarmerie
française se sont rendus au Pérou afin d’enseigner à leurs homologues
les mesures à prendre en cas d’émeute et de rébellion.
Le « savoir- faire » à la française, tiens donc, ce dernier n’a t- il
pas été enseigné à d’autres forces répressives d’un pays soi-disant
« ami » de la France ? En 2011, alors que le peuple tunisien se
soulevait contre le dictateur Zine-El Abidine Ben Ali, demandant la fin
du régime autoritaire et l’avènement d’un nouvel État fondé sur la
liberté et la justice sociale, la ministre des affaires étrangères,
Michelle Alliot Marie avait proposé au despote, sur la sellette,
d’envoyer des CRS afin d’aider les forces de l’ordre à mater les
manifestants. La France, pays des « droits de l’homme » selon l’histoire
officielle, ne fait pas dans la demi-mesure lorsqu’il s’agit d’aider
des pouvoirs autoritaires à écraser des mouvements contestataires.
Oubliés les discours prônant la non-ingérence dans les affaires internes
des États étrangers. Oubliés les discours à la gloire de l’État de
droit. Oubliés les appels à respecter la démocratie et les droits de
l’homme. Quand des intérêts économiques et géopolitiques sont en jeu,
les belles paroles laissent place à l’exercice du pouvoir, pouvoir
impérialiste et néocolonial. Des États rongés par une hypocrisie et un
dualisme sans égal.
Les médias dominants dans tout ça ? Quelques lignes à se grignoter
dans le Figaro qui « informe » sur son site le 4 novembre 2013 que « Le
ministre français de la Défense,Jean-Yves Le Drian s’entretiendra
aujourd’hui avec le président du Pérou Ollanta Humala, lors d’une visite
au cours de laquelle seront signés plusieurs accords en matière de
sécurité et de défense ». Pas un mot sur la présence de militaires
français dans le pays.
Un autre pays de la région bénéficie lui aussi de l’amour et de
l’enthousiasme des médias. Ce pays s’avère être le Mexique et sa petite
clique au pouvoir. Depuis que le pays s’est engagé voilà plus de trente
ans sur la voie néolibérale, il n’a cessé d’être encensé par la presse
et les gouvernements occidentaux. Libéralisation de l’économie,
soumission aux États-Unis, privatisation à marche forcée... Le cocktail
du FMI et de la BM a été appliqué à la lettre et ce pour le plus grand
bonheur des marchés financiers et des investisseurs étrangers.
L’inféodation du Mexique aux multinationales étrangères a atteint son
paroxysme lorsque le 20 décembre 2013, le président Enrique Pena Nieto
annonça une reforme constitutionnelle dans le but de privatiser le
pétrole du pays au profit d’entreprises étrangères. Pemex, l’entreprise
d’État qui conservait jusqu’alors un monopole sur ce pétrole, fut vidée
de sa substance et reconvertie en vulgaire sous-traitant du ministère de
l’énergie. Lazaro Cardenas, père de l’État moderne mexicain et qui
avait fait du pétrole un bien national inaliénable en écartant les
multinationales prédatrices en 1938, a sans doute dû se « retourner dans
sa tombe ».
Comme vous pouvez l’imaginez, cette décision a provoqué un flot
ininterrompu d’applaudissements et de félicitations de la part des
multinationales, des marchés financiers, des gouvernements occidentaux
et sans oublier des médias. Une nouvelle chasse au pétrole était
désormais ouverte. Le Washington Post dans son éditorial du 16 décembre
2013 saluait avec enthousiasme cette réforme du président mexicain :
« Alors que l’économie du Venezuela implose, et que la croissance du
Brésil stagne, le Mexique est en train de devenir le producteur de
pétrole latino-américain à surveiller et un modèle de la façon dont la
démocratie peut aider un pays en développement ». Ou encore le Financial
Times qui chantait les louanges de cette initiative du président « le
vote historique du Mexique en faveur de l’ouverture de son secteur
pétrolier et gazier aux investissements privés, après soixante-quinze
ans de soumission au joug de l’État ». Faire du pétrole, ressource
stratégique mondiale, un bien public au service du peuple s’apparente
selon le Financial Times à « une soumission au joug de l’État ». Pas
très étonnant au fond de la part d’un journal libéral. Mais il aurait
quand même pu s’efforcer de montrer le développement impulsé pas l’État
après que ce dernier ait pris les rênes de l’industrie pétrolière. Ce
fait important dans l’histoire du Mexique a été passé aux oubliettes.
Occultation volontaire sans doute.
