Gaël De Santis
Lundi, 15 Décembre, 2014
Le
gouvernement va-t-il enfin ouvrir le dialogue avec les syndicats après
la mobilisation
de vendredi ? Un million et demi de personnes ont
défilé dans 54 villes de la Péninsule.
Rome, 12 décembre. Malgré la colère des manifestants, l’exécutif reste intransigeant sur la réforme du marché du travail.
Photo : A. Tarantino/AP
Rome (Italie), envoyé spécial.
La grève générale de vendredi, en Italie, a été un succès : 60 % des
salariés y ont pris part. Un million et demi de personnes ont défilé
dans 54 villes à l’appel de la Confédération générale italienne du
travail (CGIL) et de l’Union italienne du travail (UIL). Soit plus que
le million réuni par la seule CGIL, le 25 octobre, à Rome, à l’occasion
d’une manifestation nationale. Pour autant, l’exécutif reste
intransigeant sur la réforme du marché du travail et le projet de budget
2015, objets de colère des syndicats. Filippo Taddei, responsable du
Parti démocrate (PD) à l’économie, a répondu au mouvement par un
cinglant : « Les places se respectent. Mais c’est une erreur de penser
que les équilibres politiques se meuvent avec les places. »
En réalité, les choses bougent. Les mobilisations de ces
dernières semaines ont permis de mettre au jour les problèmes du monde
du travail ignorés par le président du Conseil, Matteo Renzi, et qui
passent dans les médias derrière les affaires de corruption. Ainsi, dans
le cortège romain, Fabrizio, du Silp-CGIL, le syndicat de la police, se
plaint que dans sa branche, l’accord national n’ait pas été renouvelé
depuis plusieurs années, si bien que « les salaires n’augmentent plus ».
Dans les manifestations, les salariés ont montré que la réforme du
marché du travail adoptée récemment essorait leurs droits. Les
entreprises auront la main libre pour licencier leurs salariés, les
contrôler par vidéosurveillance ou leur assigner des tâches non
inscrites dans leur contrat de travail.
« Des décisions à prendre pour la relance de l’économie »
La mobilisation rebat les cartes en rouvrant le débat au
sein du Parti démocrate, dont Renzi est le secrétaire. La gauche du PD a
défilé aux côtés des salariés. Surtout, le président du Conseil est
invité de toutes parts à négocier avec les syndicats. « J’attends de ce
gouvernement, quand il parle de réforme du marché du travail, qu’il en
parle avec les corps intermédiaires, avec les syndicats », a déclaré à
l’issue de la manifestation romaine Carmelo Barbagallo, secrétaire
général de l’UIL. Renzi est invité au dialogue aussi par le responsable
de l’autorité de régulation des grèves, qui s’inquiète d’une hausse du
nombre d’arrêts de travail dans la fonction publique. Le président de la
République, Giorgio Napolitano, s’est, lui, inquiété de la « notable
tension entre syndicats et gouvernement », ajoutant : « Il faut discuter
des décisions déjà prises, comme la réforme du travail, et surtout de
celles à prendre pour la relance de l’économie. » Matteo Renzi, qui, fin
novembre, déclarait que les syndicats « inventent des grèves » tandis
que lui « crée des emplois », saura-t-il l’entendre ?