décembre 12th, 2014 | by Mickael - Fondateur de News360x
Par Philippe Herlin
La nouvelle est passée presque inaperçue alors qu’elle mériterait la
une des journaux : la dette publique de l’Italie n’est plus qu’à un cran
de la catégorie spéculative ! L’agence Standard & & Poor’s l’a
dégradé vendredi dernier d’un cran à BBB-, soit la dernière note pour la
qualifier encore comme un « investissement ». Ensuite on passe à la
catégorie appelée littéralement « non-investment », un produit
spéculatif, ou pourri si l’on préfère. Bientôt une junk bond donc. Il
s’agit tout de même de la plus importante dette publique de la zone euro
(2168 milliards d’euros), la troisième dans le monde en volume (après
les Etats-Unis et le Japon) et également la troisième en pourcentage du
PIB (133% du PIB, derrière le Japon à 243% du PIB et la Grèce à 174% du
PIB). Les autres pays notés BBB- par S&P sont l’Azerbaïdjan, la
Bulgarie, l’Inde, le Maroc, la Roumanie et l’Uruguay.
Pour S&P, cette dégradation de la note italienne « reflète la
faiblesse récurrente des performances du produit intérieur brut, tant en
termes réels que nominaux, qui sapent sa capacité à faire face à sa
dette publique. » La croissance ne repart pas et la dette ne peut que
continuer à augmenter dans les années qui viennent, et à peser encore
plus sur les comptes publics. Une situation intenable à long terme. Le
chômage a atteint un niveau record en octobre à 13,2% de la population
active (et 44% chez les jeunes), l’économie semble à l’arrêt. Le chef du
gouvernement Matteo Renzi parle beaucoup, fait des annonces, défend des
réformes, mais pour l’instant peu de choses ont changé concrètement et
la Commission européenne commence à s’impatienter.
L’élément remarquable est la totale indifférence avec laquelle les
marchés ont accueilli la nouvelle. Le taux à 10 ans de la dette
italienne baisse régulièrement sur l’année 2014 et vient de passer sous
les 2%. Aucun affolement n’a accompagné la dégradation de S&P. S’il
faut illustrer la bulle obligataire qui sévit dans le monde, le cas de
l’Italie s’avère l’un des plus révélateurs.
La déconnexion entre les prix de marché et la réalité économique
atteint des sommets, celui qui achète aujourd’hui un bon du Trésor
italien à 10 ans possédera bientôt un actif noté en catégorie
spéculative, dans ces conditions accepter une rémunération de 2% l’an
seulement représente une sacrée prise de risque, une aberration même.
Mais les investisseurs se disent que la Banque Centrale Européenne
interviendra pour sauver leur mise. L’aléa moral est à son maximum :
prenons des risques inconsidérés puisque, de toute façon, la BCE fera le
nécessaire pour éviter une banqueroute. Il est vrai que la dette
italienne est « too big to fail », comme celle de la France, de
l’Espagne, comme les grandes banques européennes, et en conséquence tous
ces acteurs bénéficient d’excellentes conditions de financement. Donc
finalement tout va bien, c’est la Dolce Vita !
On vit plutôt ici une sorte d’hallucination collective, les autorités
monétaires ne peuvent pas tout faire, il suffit de voir le mal qu’elles
se donnent pour la Grèce, qui continue de sombrer, une crise de la
dette italienne serait évidemment d’une toute autre ampleur. La zone
euro peut-elle survivre si sa dette publique la plus importante est
notée comme un actif pourri ? Voici la question à se poser et la réponse
ne va pas de soi.
Source : Goldbroker.com