lundi 4 mai 2015

Tremblement de terre au Népal : une aubaine pour les majors pétrolières US ? (Sott)

Tremblement de terre au Népal : une aubaine pour les majors pétrolières US ?
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Le séisme au Népal, une catastrophe qui pourrait servir les intérêts des États-Unis au final ? Alors que des majors pétrolières américaines ont été récemment chassées du pays, le tremblement de terre d'une rare violence et l'état sanitaire de la population népalaise pourraient conduire le gouvernement du Népal à revoir sa décision. Et ce, d'autant plus que les USA viennent de verser cash des milliards de dollars d'aides ... avant une invasion humanitaire ? Qui sait ...

Alors quand certains et non des moindres - y compris le Parlement européen - soupçonnent les États-Unis de jouer un peu trop avec le climat et les plates tectoniques (à travers notamment le projet Haarp ) .... il n'est pas interdit de frémir en pensant que dame Nature a pu être aidée dans sa tâche. D'autant plus que l'exploration pétrolière elle-même a une influence non négligeable sur l'activité sismique...

En tout état de cause, le secrétaire d'État John Kerry a annoncé lundi que les États-Unis allaient apporter au total dix millions de dollars d'aide au Népal, alors que l'agence népalaise chargée de la gestion des catastrophes a fait état de plus de 4.000 morts à la suite du séisme d'une ampleur inégalée depuis des dizaines d'années.

Lors d'une conférence de presse donnée à l'occasion à New York, le chef de la diplomatie américaine s'est dit « choqué par les images déchirantes de victimes et de destructions dans ce pays de l'Himalaya ».

John Kerry a par ailleurs précisé qu'outre le million de dollars d'aide d'urgence déjà annoncé, Washington avait débloqué neuf millions de dollars supplémentaires. Cet argent sera utilisé « pour répondre aux priorités immédiates pour sauver des vies dans des opérations de recherche et de secours, ainsi que la fourniture d'abris d'urgence, d'eau potable et d'autres besoins dans les prochains jours », a précisé dans un communiqué l'USAID, l'agence du département d'État.

Mais, désolée pour les bisounours... l'octroi de cet argent venu du ciel ou presque, pourrait bien ne pas être totalement désintéressé, et permettre au delà d'uen probable invasion humanitaire telle que celle survenue en Haïti, ouvrir la voie à de nouvelles négociations dans le domaine pétrolier. Comment refuser de revoir des points de discorde, alors que les États-Unis font preuve de tant de largesse...

Rappelons à toutes fins utiles qu'en janvier de cette année, le gouvernement népalais a mis fin aux licences d'exploration de pétrole de toutes les compagnies étrangères autorisées à forer au Népal. De nouveaux appels d'offres pour des licences d'exploration seront lancés dès que règlement de ce dossier.

En décembre 2014, le gouvernement avait d'ores et déjà décidé de révoquer les licences de l'américain Texana Resources Company et du britannique Cairn Energy PLC. En novembre 2014, décision avait été prise d'annuler les licences de l'américain Champion BBB et de Emirates Associated Business Group (EABG), société basée à Dubaï.

Selon le ministère de l'Industrie, de la décision d'annuler les permis d'exploration a été publié dans la Gazette du Népal. Le ministère a par ailleurs indiqué qu'il avait été correspondu avec les sociétés respectives en vue les informer de la décision.

Le gouvernement envisageait de mettre fin aux licences d'exploration depuis fort longtemps, considérant que les recherches des compagnies n'avançaient guère. Il a ainsi pris contact avec elles à plusieurs reprises à travers le ministère des Mines en vue d'obtenir une explication quant au retard pris dans l'exploration de pétrole. Si Texana et Cairn avaient alors répondu aux lettres du gouvernement, les deux autres sociétés n'avaient pas réagi de manière officielle.

Cairn avait pour sa part envoyé deux de ses juristes au Népal afin de tenir des pourparlers avec le ministère et le Conseil consultatif sur l'exploration de pétrole, le but étant d'obtenir une sortie légale de son contrat signé avec les autorités népalaises. Le gouvernement népalais avait par ailleurs demandé au ministère des Affaires étrangères de demander l'aide de l'ambassade américaine au Népal en vue d'atteindre Champion BBB après plusieurs tentatives de prises de contact échouées.

Mais, n'y allant pas par quatre chemins et histoire de faire monter la pression, Uttam Kumar Bhattarai, secrétaire du ministère de l'Industrie avait alors indiqué avoir donné des directives afin que soient élaborés des plans en vue d'attirer d'autres entreprises capables de mener des travaux d'exploration pétrolière.

Dans un premier temps, les compagnies concernées devaient s'acquitter de leurs dettes, une fois ces dernières soldées, un avis serait publié pour inviter de nouvelles entreprises à investir dans le secteur pétrolier népalais. Parallèlement, Sarbajeet Mahato, directeur général du département, avait alors déclaré que le dossier était encours d'examen. Ajoutant qu'après éclaircissement de l'affaire un appel d'offres serait lancé, le processus d'appel d'offres nécessitant toutefois un certain délai.

Rappelons que le Népal s'est engagé dans l'exploration pétrolière dans les années 1990 avec Texana. Cette société, basée à Houston, avait alors reçu un contrat de forage en deux blocs. Le gouvernement a divisé les zones de Teraï et de Siwalik en 10 « blocs d'exploration » de 5000 km carrés chacun. La société américaine avait remporté l'enchère pour les blocs 3 et 5 (Banke et Chitwan) et conclu un accord avec le gouvernement en Décembre 1998.

Six ans plus tard, en 2004, Cairn Energy a obtenu un permis pour explorer cinq autres blocs-blocs 1, 2, 4, 6 et 7 (Dhangadhi, Karnali, Lumbini, Birgunj et Malangwa respectivement). Les deux compagnies sont toutefois demeurées inactives jusqu'en 2009, impactées par les conflits politiques agitant la région. Les deux autres sociétés - BBB Champion Société et EABG - ont quant à elles débuté leurs activités au Népal en 2012. Tandis que BBB Champion obtenait une licence pour le bloc 10 à Biratnagar, le EABG recevait un permis d'exploration pour le bloc 8 à Janakpur et le bloc 9 dans Rajbiraj.