Sur le plan économique, afin de justifier sa décision de privatiser
le pétrole, l’argument du président Nieto a consisté à répéter ce que
disent constamment les libéraux quand il s’agit de privatiser des pans
entiers du secteur public. « L’État n’a plus les moyens », « il faut
dégraisser le mammouth » en l’occurrence l’État mais aussi et toujours
« L’État n’est pas compétent », il faut donc transférer ses activités au
secteur privé, plus efficace et qui investira plus nous dit-on. Mais
ces arguments relèvent souvent du mythe. En Argentine par exemple,
après que le président Menem eut décidé la privatisation de l’entreprise
nationale pétrolière Yacimientos Petroliferos Fiscales (YPF) au profit
du géant espagnol Repsol, très actif en Amérique du Sud. Bilan de cette
privatisation : désinvestissement au profit d’une hausse des dividendes
versés aux actionnaires, augmentation des prix, déficit de la balance
énergétique... Ce qui en avril 2012 a poussé la présidente Cristina
Fernandez de Kirchner, réélue avec 54% des voix l’année précédente à
exproprier 51% des actions d’ YPF (1) et ce avec l’objectif de
rééquilibrer la balance énergétique puis commerciale du pays et d’œuvrer
au développement de la nation albiceleste grâce à l’argent des
exportations. Sans surprise, les médias sont montés au front comme le
Financial Times qui applaudissait la privatisation au Mexique et qui là
qualifiait cette expropriation d’acte de « piraterie ». Le gouvernement
espagnol de son coté, enragé, a qualifié cette décision d’
« arbitraire » et a menacé l’Argentine de représailles. Le deux poids,
deux mesures... Un exemple parmi d’autres qui montre la duplicité des
médias.
Mais revenons au Mexique. L’enchantement exprimé par la presse
capitaliste à l’égard des politiques néolibérales imposées dans la
nation aztèque s’accompagne d’un profond silence à propos des
impitoyables violations des droits de l’homme. Dans son éditorial cité
plus haut, le Washington Post faisait l’éloge de la « démocratie »
mexicaine, qui serait selon le journal un atout pour le
« développement » du pays. Les médias dominants occidentaux sont-ils
vraiment les mieux placés pour parler de démocratie ? Certainement pas.
Allons voir la fameuse « démocratie » mexicaine de plus près. Tout
d’abord, s’agissant de la privatisation du pétrole, notons que le
président Nieto n’a aucunement consulté son peuple sur une réforme
pourtant capitale pour l’indépendance économique du Méxique. L’esprit
démocratique aurait été d’organiser un référendum sur cette ignoble
privatisation. Au lieu de ça, un vote vite fait bien fait à l’Assemblée
Nationale et le tour était joué. Cette réforme faite dans le dos du
peuple par une élite politique qui rassemble les trois principaux partis
sous le nom de « Pacte pour le Mexique » a une nouvelle fois mis en
lumière l’atomisation du débat public et le mépris croissant des élites à
l’égard du peuple. Car comme le souligne John Mill Ackerman, chercheur à
l’institut de recherches juridiques de l’Université nationale autonome
du Mexique (UNAM), le « Pacte a simultanément approfondi le fossé entre
le monde politique et la société ». Cette privatisation du pétrole a
nourri beaucoup de colère chez le peuple mexicain. Car celle-ci ne
profitera qu’à deux camps : les multinationales étrangères et
l’oligarchie politico-économique nationale au pouvoir.
L’enquête annuelle Latinobarometro confirme la tendance autocratique
qu’a pris la démocratie mexicaine. Elle révélait en 2013 qu’à peine 21%
des Mexicains jugeaient être « satisfaits » de leur démocratie...le pire
résultat en Amérique Latine. Ça, le Washington Post se passe de le
dire. Tout comme ce silence sur les relations qu’entretiennent les
partis dominants avec les cartels de la drogue. Le récent massacre des
43 étudiants de l’école normale rural d’Ayotzinapa à Iguala dans l’État
de Guerrero est un exemple frappant qui démontre la complicité entre le
pouvoir d’État et le pouvoir des cartels. Alors que les étudiants qui
avaient manifesté pour la survie de leur école se trouvaient à bord d’un
bus, ils furent arrêtés par la police puis emmenés dans un lieu secret
pour être remis à une organisation criminelle dans le but de les faire
disparaître. Depuis maintenant plusieurs années, les étudiants des
écoles normales rurales luttent sans relâche pour faire vivre leurs
écoles. En effet, le désengagement de l’État dans les services publics
menace la vie de ces institutions. Des écoles nées au lendemain de la
grande révolution mexicaine de 1910-1917. Leurs créations eurent pour
objectifs d’offrir aux jeunes issus des campagnes l’opportunité de
poursuivre des études universitaires. Mais également de permettre aux
jeunes instituteurs issus de la classe paysanne de pouvoir enseigner.
Ces écoles qui ont une empreinte importante dans la société mexicaine ne
cessent de recevoir les foudres des néolibéraux qui veulent faire de
l’école non plus un bien public pour tous mais une marchandise comme une
autre. L’État terroriste mexicain a ainsi fait appel aux criminels pour
faire disparaître ces étudiants qui devenaient gênants et qui
risquaient de contagionner le reste de la société mexicaine, fatigués
d’une caste politique corrompue et violente.
