Point sur un événement important éclipse par la suite du drame Charlie Hebdo…
74 457e preuve que les changes fixes, ça ne marche jamais bien longtemps…
Bientôt au tour de l’euro ?
Une journée et une controverse historiques
La devise a bondi de 30 % avant que l’euro s’établisse à 1,03
franc suisse contre 1,20 la veille. La banque centrale est intervenue
en catastrophe pour vendre des francs.
Stupeur et surprise, la Banque nationale Suisse (BNS) a annoncé
qu’elle abandonnait le cours plancher de 1,20 franc suisse par euro,
qu’elle avait établi en septembre 2011 pour lutter contre l’appréciation
de la devise helvétique. Conséquence immédiate, le franc suisse est
passé sous la parité avec l’euro (1 euro = 0,85 franc suisse contre 1,20
la veille) et a gagné jusqu’à 29 %. En milieu de journée, la devise
gagnait 16 % à 1,03 franc suisse pour un euro et 14 % par rapport au
billet vert, le dollar s’établissant à 0,89 franc suisse. Cela
représente un bond de 15 % en une journée du taux de change global de la
monnaie helvétique. Du jamais vu et cette séance historique va laisser
de profondes traces dans la « psyche » des marchés. Les contrats à terme
sur le franc suisse ont connu pas moins de 11 perturbations (arrêt de
cotation pendant une minute) dans la journée compte tenu de la
volatilité et des volumes très élevés. La BNS est intervenue en
catastrophe pour tenter, au moins, de stabiliser sa monnaie juste au
dessus de la parité. Dans l’attente d’un éventuel « plan B ». Dans une
conférence de presse, Thomas Jordan a récusé toute « décision panique »
estimant qu’elle avait été au contraire réfléchie et pesée. Il a aussi
précisé que la BNS n’abandonnait pas tout soutien à sa devise. « La
BNS continuera de prendre en compte la situation sur le marché des
changes pour définir sa politique monétaire. Aussi interviendra-t-elle
au besoin sur ce marché en vue d’influer sur les conditions monétaires ».
Il reste à savoir sous quelle forme. La banque centrale pourrait
choisir de lier le franc suisse à un panier de devises (euro, dollar,
yen, …). De manière officieuse, « la BNS peut vouloir stabiliser sa
monnaie autour de 1,10 franc suisse par euro, mais défendre ce niveau va
être coûteux et difficile », insiste Beat Siegenthaler stratège chez
UBS. Ce dernier souligne que l’intégralité du bénéfice de la BNS en 2014
s’est évaporé en moins d’une journée.
La justification de la BNS
« L’introduction du cours plancher a eu lieu dans une période
d’extrême surévaluation du franc et de très forte incertitude sur les marchés financiers.
Cette mesure exceptionnelle et temporaire a préservé l’économie suisse
de graves dommages. « Le franc demeure certes à un niveau élevé, mais
depuis l’introduction du cours plancher, sa surévaluation s’est dans
l’ensemble atténuée. L’économie a pu profiter de cette phase pour
s’adapter à la nouvelle situation », a justifié la BNS . « Les
disparités entre les politiques monétaires menées dans les principales
zones monétaires ont fortement augmenté ces derniers temps et pourraient
encore s’accentuer. L’euro a nettement faibli par rapport au dollar des
Etats-Unis, ce qui a également conduit à une dépréciation du franc face
au dollar ». Dans ce contexte, la Banque nationale est parvenue à
la conclusion qu’il n’est plus justifié de maintenir le cours plancher.
Une erreur historique pour beaucoup d’économistes.
Couper les ponts avec la BCE
La banque JP Morgan souligne qu’un tel geste doit être rapproché de
l’annonce par la BNS de profits très élevés en 2014 (38 milliards de
franc suisses). Sans ce matelas de sécurité financier, l’envolée du
franc suisse aurait causé des pertes retentissantes à l’institut
d’émission, sinon sa banqueroute. Toutefois, « il est étonnant que la
BNS ait laissé flotter librement sa monnaie sans mécanisme de
transition. Cela risque d’entraîner des mouvements très exagérés et une
hausse du franc suisse au-delà de sa valeur fondamentale », note la
banque. Pour elle, la logique de cette décision est de « couper les
ponts avec la BCE », c’est-à-dire de ne plus être tributaire des
décisions de la BCE, dans la perspective de l’assouplissement
quantitatif que devrait mener bientôt la BCE. Une action qui affaiblira
l’euro. « La BNS a reculé devant la perspective de devoir intervenir massivement pour s’opposer à ce mouvement de repli de l’euro »,
estime Daragh Maher de HSBC, dont la banque prévoit désormais un euro à
0,95 franc suisse fin 2015. Longtemps un combattant farouche dans la
guerre des changes, le franc suisse a abandonné provisoirement ce
conflit planétaire face à un adversaire de taille, l’euro.
