Par Maurice Ulrich
Mardi, 24 Février, 2015
L'Humanité
Photo afp
L'éditorial de Maurice Ulrich. Alors il faut le dire. Dans la France d’aujourd’hui, la démocratie est en jeu. Les coups de menton et « l’autorité » martelée par le premier ministre ne relèvent pas de la psychopathologie, quoi qu’il en paraisse. Il s’agit d’un projet politique.
« Toujours avec l’esprit de dialogue, mais sans trembler, avec tous les moyens que donne la Constitution, nous continuerons sans relâche à réformer. » La semaine passée, Manuel Valls justifiait le 49-3 par sa « très grande détermination » et le besoin qu’auraient les Français de « l’autorité de l’État ». Cette semaine c’est « sans trembler », dit-il, qu’il entend aborder les rencontres entre le patronat et les syndicats sur le dialogue social dans les entreprises, autrement appelé « nouvel ordre social ».
En d’autres termes, il est prêt à passer de nouveau en force, en accord avec le Medef et avec qui voudra s’y prêter. Alors il faut le dire. Dans la France d’aujourd’hui, la démocratie est en jeu. Les coups de menton et « l’autorité » martelée par le premier ministre ne relèvent pas de la psychopathologie, quoi qu’il en paraisse. Il s’agit d’un projet politique. L’instrumentalisation éhontée de la terrible tragédie du 7 janvier dernier pour faire taire les débats et les divergences de vues au nom de l’unité nationale en fait partie.
Dormez braves gens, l’État veille pour vous. Laissez-nous faire. Depuis la semaine passée un nouveau stade est franchi qui tend à une négation du débat politique, du politique même, et à un déni de citoyenneté. Il faut appeler un chat un chat quand bien même on a du mal à y croire. L’autorité au nom de l’efficacité, l’appel aux sentiments et aux opinions qui seraient attribués au peuple contre des députés qui n’auraient pas le sens du réel ou des responsabilités sont la marque profondément inquiétante d’une dérive populiste et autoritaire.
Souvenons-nous de ce point de vue des sorties
de Nicolas Sarkozy contre les corps intermédiaires (élus, syndicats, etc.) qui seraient un écran entre les « vrais gens » et ceux qui sont censés les guider. C’est cela que reprennent François Hollande et Manuel Valls, dans le même temps qu’ils entendent en finir avec une certaine idée de la gauche, fondée sur le débat public, la confrontation et donc, on
y revient, la démocratie ou, comme le disait Hannah Arendt, le politique comme « espace entre les sujets ».