Selon Rafael Barajas et Pedro Miguel, journalistes mexicains, la
connivence entre le pouvoir politique et les barons de la drogue fait du
Mexique un « narco-Etat ». Cet acoquinement entre les deux pouvoirs,
intimement liés, s’explique notamment par leur dépendance mutuelle. En
effet, selon l’agence de sécurité Kroll, ce sont entre 25 et 40
milliards de dollars provenant de la drogue qui alimenteraient
l’économie mexicaine. Un argent indispensable pour un État néolibéral où
le secteur financier occupe une place prépondérante. Une somme plus
importante que celle tirée des exportations de pétrole qui représente 25
milliards de dollars. L’État mexicain ne peut donc plus vivre sans cet
argent provenant de la drogue. On comprend tout de suite mieux pourquoi
l’impunité envers les organisations criminelles est de mise. Comme le
souligne les journalistes mexicains, « les narcotrafiquants ne peuvent
agir sans la coopération des hommes politiques et des fonctionnaires à
tous les niveaux ». Et le président Nieto est loin d’être épargné. Une
partie de la presse a en effet révélé le lien potentiel entre ce dernier
et les narcotrafiquants. Il aurait reçu toujours selon les informations
de la presse mexicaine des millions de dollars afin de financer sa
campagne électorale, une des plus dispendieuses de l’histoire. (2)
Enfin, notons la terrible répression policière et militaire qui
s’abat en permanence sur ceux qui osent défier l’ordre injuste et
violent qui prévaut au Mexique. Une des cibles privilégiées des
différents pouvoirs en place a été les journalistes. Depuis 2010, plus
de 100 d’entre eux ont été assassinés, 12 dans le seul État de Guerrero,
là où ont disparu les étudiants.(3) Critiquer le pouvoir en place ou
pire oser révéler ses liens avec les barons de la drogue, c’est
s’auto-condamner à la mort. Être journaliste critique du pouvoir dans ce
pays, c’est vivre avec la peur. La peur de l’enlèvement, le peur du
viol, la peur de la mort. Dans un reportage réalisé par la chaîne
d’information Telesur dans l’État de Guerrero, une journaliste témoigne
(4) : « l’État de Guerrero est un État très compliqué. Tu peux être
menacé par les narcotrafiquants, par le maire, par les militaires... Tu
n’as aucune garantie » avant de dénoncer la complicité des médias
dominants mexicains avec le pouvoir notamment au sujet d’Ayotzinapa :
« La télévision est devenu le moyen par lequel le pouvoir se légitime ».
Aujourd’hui au Mexique, le simple fait de revendiquer tel ou tel
droit en allant manifester est suffisant pour se retrouver soit derrière
les barreaux soit dans une des centaines de fosses communes que l’on
trouve dans le pays. L’insécurité règne et le pouvoir installe une peur
quotidienne. Et les chiffres sont là (5) : 57 899, c’est le nombre
d’enquêtes préliminaires pour homicide volontaire ouvertes depuis
l’arrivée au pouvoir d’Enrique Pena Nieto le 1er décembre 2012. Le
nouveau président mexicain est lui un habitué des répressions. Lorsqu’il
était gouverneur de l’Etat de Mexico, il avait donné l’ordre en 2006 de
mater les manifestants de San Salvador Atenco qui luttaient pour ne pas
être expulsés de leur terre. Cette violence impitoyable s’applique
également envers ceux (qui ne pensent pas ou) qui osent montrer leur
désaccord politique et idéologique avec le pouvoir en place. En août
2014, l’organisation Nestora Libre qui défend les prisonniers politiques
a annoncé que plus de 350 personnes avaient été mis derrière les
barreaux depuis décembre 2012, et ce pour des motifs politiques. Face à
ce constat alarmant, doit- on encore considérer le Mexique comme un pays
démocratique où règne un État de droit ? Évidemment, non. Mais cet État
terroriste, présidé par un homme tout aussi violent et cruel ne semble
pas déranger certains présidents occidentaux. En effet, la France lui a
remis récemment la grand-croix de la Légion d’honneur. Elle faisait
ainsi honneur à la politique néolibérale impulsée par le président
Nieto. Comme dans le cas du Pérou, la France, tout comme la majorité des
pays impérialistes et néocoloniaux, a décidé de fermer les yeux sur les
atrocités qui secouent le Mexique. La presse également même si elle a
évoqué les événements d’Ayotzinapa, est restée discrète sur les liaisons
qui unissent l’État mexicain et les narcotrafiquants. Cela signifie la
chose suivante : tant qu’un pays sert les intérêts économiques,
énergétiques, géopolitiques des multinationales, alors il pourra
commettre les pires exactions, assassiner à tout va, torturer comme bon
lui semble, emprisonner arbitrairement, il ne sera jamais épinglé ni par
les gouvernements ni par les médias occidentaux. Le message pourrait
être le suivant : « Laissez-nous vous piller et vous pourrez torturer ».