Pandémonium des spéculateurs
Ce bond du franc suisse devrait se traduire par de très lourdes pertes chez certains intervenants (banques, hedge funds,
fonds spécialisés sur les devises, spéculateurs particuliers…) : les
marchés étaient vendeurs de franc suisse contre des euros et dollars
avant cette décision. En outre très peu positions en options avaient été
mises en œuvre pour se couvrir contre un mouvement défavorable (hausse)
du franc suisse. Aucun stratège n’anticipait un tel geste, ou en tout
cas pas si vite. L’euro contre franc suisse est une parité, « ennuyeuse »
peu volatile où il ne se passe pratiquement rien dans 99% des séances…
mais 1% des journées sont historiques. La volatilité exceptionnelle va
faire de gros dégâts. Quand les mouvements sont trop brusques et la
nervosité extrême, les modèles de gestion des risques sont souvent pris
en défaut. « L’impact négatif sur l’appétit pour le risque et la
crédibilité de la BNS sont les effets les plus importants de cette
décision » souligne George Saravelos de la Deutsche bank. Le geste
de la BNS, pour le moins controversé, équivaut à un durcissement
monétaire, même si elle a tenté de l’atténuer en abaissant aussi ses
taux d’intérêt. «Il est frappant que la BNS prenne le risque que la
hausse du franc suisse installe l’économie dans la déflation. Elle peut
croire qu’elle est moins exposée à ce risque que les autres banques
centrales compte tenu de son expérience passée, couronnée de succès, à
se mouvoir dans un environnement de faible inflation voire déflation » avance Steven Englander, responsable de la stratégie sur les grandes monnaies chez Citi
Inquiétudes des industriels suisses
Passée la stupeur, les industriels suisses ont fait part de leurs
inquiétudes et colère face à la dégradation prévisible de leur
compétitivité du fait de l’envolée du franc suisse. Visiblement très
choqué, Nick Hayek, le directeur général de Swatch a déclaré : « Les
mots me manquent. Jordan n’est pas seulement le nom du président de la
BNS mais aussi celui d’une rivière. Et l’action de la BNS est un
véritable tsunami pour nos exportateurs, pour le tourisme et pour toute
notre économie ».
N.A.-K
Source : Les Echos, 15/01/2015
Nuno Fernandes: «la BNS a perdu sa crédibilité »
Pour Nuno Fernandes, professeur à l’IMD, la Banque nationale
suisse a poursuivi pendant trop longtemps sa politique peu judicieuse de
taux de change
Malgré le manque de neige dans de nombreuses stations de ski en
Suisse, une avalanche majeure a commencé jeudi à Zurich. La Banque
nationale suisse (BNS) a mis fin à la stabilisation du franc suisse par
rapport à l’euro, qui avait débuté en 2011.
Un mouvement inattendu
Cette décision était très inattendue et a provoqué la panique sur la
Bourse suisse. Il y a moins d’un mois, le président de la BNS, Thomas
Jordan, avait déclaré que des mesures de contrôle des taux de change de
la Suisse maintenant le franc suisse à 1,20 franc par rapport à l’euro
étaient «absolument nécessaires». Jordan avait alors indiqué qu’il
allait mettre en œuvre la politique avec «la plus grande détermination».
Comme je l’avais prédit dans le Financial Times lorsque la BNS a
commencé sa politique en 2011, le taux plancher s’est avéré extrêmement
coûteux pour le pays alpin.
La BNS a poursuivi pendant trop longtemps sa politique de
stabilisation du franc suisse par rapport à l’euro et ce faisant, elle a
perdu sa crédibilité. La banque a cessé trop tard d’appliquer le taux
plancher. La politique n’était pas viable et plus elle durait, plus les
coûts étaient élevés pour l’économie suisse. La BNS n’a réagi qu’une
fois l’assouplissement quantitatif dans la zone euro devenu extrêmement
probable et imminent. Elle aurait dû s’apercevoir plus tôt que sa
politique n’était pas viable.
