Je le remets complété, il est trop beau…
Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine
Version corrigée de l’allocution prononcée le 18 novembre
2014 à Kiev par Bernard-Henri Lévy, à l’occasion de la remise à Viktor
Pinchuk de la Metropolitan Andrey Sheptytsky Medal of Honor Award.
« Monsieur le Grand Rabbin, Messieurs les archevêques et
métropolites, Messieurs les Présidents, Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur l’ambassadeur de France, chers amis.
Je suis heureux, permettez-moi d’en dire un mot pour commencer,
d’avoir l’occasion de rendre hommage au Métropolite Andrey Sheptytsky
sous le signe de qui vous avez placé votre soirée.
Le Métropolite Andrey
Sheptytsky, je ne vous apprends rien, fut le primat de l’Eglise uniate
d’Ukraine pendant les années de la seconde guerre mondiale et reste, à
ce titre, une figure extrêmement controversée.
C’est l’un de ces Ukrainiens que leur nationalisme, ainsi que leur anticommunisme, ont égarés dans ces années terribles.
Et il y a, en particulier, cette Lettre pastorale du 1er juillet 1941
que retiennent toujours les adversaires de sa mémoire quand ils veulent
rappeler qu’il eut des indulgences pour l’Allemagne.
[Je cite, il écrit à Hitler : "Votre Excellence ! En tant que chef de l'église catholique grecque Ukrainienne, je transmets à Votre Excellence mes félicitations les plus sincères au sujet de la maîtrise de la capitale de l'Ukraine, de la ville à la coupole dorée, sur le Dniepr - Kiev ! [...] Nous voyons en Vous le chef de guerre de l’invincible incomparable et glorieuse armée Allemande. Le fait que votre objectif à vous, le führer du Grand Reich Allemand, soit la destruction et l’élimination du bolchevisme, fait que, dans cette marche, Votre Excellence se voit offrir la gratitude de toute la chrétienté. L’église ukrainienne gréco-catholique connait la valeur du puissant mouvement du peuple Allemand sous Vos ordres. [...] Je vais prier le Dieu afin qu’il vous apporte la bénédiction de la victoire, qui sera la garantie d’une paix durable pour Votre Excellence, l’Armée Allemande et le Peuple Allemand.”. Mais il est vrai aussi qu’il a défendu les Juifs comme le dit BHL..]
Mais, en même temps, c’est incontestablement l’une des rares voix à
avoir osé s’élever, dans les mêmes années, contre la persécution et
l’extermination des juifs.
Il a écrit à Hitler et à Himmler pour les adjurer d’épargner les Juifs de Galicie.
Il a donné, en novembre 1942, une autre lettre pastorale, intitulée «
Tu ne tueras point », où il interdit à ses ouailles, sous peine
d’excommunication, de prêter le moindre concours au meurtre de masse qui
commence de se dérouler sous leurs yeux.
Il a invité les moines et moniales de la région à cacher des Juifs.
Il en a, lui-même, à Lviv, tant dans les caves de la cathédrale Saint
George qu’en face, dans ses propres appartements privés, caché et sauvé
150, en majorité des enfants, et aussi une dizaine de rabbins.
Il y a eu des polémiques disant qu’il avait tenté, ce faisant, de les
convertir. Mais non. C’est inexact. Il les a cachés dans des églises,
bien sûr. Il leur a donné des faux noms chrétiens et des faux
certificats de baptême. Il lui est arrivé de les déguiser. Mais je ne
crois pas qu’il y ait un cas d’enfant qu’il a sauvé et qui, après la
guerre, s’est retrouvé chrétien. Et vous avez, d’ailleurs, une autre
lettre pastorale que j’ai également lue avant de venir et où il met très
clairement en garde contre la tentation de « profiter » de la situation
pour, en effet, convertir.
Bref, le Métropolite Andrey Sheptytsky fut un sauveur de juifs.
