Décryptage
méticuleux d’une série de mensonges dont les historiens souriront demain
Thierry DERONNE
Cet article est un redoutable décryptage des enfumages médiatiques, des
manipulations, voire des purs mensonges destinés à un public français à partir
de situations dans des pays lointains.
Avec une précision chirurgicale, une profusion de sources irréfutables,
l’auteur met en cause Le Courrier International, Le Monde, Libération que le
grand public prend pour des médias insoupçonnables.
La plus récente tromperie voulait convaincre que les dirigeants vénézuéliens
sont compromis (comme tout le monde !) dans le scandale d’HSBC. L’article qui
suit est une leçon de journalisme et une fessée administrée à ceux qui, trop
attachés à une cause, en oublient de respecter leurs lecteurs.
Le Grand Soir
Lorsque la Guerre Froide cèdera la place à l’équilibre multipolaire, les
historiens souriront en étudiant la propagande médiatique déployée autour de la
démocratie participative la plus avancée de l’Amérique Latine. D’un Paulo
Paranagua (Le Monde) écrivant que Chavez avait nui à l’unité latino-américaine
au moment précis où l’ensemble des gouvernements, organismes multilatéraux et
mouvements sociaux du continent saluaient l’œuvre du principal artisan de
l’unité (1), à un François-Xavier Freland expliquant pourquoi des millions de
vénézuéliens saluaient la dépouille mortelle du « dictateur » Chavez : « oh vous
savez il y a beaucoup de curieux » (2). Sans oublier ce Libération de 2006 où
Jean-Hébert Armengaud, actuel rédacteur en chef de Courrier International, coupa
et remonta un discours du président bolivarien pour prouver qu’il était
antisémite (3).
Jean-Hébert Armengaud a caché ces faits aux lecteurs et a refusé d’admettre
sa faute professionnelle. Il est devenu en 2012 rédacteur en chef de Courrier
International, un produit du groupe Le Monde qui recycle des articles puisés
dans l’apparente diversité qu’assure l’hégémonie des grands groupes médiatiques
internationaux…
Le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (19 en 15
ans), reconnus comme légitimes et transparents par les observateurs de l’Union
Européenne, de l’Organisation des Etats Américains ou de l’Association des
Juristes Latino-américains. “Excès de démocratie” pour l’ex-président du Brésil
Lula. Meilleur système électoral du monde selon Jimmy Carter qui a observé 98
élections dans le monde (8). En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation
pour l’Avancée de la Démocratie (FDA), qui prend régulièrement le pouls des
systèmes politiques, place le système électoral du Venezuela à la première place
mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie et d’équité
sociale (9). L’ONG chilienne LatinoBarometro (10) soutenue entre autres par le
BID (Banque Inter-Américaine de Développement), le PNUD (Programme des Nations
Unies pour le Développement), l’OEA (Organisation des États Américains),
l’états-unien Office of Research et les agences de coopération des gouvernements
suédois, norvégiens et canadiens, a établi dans son rapport 2013 que le
Venezuela bat tous les records de confiance citoyenne dans la démocratie pour
toute l’Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %).
Pour Latinobarometro, “le Venezuela est le pays où on observe la plus grande
différence entre ce que pensent ses citoyens de leur démocratie et l’image qui
circule dans la communauté internationale”.
Le 10 février 2015, dès qu’éclate le scandale de la fraude fiscale organisée
par HSBC pour ses clients, Courrier International tire à nouveau plus vite que
son ombre et affirme que « la révolution bolivarienne confiait son argent à
HSBC » (11), laissant entendre qu’il y a eu fraude et que le gouvernement
bolivarien refuse de s’expliquer. L’objectif de Sabine Grandadam est
transparent : surfer sur le scandale HSBC pour créer l’image d’une révolution
corrompue. De fait, grâce à la convergence croissante des médias commerciaux et
des médias sociaux, le buzz s’opère :twitterOr, la seule référence à l’Etat sur
la liste vénézuélienne de Falciani concerne la Banque du Trésor qui en 2005
avait ouvert trois comptes à HSBC et une quinzaine d’autres dans des banques
étrangères. Il ne s’agit ni de comptes individuels, ni de comptes secrets ni
d’une fraude avec comptes codés et société-écrans offshore. Les noms qui
apparaissent sont ceux des fonctionnaires qui ont effectué les signatures
administratives et l’information n’évoque pas d’irrégularités.