En revanche, lorsqu’il s’agit de présidents qui ont refusé de se
soumettre à l’impérialisme occidental, tous les coups sont permis.
Quand on parle du Venezuela, de la Bolivie ou de l’Equateur, le
procédé journalistique se veut violent, caricatural, mensonger... La
docilité des médias envers les États complaisants à l’égard de
l’idéologie dominante laisse place à la désinformation et à la
diffamation des gouvernements progressistes. La méthode est simple :
pour le Pérou et le Mexique, on applaudit les réformes néolibérales en
occultant les conséquences sociales désastreuses et on cache la
répression et les atteintes aux droits de l’homme. Pour les nations
progressistes, c’est l’inverse : on masque les réussites sociales,
politiques et économiques et on met en exergue les soi-disant atteintes à
la « démocratie », à la « liberté d’expression ». Cette hypocrisie et
cette médiocrité journalistique tendent à plomber la démocratie et à
donner une vision manichéenne de l’histoire et de l’actualité en
célébrant les pantins des pouvoirs occidentaux et en débinant ceux qui
s’y opposent.
Car dans une société vraiment démocratique, les médias qui ne
seraient plus aux mains des puissances de l’argent informeraient de
manière objective les citoyens sur les différentes expériences
politiques, et socio-économiques qui jalonnent le monde.
Malheureusement, nos commentateurs et autres spécialistes nous ont
habitués à l’information partiale voire parfois aux invectives
concernant les présidents de gauche de la région. C’est le cas par
exemple de l’État plurinationale de Bolivie emmené par son digne
président Evo Morales. Le cas de la Bolivie est symptomatique de
l’hypocrisie et du dualisme flagrant de la presse. Les politiques
économiques et sociales ambitieuses instaurées par Morales depuis son
arrivée au pouvoir en 2005 sont en totale opposition avec celles
imposées par le président péruvien. Le traitement médiatique lui s’avère
être également très différent...
Lorsque Morales prend le pouvoir en 2005, il trouve un pays ravagé
par des années de néolibéralisme. La nation andine compte plus de 38% de
personnes en situation d’extrême pauvreté. Le chômage et l’indigence
rongent les villes et les campagnes sont frappées par la faim et la
mort. Les populations indigènes sont comme toujours depuis 1492 les plus
sévèrement touchées. Les gouvernements qui se succèdent, tous
semblables, suivent la même politique et servent les mêmes intérêts :
ceux de l’oligarchie nationale dont ils sont issus ainsi que ceux des
multinationales étrangères comme BP, Bechtel ou encore Total qui se
gavent de milliards de dollars grâce au pétrole et au gaz. La Bolivie,
tout comme les autres pays d’Amérique Latine qui avaient suivi le chemin
néolibéral est alors encensée par les institutions financières
internationales et qualifiée de « bon élève ». Mais ces politiques
inhumaines imposées par le FMI et la Banque Mondiale éveillèrent
dangereusement l’esprit de révolte du peuple bolivien.
Le coup de grâce survint en 2000 lorsque le président Hugo Suarez
décida de privatiser l’eau et de la concéder dans certains secteurs
comme Cochabamba à des entreprises privée comme la multinationale
états-unienne Bechtel . Et comme si cela ne suffisait pas, le président
Lozada impose en 2003, avec la bénédiction des multinationales et de la
BM la privatisation du gaz. Cette odieuse Banque Mondiale qui avait
menacé de stopper l’aide au développement si la Bolivie ne privatisait
pas son gaz. Ces privatisations enflammèrent la société bolivienne qui
se souleva. Les manifestations qui suivirent furent violemment réprimées
par les forces de l’ordre, rappelant ainsi les heures noires des
dictatures militaires des années 1960-1970.
Cette violence d’État et les conséquences sociales désastreuses
qu’ont provoquées les mesures économiques néolibérales marquaient le
glas de la caste au pouvoir. Tout comme au Pérou, l’arrivée au pouvoir
d’un indigène suscita alors d’immenses d’espoirs. Cet ancien éleveur de
coca, syndicaliste que rien ne destinait à un tel destin a entamé non
sans difficultés une révolution démocratique, sociale et économique qui
fait de la Bolivie un exemple pour des millions de personnes qui
aspirent à un autre modèle que celui imposé par l’Occident.
Au niveau politique tout d’abord, une nouvelle constitution vit le
jour comme au Venezuela. Celle-ci consacrait pour la première fois
l’intérêt général sur celle de l’oligarchie nationale. Une oligarchie
qui avait vécu pendant des décennies sur la misère et l’exploitation du
peuple. Cette nouvelle constitution entrée en vigueur en 2009 a mis
définitivement fin à l’ « État colonial, républicain et néolibéral au
profit d’un État unitaire social de droit plurinational communautaire ».
