Avec plus de 120 de mes collègues députés de gauche, j’ai cosigné la tribune parue aujourd’hui dans Libération
pour nous opposer à la généralisation du travail du dimanche. Nous
développons l’ensemble des arguments que nous nous préparons à avancer
lorsque le texte viendra en débat à l’Assemblée nationale mardi
prochain. Hier, Nicolas Sarkozy a tancé les députés UMP dont certains se
montraient récalcitrants. Quelle audace dans notre république
sarkozyste ! Daniel Goldberg
Vous pouvez télécharger cette tribune ci-contre ou bien en
trouver ci-dessous le texte complet, avec des cartes contre le travail
dominical diffusées par le Groupe socialiste de l’Assemblée nationale :
Tribune « Dimanche: Yes week-end ! » publiée aujourd’hui dans Libération :
Loin de la prudence demandée à deux reprises par le Conseil
Économique et Social (CES) sur ce sujet en 2007, le Gouvernement
matraque une nouvelle fois le code du travail, officiellement au nom de
la croissance contre la crise. En réalité, depuis des années la
majorité souhaite supprimer le repos dominical. La crise n’est qu’une
divine occasion de passer à l’acte. Pourtant, les pays les plus
libéraux sont les premiers touchés par l’effondrement de ce modèle.
Cette proposition de loi révèle la vision mercantile
inquiétante de la droite. Il s’agit d’une triple erreur : économique,
politique et sociétale.
Une erreur économique tout d’abord. L’augmentation
attendue de 30 % du chiffre d’affaire des commerces est mensonger. Il
repose sur quelques cas d’entreprises hors-la-loi qui ouvrent le
dimanche, avec la complicité et les encouragements du Gouvernement. Un
comble en matière de civisme ! Mais qui peut croire qu’une ouverture
généralisée des commerces conduirait à une augmentation globale du
chiffre d’affaire du commerce français ?
Les Français ne dépenseront pas le dimanche l’argent qui leur manque
la semaine. Au mieux, les achats dominicaux se substitueront aux achats
de la semaine, sans gain pour l’économie comme le montre le Centre de
recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc)
dans un rapport commandé par Bercy et publié en novembre 2008.
Loin des créations d’emplois annoncées, c’est plutôt une destruction d’emplois qui nous attend, et particulièrement ceux
du commerce de proximité. L’ensemble des organisations patronales de
l’artisanat et du commerce de proximité l’a compris. Il en va de la
survie de leurs entreprises. Car à chiffre d’affaire égal, les artisans
et les commerçants de proximité emploient trois fois plus de personnel
que la Grande distribution.
Autre soucis pour le gouvernement : les études économiques montrent
que l’ouverture dominicale augmente les prix. Ouvrir un dimanche coûte
trois fois plus cher qu’ouvrir un jour de semaine : charges salariales,
frais de communication, charges de fournisseurs augmentées par les
prestations dominicales. L’ouverture des commerces le dimanche
entraînera donc un surcoût des prix chiffré à 5 % minimum, même pour
ceux qui achètent en semaine.
Une erreur politique ensuite. Le Gouvernement
décrète que les Français veulent cette réforme. Ils attendraient
l’ouverture dominicale. C’est faux. Dans les sondages, les Français
expriment des avis très partagés. Parfois favorables en tant que
consommateurs, ils sont bien plus réservés en tant que salariés…
Manifestement, l’apport du travail dominical est contesté par ceux qui
le subissent. Les pauvres devront travailler toujours plus pour vivre,
tandis que les autres pourront choisir de ne pas travailler, jouir de
leur temps libre. Mettre en avant la liberté et le volontariat du
personnel traduit une réelle méconnaissance de l’inégalité de la
relation employeur-salarié, accrue en cette période de crise et de
hausse du chômage. Il faut le rappeler : le contrat de travail est un
contrat de subordination. Le salarié ne s’embauche pas, ne se licencie
pas, ne se distribue pas des primes et ne s’accorde pas des jours de
RTT. La majorité des salariés de la grande distribution est composée de
mères de famille, employées à temps partiel pour un salaire net mensuel
de 750 €. Dans ces conditions, a-t-on la liberté de dire oui, ou de
dire non pour venir travailler le dimanche ? Si le gouvernement veut
vraiment augmenter le pouvoir d’achat de ses concitoyens, c’est par la
revalorisation des salaires qu’il devra le faire, et non par des primes
aléatoires !
Mais ce texte ne se heurte pas seulement à l’ensemble de la gauche,
aux organisations syndicales, aux associations familiales et aux
responsables des cultes. Il trouve aussi des opposants dans la majorité,
et non des moindres. L’actuelle Ministre de l’Economie, Christine
Lagarde, avait elle-même émis des réserves à ce sujet, signalant qu’elle
trouverait « dommage que le dimanche devienne un jour comme les autres ».