Nous avons des tas de témoignages, dont celui du rabbin David Kahane,
qui disent qu’il a pris, pour cela, tous les risques, à commencer par
le risque d’emprisonnement et de mort.
Et je ne parle même pas de ce que nous savons aujourd’hui, à travers
les archives de la Chancellerie du Vatican, de ses relations avec Pie
XII et des messages qu’il lui adresse tout au long de la guerre et où il
le supplie de prendre la mesure du caractère « diabolique » du nazisme.
Ce que Jan Karski fut à Roosevelt, le Métropolite Andrey Sheptytsky le fut au Pape Pie XII.
Et ce n’est pas un hasard si l’Anti-Defamation League lui a remis,
l’an dernier, à titre posthume, sous l’impulsion d’Abraham Foxman, son
prestigieux « Jan Karski Courage to Care Award ».
Je sais que, quand Yad
Vachem a eu à examiner son cas et à se prononcer sur son élévation ou
non au rang de « Juste parmi les nations », la réponse n’a pas été la
même. Mais bon. La discussion n’est pas close. La Commission de Yad
Vashem a souvent eu à s’y reprendre à plusieurs fois et à juger en
appel.
Là, je ne désespère pas que ce soit le cas.
Le dossier du Métropolite Andrey Sheptytsky est plutôt moins compliqué que celui, par exemple, d’un Oskar Schindler.
[BHL SAIT !]
Et j’ai bien l’intention, si vous me le permettez, de faire
modestement campagne pour que le Métropolite Sheptytsky rejoigne, non
seulement Schindler, mais les deux mille et quelques Ukrainiens qui ont
déjà été, dans les dernières années, sacrés « Justes parmi les Nations
».
Je voudrais, deuxièmement, faire un grand bond dans le temps qui nous amène jusqu’aujourd’hui – et je voudrais rendre hommage au rôle des Juifs d’Ukraine, individus et associations, dans la révolution du Maïdan.
[Je pense que présenté comme ça, c'est une bonne idée, et que ça permettra évidement de lutter contre antisémitisme local...]
Là non plus, cela n’allait pas forcément de soi.
Car il y a eu toute l’incroyable propagande qui a essayé, pendant ces
semaines de révolte et de répression, de faire croire que les
révolutionnaires du Maïdan étaient, dans leur grande majorité, des
nazis.
Tantôt c’était l’ancien président Ianoukovitch qui, dans le temps
même où il allait puiser dans le stock de l’antisémitisme le plus éculé
en expliquant que c’est l’Internationale Juive qui tirait les ficelles
de l’insurrection, traitait le Maïdan de fasciste.
Tantôt c’était Vladimir Poutine en personne, oui, le même Vladimir Poutine qui s’apprêtait à réhabiliter, comme on vient de le voir ces jours derniers, le pacte germano soviétique et qui venait nous raconter que c’est en face, c’est-à-dire ici, à Kiev, que grondait la contre-révolution bandériste et antisémite.
[Qui a vu des bandéristes en Galicie ?]
Et il est d’ailleurs exact –
comment l’ignorer ? – qu’il y a ça dans la mémoire ukrainienne : un
antisémitisme de masse et ancien ; une Shoah par balles dont le Père
français Desbois voue sa vie à retrouver les traces ; il est vrai, oui,
qu’il y a ce monstrueux passif entre les Juifs d’Ukraine et l’Ukraine.
Mais enfin le résultat, soixante-dix ans après, est là.
[Voir ce billet pour le "passif".]
Sur cet espace de toutes les libertés que fut le Maïdan, sur ce
théâtre où toutes les paroles, les plus sages comme les plus délirantes,
avaient la possibilité de s’exprimer, il y a un délire que l’on n’a pas entendu et c’est le délire antisémite.