Une exposition énorme
Le bilan de la BNS est maintenant surexposé en raison de
l’augmentation massive des devises étrangères qu’elle a achetées pour
maintenir le franc suisse à 1,20 franc. Le bilan de la BNS a doublé au
cours des trois années écoulées, depuis l’introduction du taux plancher,
pour atteindre un montant incroyable de 500 milliards de francs,
équivalent à 100 % du PIB de la Suisse. En pourcentage du PIB, c’est
trois fois plus que la moyenne des autres banques centrales comme la
Banque d’Angleterre, la Banque centrale européenne, la Réserve fédérale
américaine et la Banque du Japon. Cela signifie que la BNS est
vulnérable et extrêmement exposée.
Au taux de change actuel de 1:1 franc par rapport à l’euro, la BNS
serait officiellement en faillite s’il s’agissait d’une banque normale.
Aujourd’hui, avec la réévaluation de 20% du franc, la banque a perdu
près de 100 milliards de francs. Ses capitaux propres ont chuté de près
de 70 milliards de francs à une valeur de marché négative d’environ 20
milliards de francs. Bien sûr, la presse à imprimer peut être activée,
mais quelles seraient les conséquences pour l’inflation?
Une avalanche pour les entreprises suisses
C’est aussi une avalanche massive pour les entreprises suisses. Les
revenus des sociétés ayant des activités internationales vont diminuer.
Les entreprises fabriquant des produits en Suisse et comptant sur les
exportations auront du mal à éviter des pertes.
Le taux plancher de la BNS a eu une implication importante pour les
entreprises suisses. Les gestionnaires ont oublié de penser au risque du
taux de change. Il semblait avoir disparu, et la Suisse semblait être
dans l’Union européenne, avec un taux de change de 1,20 francs : 1
euro*.
Cela a créé un faux sentiment de sécurité, et les entreprises ont
cessé d’effectuer des opérations de couverture et d’essayer d’améliorer
leur chaîne d’approvisionnement internationale pour réduire les risques.
Le taux de change était censé demeurer pour toujours, selon les
récentes déclarations de la BNS. Mais le risque était toujours présent,
et les entreprises suisses ont été trompées par la couverture de
sécurité. Maintenant, elles sont confrontées à des pertes massives et
même à des faillites.
Taux d’intérêt négatif
Le taux d’intérêt négatif également annoncé aujourd’hui par la BNS
n’est à mon sens pas pertinent. Compte tenu de ces fluctuations
massives, le taux négatif ne sera d’aucun secours.
En 2011, j’avais prédit dans le Financial Times que: «La Banque
centrale suisse va potentiellement doubler ou tripler la quantité de
devises étrangères sur son bilan et subira probablement des pertes
massives».
Malheureusement, j’avais raison.
*Nuno Fernandes est professeur de finance à l’IMD, où il dirige le
programme de Finance stratégique. Il est l’auteur de La finance : guide
pratique à l’intention des cadres.
Source : Le Temps
Le franc suisse provoque la panique dans l’est de l’Europe
Des dizaines de milliers de ménages en Croatie et en Pologne s’inquiètent du remboursent de leurs crédits immobiliers libellés en francs suisses.
La décision de la Banque nationale suisse (BNS) d’abolir jeudi le
cours plancher de sa monnaie face à l’euro a levé un vent de panique en
Pologne où quelques 700’000 ménages détiennent des crédits immobiliers
libellés en devise helvétique, le zloty décrochant de près de 20% face
au franc.
La bourse de Varsovie chutait jeudi de quelque 2% à la mi-journée.
40% des crédits en francs suisses
A 13H00 (12H00 GMT) le franc suisse s’échangeait contre 4,20 zlotys,
soit une hausse de 18,5% par rapport à mercredi. Peu après l’annonce de
la banque suisse, le franc avait crevé le plafond de cinq zlotys.
Environ 40% des crédits immobiliers en Pologne sont libellés en
francs suisses représentant un volume de quelque 31 milliards d’euros,
selon la Commission polonaise de surveillance des banques (KNF).
Selon les experts, si la situation actuelle devait persister, la
traite mensuelle pour un crédit immobilier moyen de 300’000 zlotys
(69’000 euros) augmentera de quelques 200-300 zlotys (46-69 euros).