Cette opposition massive vient de la prise de conscience que cette réforme est aussi et enfin, une erreur sociétale.
La loi de 1906 a fait société. Elle a permis à la France de développer
un modèle envié de qualité de vie. Nicolas Sarkozy a décidé de la
détruire avec sa « politique de civilisation ».
Une extension de l’ouverture dominicale des commerces entraînerait
des modifications substantielles dans l’organisation du fonctionnement
de la société. Nombre d’autres professions et notamment les services
publics, les services à la personne (ouverture de crèches pour garder
les enfants…), les services de logistique, de technique ou de
maintenance seront touchés. L’ensemble des corps de métiers serait
touché et c’est toute l’organisation de la société qui serait à revoir.
Demain, le dimanche sera un jour de travail banal. Pourquoi le payer
plus alors ?
Au lendemain du Grenelle de l’environnement, c’est aussi un recul
formidable auquel nous assistons. Les grandes surfaces sont parmi les
activités les plus énergivores, les plus polluantes : éclairages
puissants entièrement artificiels, chauffages ou climatisations de
volumes immenses, vastes rayons de réfrigération ouverts ou souvent
manipulés. Il n’est donc fait aucune étude sur l’impact environnemental
de la loi. Adieu Grenelle !…
Au « travailler plus, pour gagner plus » qui a montré son injustice depuis deux ans, les députés de toute la gauche (socialistes, radicaux de gauche, communistes et verts) opposent le « travailler mieux, pour gagner mieux » du prix Nobel de l’économie Joseph Stiglitz. Nous défendrons avec la plus grande énergie notre conception de la société et de la vie, lors du débat au Parlement. »
Les signataires : Patricia Adam, Marie-Hélène Amiable, Jean-Marc Ayrault, Jean-Paul Bacquet, Claude Bartolone, Delphine Batho, Chantal Berthelot, Gisèle Biémouret, Martine Billard, Serge Blisko, Patrick Bloche, Daniel Boisserie, Marie-Odile Bouillé, Christophe Bouillon, Danielle Bousquet, Jean-Pierre Brard, François Brottes, Marie-George Buffet, Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Jacques Candelier, Martine Carrillon-Couvreur, Bernard Cazeneuve, Gérard Charasse, Jean-Michel Clément, Gilles Cocquempot, Yves Cochet, Catherine Coutelle, Michèle Delaunay, Guy Delcourt, Bernard Derosier, François de Rugy, Julien Dray, Tony Dreyfus, Jean-Louis Dumont, Laurence Dumont, Jean-Paul Dupré, Yves Durand, Odette Duriez, Philippe Duron, Olivier Dussopt, Henri Emmanuelli, Hervé Feron, Valérie Fourneyron, Jacqueline Fraysse, Jean-Louis Gagnaire, Catherine Génisson, André Gérin, Jean-Patrick Gille, Annick Girardin, Joël Giraud, Daniel Goldberg, Marc Goua, Pierre Gosnat, Maxime Gremetz, Elisabeth Guigou, David Habib, Danièle Hoffman-Rispal, Jean-Louis Idiart, Françoise Imbert, Michel Issindou, Serge Janquin, Régis Juanico, Marietta Karamanli, Jérôme Lambert, Colette Langlade, Jean Launay, Marylise Lebranchu, Gilbert Le Bris, Jean-Yves Le Déaut, Annick Le Loch, Jean-Marie Le Guen, Catherine Lemorton, Bernard Lesterlin, Michel Liebgott, Martine Lignières-Cassou, Albert Likuvalu, François Loncle, Victorin Lurel, Jean Mallot, Noël Mamère, Jacqueline Maquet, Jeanny Marc, Marie-Lou Marcel, Jean-René Marsac, Martine Martinel, Frédérique Massat, Gilbert Mathon, Didier Mathus, Sandrine Mazetier, Michel Ménard, Kleber Mesquida, Didier Migaud, Arnaud Montebourg, Pierre-Alain Muet, Roland Muzeau, Henri Nayrou, Alain Néri, Marie-Renée Oget, Françoise Olivier-Coupeau, George Pau-Langevin, Dominique Orliac, Daniel Paul, Jean-Luc Perat, Jean-Claude Perez, Sylvia Pinel, Philippe Plisson, François Pupponi, Marie-Line Reynaud, Dominique Raimbourg, Chantal Robin-Rodrigo, Marcel Rogemont, Alain Rousset, Odile Saugues, Christophe Sirugue, Christiane Taubira, Marisol Touraine, Philippe Tourtelier, Jean-Jacques Urvoas, Michel Vergnier, André Vezinhet, Alain Vidalies