[Primo c'est assez vrai ; mais bon, comme il n'y a presque plus de Juifs en Ukraine (1 pour 1 000 habitants), ça limite l'anitsémitisme... Pour les Bandéristes, les nouveaux Juifs, ce sont les Russes...
Mais secundo, on a quand même entendu la "poétesse" Diana Kamliouk intervenir sur Maïdan, ici le 5 décembre 2013 - devant le drapeau de l'UE... :
Traduction (ça rime en Ukrainien) :
"Échos des photos jaunies
Lune éloignée des jours passés
Querelles exécrables "pour" et "contre"
Réflexions des youpins bien nourris."
"Il est plus pratique de pleurer le savon juif (sous-entendu - le savon fait dans des camps de concentration à partir des corps humains)
Que le monde en détourne les yeux.
Chefs et soldats
Ont été jugés à Nuremberg par des clowns."
"Que l'on ne vous écrase pas exactement comme le Maïdan "orange" en 2004, que vous réussissiez cette année, que vous réussissiez tout de suite sans vous laisser distraire par des supplications des youpins! Dans vos veines coule le sang ukrainien de l'homme blanc!" (vers 6')
Et elle est ensuite applaudie...
Autres sources ici et là. (ça a étrangement choqué les Russes....)
(Vincent Parlier, si tu veux nous faire une vidéo, ce serait génial...)]
Les Juifs l’ont bien compris qui – je peux en témoigner, car j’y
étais – se sont massivement portés, avec leurs frères tatares, russes,
cosaques, arméniens, ukrainiens en général, au-devant de l’insurrection
citoyenne dont ce Maïdan fut l’agora.
Josef Zissels, qui est ici et que je salue, a eu des propos forts pendant ces journées.
L’ensemble des associations juives ukrainiennes – celles qui sont là
ce soir et d’autres qui n’y sont pas – ont rédigé une lettre ouverte au
Président de la Fédération de Russie dont j’ai, le 6 mars 2014, publié
la version française dans ma revue, la Règle du Jeu, et où l’on adjurait
« Vladimir Vladimirovitch » d’entendre que les juifs étaient assez
grands pour « protéger » leurs « droits » et qu’ils avaient fait
clairement le choix d’une « coopération avec le gouvernement et la
société civile d’une Ukraine souveraine, démocratique et unie ».
Et le fait est que quelque
chose de cette inguérissable blessure que fut la participation de la
société civile ukrainienne à la Shoah a commencé de se refermer pendant
ces journées.
Vous avez, dans les situations de ce genre, deux attitudes possibles, deux paradigmes.
D’un côté la « compétition des victimes » qui dit, en gros : « il n’y
a pas assez de place, dans un cœur, pour deux fidélités ; pas assez de
place dans une âme pour deux mémoires ; et, entre les Ukrainiens
massacrés par Staline et les Juifs massacrés par Hitler et ses
supplétifs ukrainiens, il faut choisir ».
De l’autre la « solidarité des ébranlés » telle que l’a définie le
grand philosophe tchèque Jan Patocka et qui désigne, au contraire, une
sorte de fraternité spontanée des victimes dont les mémoires, loin de
rivaliser, se renforcent : « c’est quand vous avez la Shoah au cœur, que
vous voyez le Goulag ; c’est quand vous avez l’oreille assez fine pour
entendre la clameur antisémite que vous êtes également sensible au
glapissement raciste ou génocidaire en général ; c’est parce que rien ne
vous échappe du martyre du peuple juif que vous vous souvenez de celui
de la nation ukrainienne – et inversement ».
Les Juifs d’Ukraine ont pris le parti de Patocka.
Les Juifs d’Ukraine ont joué, plus que jamais, la « solidarité des ébranlés ».
Les Juifs d’Ukraine – c’est leur noblesse – ont choisi de se souvenir
que les Ukrainiens étaient surreprésentés dans cette Armée Rouge qui a
contribué à la chute du nazisme.