En octobre, des rumeurs sur une éventuelle hausse du franc face au
zloty avaient poussé les hommes politiques, aussi bien de la coalition
au pouvoir que de l’opposition à demander au gouvernement et aux banques
de se pencher sur ce problème alors potentiel.
En Croatie aussi
En Croatie, autre pays de l’Union européenne, l’association Franak
représentant des emprunteurs de crédits libellés en francs suisses a
demandé une réunion d’urgence avec le gouvernement, mettant en garde
jeudi contre une «catastrophe».
La devise croate, la kuna (HRK), a décroché de près de 17% face au
franc suisse après la décision de la Banque nationale suisse (BNS).
Selon l’association Franak, quelque 60’000 particuliers en Croatie
remboursent encore leurs crédits – essentiellement des prêts immobiliers
-, libellés en francs suisses et cette hausse de sa valeur affectera
entre 200’000 et 300’000 personnes de ce petit pays de 4,2 millions
d’habitants.
La Hongrie respire
En Hongrie, le gouvernement s’est félicité que ses citoyens, dont
beaucoup ont contracté des emprunts immobiliers en francs suisses, sont
désormais protégés par la loi contre les effets de l’envolée jeudi de la
devise helvétique.
A l’instigation du Premier ministre conservateur Viktor Orban, le
Parlement hongrois a adopté en novembre une loi destinée à protéger les
débiteurs en devises étrangères. Cette loi prévoit un taux de conversion
fixe de 256,5 forints (HUF) pour 1 franc suisse, et de 309,5 HUF pour 1
euro.
Jeudi, après avoir brièvement chuté à 326 HUF/euro contre 318 HUF la
veille, la devise hongroise s’est reprise à 321 HUF. Comme la plupart
des autres devises, le forint a en revanche décroché de près de 30% par
rapport au franc suisse, à 393 HUF.
La Hongrie avait souffert en 2008
La décision de la Banque nationale suisse (BNS) de laisser librement
flotter le franc suisse jeudi «confirme le gouvernement dans ses efforts
pour réduire la dette en devises étrangères, efforts qui ont
significativement réduit la vulnérabilité de la Hongrie, tant à
l’échelle du pays que pour les particuliers», estime le ministère.
Lors de la crise financière de 2008, un million de ménages hongrois
avaient été confrontés à une explosion du coût de leurs emprunts
immobiliers, pour la plupart libellés en francs suisses.
Selon le ministère, la mise en place de taux de conversion fixes a
permis aux emprunteurs hongrois d’économiser plus de 500 milliards de
forints à ce jour, soit plus de 1,5 milliard d’euros.
L’Autriche se congratule
En Autriche, les autorités monétaires se sont félicitées en revanche
que Vienne ait interdit en 2008 les nouveaux emprunts en devises
étrangères, en réaction à la flambée de la devise helvétique.
Le franc suisse a bondi pour atteindre la parité avec l’euro, après
l’annonce par la BNS jeudi qu’elle abandonnait le cours plancher de 1,20
franc suisse pour un euro. (smk/afp/Newsnet)
Source : Tdg, 15/01
Ce “tsunami financier” déclenché par la Suisse
Après la décision prise par la Banque nationale suisse
d’abandonner le taux plancher, voici l’analyse des conséquences pour
l’économie helvétique et ces voisins européens.
La Suisse est en pleine tempête. La Banque Nationale Suisse (BNS) a pris les marchés par surprise en annonçant jeudi 15 janvier l’abandon du taux plancher, déclenchant une montée en flèche du franc suisse et un “tsunami financier”.
La Suisse est en pleine tempête. La Banque Nationale Suisse (BNS) a pris les marchés par surprise en annonçant jeudi 15 janvier l’abandon du taux plancher, déclenchant une montée en flèche du franc suisse et un “tsunami financier”.
L’onde de choc provoquée par la décision surprise de la Suisse frappe
de plein fouet son économie et continue vendredi 16 janvier à provoquer
des vagues sur les marchés financiers.
La bourse suisse à Zurich a clos avec une chute de 5,96%, l’indice SMI passant sous la barre des 8.000 points à 7.899,59 points.
Jeudi la bourse avait plongé de 8,7%, un record depuis 1988, suite à
la hausse du franc après la suppression du cours plancher avec la Banque
Nationale Suisse.