Loi sur le renseignement : Moi non plus, je n'ai rien à cacher ! (sott)

Flecointre
Mediapart
jeu., 30 avr. 2015 06:41 UTC
 
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Comme beaucoup d'entre vous, je n'ai rien à cacher. Enfin ... si, mais rien qui ne menace la vie de mon voisin. Ainsi, lorsqu'on nous promet un peu moins de liberté pour un peu plus de sécurité, la conclusion semble logique car, finalement, qui ira faire grand cas de mes messages si banals ou de mes photos de vacances. Pourtant, cette question mérite que nous nous y attardions plus longuement.

Si vous n'étiez pas au courant, nos députés devront se prononcer le 5 mai prochain sur un projet de loi concernant le renseignement. Les idées que je souhaite développer ici viendront sûrement s'ajouter au brouhaha de ces derniers jours, mais je reste persuadé que cela est nécessaire et je m'en expliquerai. Pour ma part, je ne suis pas juriste et je m'en tiendrai uniquement à ce qui se trouve dans le texte et vous devriez faire de même sans écouter les interprétations et les grandes promesses, surtout lorsqu'on vous dira que des amendements changent ces dispositions. Ils apportent éventuellement des nuances sur la forme mais ne changent rien sur le fond. En revanche, étant très impliqué dans le numérique, et notamment dans les systèmes en réseaux, je suis en mesure de saisir toute la portée de ce texte dans ce qu'il permettra de faire aujourd'hui mais aussi demain.

Le renseignement

Il me semble primordial de savoir ce que l'on entend par « renseignement ». C'est une activité visant à rechercher des informations sur toutes les composantes d'une situation passée, en cours ou à venir afin d'adopter le comportement le plus efficace en fonction d'un ou plusieurs objectifs que nous poursuivons. L'activité de renseignement comporte deux étapes principales : la collecte des informations et leur analyse. Le volume collecté doit être en relation avec la capacité d'analyse et l'analyste doit être en mesure de filtrer l'information selon sa pertinence, de vérifier sa cohérence et, enfin, de l'interpréter en fonction de la situation et de toutes les autres informations.

C'est une activité plus ou moins formelle, plus ou moins discrète et, dans certains cas, plus ou moins légale. Elle reste cependant un préalable essentiel à l'action. Disons le tout de suite, tout le monde fait du renseignement ! Vous-même irez peut-être vous « renseigner » sur les fréquentations de vos enfants. Il faut donc comprendre que cette activité n'est pas d'une nature malsaine. Seuls les objectifs poursuivis et les décisions prises seraient alors discutables.

A l'échelle d'une nation, quel que soit le domaine, le renseignement est primordial et ne se limite pas à des considérations étrangères. Le nom de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure ne laisse d'ailleurs aucun doute à ce sujet. En raison de divers fantasmes et divertissements étayés par des faits bien réels, ces services ont clairement une mauvaise réputation et induisent une sorte de crainte dans l'inconscient collectif, notamment parce qu'ils interviennent dans une zone floue où un acte répréhensible n'a pas été commis mais une suspicion plus ou moins grande existe sur une potentialité d'action. Cet état est contradictoire avec notre conception de la justice qui impose la présomption d'innocence avant qu'un juge acte du contraire à la suite d'un procès équitable.

Une action judiciaire recherche des preuves d'une culpabilité quand des faits paraissent suffisants pour établir une réelle infraction à une règle mais s'attache aussi à un examen contradictoire.

Une action de renseignement recherche des indices laissant à penser qu'une action répréhensible ou nuisible pourrait être commise dans un avenir plus ou moins proche. Sa nécessité est laissée à la libre appréciation du service qui l'engage ou à l'autorité qui la demande.

Actuellement, l'action judiciaire est encadrée par le code de procédure pénale, l'action de renseignement n'a quasiment aucun cadre légal et cohérent en accord avec les évolutions technologiques de ces dernières années. Seule une loi de 1991 régit les interceptions téléphoniques de sécurité.

Ce qui pose problème

Tout d'abord, les promoteurs du projet affirment que cette loi donne des moyens en rapport avec notre époque aux services de renseignement. C'est absolument faux. Les moyens existent et sont adaptés aux dernières technologies voir même sont en avance. Seul le cadre légal manque permettant de justifier les actions de renseignement et d'éviter un parfum de scandale quand une personne comme Edward Snowden révèle les pratiques, et surtout leurs ampleurs, des services de renseignements. Nous avons donc l'impression qu'il y a un manque quelque part car la loi, ou l'absence de dispositions légales, viendrait empêcher toutes actions. Certes, nous pourrions y voir une limite en raison d'un certain nombre de scrupules sur des opérations plus ou moins justifiables...

Ensuite, nous avons aperçu que la frontière entre enquête judiciaire et action de renseignement reste plutôt mince tout comme celle avec la surveillance abusive. La différence entre les deux est qu'en définitive, l'enquête judiciaire aboutira à une exposition publique des faits. Le renseignement non. D'autant plus lorsqu'il est couvert par le secret défense qui a le double avantage de protéger l'action et de ne pas devoir se justifier de cette protection. Pratique. Ce projet de loi n'arrange en rien ce constat.

Que des finalités, autrement dit les domaines des motifs possibles de mise en œuvre, soient définies, cela est une (bonne) chose. Que ces finalités couvrent un périmètre extrêmement large et flou, cela reste un problème majeur. Les promoteurs du projet se justifient assez largement d'une lutte contre le terrorisme, à en croire M. Larrivé, nous sommes en guerre et les dispositions de cette loi permettrait d'assurer notre protection par un « bouclier numérique ». Néanmoins, il est aussi question de renseignement économique et lors des débats publics à l'Assemblée Nationale, le fait que des nations « alliées » aient des pratiques plus ou moins nuisibles a été admis. Les récentes révélations du Spiegel ne viennent pas démentir cela.

Posons-nous alors quelques questions :

- Avec qui sommes-nous en guerre et pour quels intérêts publics ?
- Si des projets d'attentat ont été déjoués, où sont les procédures judiciaires ?

