Pour mémoire, je vous rappelle cette série Fourestique du mois de mai :
Je pointais une chronique haineuse et manipulatoire de Caroline
Fourest, qui déclarait tranquillement que les Russes arrachaient les
yeux de leurs prisonniers :
Celle-ci a eu la gentillesse de me répondre sur le Huffington Post :
m’indiquant sa source, mais, comme elle n’a pas pris la peine de
faire la moindre vérification, je montrais vite que sa source était
juste un fan d’Al Qaeda :
Je vous avais proposé de saisir le CSA face à ce manque de déontologie journalistique.
En septembre, le CSA a écrit à Radio-France en lui demandant d’user de plus de professionnalisme…
Comme quoi, il reste encore quelques contre-pouvoirs, et il peut être efficace de se mobiliser…
Merci à toutes et à tous !
Quand le CSA épingle Caroline Fourest…
Date de publication : lundi 15 septembre 2014
Assemblée plénière du 16 juillet 2014
Assemblée plénière du 16 juillet 2014
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel SA a été saisi de plaintes au sujet de l’émission Le Monde selon Caroline Fourest diffusée
sur France Culture le 6 mai 2014, en raison d’une chronique qui portait
sur le conflit en Ukraine et au cours de laquelle la chroniqueuse a
fait état d’exactions qui auraient été commises à l’encontre d’officiers
ukrainiens, en précisant notamment que « les paramilitaires séparatistes venaient de leur arracher les globes oculaires avec un couteau ».
Le CSA a considéré
que cette information – eu égard à sa sensibilité – n’avait pas fait
l’objet de vérifications préalables suffisantes.
Le Conseil a rappelé fermement à la société Radio France la nécessité de faire preuve de davantage de vigilance et de rigueur, notamment pour des sujets sensibles d’actualité. Il a, à cette occasion1, rappelé les orientations de la
recommandation du Conseil du 20 novembre 2013 relative au traitement
des conflits internationaux, des guerres civiles et des actes
terroristes par les services de communication audiovisuelle.
Source : CSA, 15/09/2014
Donc Fourest colporte une rumeur abjecte sans fondement, en étant
dans la totale incapacité de la prouver, elle se fait taper sur les
doigts par le CSA. Et que fait-elle ? Elle attaque – façon BHL…
A quoi joue le CSA ?, par Caroline Fourest
Quand il ne décrète pas la mort salariale de centaines de
journalistes en refusant à des chaînes comme LCI ou Paris Première
d’accéder à la TNT, le CSA se permet de tancer des confrères de D8 ayant
enquêté sur le Front national à l’aide d’une caméra cachée. La chaîne,
qui doit déjà affronter le harcèlement juridique bien connu (et coûteux)
du Front national, a reçu un « avertissement ».
[OB : C'est bizarre, je n'ai jamais entendu critiquer TF1 d'avoir choisi un modèle payant pour sa chaine d'info, contrairement à Canal Plus et BFM, et d'avoir perdu en fin de compte en raison de sa stratégie initiale erronée... J'imagine que ce devrait être comme pour les banques : pile je gagne, face je ne perds pas ?]
Bizarrement, le CSA n’en donne jamais quand des confrères servent de
relais, bêtes et neutres, à des intox ou à des propos mensongers livrés
sous forme de communication politique bien huilée. Ou lorsque des
émissions de service public censées élever le débat servent de relais
aux théoriciens de l’incitation à la haine ou du complot. Non, le mal
suprême, c’est d’avoir osé faire une « caméra cachée » pour contourner
le vernis et faire émerger un discours-vérité !
Voilà qui va un peu plus dissuader des confrères d’enquêter — et donc
d’informer — sur le décalage existant entre le discours lisse tenu par
le FN dans les médias et celui qu’il tient en en réalité, dans les
coulisses. Les radicaux, les démagogues et les désinformateurs
professionnels en général, peuvent dormir tranquilles. Le CSA veille à
les protéger.
Les pro-Russes, parfois aussi militants du Front national, peuvent aussi se réjouir.
[Point Godwin, classique]
Pendant l’été, le CSA a cru bon d’adresser une leçon de morale à mon employeur (qu’il a nommé) suite à une campagne largement menée par des soutiens de Vladimir Poutine.
[C'est dingue ça, on raconte des conneries à la radio, et il y a des conséquences !!! A quand l'impunité à vie ?]
[2e point Godwin, non, non, on ne soutient pas Poutine, on essaie de chercher la vérité - et on a vu après l'Irak, le Kosovo, la Libye, la Syrie, etc, que la lutte contre la propagande de guerre était une impérieuse nécessité]
En effet, lors d’une chronique sur l’incendie meurtrier à la Maison
des syndicats d’Odessa où ont péri des dizaines de militants
séparatistes, j’ai mentionné le climat délétère qui l’avait précédé en
Ukraine et dont très peu parlait à l’époque, sauf la presse Ukrainienne.