En outre, pour la première fois, le taux d’emprunt à 10 ans de la
Suisse sur le marché obligataire secondaire est devenu négatif, avec un
taux de -0,031%, contre +0,076% la veille à la clôture.
Concrètement, cela signifie que celui veut prêter de l’argent à la
Suisse doit payer pour le faire. Ces taux négatifs devraient en principe
décourager les investisseurs de se placer sur le franc suisse, car ils y
perdent actuellement. Les investisseurs devraient alors se tourner vers
d’autres monnaies comme l’euro.
Jeudi, le franc suisse a gagné environ 20% par rapport aux autres
monnaies. Il s’échange désormais autour de la parité avec l’euro, soit 1
euro = 1 franc suisse.
“Aux yeux de l’économie, cette mesure est incompréhensible au moment actuel”, affirment les patrons suisses.
Challenges.fr revient sur les questions que posent cette décision.
Qu’est-ce que le taux plancher ?
En septembre 2011, en pleine crise de l’euro, la banque centrale
helvétique avait fixé un taux de change minimum à 1,20 franc suisse pour
1 euro afin de décourager les investisseurs de se retrancher derrière
sa devise, une valeur refuge par excellence, alors que sa surévaluation
avait lourdement impacté les entreprises exportatrices suisses.
“Cette mesure exceptionnelle et temporaire a préservé l’économie
suisse de graves dommages”, a expliqué la BNS dans un communiqué.
Pourquoi le taux plancher est-il supprimé?
Ces dernières semaines, cet axe central de sa politique monétaire a
cependant été malmené par la chute de l’euro face au dollar, qui a
entraîné par ricochet une dépréciation du franc suisse face au billet
vert.
“Dans ce contexte, la Banque nationale est parvenue à la conclusion
qu’il n’est plus justifié de maintenir le cours plancher”, a-t-elle
considéré.
L’an passé, le franc suisse s’était dangereusement rapproché du cours
plancher alors que la BNS s’était retrouvée prise en étau entre la
politique monétaire de la Banque Centrale Européenne (BCE), qui
s’acheminait vers un assouplissement quantitatif, et celle de la Réserve
fédérale américaine, qui s’orientait au contraire vers un relèvement
des taux.
Lors d’une conférence de presse à Zurich au siège de la BNS, Thomas
Jordan, son directeur général, a déclaré que compte tenu de l’évolution
de la situation dans les principales zones monétaires “s’accrocher au
taux plancher n’avait plus de sens à long terme”, estimant qu’il
s’agissait du “bon moment” pour y renoncer.
Selon François Chevallier , responsable de la stratégie à la Banque Leonardo, contacté par Challenges.fr, cette décision “traduit une anticipation par la Suisse d’un programme de Quantitative easing (QE) que devrait annoncer la Banque centrale européenne
la semaine prochaine. Si la suisse supprime ce taux plancher c’est
qu’elle a des informations sur un rachat massif des dettes souveraines
par la BCE. Le QE libère de l’argent pour d’autres placements. Par cette
décision, la BNS veut clairement dissuader les gens de placer leur
argent sur du franc suisse. C’est une mesure de protection”.
Dans la foulée la BNS a d’ailleurs annoncé qu’elle abaissait à
nouveau son taux d’intérêt, à -0,75% (taux de dépôt négatif) afin de
réduire l’attrait du franc suisse.
Quelles conséquences pour la Suisse ?
Cette décision a pris les investisseurs par surprise, déclenchant une
véritable choc sur les marchés. “Le marché ne l’avait clairement pas vu
venir”, a réagi Andreas Ruhlmann, analyste chez IG Bank, évoquant un
changement “drastique” de politique monétaire.
La bourse suisse à Zurich a clos avec une chute de 5,96%, l’indice SMI passant sous la barre des 8.000 points à 7.899,59 points.
Jeudi la bourse avait plongé de 8,7%, un record depuis 1988, suite à
la hausse du franc après la suppression du cours plancher avec la Banque
Nationale Suisse.
Les 20 valeurs vedettes de la cote sont toutes en baisse.
“Il s’agit d’un mini krach. La crédibilité de la BNS est entamée”, a jugé Christopher Dembik, Economiste chez Saxo Banque.
La situation sur les
marchés Suisses est totalement délirante après la décision surprise de
la Banque Nationale Suisse. Encore un black swan
— Marc Fiorentino (@marcfiorentino) 15 Janvier 2015
#Suisse : Ce qui s’est passé hier rappelle les grandes heures du système monétaire Européen avec des dévaluations et réévaluations.