Enfin, le dispositif laisse le pouvoir exécutif relativement libre de toutes actions sous le regard d'une commission sensée assurer un contrôle. Cette commission ne donne qu'un avis consultatif et peut éventuellement saisir le conseil d'état si elle estime la présence une dérive. Les défenseurs du projet et le gouvernement nous jurent la main sur le cœur qu'il ne sera pas question de dérive et que leur action restera mesurée et proportionnée, tout en nous expliquant que les pratiques existent déjà et que le projet ne fait que donner un cadre légal.

- Quelle confiance pouvons-nous accorder à un pouvoir exécutif (passé, actuel ou à venir) qui ne s'embarrasse pas du tout de pratiques alégales ou illégales ?
- Quelles garanties avons-nous que d'autres pratiques alégales et illégales ne seront pas utilisées ?
- Quelles garanties avons-nous que ce dispositif sera toujours respecté même lorsque la fin justifiera toujours les moyens ou au nom d'une raison d'état ?

Le gouvernement nous parle de confiance mais les différents gouvernements passés n'auraient-ils pas par hasard largement érodé cette confiance ?

En finir avec le terrorisme

Bien que le projet concerne le renseignement, la justification centrale est la lutte contre le terrorisme alors que c'est une finalité parmi sept autres qui ne menacent pas immédiatement votre sécurité. Je m'étonnerai toujours de cette rapidité à faire trembler la population pour justifier un renforcement de « notre sécurité »...

Je suis d'accord, il faut lutter contre le terrorisme et j'irai même plus loin en affirmant qu'il faut en terminer avec lui. Toutefois, qu'appelle-t-on « terrorisme » ? Qui sont les terroristes ? Est-ce deux personnes qui rentrent dans un bâtiment pour tuer des gens ? Ce type d'évènement se produit aux États-Unis un peu trop régulièrement du reste sans que cela soit qualifié de terrorisme. D'ailleurs, les États-Unis ont adopté un « Patriot Act » sensé protéger les citoyens américains mais cela n'a pas empêché un fou de tirer dans un cinéma ou un autre dans une école primaire !

Le problème avec le terrorisme est que tout le monde l'utilise pour tout et n'importe quoi et, bien souvent, pour désigner un groupe en particulier opposé au pouvoir en place. D'ailleurs, les résistants français auraient été sûrement qualifiés de terroristes par l'administration de Vichy. Pour nous aujourd'hui, ce sont des héros. En 1980, le moudjahid afghan était un « combattant de la liberté » quand il se battait contre les troupes russes, à peine 15 ans plus tard, il devient un dangereux terroriste. Attention, je ne cautionne pas les différents évènements qui se sont produits ni même n'approuve leurs actions mais je souhaite mettre en lumière que dire « lutte contre le terrorisme » ne permet pas d'accepter tout et n'importe quoi.

Pour en finir avec le terrorisme, j'aurai quelques pistes à proposer. Quelques idées qui me semblent bien absentes du débat public, du moins du plus médiatisé.

Tout d'abord, nous pourrions arrêter de soutenir des dictatures pour ensuite les renverser quand elles ne sont plus trop coopératives. La France a un glorieux passé en diverses manipulations et autres ingérences en Afrique et les États-Unis ne se sont jamais privés de modeler le reste du continent américain suivant leurs besoins. Nous acceptons d'être très proches de nations comme l'Arabie Saoudite alors que cette nation participe au financement des mouvements radicaux au moyen orient. Dans le même esprit, nous pourrions arrêter les campagnes d'assassinats par drones car quand pour mettre hors d'état de nuire 41 personnes, plus de 1100 deviennent victimes collatérales des frappes, il ne faut pas s'attendre à être acclamé. Lorsqu'une population est opprimée, l'action violente n'est pas loin, voir même apparait comme une issue logique.

Ensuite, nous pourrions songer à développer sans contre partie le niveau de vie des pays pauvres ce qui permettrait alors de leur éviter de risquer leur vie pour venir gagner de quoi survivre chez nous. Dans le même ordre d'idées, nous pourrions arrêter d'exploiter indument leurs ressources naturelles, ce qui est directement lié au soutien des dictatures, et arrêter d'y expédier nos déchets polluants.

Enfin, à l'aube de ce siècle, nous pourrions tous admettre que la civilisation humaine dans son ensemble n'a pas pris la bonne direction et que notre idéologie économique fait à présent plus partie du problème que de la solution. Quoique vous puissiez en penser, la crise financière mondiale de 2008 n'est toujours pas soldée, a toujours des répercussions bien concrètes pour nous tous et les personnes qui en sont à l'origine sont bien identifiées et ne sont surtout pas redevables de leurs malversations.

Je sais, nous ne sommes pas dans un monde de bisounours pourtant je me permettrais de citer Graham Fuller :
« Même s'il n'y avait pas eu une religion appelée islam ou un prophète nommé Mohammed, l'état des relations entre l'Occident et le Proche-Orient aujourd'hui serait plus ou moins inchangé. Cela peut paraître contre-intuitif, mais met en lumière un point essentiel : il existe une douzaine de bonnes raisons en dehors de l'islam et de la religion pour lesquelles les relations entre l'Occident et le Proche-Orient sont mauvaises (...) : les croisades (une aventure économique, sociale et géopolitique occidentale), l'impérialisme, le colonialisme, le contrôle occidental des ressources du Proche-Orient en énergie, la mise en place de dictatures pro-occidentales, les interventions politiques et militaires occidentales sans fin, les frontières redessinées, la création par l'Occident de l'État d'Israël, les invasions et les guerres américaines, les politiques américaines biaisées et persistantes à l'égard de la question palestinienne, etc. Rien de tout cela n'a de rapport avec l'islam. Il est vrai que les réactions de la région sont de plus en plus formulées en termes religieux et culturels, c'est-à-dire musulmans ou islamiques. Ce n'est pas surprenant. Dans chaque grand affrontement, on cherche à défendre sa cause dans les termes moraux les plus élevés. C'est ce qu'ont fait aussi bien les croisés chrétiens que le communisme avec sa "lutte pour le prolétariat international" »
Comme le dirait Paul Jorion, « le danger de se concentrer sur les individus est d'ignorer les problèmes de structure », nous pourrions en finir avec le terrorisme si nous arrêtions de le produire !