Bien avant les images que l’on connaît enfin aujourd’hui et qui sont
devenues quotidiennes, un quotidien national venait d’annoncer
l’enlèvement de trois officiers du SBU. Sur une vidéo diffusée cette
fois par les séparatistes, on peut les voir exhibés comme prisonniers,
les yeux trempés de sang à travers leur bandeau. Ces yeux ensanglantés
ont-ils été arrachés ? C’est ce que prétend ce journal ukrainien. Une
universitaire et une journaliste me l’ont dit sérieux et moins
propagandiste que d’autres médias ukrainiens. Ce journal a-t-il menti ou s’est-il trompé ? Personne, à ce jour, ne l’a démontré.
En revanche, ceux qui le prétendent (sans preuves) n’arrivent toujours à
expliquer pourquoi les yeux de ces trois agents étaient trempés de
sang… Mais surtout, mon article portait sur ce climat de haine et de
propagande. Ne pas en parler aurait été, à mes yeux pour le coup, une faute.
[Ah pardon, c'est à nous de prouver que ce que raconte Mme Fourest est faux, mes excuses, j'ai du mal lite la Charte de Munich :
3. Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ;
Citer un pseudo journal et aucune source sérieuse, et ne même pas regarder l'émetteur de la vidéo qui est, je la rappelle, un islamiste, ne semble pas remplir ce devoir... Je rappelle qu'aucune agence de presse mondiale n'a rapporté cette information, mais ce n'est pas grave apparemment...
Quant au point 6 :
6. Rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte...]
Comme j’ai la chance de travailler sur une antenne à la fois libre et de qualité, je m’en suis expliquée sur l’antenne de France Culture au micro du médiateur, quelques jours après ma chronique ayant suscité une campagne de courriers. Des auditeurs pro-Russes
se plaignaient, en général, d’écouter une antenne jugée trop favorable
aux Ukrainiens. J’ai tenté de leur expliquer que l’antenne d’une radio
est faite de journaux factuels et de chroniques d’opinions engagées.
Ce n’est tout de même pas la faute de la rédaction, l’une des
meilleures que je connaisse, si les pro-Russes préféraient mener des
opérations de déstabilisation armées illégales plutôt que d’aller voter
comme ils en avaient le droit lors d’élections nationales enfin libres
et non truquées… L’antenne de France Culture a également rapporté les
actes criminels de supporters de foot pro-Ukrainiens, mafieux et pour
certains d’extrême droite. Comme lorsqu’ils ont tué des dizaines de
militants pro-Russes à la Maison des syndicats d’Odessa. Je suis bien
placée pour le savoir, j’ai réalisé un reportage pour France culture sur ce sujet, en laissant la parole aux pro-Russes, alors victimes de ces criminels.
J’ai aussi parlé de ce je pensais des fascistes (ultra-minoritaires)
du Secteur droit. J’assume néanmoins préférer les insurrections
populaires réclamant la démocratie comme l’Euro-Maïdan aux crimes menée
par un voisin autoritaire, en l’occurrence russe, pour tenter d’empêcher
cette démocratisation et préserver ses intérêts de façon coloniale.
Si cette grille de lecture est partagée par d’autres confrères, ce
n’est pas le fruit d’un complot ou à cause de « la pensée unique » comme
l’écrivent certains auditeurs, mais le résultat d’une logique assez
simple : les gens dont le métier est de réfléchir sont plutôt du côté des démocrates que des apprentis totalitaires.
[Ah si leur métier est de réfléchir alors... On a vu qu'ils avaient bien réfléchi déjà pour l'Irak et la Libye, beau succès, bravo... N'hésitez pas à prendre des vacances...]
Non seulement, cette mise au point a eu lieu sur l’antenne,
mais elle a même permis de faire un peu de pédagogie sur nos métiers.
Cela n’a pas dissuadé le CSA d’écrire à mon employeur pour donner
raison aux campagnes de courriers en lui conseillant de bien faire
attention aux sources en temps de guerre. Comme si ma chronique — qui
s’appelle « Le Monde selon Caroline Fourest » — était un reportage pour
le journal de 20H et non un éditorial sur les propagandes russes et ukrainiennes… Par temps de guerre justement.
["Ben flute, je ne fais pas de l'information, mais de la propagande, laissez moi tranquille !". Je me demande si elle comprend que dire que des Russes arrachent les yeux c'est faire de la propagande, elle n'a pas l'air...]
