Daniel VANHOVE
Les tueries du 11 janvier à Paris auront révélé bien des choses. Et sans
doute, n’est-ce pas fini.
Le décryptage n’est pas aisé, tant les médias traditionnels et proches du
pouvoir – que ce soit dans la presse ou sur les ondes – brouillent les pistes, y
allant chacun de ses invités et de ses commentaires, le plus souvent navrants,
et avec parfois ses saltimbanques de service qui font aujourd’hui l’opinion, la
pensée commune à laquelle chaque citoyen est prié de se conformer...
Nous sommes dans un monde où la violence est théâtralisée, mise en scène, et
chaque jour nous apporte son lot de tueries et d’horreurs auxquelles nous
semblons ne plus pouvoir échapper et devoir nous habituer. Que ce soit au
cinéma, à la télévision ou à travers des jeux vidéos où des ados mais aussi des
enfants passent parfois le plus clair de leur temps libre. Penser que cela n’a
aucune incidence sur leurs comportements ultérieurs relève de l’incompétence,
voire de l’irresponsabilité des parents, mais aussi des autorités éducatives et
publiques.
La violence s’insinue à présent dans toutes les strates de la société,
jusqu’au privé où des affaires sordides éclatent chaque jour et nous sont
étalées en long et en large avec parfois des situations inimaginables quand on
repense à ce qu’était la vie plus réservée d’autrefois. Je ne suis pas
nostalgique, j’observe, et constate comme chacun peut le faire, les
différences.
Après les tueries en question, le gouvernement français décidait de revoir
les moyens et les lois contre le ‘terrorisme’, cette appellation
fourre-tout qui fait que même un enfant de 8 ans est traîné par son équipe
pédagogique au commissariat, soutenue par la Ministre que l’on a déjà vu mieux
inspirée... A se demander où ces enseignants ont obtenu leurs diplômes et s’ils
ne devraient pas d’urgence changer de profession ou être pris en charge par un
encadrement médical.
Pour tenter de remédier à ces dérives sociétales, dernière trouvaille
politique en date, et qui semble faire l’unanimité tant à gauche qu’à droite –
c’est dire la parjure ! – le retour du service militaire revu et corrigé au
point d’en découvrir des bienfaits qui seraient tout au long de ces années,
restés ignorés par la plupart. Désormais et plus encore qu’avant, l’on peut
craindre les décisions politiques à venir, et se demander où les élus,
désemparés, dépassés par une société dont ils sont déconnectés iront piocher
pour nous sortir n’importe quelle idée saugrenue censée nous prémunir de
violences futures. La réintroduction d’un service militaire présentée comme
mesure destinée à corriger en quelques mois, un manque de civisme supposé dont
des individus auraient pâti au cours de leur enfance et de leur jeunesse est un
leurre. Autant aller à Lourdes pour espérer les mêmes chances de réussite !
Il n’y a, comme toujours, qu’un seul gagnant dans une société qui adopte de
telles mesures : les marchands d’armes et de systèmes sécuritaires dont les
titres en bourse caracolent ces dernières années, et qui se frottent les mains
de voir que lentement mais sûrement, leur poison s’infiltre dans le tissu d’une
société malade, jusqu’à assister aujourd’hui au retour du militaire comme
‘solution ultime’ aux dérives de plus en plus graves d’une Nation en
perte de repères.
Sous le fallacieux prétexte d’un ‘vivre ensemble’, les adeptes de
cette mesure préfèrent donc la discipline aveugle, l’entraînement à l’usage des
armes et au combat plutôt que de privilégier à travers divers programmes
éducatifs, culturels ou sociaux, l’apprentissage, l’ouverture, la découverte,
l’entraide et la solidarité... Chacun jugera, mais il est clair que loin d’un
progrès, il s’agit plutôt à mes yeux d’une régression majeure que je n’osais
même pas imaginer dans les instants les plus sombres que peut traverser le pays,
dont on pourra bientôt changer la devise ’Liberté, Egalité, Fraternité’
en ’Autorité, Iniquité, Individualité’. Croire que quelques mois de
discipline stricte, suffiront à remplacer l’apprentissage dans les moindres
gestes du quotidien, des devoirs de chaque individu tient du mensonge. Ce que
l’on apprend à l’armée n’est ni la formation utile pour vivre au quotidien, ni
celle du recul critique et de la réflexion. A l’armée, on apprend à obéir. Sans
se poser de question. Et à tuer, sans état d’âme. A l’armée, il est toujours
question d’un ennemi, même virtuel. A l’armée, on apprend des techniques de
combats, comme s’il fallait encore ajouter de la violence dans une société qui
en est déjà sursaturée.
L’uniforme n’est pas la solution, que du contraire ! Il convient à l’inverse,
d’apprendre la différence, l’Autre et par là, la tolérance. Projet
diamétralement opposé à l’armée. L’éducation est la seule voie. Moins
ostentatoire en termes de médiatisation, bien sûr... Plus discrète, comme le
sont les mille-et-une choses du quotidien. Et dans la perspective du long terme
et non de quelques mois faciles à médiatiser... Sans parler des statistiques
d’un chômage qui par un coup de baguette magique, se verraient diminuées de
plusieurs milliers de jeunes soustraits aux listes toujours plus longues des
demandeurs d’emplois. Sinistres calculs politiciens, comme toujours...
Décidément, la Nation vit des heures de plus en plus sombres, et aucun des
ténors politiques actuels ne semble à même d’inverser la tendance... Ces
arrogants ne sont mêmes pas foutus de reconnaître leurs échecs et d’en tirer les
leçons, trop obsédés par leur carrière et les avantages qu’ils persistent à en
tirer. Même les embarras judiciaires de certains ne les empêchent pas de s’y
pousser encore ! Or, il n’est qu’à les écouter attentivement pendant quelques
minutes, pour se rendre compte avant une nausée assurée, à quel point ces
prétentieux dans un langage redondant et des formules faciles, restent sourds et
aveugles aux réels problèmes de la population. Ils font semblant, c’est tout !
Mais il y a longtemps qu’ils ne sont plus crédibles, et le désintérêt pour la
chose politique auprès des citoyens en atteste. Ce qui augure de sombres
perspectives comme l’illustrent les derniers votes partiels où les résultats
sont de plus en plus serrés entre les candidats traditionnels et ceux du
FN...
Pas grave, aux yeux de certains. Aujourd’hui, il s’agit de penser, de parler,
de se comporter de façon uniforme. Il s’agit de souder la jeunesse dans le sens
d’un patriotisme qu’elle n’a plus, à coups de ‘Marseillaise’ à la moindre
occasion. Demain, ils la feront défiler – la vôtre, pas la leur ! – comme de
bons petits soldats... Et après-demain, amadoués et dociles, ces jeunes
décérébrés par l’autorité militaire, mais encensés par les relais du système,
seront prêts à faire la guerre comme on le leur indiquera... Voyez
plutôt :
Daniel Vanhove –
10.02.15 -
Observateur civil -
Auteur -
« Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes » - 2005 – Ed. M. Pietteur
« La Démocratie Mensonge » - 2008 – Ed. M. Pietteur
10.02.15 -
Observateur civil -
Auteur -
« Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes » - 2005 – Ed. M. Pietteur
« La Démocratie Mensonge » - 2008 – Ed. M. Pietteur
URL de cet article 27971
http://www.legrandsoir.info/la-france-grandeur-et-decadence-d-une-nation.html
http://www.legrandsoir.info/la-france-grandeur-et-decadence-d-une-nation.html