De la surveillance de masse

Pour ce qui va suivre, gardez toujours à l'esprit que les différents intervenants autour de ce projet admettent sans difficultés que les pratiques existent et que les autres nations en usent sans problème.

Prenons un exemple qui nous concerne tous. L'article 2 (14),dans sa version original, ajoute dans le code de la sécurité intérieure la disposition suivante :
« Pour les seuls besoins de la prévention du terrorisme, le Premier ministre ou l'une des personnes déléguées par lui peut, après avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, imposer aux opérateurs et aux personnes mentionnés à l'article L. 851‑1 la mise en œuvre sur leurs réseaux d'un dispositif destiné à détecter une menace terroriste sur la base de traitements automatisés des seules informations ou documents mentionnés au même article L. 851‑1, sans procéder à l'identification des personnes auxquelles ces informations ou documents se rapportent et sans procéder au recueil d'autres données que celles qui répondent aux critères de conception des traitements automatisés.

Si une telle menace est ainsi révélée, le Premier ministre ou l'une des personnes déléguées par lui peut décider, après avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement dans les conditions prévues au chapitre Ier du titre II duprésent livre, de procéder à l'identification des personnes concernées et au recueil des informations ou documents afférents. Leur exploitation s'effectue alors dans les conditions prévues au chapitre II du même titre.»
Il faut ici comprendre quatre choses :

1. Les opérateurs sous le coup de la loi devront s'exécuter ;
2. Il s'agit de « quelque chose » qui traitera automatiquement des données dans le but de « détecter une menace terroriste » ;
3. Les données traitées resteront anonymes tant qu'ils ne constitueront pas une menace, dans ce cas la ou les personnes seront identifiés et feront l'objet d'une surveillance ciblée. Ils seront donc suspect ;
4. Seules les données nécessaires au fonctionnement du traitement automatique seront utilisées.
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Le terme « traitements automatisés » fait directement référence à un système d'informatiques qui contiendra un logiciel. Ce qui est nommé « algorithme » n'est plus ni moins qu'un ensemble de logiciels comme un anti-virus analyse des fichiers ou un anti-pourriels analyse des messages électroniques. Les « métadonnées »,qui ont été très souvent désignées comme les données « qui répondent aux critères de conception » de ces traitements automatisés, sont des données qui décrivent d'autres données. Par exemple, un titre, une date d'édition sont des métadonnées d'un livre.

Il existe diverses analyses techniques de cet article, toutefois le parallèle postal me parait être le plus approprié pour vous présenter le dispositif.

Internet, en tant que système permettant de transférer une information entre un émetteur et un destinataire, a par certains aspects un fonctionnement très proche d'un service national d'acheminement de courrier. Il vous sera facile de constater que, dans ce service postal, des enveloppes de différentes tailles circulent, tout comme des colis de différents poids, et leur contenu est encore plus varié. A ce stade, nous pouvons mettre en évidence des métadonnées comme l'adresse, le code postal, le type, le poids, etc.

Si nous observions le contenu des enveloppes au format entreprise, nous pourrions trouver des devis, des factures, des lettres de licenciement, etc. Pour chacune des métadonnées spécifiques à leur utilisation comme la date, l'objet, mais un numéro de facture n'existera que pour une facture. Chaque métadonnée permet à chaque acteur du transport de la donnée d'effectuer sa tâche :

- Le code postal permettra de faire un tri national,
- l'adresse permettra la livraison,
- le numéro de facture permettra de déclencher un paiement en y indiquant la référence.

Nous pouvons immédiatement comprendre que les métadonnées ne sont pas anodines car suivant le niveau de traitement de la donnée, il est possible d'entrevoir la signification même de cette donnée. De plus, toutes les métadonnées ne sont pas accessibles immédiatement. Pour la plupart d'ailleurs, l'enveloppe doit être au moins ouverte pour les atteindre.

Votre internet quotidien est à peu près identique. Vous échangez des données avec d'autres systèmes suivant différents protocoles (une page d'un site, un courrier électronique, ...) contenu dans des enveloppes accompagné de métadonnées. Particularité de taille, chaque donnée, un courrier électronique par exemple, est divisé en plusieurs morceaux et chacun d'eux contenu dans plusieurs enveloppes imbriquées. Ainsi chaque acteur ne traite que le niveau qui lui est utile ce qui permet notamment d'optimiser le temps de traitement. Vous pouvez comprendre que votre facteur n'a pas besoin de connaitre « le numéro du bon de commande » pour vous remettre le courrier contenant « un bon de commande ».

Ce projet de loi propose ainsi de traiter toutes les enveloppes et colis en France, en partance ou à destination afin d'analyser les métadonnées pour y détecter une menace terroriste. Des métadonnées, il y en a beaucoup pour différentes choses, à différents niveaux, pour différentes utilisations. Au-delà de l'évidente question de comment détecter une telle menace, nous sommes logiquement amenés à nous demander de quelles métadonnées est-il concrètement question ? Le texte n'en fait pas mention et les réponses des promoteurs du projet n'apportent pas plus d'éclaircissement tout en nous jurant qu'il n'y aura pas ouverture de toutes les enveloppes ...

Je sens que vous n'avez pas saisi la contradiction, alors prenons un exemple simple sous la forme d'un algorithme tout aussi simple : prenez un bon de commande comportant une métadonnée « date » ;

1. Coupez ce papier en 100 morceaux ;
2. Glissez chaque morceau dans une enveloppe ;
3. Glissez une première fois chaque enveloppe dans une nouvelle enveloppe ;
4. Glissez une seconde fois chaque enveloppe dans une nouvelle enveloppe ;
5. Inscrivez l'adresse sur chaque enveloppe sans oublier d'y coller un timbre ;
6. Expédiez chaque enveloppe.