Ils ont choisi de ne pas oublier que le bataillon qui libéra Auschwitz s’appelait le « Premier Front ukrainien ».
Etre juif en Ukraine, c’est accepter de penser ensemble l’Holodomor et Babi Yar.
Et cela aussi, je voulais le dire et le répéter ici.
Et puis je veux rendre hommage enfin à un Juif en particulier, un
Juif d’Ukraine singulièrement : celui-là même que vous avez choisi
d’honorer en lui remettant votre « Metropolitan Andrey Sheptytsky Medal
of Honor Award » et qui est là, ce soir, face à moi.
Ce juif s’appelle Victor Pinchuk.
[3 milliards de $ de fortune, 2e d'Ukraine... Ca fait quand même 20 fois celle de BHL...]
C’est la première fois que je le rencontre.
Mais nous avons nombre d’amis communs et, en les interrogeant ces jours derniers, je crois m’être fait une idée un peu plus précise de qui il est.
Victor Pinchuk est d’abord, bien sûr, un patriote ukrainien – c’est-à-dire, dans ma terminologie (et, je pense, sans le connaître, que c’est aussi la sienne), un Européen convaincu, un Européen conséquent, un militant sans états d’âme de l’intégration de son pays à l’UE.
Victor Pinchuk est aussi ce
que l’on appelle un oligarque – mais attention ! un oligarque d’un genre
particulier ! un oligarque philanthrope ! un oligarque qui croit
qu’il doit plus qu’on ne lui doit, qu’il a plus de devoirs qu’il n’a de
droits ! un oligarque qui pense que son premier devoir est de rendre à
l’Ukraine un peu de ce qu’elle lui a donné, autrement dit de sa fortune !
Je ne sais pas si Viktor Pinchuk a officiellement rejoint, ou non, le «
Giving Pledge » qui est ce mouvement lancé, depuis les Etats-Unis, par
Warren Buffet, Bill Gates, Richard Branson, Nicolas Berggruen, d’autres,
et qui invite les milliardaires de la planète à donner la moitié de
leur argent à des œuvres philanthropiques. Mais, d’après ce que je sais,
il se situe clairement dans leur lignée. Et
il est d’ailleurs, avec le président Poroshenko, l’un des rares
milliardaires ukrainiens à être restés, me semble-t-il, à Kiev au moment
du Maïdan et à y avoir organisé, en pleine révolution, à
quelques centaines de mètres du champ de bataille, une grande exposition
honorant un artiste qu’il défend, que je défends aussi et qui s’appelle
Jan Fabre.
Mais ce qui m’intéresse, ce soir, ce qui vous intéresse aussi puisque c’est à ce titre que vous avez chois de l’honorer, c’est qu’il est surtout un grand juif.
Qu’est-ce que c’est, un grand juif ?
Le mot peut étonner mais je crois, vraiment, qu’il y a des grands et
des moins grands juifs et je crois que ce qui fait le « grand juif » ce
sont trois traits qui, tous trois, se retrouvent en Victor Pinchuk.
C’est d’’abord cet « Ahavat Israël », cet « amour du peuple juif »,
oui, juste cet « amour », ou cette « amitié », ou cette « bienveillance
», dont Gershom Scholem regrettait, dans une polémique célèbre, qu’ils
fissent si tragiquement défaut, au moment du procès Eichmann, à sa
collègue Hannah Arendt : nombreux sont les juifs qui, parvenus au faîte
de la puissance, de la gloire ou de la reconnaissance dans le monde de
la gentilité tournent le dos à cet « Ahavat Israël », l’oublient – je ne
crois pas que ce soit le cas de Victor Pinchuk .