Premier affront fait au système de domination capitaliste. Puis, qui
dit fin de l’« État colonial et néolibéral » dit fin d’une économie
basée sur l’hyper profit des multinationales étrangères grâce au pillage
des ressources naturelles et fin d’un modèle économique qui ne sait que
prôner la privatisation et le désengagement de l’Etat. A l’arrivée au
pouvoir de Morales, 82% des bénéfices liés au pétrole et au gaz allaient
remplir les coffres-forts des transnationales. De son côté l’État
bolivien, lui, ne recevait que 18% de cette manne. Face à cet état de
fait humiliant, le chef de l’État bolivien fit voter une loi en 2006 qui
allait changer la donne. C’est la fameuse loi sur les hydrocarbures.
Désormais l’État touchera grâce à cette loi 82% des bénéfices et les
multinationales 18%.
La reprise en main par l’État bolivien des principales sources de
richesses du pays ont permis de lancer de vaste programmes sociaux grâce
notamment aux pays de l’ALBA tel que Cuba qui a envoyé des milliers de
médecins dans la nation andine. Grâce à la compétence reconnue
mondialement des professionnels cubains, plus de 600000 boliviens ont
ainsi pu être soignés notamment dans le cadre de la mission Milagro qui a
pour but de soigner les yeux malades. Enfin en 2008, la Bolivie a été
déclaré « territoire libre d’analphabétisme » par l’Unesco, devenant
ainsi le troisième pays sud-américain après Cuba et le Venezuela à
l’éradiquer. Ces politiques économiques et sociales ambitieuses et
courageuses ont permis de réduire la pauvreté de 25%, d’augmenter le
salaire minimum réel de 87% et de baisser l’âge de la retraite, ce
dernier passant de 60 à 58 ans pour les hommes et de 60 à 55 ans pour
les femmes. Deuxième revers pour l’économie dominante.
Enfin, sur le plan international, la Bolivie s’est grandement écartée
de l’orbite des États-Unis. Membre de l’ALBA, le pays a profondément
accru ses relations diplomatiques, commerciales et politiques avec les
pays du sous-continent. Il a été un acteur majeur avec Cuba ou encore
l’Équateur de la nouvelle intégration régionale impulsée par le défunt
président Chavez. De plus, le gouvernement bolivien a considérablement
développé ses relations avec le géant chinois ce qui n’a pas manqué
d’agacer la maison blanche qui voyait une nouvelle nation d’Amérique du
Sud lui échapper. Troisième revers pour l’empire occidental, notamment
états-unien.
Cette politique volontariste qui a remis l’État au centre du jeu a
permis à Morales d’être réélu deux fois de suite. En 2009 tout d’abord,
il recueille plus de 63% des voix puis tout récemment en octobre dernier
avec plus de 61% des voix. Ce plébiscite a néanmoins très peu retenu
l’attention des médias et observateurs occidentaux. A part quelques
lignes dans la presse et une annonce vite fait balayée dans les journaux
télévisés, rien ou presque n’a filtré sur cette élection. Serait-ce
parce que la Bolivie a pris un autre chemin que celui prôné par les
idéologues néolibéraux ? Ou bien parce que l’exemple bolivien,
équatorien ou encore argentin pourrait donner des exemples à ceux qui en
Europe souffrent des politiques d’austérité ? C’est un peu de tout ça.
Mais ce qui fait aujourd’hui la misère et le drame du journalisme, c’est
le manque d’information criant sur les politiques novatrices des pays
qui ont refusé de se soumettre aux diktats de l’idéologie dominante. Les
médias-partisans préfèrent plutôt dénoncer le « populisme » de ces
présidents voire leur gestion « autoritaire ». L’analyse, l’enquête, la
recherche ont été abandonnées du travail journalistique au profit de la
caricature, du mensonge et de l’intérêt portés sur la forme.
Comme le 3 juillet dernier lorsqu’une dépêche de l’AFP reprise
aussitôt par de nombreux médias français annonça que le président
bolivien « avait autrefois l’habitude de se soigner en buvant son
urine ». La décence et le bon sens poussent à ne même pas commenter
cette annonce. Puis suite à son élection en octobre dernier, on a eu
droit à un festival de jugements péjoratifs portant sur le personnage
du président. Le Parisien par exemple affirmant que l’exercice du
pouvoir en Bolivie est « parfois jugé autocratique par les
observateurs ». Quels observateurs ? Sans doute ces fameux « experts »
qui viennent répandre leurs mensonges et leur propagande sur les
plateaux télés. Le quotidien révéla également que Morales a « parfois
du mal à s’exprimer en espagnol ». Véritable mépris fait à l’encontre du
président bolivien car ce qui est sous-entendu ici, c’est qu’étant
donné que Morales est indien, qu’il a vécu dans la misère alors il
manque forcément de capacité pour s’exprimer. N’y aurait- il pas là un
certain racisme de la part des médias dominants à l’encontre du
président indigène ? Une forme de dédain ? La réponse est dans la
question.