— Marc Fiorentino (@marcfiorentino) 16 Janvier 2015
Cette décision soulève d’ores et déjà de vastes interrogations quant à
son impact sur l’économie suisse. “Une période de forte déflation est
un risque sérieux”, a estimé Christian Schulz, économiste chez
Berenberg, pointant que les secteurs d’exportations, le commerce de
détail mais aussi le tourisme risquaient d’en souffrir.
La banque suisse UBS prévoit ainsi d’importants impacts négatifs pour
l’économie helvétique après l’abandon du taux plancher. Dans une note,
les experts d’UBS estiment que cette mesure va réduire de 5 milliards de
francs suisses (5 mlds euros) les exportations suisses. Pour 2015, les
experts économiques de la 1ère banque suisse tablent désormais sur une croissance de 0,5% (au lieu de 1,8%) et pour 2016 de 1,1% (au lieu de 1,7%).
Economiesuisse prévoit dès à présent que des entreprises
exportatrices et que le secteur du tourisme seront obligés de “réduire
la voilure”. L’organisme affirme également que le “tourisme d’achat”,
soit celui des Suisses qui traversent la frontière pour faire leurs
courses et qui pénalisent les commerçants locaux, risque aussi de
repartir de plus belle à la hausse.
Le secteur du textile a également fait part de son inquiétude, car il
exporte 75% de sa production vers l’UE. Ce secteur qui emploie plus de
12.500 personnes, s’attend à des fermetures d’entreprise, et par
conséquent à des pertes d’emplois.
Secteur emblématique, l’industrie horlogère suisse voit le prix de
ses montres bondir de 15% à 20% pour ses clients étrangers, alors que le
Salon international de la Haute Horlogerie, qui accueille des milliers
de revendeurs étrangers, va ouvrir ses portes lundi prochain à Genève.
Quelles retombées pour les voisins européens ?
L’envolée du franc suisse a levé un vent de panique en Pologne et en
Croatie, où des centaines de milliers de ménages détiennent des crédits
immobiliers libellés en devise helvétique.
Le zloty polonais a décroché de près de 20% face au franc et la
Bourse de Varsovie chutait jeudi de quelque 3% en fin de journée.
Environ 40% des crédits immobiliers en Pologne sont libellés en
francs suisses, représentant un volume de quelque 31 milliards d’euros,
selon la Commission polonaise de surveillance des banques (KNF). Environ
700.000 ménages y détiennent de tels crédits.
“Ça va être douloureux, reconnaît Piotr Andrzejewski, un cadre
varsovien quadragénaire. C’est plus difficile pour ceux qui doivent
vendre aujourd’hui leur appartement alors qu’ils remboursent encore leur
crédit. Il peut arriver que la valeur du crédit à rembourser à la
banque dépasse largement celle du logement.”
Jusqu’à ces derniers temps, les crédits en francs suisses étaient ceux qui étaient les mieux remboursés en Pologne.
Cependant, la KNF a publié en juin 2013 une recommandation limitant
fortement l’octroi de crédits libellés en FS en raison de risques
qu’elle pressentait.
Selon les experts, si la situation actuelle devait persister, la
traite mensuelle pour un crédit immobilier moyen de 300.000 zlotys
(69.000 euros) augmentera de quelques 200-300 zlotys (46-69 EUR).
En Croatie, autre
pays de l’Union européenne, l’association Franak représentant des
titulaires de crédits libellés en francs suisses a demandé une réunion
d’urgence avec le gouvernement, mettant en garde contre une
“catastrophe”. La devise croate, la kuna (HRK), a décroché de près de
17% face au franc suisse. Selon Franak, cette hausse de leur valeur
affectera entre 200.000 et 300.000 personnes de ce petit pays de 4,2
millions d’habitants.
En Autriche, les
autorités monétaires se sont en revanche félicitées que Vienne ait
interdit en 2008 les nouveaux emprunts en devises étrangères, en
réaction à la flambée de la devise helvétique.
William Jackson, analyste du centre de recherche londonien Capital
Economics, tempère: “Il y a quelques années, une forte hausse du franc suisse
aurait pu provoquer la panique sur les marchés financiers en Europe
centrale et orientale. Mais il y a des raisons de penser que maintenant
les retombées devrait être mieux gérables.”
Source : Challenges