C’est ensuite le rapport à la mémoire et, en particulier, à la
mémoire souffrante, douloureuse, de la persécution : Viktor Pinchuk, là
aussi, se distingue de tant de juifs amnésiques ou, de nouveau, oublieux
que nous voyons autour de nous – ne fut-il pas le partenaire de Steven
Spielberg pour la production de Spell your name, le seul film réalisé, à
ce jour, sur le massacre de Babi Yar ? et, presque plus important
encore, n’est-il pas l’un des sponsors de Holocaust by bullets, la
Fondation créée par Patrick Desbois pour retrouver, déterrer, bref
nommer et célébrer les morts sans nom et sans nombre de la Shoah par
balles ?
Et puis je crois enfin qu’un grand juif c’est un juif d’affirmation.
Il y a les juifs de négation qui vivent leur judaïsme dans le secret ou
dans la honte. Il y a tous ces juifs « sartriens »
qui pensent, comme Jean-Paul Sartre, que le judaïsme n’est rien qu’un
effet de regard des antisémites ou qui, comme Heine dans un mot resté
tristement célèbre, s’exclament « le judaïsme ? je ne le souhaite pas à
mon pire ennemi ; injures et douleurs voilà tout ce qu’il rapporte ». Eh
bien Victor Pinchuk pense le contraire. Il vit son judaïsme, sinon dans
la gloire, du moins dans la positivité d’une franche et claire
affirmation. Il aide les œuvres juives d’Ukraine. Il restaure les lieux
de culte d’Ukraine. Et, quand il invite ses amis Tony Blair ou Chelsea
Clinton à visiter son pays, où les emmène-t-il ? A la synagogue de
Dnipropetrovsk pour l’un. Dans une synagogue de Kiev pour l’autre.
J’aime cela. J’aime cette assomption sereine, souveraine, par un juif,
de son judaïsme. Car cela aussi est d’un grand juif. C’est, très
précisément, le propre de ce que j’appelle un juif d’affirmation.
Un mot encore.
Je suis Français.
Et je sais que la plupart de ceux qui sont ici ne peuvent, en
écoutant un Français parler de l’Ukraine, s’empêcher d’avoir à l’esprit
l’affaire qui, en ce moment même, empoisonne les relations entre nos
deux pays et qui est l’affaire des porte-hélicoptères Mistral.
Eh bien ne me posez pas la question car je vous apporte la réponse.
Je suis, vous le savez peut-être, de ceux qui font campagne, en France, pour que ces porte-hélicoptères ne soient pas livrés.
Mais ce que vous ne savez sans doute pas c’est qu’il y a beaucoup de
Français, probablement une majorité, qui ont la même opinion que moi et
trouvent que livrer des navires de guerre à la Russie alors même qu’elle livre aux Ukrainiens une guerre où la diplomatie française a clairement choisi son camp serait, au mieux, inconséquent et, au pire, scandaleux.
Et ce que vous ne savez pas non plus c’est qu’au nombre de ces nombreux Français il y a le Président de la République en personne, François Hollande, qui est en Australie mais
avec qui j’ai eu, sachant que vous risquiez de m’en parler, un contact
ce matin et qui m’a explicitement dit, en m’autorisant à vous le
rapporter, que la France tenait bon (ce sont ses mots : « tenir bon ») et
que les marins russes qui sont, depuis quelques semaines, dans le port
français où mouille le premier de ces Mistral et qui doivent, en
principe, aux termes du contrat, se familiariser avec lui et en prendre
possession, se voient, depuis hier, lundi, interdits d’accès à bord.
Il y a une polémique, en France, à ce sujet.
Le Président français a des opposants qui le pressent d’«honorer la signature de la France ».
Mais je pense qu’il ne cédera pas.
Je suppose qu’il réfléchit, en ce moment même, aux diverses options
qui s’offrent à lui et qui lui permettraient de sortir de cette
situation moralement et stratégiquement intenable sans pénaliser les
ouvriers des chantiers navals français.
Il y a la solution « canadienne » qu’a proposée notre ami Berel, ici présent.
Il y a la solution que j’ai proposée et qui serait de vendre le navire à l’Ukraine moyennant un prêt de longue durée et à intérêt privilégié que lui consentirait l’Union Européenne.