Enfin, le très sérieux quotidien pointe du doigt le troisième mandat
du président bolivien en affirmant que ce dernier est en « contradiction
avec la constitution qui n’en permet que deux successifs ». Jusque là,
c’est vrai, sauf que le journal oublie une petite précision pourtant
capitale. En 2013, un arrêt de la cour suprême affirme qu’étant donné
que la nouvelle constitution date de 2009, le premier mandat débuté en
2005 ne rentre pas en compte. Dans la tête des lecteurs, l’élection de
Morales apparaît donc comme illégale. C’est malheureusement ce genre de
désinformation qui alimente la méfiance de certains citoyens européens
envers les présidents progressistes latino-américains.
Toutefois, il faut rappeler que la Bolivie est loin d’être un cas
isolé. Venezuela, Équateur, Argentine, tous ces pays qui ont choisi avec
plus ou moins de radicalité d’opter pour un changement de politique
économique ont également reçu les foudres des « chiens de garde » du
système. On ne compte désormais plus les attaques répétées contre
l’ancien président Hugo Chavez accusé de tous les maux, traité de
« dictateur », de « populiste ». Toutes ces invectives ont eu pour but
de décrédibiliser la figure de l’ancien président, en vain. Car pour les
citoyens conscients et bien informés (ce qui est rare de nos jours),
Chavez fut tout sinon la description qui en était donnée par les
« spécialistes » et autres « médiacrates ».
Nouvelle constitution redonnant une véritable indépendance économique
et politique au pays, nationalisation des secteurs clés de l’économie
comme l’énergie et les transports, établissement d’une démocratie
participative à travers notamment le référendum révocatoire à mi-mandat,
programmes sociaux ambitieux qui ont permis de réduire considérablement
la pauvreté et d’éliminer l’analphabétisme, forte augmentation du
nombre d’étudiants à l’université, construction de milliers de
logements, membre fondateur avec Cuba de l’ALBA... La liste des succès
est encore longue. Pourtant, nos chers médias lorsqu’ils se sont
intéressés au Venezuela ont préféré balayer d’un revers de la main les
réussites de cette révolution authentique et historique. Insécurité,
alliances « douteuses » avec l’Iran, « antiaméricanisme », fermeture de
chaînes de télé, voilà le lot des accusations portées contre le
comandante.
Étudions le cas de l’insécurité. Il est vrai qu’elle est encore très
présente au Vénézuela mais elle n’est pas apparue avec Chavez comme le
martèle plus ou moins implicitement des quotidiens comme Le Monde ou
Libération qui sont devenus des experts en mensonges et en propagande.
Le Venezuela a en effet souvent connu une forte insécurité notamment à
cause du trafic de drogue. Mais la nouvelle insécurité qui est née après
l’élection de Chavez est plus liée aux tentatives de déstabilisation et
de coup d’État de la part de l’opposition de droite et d’extrême droite
qu’à la « dérive autoritaire du président ». En effet, l’opposition a
énormément fait appel aux paramilitaires fascistes colombiens qui ont
fait rentrer des milliers d’armes sur le sol vénézuélien. De plus,
l’aide financière de Washington aux opposants a eu pour but de semer la
terreur et de créer le chaos au Venezuela dans le but de justifier une
intervention militaire états-unienne. Coup d’État du 11 avril 2002,
blocage de l’économie en 2003, et plus récemment manifestations
violentes d’étudiants en février 2014 et l’assassinat du jeune et
prometteur député chaviste, Robert Serra. Le cocktail est le même que
celui utilisé contre Salvador Allende.
Les médias dans tout ça ? Dans leur style habituel, ils dépeignent le
camp du président en diable et l’opposition en saint. Un manichéisme
qui rend ce type de « journalisme » médiocre et indigne. Lors de la
présidentielle de 2012, les médias occidentaux se plaisaient à présenter
le candidat Capriles comme « jeune », « dynamique », ayant fait ses
études aux Etats-Unis. Mais on se gardait bien en revanche de rappeler
qu’il avait activement participé au coup d’État d’avril 2002 en
attaquant l’ambassade de Cuba.Une soudaine amnésie s’empara subitement
des médias...
Tout comme en février dernier lorsque les médias tombés dans un
angélisme dont ils ont le secret décrivaient les courageux manifestants
qui « bravaient la répression » du président Maduro. Bien sûr, dans tout
pays démocratique, le droit de manifester est un droit fondamental.
