En écho aux préoccupations des pays du Sud-Est asiatique bousculés
par les ambitions économiques et territoriales de Pékin, l’Australie
semble tenir son rôle de lieutenant dans le cadre de la stratégie
américaine de rééquilibrage vers le Pacifique.
Pourtant, son insertion économique dans la région révèle une
politique beaucoup plus équivoque, marquée par une volonté
d’émancipation et par une fascination pour la Chine.
Les positions de Tokyo envers Pékin sont connues : elles demeurent
empreintes d’une méfiance que les tensions renouvelées au sujet des îles
Senkaku/Diaoyu ne contribuent pas à dissiper, malgré les liens
grandissants entre les économies des deux puissances de l’Asie
orientale. Quant au positionnement de Canberra, moins commenté en
Europe, il témoigne d’un soutien sans faille à Washington, auquel le lie
un pacte militaire vieux de soixante-trois ans. L’une des plus grandes
bases américaines de renseignement satellitaire à l’étranger est
implantée au centre de l’Australie — à Pine Gap, près d’Alice Springs.
Les Australiens, intégrés au système mondial d’écoute et d’interception piloté par le Pentagone, ont suivi les Etats-Unis sans rechigner dans leurs expéditions récentes les plus discutées, de l’Irak à l’Afghanistan. Avec un budget de défense en augmentation de 6 % en 2015 ,
le pays planifie une remontée en puissance de sa marine, et il a encore
renforcé ces liens en signant, le 12 août 2014, un nouvel accord avec
les Etats-Unis pour le déploiement de deux mille cinq cents marines
américains sur la base de Darwin, dans le nord de l’Australie. Nul
n’oublie enfin que, le 17 novembre 2011, c’est devant le Parlement
australien que M. Obama a officiellement annoncé la mise en place de la
stratégie dite du « pivot », c’est-à-dire le rééquilibrage de la présence américaine vers l’Asie.
Mais depuis désormais plusieurs années, l’Australie fait les yeux doux à la Chine, et s’est même permis de signer un accord de libre-échange en Novembre dernier, au terme de neuf années de négociations.
Celui-ci, promettait Tony Abbott, « apportera des milliards à
l’économie ». Il s’agit, pour les entreprises australiennes, d’avoir, «
un accès sans précédent à la deuxième économie mondiale ». Plusieurs projets lient désormais les deux nations, dont un tout récent consistant à Moderniser leur flotte sous-marine.
Nul doute que l’Australie cherchera à jouer sa propre carte dans
cette équation géo-politique qui s’annonce de plus en plus complexe pour
les Etats-Unis.