Merci pour la leçon. Mais je me permets de vous donner à mon tour un
conseil. En effet, j’ai bien regardé votre CV et vos parcours. Il y a
parmi vous quelques collègues. Assez peu en fait, mais enfin il y a tout
de même quatre journalistes… Certains que je respecte et pour qui j’ai
même de l’amitié. Enfant, j’ai écouté vos émissions d’histoire et vu vos
reportages à la télé.
Sans vouloir me montrer trop irrespectueuse, je ne crois pas que vous
sachiez bien ce que signifie être éditorialiste (une seule parmi vous
l’a été) par temps de guerre 2.0. Surtout lorsqu’on enquête, comme c’est
mon cas depuis dix-neuf ans, sur les réseaux extrémistes spécialisés
dans la propagande et les campagnes d’intimidation. Qu’ils soient
partisans de Tariq Ramadan, de Thierry Meyssan, de Dieudonné, de Marine
Le Pen, d’Alain Soral, de la Manif pour tous, du Printemps français et
depuis deux ans de Vladimir Poutine… Heureusement, très souvent, ce sont
les mêmes.
Pas un jour ne se passe sans que je sois insultée ou menacée sur les
réseaux sociaux. Quand on ne veut pas m’organiser un accident de
voiture, on veut me casser les dents, me tabasser (parfois ça arrive),
souvent on donne mon adresse. Les uns me traitent d’ « islamophobe »
pour avoir écrit sur l’intégrisme, les autres d’ « islamophile » pour
avoir soutenu le printemps arabe et dénoncé le racisme anti-musulmans,
certains de « pro-israélienne » pour avoir toujours combattu
l’antisémitisme, d’autres de « nazie » pour avoir critiqué la politique
israélienne.
Les esprits délirants de Reopen 911 (ceux qui pensent qu’aucun avion
ne s’est écrasé sur le Pentagone) m’adressent perpertuellement des
leçons de journalisme et mentent ouvertement en écrivant sur leur site
que j’ai « bidonné un reportage »… Il s’agit en fait d’un reportage de France 5 sur les théories du complot,
et d’une séquence non montée et parfaitement juste donnant la parole à
deux de leurs sympathisants se perdant dans leurs raisonnements ! J’ai
porté plainte. Je porte régulièrement plainte, contre les menaces et les
diffamations les plus grossières, mais je ne peux pas tout poursuivre…
Je n’ai pas les moyens juridiques du Front national.
Parfois, en retour, je reçois des convocations au poste de police.
Avant l’été, l’AGRIF a porté plainte contre moi pour « haine envers la
religion », simplement parce que je filmais les FEMEN pour France 2 lors
de la manifestation de CIVITAS… Où je me suis faite tabasser. Je passe
sur le harcèlement injurieux, ayant donné lieu à des procédures d’une
internaute soutenant la LDJ. Alain Soral a également porté plainte
contre moi, pour avoir pointé du doigt ses expressions racistes lors
d’une soirée de soutien à Christine Taubira. Je me rends aux
convocations quand je suis poursuivie, lui jamais. Ainsi va le monde.
[Bravo et respect, mais en quoi ça donne le droit de dire des conneries à l'antenne ?]
Vous voyez cela fait de grosses journées, passées à batailler pour
informer sur les propagandistes sans être soi-même salie par leurs
propagandes. Si vous ajoutez à cela la précarité de nos métiers, où nous
ne sommes plus déclarés comme journalistes mais comme intermittents du
spectacle, par des patrons qui vous expliquent qu’il n’y a plus d’argent
pour faire des émissions « prise de tête », qu’il faut faire de
l’audience pour avoir des budgets, et surtout laisser plus de place à
l’interactivité, c’est-à-dire aux campagnes de courriers souvent
anonymes et haineuses, je peux vous dire que la dernière chose dont un journaliste enquêtant sur la propagande a besoin, c’est d’une leçon du CSA.
Mais surtout, la prochaine fois, envoyez-moi votre mise en garde par
courrier. Cela me fera un souvenir, que je pourrais encadrer. Quand un
jeune, dans quelques années, me demandera « Caroline, c’était quoi le
CSA ? », je pourrais lui répondre, émue : « Le CSA ? C’était des sages
qui écrivaient des lettres aux journalistes pour leur dire de bien faire
attention à ne pas propager la propagande qu’ils démasquaient, à la
demande de ceux qui voulaient les intimider pour continuer à désinformer, au nom de « l’interactivité » que le CSA encourageait… Et qui a finalement remplacé le journalisme. »
Bien sûr, à ce moment, cette jeune fille ou ce jeune garçon ajoutera « Mais Caroline, c’est quoi le journalisme ? ».
[Ben petit, demande plutôt à Georges Malbrunot ou Denis Robert, Caroline elle n'a pas d'échantillon sur elle en ce moment !]
[Allez, sans rancune !]
Source : Le Huffington Post , 16/09/2014