Mais lorsque ce dernier se transforme en un raz de marée de violences,
de meurtres, de tentatives d’instaurer le chaos et l’ingouvernabilité,
il est normal que les forces de l’ordre interviennent. Alors, bien sûr
qu’il y a pu avoir du côté des policiers bolivariens des excès, une
violence disproportionnée mais il ne faut pas oublier que les chefs des
étudiants Lorent Saleh et Gabriel Valle avaient récemment été expulsés
de Colombie pour possession d’armes et faisaient activement partie
l’extrême droite fasciste vénézuélienne qui ne cessaient d’appeler à la
violence. Ces étudiants n’étaient donc pas tous venus dans un esprit
pacifique mais plutôt pour en découdre avec les forces de l’ordre et
ainsi montrer au monde entier la fameuse « dictature vénézuélienne ». Et
malheureusement, ceci a en partie fonctionné. Les médias occidentaux
sans même parfois authentifier les photos postées sur les réseaux
sociaux par les étudiants, les ont relayés immédiatement en dénonçant la
terrible « répression » qui sévit au Venezuela. Petite précision : on
apprendra quelque temps après que de nombreuses photos relayées par les
manifestants étaient des images de répressions d’autres pays comme le
Chili ou l’Égypte. Sans commentaire.
Quant à la supposée fermeture de la chaîne de télé RCTV, la presse a
également pris un malin plaisir à dénoncer les atteintes à la fameuse
« liberté d’expression ». Chavez se seraient donc levé un beau matin et
aurait décidé arbitrairement de fermer une chaîne qui était critique à
son égard. Voilà en gros ce que disaient les médias dominants. La
réalité est un peu différente. RCTV faisait partie des nombreuses
chaînes privées qui émettent au Venezuela et depuis l’arrivée au pouvoir
de Chavez, n’avait cessé de diffamer sur lui, de l’insulter, de le
dépeindre en singe à cause de sa peau mate et de son origine sociale et
puis plus grave encore avait appelé carrément au meurtre du président.
Voilà la raison qui a poussé Chavez à ne pas renouveler la licence de
cette chaîne. Les médias avaient bizarrement « oublié » de pointer du
doigt les plans cyniques de la chaîne. Décidément l’amnésie est une
maladie incurable chez nos chers « journalistes ».
Enfin, on pourrait également mentionner le cas équatorien où le
silence est également de mise concernant les réussites économique,
sociales et politiques de ce pays. Et lorsque le président Rafael
Correa réélu triomphalement débarque en France en novembre 2013 et après
avoir rencontré le président français donne une conférence à la
Sorbonne, les journalistes disparaissent des écrans de radars. Pas une
ligne ou presque évoquant le discours donné (en français) par le chef
d’État de l’Équateur. Nous sommes en tant que citoyens en droit de nous
interroger sur ce silence coupable de la presse. Y’avait-il dans le
discours du président des choses que les citoyens ne devaient pas
savoir ? Oui, en effet, les mots du président auraient sans doute pu
faire réfléchir les citoyens sur les politiques d’austérité qu’on leur
impose ainsi que sur le refrain incessant du « poids de la dette ». Car
Correa sait de quoi il parle. L’Equateur tout comme l’Argentine fut
aussi frappé de plein fouet par les politiques néolibérales. Et qui dit
politiques néolibérales dit austérité à perpétuité et accroissement de
la dette. Mais au lieu de continuer dans l’impasse austéritaire qui
condamnait son peuple à la misère à vie, Rafael Correa, économiste,
décida d’aller à contre-courant des injonctions du FMI et de la Banque
Mondiale.
S’agissant de la dette tout d’abord, il décida de lancer un audit et
découvrit qu’un tiers de la dette équatorienne était illégitime. C’était
une dette qui avait été contractée par les anciens oligarques au
pouvoir pour leur propre profit. L’argent prêté avait été accordé en
violation avec les règles du droit international. Un argent dont le
peuple n’avait jamais vu la couleur et n’en avait aucunement profité.
Le drame de l’Équateur est que ce pays avait remboursé des dizaines fois
sa dette à cause des taux d’intérêts usuriers ! C’est ce que risque de
faire la Grèce si elle continue sur ce chemin de l’austérité. La
nouvelle constitution équatorienne adoptée au suffrage universel en 2008
à travers notamment l’article 290 stipule les points suivants : 1. On
ne recourra à l’endettement public que si les rentrées fiscales et les
ressources provenant de la coopération internationale sont
insuffisantes. 2. On veillera à ce que l’endettement public n’affecte
pas la souveraineté nationale, les droits humains, le bien-être et la
préservation de la nature. 3. L’endettement public financera
exclusivement des programmes et projets d’investissement dans le domaine
des infrastructures, ou des programmes et projets qui génèrent des
ressources permettant le remboursement. On ne pourra refinancer une
dette publique déjà existante qu’à condition que les nouvelles modalités
soient plus avantageuses pour l’Équateur. 4. L’« étatisation » des
dettes privées est interdite. Que les gouvernements occidentaux empêtrés
dans le remboursement de la dette en prenne de la graine !
Quant à l’austérité, elle fut abandonnée par Correa au profit d’une
politique de relance et de redistribution massive. Encore une fois,
comme dans le cas de la Bolivie et du Venezuela, l’État a été remis au
centre du jeu. Et les résultats sont similaires. Réduction de la
pauvreté, baisse significative de l’analphabétisme, augmentation des
budgets de santé et d’éducation qui rendent ces derniers gratuits,
nationalisations des secteurs stratégique de l’économie, baisse du
chômage... La raison du silence des médias est là ! Il ne fallait
surtout pas donner le sentiment aux peuples qu’une autre politique était
possible. Heureusement que des médias comme l’Humanité ou le Monde
diplomatique étaient là pour nous informer de cette conférence.
