Écrit par folamour
PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron présentera mercredi son projet de loi sur la croissance et l'activité, un texte par lequel le gouvernement veut marquer sa volonté de moderniser l'économie française mais qui alimente les dissensions dans la majorité, au risque d'être édulcoré par ses élus.
Bien que le
ministre de l'Economie s'en défende, ce projet, dont les grandes lignes
ont été dévoilées en octobre, apparaît comme un gage donné à la
Commission européenne pour obtenir sa clémence face au dérapage des
finances publiques de la France.
Il lève une série
de contraintes dans des domaines aussi divers que le travail le dimanche
et en soirée, le transport routier de voyageurs, les professions
réglementées du droit, le logement ou l'épargne salariale.
Son objectif est de
créer du pouvoir d'achat et des emplois pour arracher quelques dixièmes
de point de produit intérieur brut chaque année.
Il met en oeuvre de
nombreuses recommandations faites de longue date à la France par les
organisations internationales comme l'OCDE, le FMI et la Commission
européenne pour augmenter son potentiel de croissance.
L'exécutif européen
a indiqué qu'il serait très attentif à ces réformes quand il rendra
début mars son verdict sur la France, menacée de sanctions inédites pour
non respect des règles budgétaires communes.
Mais des élus de la
gauche du PS ont déjà prévenu qu'ils voteraient contre le projet de
loi, qui prévoit aussi des cessions d'actifs publics, comme des parts
minoritaires d'aéroports de province.
D'autres députés
socialistes entendent amender certaines dispositions parmi les plus
symboliques, comme l'extension du travail le dimanche, pour en limiter
la portée.
COMPROMIS NÉCESSAIRES
Face aux critiques des "frondeurs", le Premier ministre, Manuel Valls, a soutenu son ministre de l'Economie, tout en reconnaissant qu'"il y aura forcément un débat".
Sur l'extension
contestée de cinq à douze du nombre de dimanches d'ouverture des
commerces autorisés par les maires, "je pense qu'on peut trouver les
compromis nécessaires", a-t-il déclaré dimanche sur France 2.
Quant à permettre
l'ouverture tous les dimanches dans les futures "zones touristiques
internationales", cette mesure "me paraît être le bon sens", a dit
Manuel Valls, en soulignant que des contreparties pour les salariés
étaient prévues.
Le Premier ministre
a décidé de faire lui-même les principales annonces à l'issue du
conseil des ministres de mercredi pour montrer que ces réformes, même si
elles sont portées par Emmanuel Macron, engagent tout le gouvernement.
La tâche s'annonce
d'autant plus délicate que, débattu au Parlement à quelques mois du
congrès socialiste prévu en juin, le texte cristallise les fortes
divergences au sein du parti sur la politique économique.
Sceptiques et
opposants pourraient trouver dans le résultat des cantonales de fin
mars, qui s'annoncent aussi difficiles que les derniers scrutins pour un
exécutif en panne de popularité, des arguments supplémentaires à
l'appui de leur point de vue.
Le premier
secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a exhorté samedi les
socialistes à l'unité face au spectre de la défaite électorale,
critiquant une loi Macron "fourre-tout" et qui va trop loin, notamment
sur le travail dominical.
MELTING-POT LIBÉRAL
Les expressions
d'opposition sont tout aussi fortes hors de la classe politique, même si
un sondage publié lundi dans Les Echos montre qu'une majorité de
Français est favorable au vote du projet de loi.
Les professions
juridiques concernées (avocats, notaires, greffiers des tribunaux de
commerce, administrateurs et mandataires judiciaires) se sont donné
comme objectif 50.000 personnes dans la rue mercredi pour protester
contre la réforme.
Une nouvelle
journée d'action des professions libérales est déjà programmée pour le
22 janvier, date du début l'examen du texte à l'Assemblée nationale.
Côté syndicats, la
CGT a juré de combattre la "fuite en avant libérale" que constitue cette
loi, faite "sur-mesure pour la finance", et FO a dénoncé un "melting
pot libéral". La CFDT a demandé à François Hollande de reprendre en main
le dossier du travail dominical, déplorant un "recul des droits des
salariés".
Une source à la
Commission européenne se dit consciente que "ces mesures sont
controversées, en France comme dans d'autres pays".
"Nous regarderons
quelles seront les propositions finales, nous y attachons beaucoup
d'importance", a-t-elle ajouté. "Nous espérons que le texte final sera
aussi ambitieux que possible."
Selon les analystes
d'Exane BNP Paribas, le projet de loi va dans la bonne direction mais
il ne suffira pas à éviter que la Commission européenne demande de
nouveaux efforts à la France.
"Le gouvernement
devrait de ce fait rester entre le marteau (un soutien des réformes
faiblissant à l'Assemblée nationale) et l'enclume (les recommandations
de la Commission européenne) pour un certain temps", estiment-ils.
Source : Fr.reuters.com
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