[Au fouuuuuuuuuuuuuuuu. Il cherche la rupture des relations diplomatiques avec la Russie ?]
Il y a l’idée du vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel qui serait
de le vendre à l’Union européenne elle-même : ne serait-ce pas le
meilleur moyen de voir prendre forme, pour la première fois, cette
fameuse défense commune dont on parle depuis si longtemps mais qui est,
pour l’instant, lettre morte ?
Il y aurait même une formule – j’y pense à l’instant – où l’on verrait les « oligarques » ukrainiens se cotiser pour l’acheter: c’est un beau bateau, vous savez ! et le prix, un milliard, n’étant, à leur échelle, pas si faramineux que ça, il n’est pas exclu qu’ils fassent une bonne affaire !
[Ils vont faire quoi d'un porte hélicoptères ??? Au fouuuuuuuuuuuuuuuu]
Mais la seule hypothèse qui me semble exclue c’est que la France livre ce Mistral, comme ça, comme si de rien n’était, à un Poutine qui serait bien capable de l’acheminer aussi sec en face de Marioupol ou Odessa !
Je tenais à vous le dire.
Un autre mot, encore.
Je sais aussi que cet hommage au Métropolite Andrey Sheptytsky, à
Victor Pinchuk et aux juifs d’Ukraine en général, je le prononce en un
moment très particulier, et très particulièrement dramatique, de
l’histoire de votre pays.
Et je n’ignore pas, personne ne peut ignorer, qu’à l’heure où je vous
parle, des milliers de soldats russes sont à la manœuvre dans le
Donbass – et je n’ignore pas non plus que, venus en soutien des chiens
de guerre de Donetsk et de Lougansk, ou des mercenaires cosaques ou
tchétchènes qui se trouvaient déjà là, ils sont en train de faire de
cette région de l’Ukraine une sorte de petite Sparte où l’on ne respecte
que la force, où l’on ne prône que la violence et où il n’est pas
jusqu’à la rhétorique de la « défense des russophones opprimés » qui a
cédé la place à un discours nettement plus offensif : je lisais tout à
l’heure un article de notre ami Adrian Karatnycky rapportant une
déclaration du leader de la République populaire de Donetsk, Aleksandr
Zakharchenko – « mon armée, dit en substance ce bandit, est désormais en
positon, non seulement de se défendre, mais d’attaquer »…
Face à cela, face à ce changement de discours et, peut-être,
d’échelle, je sais que les mots et les belles déclarations ne suffisent
plus.
Face à ce qu’il faut bien appeler un nouvel état d’urgence et de
péril extrême, je sais que votre pays a besoin d’un soutien beaucoup
plus actif que les bonnes paroles diplomatiques.
Mais je tiens à vous dire que nous sommes très nombreux, là aussi, à
être de cet avis et que je ne désespère pas que nous soyons, très vite,
une vraie majorité à comprendre que c’est ici, à Kiev, que l’Europe joue
sa survie et qu’il faut absolument vous aider, donc, à mener et gagner
cette bataille.
Vous savez, je suppose, que
deux courageux sénateurs américains ont passé, en Commission, un
Ukrainian Freedom Support Act qui, s’il est finalement voté, permettra
la livraison à l’Ukraine des systèmes de communication cryptée, des
drones, des batteries anti-tanks et anti-aériennes, voire des armes de
précision qui font si cruellement défaut à son armée.
Eh bien, voyez-vous, j’étais aux États-Unis toutes ces dernières semaines et mon petit doigt me dit que cette loi sera votée dès janvier ou février prochain.
Mon petit doigt me dit aussi qu’il y aura d’autres pays, à commencer par le mien, qui suivront le mouvement et qui, peut-être, qui sait ? le précéderont.