Ce ne fut pas la seule fois que l’Etat Vénézuélien déposa une partie de ses
fonds dans des banques suisses pour défendre ses intérêts. En février 2008, en
pleine bataille légale contre la plus grande compagnie pétrolière états-unienne,
ce fut pour protéger une partie de ses revenus pétroliers d’un possible embargo
de la part d’Exxon Mobil que le gouvernement bolivarien les transféra dans des
banques suisses (en 2014 le tribunal trancha en faveur du Venezuela.) Trois ans
plus tard, en 2011, le président Chavez annonça le rapatriement des réserves
d’or du pays, qui se montaient à 11 milliards de dollars et se trouvaient dans
des banques d’Angleterre, du Canada, de France et des Etats-Unis. Il décida
aussi de transférer les fonds des réserves et du Trésor vénézuélien à des pays
membres des BRICS comme la Chine, la Russie et le Brésil, face à de possibles
« sanctions » de la part des Etats-Unis.
Ces faits ultérieurs éclairent la relation de l’Etat vénézuélien avec la
banque privée internationale mais n’ont aucun intérêt pour Sabine Grandadam
puisque son objectif est simplement d’associer « révolution bolivarienne » à
« corruption ». C’est aussi pourquoi elle reste muette sur les 99% de la liste
« Venezuela » de Falciani (12) : 178 noms et 115 adresses de clients
vénézuéliens possédant des comptes individuels à HSBC. On n’y trouve pas de
dirigeants politiques de la révolution, ni le président Maduro ou sa famille,
mais pas mal de membres du secteur privé, notamment des médias ou de PDVSA
(compagnie pétrolière) avant sa récupération par le gouvernement. C’est plutôt
une surprise quand on sait que la vulgate médiatique au Venezuela comme sur le
plan international est de dénoncer « la corruption des chavistes ».
Bien sûr, un journaliste doué d’un minimum de conformisme n’a qu’à se baisser
pour traduire les titres dont les grands groupes médiatiques usent pour faire
campagne contre le socialisme bolivarien. Chacun est libre d’ajouter sa pierre
aux milliers d’attaques subies par le Venezuela depuis qu’une démocratie de
gauche y restitue les droits sociaux et politiques a une majorité d’exclus, et
consciemment ou non, de renforcer l’environnement médiatique nécessaire aux
coups d’Etat comme celui que le Venezuela vient de déjouer. Il est libre
d’occulter à ses lecteurs l’ingérence états-unienne dénoncée par l’ensemble des
gouvernements latino-américains (13), et de se refuser à effectuer le moindre
reportage sur seize ans d’avancées sociales. Bref, libre d’ignorer la Charte du
« Monde » : « 1/ Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les
conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de
connaître la vérité ; (..) 9/ Ne jamais confondre le métier de journaliste avec
celui du publicitaire ou du propagandiste (14). »
Thierry Deronne, 2015-02-18
Notes :
(1) « L’Amérique Latine et les Caraïbes saluent le principal artisan de
l’unité continentale » par Maurice Lemoine, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/12/lamerique-latine-et-le...
(2) Ibidem
(5) « Venezuela’s Jews Defend Leftist President in Flap Over Remarks« , http://forward.com/articles/1874/venezuelaes-jews-defend-leftist-presi...
(7) Lire l’article de Maxime Vivas : http://www.legrandsoir.info/courrier-international-degaine-plus-vite-q...
(12) Lisible ici : http://offshoreleaks.icij.org/
(13) Lire « L’Amérique Latine serre les rangs autour du Vénézuéla : les
États-Unis isolés (avec déclaration intégrale du sommet de la CELAC) », https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/05/lamerique-latine-serre...
(14) « Charte de déontologie des journalistes du Monde », http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/11/03/la-charte-d-...
URL de cet article 28028
http://www.legrandsoir.info/courrier-international-le-produit-offshore-du-monde.html
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