Des grandes entreprises toujours plus voraces
Chômage au plus haut, pouvoir d’achat en berne : pour 90 à 99% de la population, la situation économique n’est pas bonne. Pourtant, pour une petite minorité, tout va bien : les multinationales, leurs actionnaires et leurs dirigeants, comme le montrent les chiffres des deux côtés de la Manche.
Champagne pour les patrons et les actionnaires !
Le contraste est stupéfiant. Tous les ans, une association britannique rappelle l’explosion des inégalités en notant à quel moment les patrons des cent plus grosses entreprises du pays ont gagné ce que gagne un salarié moyen, le « mardi des gros bonnets » (Fat Cat Tuesday) cette année, puisque dès l’après-midi du second jour de l’année, ces patrons ont gagné l’équivalent du salaire annuel médian d’un travailleur, qui a touché 27 645 livres (37 718 euros) en 2015, contre 4,96 millions de livres (6,77 millions d’euros) pour les patrons du FTSE 100, un salaire horaire de 1200 livres, ou 1637 euros. Un grand patron au Royaume Uni gagne 180 fois plus que le salaire médian, et 400 fois plus que le salaire minimum ! Pire, à Londres comme ailleurs, ces écarts ne cessent de progresser.
Plus révoltant encore, même le Figaro en vient à se demander si « les sociétés du CAC 40 ne sont pas trop généreuses pour leurs actionnaires », notant qu’elles ont distribué la bagatelle de 56 milliards d’euros à leurs actionnaires, plus de la moitié de leurs profits, une somme multipliée par 2,5 depuis 2003. Dans notre pays, comme ailleurs, les entreprises rachètent de plus en plus leurs actions : elles y ont consacré 10,2 milliards en 2014. Il est tout de même frappant de constater à quel point même une partie de la droite en finit par se poser des questions sur l’envolée excessive des profits ou les excès du capitalisme actionnarial. Comment ne pas voir que l’augmentation des inégalités est liée à cela, les grandes entreprises étant souvent le véhicule de cette distorsion du partage de la richesse ?
Mais si le débat intellectuel progresse (avec Thomas Piketty ou Joseph Stiglitz), en revanche, sa traduction politique est pour l’instant extrêmement limitée, à quelques exceptions près. Mais tôt ou tard, ces écarts si énormes finiront par nourrir une remise en question démocratique.