Et j’ai la conviction que vous êtes, là aussi, moins seuls qu’on ne
le dit, que Monsieur Poutine ne le croit et que vous ne le pensez
probablement vous-même.
En tout cas, je m’y emploie.
Modestement, avec mes moyens limités, mais je m’y emploie.
Ne serait-ce que tout à l’heure, avant de vous retrouver, j’ai rencontré des responsables de la défense nationale de l’Ukraine qui m’ont expliqué la nature de leurs besoins – et j’ai bien l’intention, une fois rentré, de me faire l’écho de ces besoins.
[À l'évidence ce type veut plutôt qu'on finisse par déclarer la guerre à la Russie...]
Et puis encore un dernier, tout dernier mot.
J’ai évoqué, en commençant, la campagne de propagande venue du
Kremlin et qui essaie, depuis presque un an, de nous présenter le Maïdan
comme un repaire d’antisémites enragés contre lesquels il conviendrait de ressortir l’artillerie lourde des campagnes antifascistes d’autrefois.
Or ce qui me navre c’est que beaucoup de juifs russes semblent être tombés dans le piège et avoir avalé le bobard.
Ce qui, non seulement me navre, mais me met en colère c’est que Poutine ait osé embrigader les juifs de Moscou dans cette campagne fratricide et insensée.
On ne fait pas cela.
On ne joue pas avec ces mots ni avec cette mémoire.
On ne recrée pas la guerre des juifs pour servir des intérêts politiciens médiocres et à court terme.
Et je crois qu’à cela aussi, à cette instrumentalisation indécente et odieuse, il faut trouver le moyen de s’opposer.
Les juifs russes qui, comme
le grand rabbin Berel Lazar, tressent des couronnes à Poutine sont-ils
les nouveaux idiots utiles du Kremlin ? Sont-ils désinformés ? Otages ?
Ont-ils un pistolet sur la tempe ou croient-ils, vraiment, à ce qu’ils
disent?
[Ben il ne les voit pas les Juifs russes ????]
[Et il travaille pour l'Association pour le développement de l'Antisémitisme en Russie ou quoi ? Mais réfléchit-il comment les Russes non-Juifs vont prendre ce discours ?]
En tout cas, c’est intolérable.
Cette situation, personnellement, me brise le cœur.
Et je voudrais, ne serait-ce que pour en avoir le cœur net, vous présenter une suggestion.
Organisons une rencontre unitaire des juifs d’Ukraine et de Russie.
Posons, lors de cette rencontre, tous les problèmes sur la table.
Levons, s’il y en a, les principaux malentendus que la propagande a créés.
Et réparons, s’il est brisé, ce lien de vie entre juifs dont Flavius
Josèphe, l’auteur de La guerre des juifs, disait qu’il ne fallait jamais
laisser les tyrans y toucher et le corrompre.
Je vous dis cela du fond de mon amour pour le judaïsme d’Ukraine qui a tant souffert et qui relève la tête.
Je vous le dis avec tout le respect que je dois à ce judaïsme russe
qui sort, lui aussi, d’une interminable nuit et qu’il serait si triste de voir retomber sous la coupe d’un Vladimir Poutine
– ah Sharansky ! Yossef Begun, Ida Nudel, Jossef Mendelevitch et
Alexandre Lerner, Vladimir Brailowski ! tous ces noms pour lesquels je
me suis, avec d’autres Français, tant battu dans ma jeunesse ! tous ces
refuzniks, ces refusés de visa qui étaient aussi des hommes du grand
refus, des hommes de fer et de résistance, des modèles d’insoumission et
de courage !
Tous ces indomptés, il est insupportable, oui, de voir un minable officier du FSB leur faire à nouveau plier l’échine !
A ceux d’entre eux qui ne sont plus de ce monde, nous devons de
sauver leurs enfants et leurs héritiers du piège qui se ferme, à
nouveau, sur eux.