Voilà grosso-modo comment un courrier électronique se présente. M. Cazeneuve vous affirme que son « algorithme » arrivera à comprendre que c'est un bon de commande et lire la métadonnée date sans reconstituer le message complet et sans ouvrir chaque enveloppe ! Certes, je ne suis pas ministre mais je suis en mesure de comprendre que cela n'est pas possible.

Vous rappelez-vous que lorsqu'une menace est détectée, votre anonymat est levé et que vous devenez une cible du renseignement ? Ainsi,si vous intitulez un courriel électronique « une bombe dans la gare » en faisant référence à une personne physiquement attrayante et si l'algorithme y détecte une menace, vous devenez une cible. Même si le gouvernement vous assure qu'il n'y aura pas surveillance de masse, le procédé reste très flou et le législateur pas vraiment à la hauteur techniquement.

Choisissez bien vos mots à présent et ne venez pas dire que vous ne saviez pas !

Surveiller ou prédire

Surveiller ? Sûrement !
Protéger ? Éventuellement, il y aura incontestablement des coups de chance.
Prédire ? C'est ce qui devient très intéressant.

Imaginez vous être à la tête d'un pays et avoir un outil qui puisse vous renseigner fidèlement de l'opinion publique sur une question précise ou l'intention sur tel ou tel sujet. Avant de me déclarer complotiste ou fou, qu'il me soit permis de porter à votre attention les réflexions suivantes.

Jacques Attali, ancien conseiller du président François Mitterrand, conclu le documentaire « Un Oeil Sur Vous Citoyens Sous Surveillance » (Arte - 2015) par la réflexion suivante :
« Ces techniques de surveillance vont permettre, de surveiller l'électeur, de savoir comment il vote, comment il se comporte, et comment l'orienter dans son comportement. Toutes ces techniques de Big Data sauront, par exemple, sur quels réflexes appuyer pour faire voter les gens dans telle ou telle direction. On saura les faire consommer, on saura les faire voter. Il y a un vrai risque d'une sorte de transformation de la démocratie en une mascarade de démocratie où les gens ne seraient plus que des citoyens-consommateurs ou consommateurs-citoyens utilisés par des systèmes qui sauront très les manipuler. »
Fabrice Epelboin, enseignant à la Sorbonne et à Sciences Po, vous explique très simplement que des plateformes logicielles comme Palantir permettent d'analyser des masses de données afin de réaliser des modèles prédictifs.

D'ailleurs, la société Palantir elle même en présentant ces produits dit :
« La plate-forme Palantir Metropolis est idéale pour réaliser des enquêtes quantitatives à grande échelle. Elle agrège de multiples sources de données, rassemblant des informations disparates dans un environnement unifié d'analyse quantitative. Jusqu'à présent, nous avons trouvé qu'elle est parfaite pour suivre et analyser les flux de trafic réseau et la structure des échanges financiers mais les applications sont infinies. Les analystes commencent à enrichir leur compréhension des données en construisant et en effectuant des calculs par rapport aux modèles à l'aide d'une bibliothèque riche d'opérateurs mathématiques et statistiques. »
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Une startup comme SalePredict s'efforce de prédire l'avenir :
"Une fois ces calculs de faisabilité établis, il est tout à fait possible de déterminer la faisabilité d'un fait similaire. [...], par exemple, une zone enclavée avait davantage de risques d'être contaminée par une épidémie de choléra après des tempêtes et une période de sécheresse. Lorsque le logiciel s'est intéressé à la dernière épidémie de choléra en Ouganda, le logiciel a pu retenir que ces deux mots clés ont été associés à l'épidémie de Cuba, mais aussi en Asie."
Le problème n'est pas de savoir si la technologie est en mesure de le faire mais de l'alimenter en données. Ce texte pose toutes les bases d'un tel système d'analyse et d'anticipation de comportement à l'échelle d'une nation.

N'oubliez pas que l'une des missions des ex renseignements généraux était de fournir des informations dites « d'ambiance » et, depuis 2014, le Service central du renseignement territorial a été créé pour, sur l'ensemble du territoire, exploiter les renseignements concernant tous les domaines de la vie institutionnelle, économique et sociale susceptibles d'entraîner des mouvements revendicatifs ou protestataires.

Nous pouvons alors comprendre la détresse de M. Cazeneuve lorsqu'il s'insurge que des sociétés comme Facebook peuvent à loisir exploiter vos données personnelles pour ses opérations marketing et que l'état devrait se l'interdire. Il oublie de préciser que l'utilisation de Facebook est un choix personnel alors qu'aucun ne pourra échapper aux dispositions du texte qui est proposé. Même l'éventualité d'une dérive vers un gouvernement autoritaire n'est pas exclue y compris dans les niveaux les plus élevées de la république.

La question n'est donc pas de savoir si nous avons quelque chose à cacher mais quelles informations allons-nous offrir. « Ai-je vraiment le choix quand je n'ai que l'illusion de ce choix ? » Voilà la question cruciale !

Défendre vos droits

Ce projet de loi demande une réflexion de fond sur l'état de notre monde en 2015.

Si vous êtes convaincu que moins de liberté est nécessaire pour notre sécurité, n'oubliez pas que l'agression américaine contre l'Irak en 2003 s'est fondée sur des mensonges et personne n'a à répondre de la mort de 162 000 personnes. La France a fait le choix de ne pas soutenir cette intervention car ses réseaux de renseignement démentaient les propos même de Collin Powell. D'aucun ne pourra nier l'évidente relation entre cette période et la situation actuelle. De nos jours, les tensions en Ukraine ont été présentées comme une réponse à une tentative russe d'invasion. Cependant le 25 mars 2015, le chef de la Direction du Renseignement Militaire, le général Christophe Gomart, a déclaré :
« L'OTAN avait annoncé que les Russes allaient envahir l'Ukraine alors que, selon les renseignements de la DRM, rien ne venait étayer cette hypothèse - nous avions en effet constaté que les Russes n'avaient pas déployé de commandement ni de moyens logistiques, notamment d'hôpitaux de campagne, permettant d'envisager une invasion militaire et les unités de deuxième échelon n'avaient effectué aucun mouvement. La suite a montré que nous avions raison car, si des soldats russes ont effectivement été vus en Ukraine, il s'agissait plus d'une manœuvre destinée à faire pression sur le président ukrainien Porochenko que d'une tentative d'invasion. »
Il précise en outre que « La vraie difficulté avec l'OTAN, c'est que le renseignement américain y est prépondérant, tandis que le renseignement français y est plus ou moins pris en compte ».

