décembre 15th, 2014 | by Mickael - Fondateur de News360x
elon un rapport de l’Office Fédéral des Statistiques, un citoyen
sur six est menacé par la pauvreté. Pour les chômeurs, parents élevant
les enfants seuls et les enfants, la situation est difficile.
(KL)
– «Premier de la classe», «champion du monde des exportations», «moteur
de l’Europe» – l’Allemagne se plaît dans le rôle du pays qui, malgré la
crise, fait tout comme il faut. Ce que l’on ne dit pas en Allemagne,
c’est que ce «succès» est chèrement payé – par les plus faibles de la
société, le nouveau «précariat», un sixième de la population allemande
qui s’est fait décrocher et qui n’a pas de lobby pour se faire entendre.
En 2013, selon le rapport du «Statistisches Bundesamt» (Office
Fédéral des Statistiques), pas moins de 13 millions d’Allemands sont
menacés par la pauvreté. Est considéré comme «pauvre» toute personne qui
ne dispose de pas plus de 60% du salaire moyen – pour une personne
vivant seule, le seuil est de 979 € par mois (11.749 € par an), pour une
famille de deux adultes et deux enfants, le seuil se situe à 2.056 €
par mois (24.673 € par an). Cette situation concerne 16,1% de la
population allemande et le clivage entre la population active et le
nouveau «précariat» ne cesse de se creuser.
Bien entendu, comparé à d’autres pays européens, ce seuil peut
paraître élevé – mais il faut tenir compte du coût de la vie en
Allemagne. Avec 979 € par mois, on ne va pas loin sur l’autre rive du
Rhin. Beaucoup de personnes peu qualifiées sont tombées dans le piège
des petits boulots, pourtant vivement recommandés par le personnel dans
les Agences pour l’Emploi, les célèbres «boulots à 400 €». Ce format,
initialement inventé pour permettre aux chômeurs de rester en contact
avec le marché de l’emploi, s’est avéré comme un moyen pour les
entreprises d’embaucher de la main d’oeuvre au moindre coût, ne
permettant que dans des cas excptionnels, l’accès à un poste à temps
plein.
Est-ce que l’on peut parler d’un «succès» de la politique allemande ?
Est-ce que les chiffres allemands sont vraiment si mirobolants que ça ?
Est-ce que le «modèle allemand» est vraiment un exemple à suivre pour
l’Europe ? Certainement pas. Considérant que plus de 69% des chômeurs en
Allemagne sont sérieusement menacés de cette pauvreté de laquelle on ne
revient plus, considérant que 35,2% des monoparentaux sont menacés de
cette pauvreté, considérant que 15,7% des enfants en Allemagne sont
également menacés, on ne peut plus parler de succès.
Au contraire – en vue du fort pourcentage d’enfants qui naissent déjà
dans le contexte de la précarité, force est de constater que le modèle
de la société allemande est un échèc. L’Allemagne est en train de non
seulement stigmatiser un sixième de sa population, mais de barrer la
route à une partie des générations futures qui demain, sont censées
porter financièrement cette société.
La solution à cet état des choses ne peut se trouver qu’au niveau
européen. Une harmonisation des systèmes sociaux devrait rapprocher
l’Allemagne des autres pays européens et non pas les autres pays
européens du modèle allemand. Laisser un sixième des enfants dans la
pauvreté, tout en injectant des milliards dans les marchés financiers,
c’est cynique, injuste et un système qui ne pourra durer.
Et du coup, le «premier de la classe» devrait modestement s’asseoir
et passer une heure de colle en rédigeant un texte sur le respect des
plus faibles éléments d’une société. La qualité d’une démocratie ne se
mesure pas au succès des plus fortunés, mais dans la gestion des
problèmes des plus faibles. Et dans ce domaine, l’Allemagne n’est pas
«premier de la classe», mais se trouve en queue du classement.
Source: Médiapart