« L’Europe endettée reproduit nos erreurs », voilà le message d’alerte
qu’avait lancé le président équatorien à ce vieux continent qui n’a
jamais paru aussi vieux qu’aujourd’hui... Les médias devaient sans doute
être trop occupés à s’intéresser aux batailles politiciennes des partis
ou à évoquer une énième fois le « risque Front National ». Misère
médiatique...
Cette étude comparée du traitement médiatique qui est fait en
Amérique Latine est effrayante. Elle démontre à quel point les médias
dominants occidentaux usent de multiples artifices pour dépeindre une
réalité faussée. Dans la presse, l’amnésie devient monnaie courante. On
occulte des vérités dérangeantes. « Informer », nous répètent les barons
des médias. Ces derniers sont aujourd’hui plus à l’aise dans leur
costume d’agents de désinformations et de propagande que de nobles
acteurs de l’information. S’ils aiment tant le journalisme, alors
pourquoi ne passent-ils pas plus de temps à évoquer les assassinats
quotidiens de leurs homologues mexicains au lieu d’encenser un président
qui « vend les bijoux de famille » ? Pourquoi n’évoquent- ils presque
jamais les conséquences sociales et environnementales des politiques
néolibérales dans la région ? Pourquoi continuent-ils à s’acharner sur
des dignes présidents qui ont sorti une grande partie de leur peuple de
la misère et de l’ignorance ? Ce silence médiatique est grave notamment
lorsque ces derniers osent se targuer d’accomplir leur devoir
démocratique en informant. La raison de ce silence est sans aucun doute
dû à la connivence entre le pouvoir économique et médiatique. Le premier
dominant le second.
Quant au pouvoir politique, son silence sur les violations des droits
de l’homme en dit long sur son cynisme et son hypocrisie. La démocratie
et les droits de l’homme sont aujourd’hui des domaines à géométrie
variable. Leur importance varie selon le degré de soumission d’un pays
aux ordres des gouvernements impérialistes. Plus le pays en question
sera docile et inféodé aux puissances occidentales, plus ces dernières
fermeront les yeux sur les violations de l’État de droit. En revanche,
plus un pays tentera de s’émanciper de l’ordre capitaliste dominant,
plus il sera menacé d’un coup de coup d’État et de déstabilisations.
Œuvrer pour le développement de son pays en nationalisant les secteurs
clés de son économie est et a toujours été perçue depuis Washington,
Paris ou encore Madrid comme un affront vis-à-vis de l’Occident.
D’Allende à Chavez en passant par Sankara en Afrique, tous les moyens
ont été utilisés pour se débarrasser de ces présidents dangereux pour
l’ordre économique capitaliste. En revanche, comme la montré le
président Francois Hollande la semaine dernière en recevant le boucher
Abdel Fatah Al Sissi, les pays capitalistes se sont toujours montrés
très souple voire complice avec ceux qui ouvraient le pays aux
transnationales et qui dans le même temps torturait leur population.
Mobutu, Pinochet, Franco, tous ces criminels ont bénéficié de l’aide des
pays qui se présentaient et qui continuent à se présenter pourtant
comme des modèles de démocratie et de droits de l’homme. Nous vivons
aujourd’hui dans des sociétés où les classes dominantes tentent
d’enfermer les citoyens dans un moule conservateur où l’avènement d’un
autre modèle de civilisation serait impossible. La tyrannie de la pensée
unique a fait que de plus en plus de gens se retrouvent dans une
situation de passivité et d’inaction permanentes face à un pouvoir, qui
lui domine et impose sa vision du monde et des choses. Voilà pourquoi
les puissances impérialistes occidentales feront tout ce qui est en leur
pouvoir pour faire tomber des présidents et des peuples qui ont refusé
la soumission et l’humiliation.
Il est donc dans notre devoir de citoyens de nous battre pour que
surgisse une presse libre et indépendante. Lutter pour montrer la
véritable réalité des révolutions démocratiques latino-américaines.
Combattre ceux qui font de la propagande et du mensonge leur fonds de
commerce. Les médias sont devenus des moyens pour asservir les peuples,
faisons en sorte qu’ils deviennent au contraire des leviers
d’émancipation et de libération.
Source : Investig’Action
(1) José Natanson, Et Buenos Aires retrouva du pétrole, Le Monde
diplomatique, Juin 2012
(2) Roberto Gonzales Amador et Gustavo Castillo, « Indicios de lavado de
dinero con las tarjetas de Monex ». La Jornada, 12 juillet 2012
(3) http://www.telesurtv.net/news/Croni...
(4)Ibid
(5) www.sinembargo.mx