Posez-vous donc la question de quelles actions mettent réellement notre sécurité en jeu ...

Si vous êtes très sceptique sur ce projet mais que vous ne savez pas quoi faire ou dire et encore moins comment le faire ou le dire, n'oubliez pas que vous n'êtes pas plus bête qu'un ou qu'une autre. Notre civilisation met en avant des élites sensées prendre les meilleurs décisions pour l'intérêt commun. Aucune de ces élites n'a été en mesure de construire un monde plus sûr ni même éviter une défaillance majeure de notre système économique hypothéquant l'avenir de chacun d'entre nous. Vous n'avez pas besoin de ces élites là ! Internet vous permet d'avoir les informations à porter de main et d'échanger avec vos semblables. Informez-vous et prenez position comme je le fait à présent ! Posez des questions et si ce n'est toujours pas compréhensible, posez à nouveau ces questions. Contactez votre député ou votre sénateur par courrier électronique ou par téléphone pour faire entendre votre opinion.

Edward Snowden disait, à propos du système des programmes de surveillance américains, que :
« L'objet de ces programmes n'a jamais été le terrorisme : c'est l'espionnage industriel, le contrôle social et la manipulation diplomatique. L'objet est bien le pouvoir. »

Europe : ce que l'austérité a fait au système de santé (sott)

Europe : ce que l'austérité a fait au système de santé
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Au mois d'octobre 2014, j'ai visité la Grèce pour observer l'impact de l'austérité sur le peuple grec et en particulier sur la santé et sur le système des soins. J'ai rejoint d'autres travailleurs du secteur de la santé et la Campagne de solidarité avec la Grèce pour visiter des hôpitaux, des cliniques et des marchés de denrées alimentaires. J'ai discuté avec des soignants, avec des volontaires, avec des politiciens et avec des membres des gouvernements locaux. Ce que j'ai observé m'a consternée et attristée.

Dans l'hôpital le plus important de Grèce, l'Evangelismos à Athènes, les conditions étaient pires que celles que j'ai rencontrées dans des pays en voie de développement.

Dès que les portes de l'hôpital s'ouvrent les jours « d'urgence » |1|, les gens affluent. L'effondrement des services de santé publique primaires et collectifs fait que toutes celles et tous ceux qui ont besoin de soins doivent se rendre au service des urgences et des accidents des grands hôpitaux, que ce soit pour un accident grave, pour des médicaments, pour des maladies chroniques ou pour faire vacciner les enfants. Des membres du personnel m'ont dit que des victimes de traumatismes majeurs devaient souvent attendre durant des heures pour une radiographie et un traitement à cause du manque de personnel |2|. Lorsque de trop nombreux cas affluent en même temps, il arrive que les gens meurent avant d'avoir été pris en charge.

Les conditions d'austérité imposées en Grèce par la Troïka pour assurer le paiement de la dette aux créanciers, en priorité les banques, ont entraîné la fermeture de nombreux hôpitaux (y compris trois hôpitaux psychiatriques) et cliniques de soins primaires |3|. Ceux qui sont restés ouverts doivent effectuer des coupes drastiques dans le personnel. Des milliers de travailleurs de la santé ont été licenciés.
Trente pour cent de la population grecque vit dans la pauvreté, sans accès à des soins de santé abordables |4|. Les soins de santé sont financés par l'assurance payée par les employeurs et lorsque les gens perdent leur emploi ils perdent du même coup leur assurance médicale. Le gouvernement prétend avoir rétabli les soins de santé pour les plus pauvres, mais des médecins et des infirmières m'ont affirmé que c'était faux. Les commissions d'enquête promises pour évaluer et financer les requêtes de ceux qui n'ont pas les moyens d'avoir accès aux soins n'ont pas encore été créées.
À Evangelismos, j'ai vu 50 patients psychiatriques entassés dans une salle de 25 lits, partageant deux toilettes et une seule infirmière en psychiatrie. Des patients psychiatriques d'âges et de sexes différents étaient allongés, amorphes, sur des brancards sur les deux côtés d'un long couloir. Au bout de ce couloir, j'en ai vu un autre aménagé de manière analogue. Ces brancards étroits et inconfortables, serrés les uns contre les autres, étaient le seul espace personnel des patients. Les infirmières et les médecins m'ont dit qu'il était impossible de faire un travail thérapeutique dans de telles conditions.

Malgré sa surpopulation, la salle était sinistrement silencieuse. J'ai eu l'impression que la majorité des patients étaient sous sédation, ou bien qu'ils avaient baissé les bras, succombant au désespoir.

L'austérité et les coupes budgétaires ont entraîné une forte augmentation des cas de dépression. Les suicides ont augmenté de 45 %. Les patients à Evangelismos ont encore de la chance - beaucoup d'autres patients qui auraient besoin de lit ont été abandonnés dans la rue, sans soutien de la part de la collectivité. J'étais sur le point de quitter l'hôpital lorsqu'un médecin m'a demandé de dire aux gens du Royaume-Uni ce que j'avais vu et entendu. Il a ajouté qu'ils voulaient « non pas de la charité mais de la solidarité ».

Les gens sont en train de s'organiser pour résister et pour défendre leurs quartiers contre les impacts les plus désastreux de l'austérité. La multiplication des structures de solidarité dans les quartiers pour venir en aide aux gens qui manquent de nourriture ou de soins de santé est une expression de cette organisation sociale. Des cliniques de santé solidaires ont été mises sur pied partout en Grèce, avec du personnel bénévole qui essaie de fournir des soins de base à ceux qui n'ont pas accès aux structures de soins. Des médecins, des infirmières et des pharmaciens se portent volontaires dans ces cliniques, mais cela ne suffit pas de loin à satisfaire tous les besoins.

