By Mickael - Fondateur de News360x
Le ministre des Finances Michel Sapin, champion des prévisions lénifiantes et pour le moins hasardeuses (tout le monde se souvient de la fameuse inversion de la courbe du chômage), a estimé vendredi sur iTELE qu’à partir de 1% de croissance, c’est-à-dire la prévision du gouvernement pour 2015, « on recrée de l’emploi ».
Interrogé sur le fait que les économistes estimaient qu’il fallait 1,5% de croissance pour que l’économie commence à créer des emplois, le ministre a répondu : « Les économistes se trompent comme tout le monde ». « Ce n’est pas exact, je pense qu’à partir de 1% on recrée de l’emploi », a-t-il ajouté.
Le premier problème, c’est qu’il n’est pas certain que l’économie française atteigne 1% de croissance en 2015. Rappelons que le gouvernerment, qui se vante aujourd’hui d’avoir vu juste pour 2014 (0,4%), avait prévu 1% lors de l’élaboration de son budget…
Le second problème, c’est qu’il ne suffit pas de créer des emplois pour obtenir une baisse du chômage.
Les études statistiques ont montré que l’économie française commence à créer des emplois à partir d’une croissance de 0,8%.
Néanmoins, comme le soulignait une note de l’institut Coe-Rexecode en mai 2013, « pour passer de créations d’emplois à un recul du chômage, il faut aussi prendre en compte l’évolution de la population active. De fait, celle-ci progresse de 0,4 à 0,5% par an. Donc, au pire, c’est à partir de 1,5% de croissance que l’on peut avoir une réduction du chômage et au mieux, si on prend les meilleures évaluations du passé, cela pourrait être à partir de 1,2% de croissance ».
Ce seuil est plus bas que par le passé en raison de la baisse des gains de productivité (moins de 1% par an contre 2 à 2,5% dans les années 80). On constate « un fléchissement de ce seuil de croissance à partir duquel on a des créations d’emplois. C’est ce que les économistes appellent l’enrichissement du contenu en emplois de la croissance. C’est un phénomène qui a été tendanciel au cours des 30 dernières années et qui reflète le ralentissement des gains de productivité ».
Notre réjouissant ministre s’est donc une fois de plus avancé bien imprudemment. A moins qu’il ne se paie notre tête en jouant sur les mots…