C’est pour eux, pour eux tous, les morts et les vivants, que j’appelle ici de mes vœux ce grand rassemblement des juifs libres des deux pays, l’Ukraine et la Russie.
Il pourra, ce rassemblement, se tenir à Jérusalem, à Paris ou ailleurs.
Il pourrait se faire à l’initiative de Monsieur le Grand Rabbin de Kiev et d’Ukraine, Yaakov Dov Bleich, ici présent.
Monsieur Victor Pinchuk pourrait en être, dans le droit fil de ce
judaïsme d’affirmation et de combat que j’ai décrit, le facilitateur et
même l’artisan.
Je ne suis sûr que d’une chose : le fait que cela ait lieu
représenterait, à soi seul, une défaite pour Poutine et une victoire, à
Moscou comme à Kiev, pour les valeurs de vérité et de liberté.
Je vous remercie. »
Source : Larègledujeu, 25/11/2014
P.S. Faites-nous gagner du temps
: tout commentaire à connotation antisémite sera comme toujours
supprimé. N’en écrivez-pas, ou signalez-les nous (bouton alerter) –
merci…
EDIT : il récidive dans Nice Matin :
« L’Europe se conduit de manière minable face à la Russie »
Pourquoi le sort de l’Europe se joue-t-il, selon vous, en UKraine?
Parce que le projet de Poutine n’est pas de prendre l’Ukraine mais de se venger de l’Europe en la déconstruisant.
Il tient l’Europe pour responsable du démantèlement de l’Union
soviétique. Et, pour se venger, il s’appuie sur toutes les forces qui, à
l’intérieur de nos pays, s’opposent à l’Union européenne.
Qui sont ses « alliés » dans les pays européens?
Les partis d’extrême droite, populistes, xénophobes, comme le Front national en France. Des néonazis comme Soral ou Dieudonné.
L’attitude de Poutine n’est-elle pas aussi une réaction à un
certain mépris de l’Europe et l’Otan à l’égard de la Russie depuis 1991?
Quel mépris? L’Otan a refusé les demandes d’intégration de la Géorgie
et de l’Ukraine par égard pour Moscou. Obama a fait, depuis 2008, une
quantité de gestes en direction de Poutine : réduction équilibrée des
forces, intégration dans les organisations internationales… L’idée de l’humiliation de la Russie est un mythe
aussi absurde que celui, toutes proportions gardées, de l’Allemagne
humiliée des années 30. Je comprends qu’il fallait ménager la Russie
après la chute du mur de Berlin pour lui permettre d’entrer dans un
grand ensemble, y compris peut-être de libre-échange, avec l’Europe.
Mais aujourd’hui, alors que la Russie se réveille avec des projets belliqueux, l’Europe se conduit de manière minable.
[Quand on se sent humilié, c'est qu'on a été humilié - point final...]
Que devrait faire l’Europe?
Organiser symboliquement un sommet de la commission européenne à Kiev. Livrer des armes à l’Ukraine en quantité bien plus grande.
Mettre en place un grand plan de développement de l’Ukraine en
s’appuyant sur le Fonds monétaire international, la BIRD, le FMI et la
BCE.
N’est-ce pas la situation même de l’Ukraine, État tampon dont
une partie est tournée vers la Russie et l’autre vers l’Europe, qui
génère ce conflit?
L’Alsace-Lorraine, la Wallonie, le Haut-Adige… sont des régions
tampons!!! Mais le propre des chefs d’État raisonnables c’est d’éviter
que les tampons deviennent des punching-balls!
François Hollande a suspendu la livraison des frégates. Faut-il aller plus loin?
La suspension, c’est parfait. Si la situation change, il les livrera.
Mais, pour l’instant, comment voulez-vous qu’on livre un navire de
guerre porte-hélicoptères qui pourrait demain aller mouiller devant
Marioupol ou Odessa? Les Mistral, ce ne sont pas des paquebots de
croisière!
Source : Nice Matin, 29/11/2014