J'ai visité la Clinique de solidarité sociale à Peristeri, un district d'Athènes ayant une population d'environ 400 000 personnes. Le personnel bénévole, composé de médecins et d'infirmières, qui travaillait dans cette structure m'a expliqué que la plupart des cliniques locales gérées par l'État avaient été fermées. Le gouvernement avait également fermé toutes les policliniques, avant de rouvrir récemment certaines d'entre elles, mais avec seulement 30 % des médecins nécessaires. Là où il y avait autrefois 150 médecins pour fournir des services de santé dans le district, il n'y en a actuellement que 50. Une policlinique pour une population de 400 000 personnes n'avait ni gynécologue ni dermatologue et seulement deux cardiologues.

« Nous voulons qu'on nous rende nos médecins ! » disait une des volontaires avec qui j'ai discuté. Des milliers de médecins ont quitté le pays |5|. Ceux qui restent - y compris des médecins hospitaliers de haut niveau - gagnent environ 12 000 euros par année.

La Clinique de solidarité sociale de Peristeri fonctionne depuis un an et demi grâce à 60 bénévoles, dont 25 médecins qui ont proposé leurs services gratuitement. La clinique est pourvue d'une simple salle de consultation et d'une petite pharmacie de médicaments offerts. Les bénévoles de la clinique disaient que les gens souffrant de maladies chroniques comme le diabète ou les cancéreux avaient d'énormes problèmes pour obtenir les traitements dont ils auraient besoin. Les patients cancéreux non assurés ne peuvent pas payer une chimiothérapie. Les organisations de solidarité demandent aux personnes suivant une chimiothérapie de donner l'équivalent d'un jour de médicaments pour les patients qui n'ont pas les moyens de se procurer ces produits.

Le gouvernement grec [avant l'élection de Syriza] a passé une loi en janvier 2014 permettant de confisquer des biens immobiliers de personnes endettées auprès d'institutions étatiques. Il y en a qui renoncent à poursuivre leur traitement pour éviter de contracter des dettes qui pourraient entraîner la perte du logement pour leur famille.

Actuellement les mères grecques doivent débourser 600 euros pour un accouchement et 1 200 euros s'il y a une césarienne ou des complications. Pour les étrangères vivant en Grèce, le prix est deux fois plus élevé. La mère doit payer la facture en quittant l'hôpital. Au début, lorsque ces tarifs ont été introduits et si la mère ne pouvait pas payer, l'hôpital gardait le bébé jusqu'au paiement de la facture. Condamnée à l'échelle internationale, cette pratique a été interrompue et l'argent est désormais récupéré au moyen d'une taxe supplémentaire. Néanmoins, si la famille n'a pas les moyens de payer, son logement ou sa propriété peut être confisqué. Et si elle ne peut toujours pas payer, elle peut être emprisonnée |6|. Un nombre croissant de nouveau-nés sont abandonnés à l'hôpital. Un obstétricien avec qui j'ai discuté l'a appelé « la criminalisation de l'accouchement ». La contraception est inaccessible pour beaucoup de gens - l'assurance maladie ne couvre même pas son achat. Les avortements sont devenus beaucoup plus nombreux (30 000 par année) et, pour la première fois, le nombre de décès en Grèce est en train de dépasser celui des naissances. Les gens ne peuvent plus se permettre financièrement d'avoir des bébés. C'est déjà suffisamment dur de nourrir et soigner les enfants existants.

D'après un rapport récent |7| compilé par l'Unicef et par l'université d'Athènes, 35,4 % des enfants grecs soit connaissent la pauvreté, soit risquent d'y basculer. Un article dans The Lancet du 22 février 2014 intitulé « La crise du système de santé grec : de l'austérité au déni » a évalué que le taux de mort-nés avait augmenté de 21 % et celui de la mortalité infantile de 40 % entre 2008 et 2011. De nombreuses familles vivent uniquement grâce à la maigre pension d'un grand-parent - en général d'environ 500 euros par mois. L'effondrement du système de santé primaire signifie que des milliers d'enfants ne sont pas vaccinés. Un cycle de vaccinations infantiles coûte environ 80 euros, et ce prix est trop élevé pour beaucoup de familles.

L'effondrement du système de santé public a entraîné un doublement des cas de tuberculose, la réémergence de la malaria qui avait disparu depuis 40 ans et une multiplication par 700 des infections HIV. La pauvreté de l'alimentation entraîne également une détérioration de la santé de la population. D'après l'OCDE, 1,7 million de Grecs, soit presque un sur cinq, n'ont pas assez à manger |8|. À Athènes nous avons visité un marché alimentaire organisé par le mouvement de solidarité sociale, qui organise la distribution d'aliments directement des paysans à la population. En éliminant ainsi les intermédiaires, les marchés de solidarité sociale obtiennent que la nourriture soit moins chère qu'au supermarché, tout en permettant aux paysans d'être correctement payés. En contrepartie, les paysans donnent un pourcentage de leur production, qui est alors distribué gratuitement aux familles dans le besoin. Une banderole au-dessus du marché proclame « Mettre en pratique l'espoir ».

Pour moi c'était là un parfait exemple de l'esprit que j'ai rencontré partout où je suis allée - l'espoir d'un changement combiné avec une approche très pragmatique pour créer des structures de soutien. Pour les personnes avec lesquelles j'ai discuté, il était évident que ces structures n'étaient pas destinées à remplacer des structures d'État, ce qui ne serait pas possible - mais constituaient un moyen de soutenir la vie et la résistance pour empêcher que les gens coulent dans la misère et le désespoir. Ils disaient que ce qu'il fallait c'était une action au niveau gouvernemental.

Le succès du parti de Syriza n'est pas surprenant. Nous avons rencontré Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza, qui a dit que la reconstruction du système de santé serait une priorité pour son gouvernement s'il était élu.

