Une baisse de 5,39% du nombre de
sans-emploi en Espagne soit 253 627 chômeurs de moins qu’en 2013, c’est
ce qu’a claironné le gouvernement de Mariano Rajoy, lundi, sur les
réseaux sociaux et dans la presse nationale. La nouvelle a été du plus
bel effet dans un pays rongé par la crise depuis l’éclatement de sa
bulle immobilière il y a sept ans. En France, « Le Figaro » s’en est
même emparé. Sauf qu’à y regarder de plus près, l’Espagne a surtout la
« chance » de voir une grosse partie de sa population fuir le pays.
« Nous avons plus de 253 000 raisons d’être optimistes »
a déclaré la secrétaire d’Etat espagnole à l’Emploi Engracia Hidalgo.
Mieux encore, le gouvernement s’enorgueillit d’avoir créé près de 2
millions de contrats de travail ! Une hausse de 13,1% par rapport à l’an
passé. Le mois de décembre aurait été ainsi exemplaire avec une baisse
de plus de 60 000 demandeurs d’emploi par rapport au mois précédent. La
ministre de l’Emploi Fatima Bañez, confiante, a d’ailleurs d’ores et
déjà annoncé que les chiffres de 2015 « surpasseront toutes les prévisions », nous rapporte le site du quotidien El Pais. Même Le Figaro et La Croix se réjouissent de la nouvelle en qualifiant l’Espagne de « bonne élève » et en saluant son« regain d’optimisme ».
Sauf que, comme le relève le Parti
socialiste espagnol, dans l’opposition et qui ne peut s’empêcher de
faire la fine bouche, nombre de ces contrats, s’ils sont à durée
indéterminée, sont à temps partiel, et un quart de ceux à durée
déterminée durent « moins d’une semaine » selon Mariluz Rodriguez, secrétaire à l’Emploi.
On pourrait ajouter qu’il existe une nette différence entre l’embauche des hommes (qui comptent 7,9% de chômeurs en moins) et des femmes (dont seulement 2,9% ont trouvé un emploi). Mais ce serait pinailler, vous dit-on.
On pourrait ajouter qu’il existe une nette différence entre l’embauche des hommes (qui comptent 7,9% de chômeurs en moins) et des femmes (dont seulement 2,9% ont trouvé un emploi). Mais ce serait pinailler, vous dit-on.
Surtout, arrivent en tête du classement des plus fortes baisses du
nombre de chômeurs la Catalogne (48 924 chanceux), la communauté de
Madrid (36 914), celle de Valence (36 196) et l’Andalousie (24 901)
selon le site Eleconomista.es.
COURAGE, FUYONS !
Ce classement ressemble en fait trait
pour trait à celui des régions au plus fort taux d’émigration. Même
ordre. En Catalogne 54 736 personnes ont fait leurs valises, à Madrid
elles sont 48 121, à Valence 27 631 et en Andalousie 19 682. Troublant.
Les chiffres très officiels de l’Institut national de statistiques montrent
que le solde migratoire de l’Espagne est négatif depuis 2008, et qu’il
s’est même fortement creusé en 2014. Pour le seul premier semestre de
l’année 2014, il est déjà négatif de 124 915 personnes, soit quasi
autant que pour toute l’année 2012 (-142 552 personnes).
Pendant ce même semestre, ce sont au total 206 492 Espagnols qui ont
quitté le pays et plus de 150 000 d’entre eux venaient des quatre
communautés autonomes précitées.
LA RECETTE MIRACLE DE RAJOY ?
La solution ibérique pour lutter contre
le nombre croissant de chômeurs n’est peut-être pas sciemment pensée par
le pouvoir en place. Néanmoins, dans les faits, elle consisterait
presque à pousser une partie de sa population hors du pays et à proposer
aux restants (et plus particulièrement aux hommes) des contrats à temps
partiel, à la semaine, tout en baissant le niveau général des salaires.
Ingénieux. On se demande alors pourquoi le quatuor
Hollande-Valls-Macron-Rebsamen n’y a pas encore songé ?