On peut trouver plus d'informations sur la situation de la santé en Grèce et sur les actions de solidarité sur le site du collectif Solidarité France Grèce pour la Santé

Notes :

|1| Depuis la « réorganisation » du système de santé dans le cadre des mémorandums, les urgences sont concentrées pour le Grand Athènes (plus de 4 millions d'habitants) dans un seul hôpital chargé, tous les 4 jours, d'assurer la permanence. L'hôpital Evangelismos, le plus grand, dispose de 950 lits et de 3 000 salariés.

|2| Le budget du service public de la santé s'élevait à 16,1 milliards d'euros en 2009, il n'était plus que de 11,2 milliards d'euros en 2013. Le nombre d'hôpitaux est passé de 135 à 115 (avec une réduction à 80 prévue dans le plan « Santé 2020 »), avant les mémorandums, la Grèce était dotée d'environ 200 centres en zone rurale, seule la moitié fonctionne encore. Le secteur hospitalier public a perdu 15 000 salariés - médecins, infirmières et infirmiers, aides-soignants... Selon le Dr Ilias Sioras, cardiologue et président du syndicat des travailleurs d'Evangelismos, « Pour remettre l'hôpital à flot, il faudrait augmenter le personnel soignant de 15 000 personnes et recruter 5 000 médecins ». Cf. Fabien Perrier, « La Grèce malade du démantèlement de son système de santé », http://www.regards.fr/web/article/l...

|3| En 1978, dans sa déclaration d'Alma-Ata, l'OMS donnait cette définition des « soins de santé primaires » : « Les soins de santé primaires sont des soins de santé essentiels fondés sur des méthodes et une technologie pratiques, scientifiquement viables et socialement acceptables, rendus universellement accessibles aux individus et aux familles dans la communauté par leur pleine participation et à un coût que la communauté et le pays puissent assumer à chaque stade de leur développement dans un esprit d'autoresponsabilité et d'autodétermination. »

|4| En février 2014, The Lancet estimait que 47 % des Grecs n'avaient pas accès à des soins adéquats.

|5| Fin 2014, plus de 3 500 médecins grecs travaillaient en Allemagne...

|6| Cette loi a été supprimée par le nouveau gouvernement.

|7| Qui donne les chiffres de fin 2012.

|8| Depuis la publication du rapport de l'OCDE, ce chiffre macabre a encore augmenté.

samedi 2 mai 2015

L’art de plumer et d’appauvrir les français (les moutons enragés)

L’art de plumer et d’appauvrir les français

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Braquer la France d’en-bas et du milieu, enrichir celle d’en-haut
Les cartes sont biseautées, truquées, les dés sont pipés. Les vraies causes des déficits publics ne sont pas des dépenses publiques excessives, créées par l’État providence. On peut citer, au contraire, au moins quatre causes cumulées de leur origine et qui, toutes, jouent au détriment des petits pour privilégier les nantis : le sauvetage du secteur financier, le coût de la crise économique, la fiscalité favorable aux riches et l’évasion fiscale.
Le sauvetage du secteur financier
Dans Le prix de l’inégalité (Les Liens qui libèrent, 2012), Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001, affirme que le sauvetage des banques en 2008 a permis « le transfert de richesse le plus massif de tous les temps : jamais dans l’histoire de la planète tant de personnes n’ont tant donné à si peu d’autres, qui étaient si riches, sans rien demander en échange. » Les financiers ont été « renfloués » avec l’argent du contribuable, tandis que, dans leur immense majorité, les petits emprunteurs immobiliers ont été abandonnés à la sanction des tribunaux, sous un régime des faillites que le Congrès avait rendu, un an plus tôt, extrêmement plus contraignant pour les débiteurs. Selon que vous serez puissant ou misérable…
Née en Amérique, la crise s’est propagée à l’extérieur. Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008, précise : « Le 8 août [2008] la banque française BNP Paribas suspendit le décaissement de trois de ses fonds – la première grande crise financière du XXIe siècle avait commencé. » (Pourquoi les crises reviennent toujours, Seuil 2009) En France, on pouvait donc apprendre, en octobre 2008, que Bercy avait décidé d’injecter massivement, d’ici la fin de l’année : 10,5 milliards d’euros dans les six principales banques privées du pays. Sans aucune contrepartie puisque l’E
tat n’entrerait pas dans leur capital, ne prétendrait à aucun dividende ni aucun siège dans leurs conseils d’administration…
Le coût de la crise économique
La crise financière de 2008 s’est transmise à l’économie réelle qui a enregistré, de juillet 2007 à juillet 2009, des baisses de production industrielle comparables à celles du début des années 30. Pour y remédier, les Etats occidentaux (excepté l’Italie) ont choisi de financer une politique de relance, toutefois d’une ampleur insuffisante pour obtenir les résultats espérés. Pour sa part, la France, en 2009, a décidé un emprunt exceptionnel de 35 milliards d’euros pour financer des investissements. La crise économique a contribué à l’augmentation du chômage et à la réduction des recettes budgétaires, créant de forts déficits budgétaires en 2009. Pour rétablir leurs bénéfices, les entreprises, misant sur la productivité, ont diminué la main d’oeuvre et n’ont pas relancé les investissements, d’où la faiblesse de la croissance depuis l’été 2009.
Mais la récente récession ne suffit pas à expliquer l’endettement public en France. En fait, de 1980 à 2011, la dette française est passée de 20 % du PIB à 84,7 % du PIB. A la vérité, depuis 1980 la France ne s’est jamais extirpée d’une crise économique larvée, chronique, dont les méfaits ont pu être supportés, sans les rendre totalement indolores, grâce à des dépenses publiques anesthésiantes. Ces dépenses ont contribué à masquer un transfert de richesse : depuis les grandes déréglementations des années 1980, les revenus des classes moyennes ont stagné, tandis que la part de richesse des 1 % les plus riches est passée de moins de 10 % du PIB à plus de 20 % du PIB.
La fiscalité en faveur des riches
Pierre Larroutourou, économiste, animateur du collectif Roosevelt 2012, préconise, pour lutter contre la crise économique, de mettre fin au sabordage fiscal national et d’oser enfin une vraie « révolution fiscale » :
» Pour sortir de notre dépendance aux marchés et rééquilibrer nos comptes publics, on peut aussi trouver d’importantes marges de manœuvre au niveau national en annulant une bonne partie des baisses d’impôts octroyées aux grandes entreprises et aux citoyens les plus riches depuis dix ans :
» Le rapport du député UMP Gilles Carrez publié le 5 juillet 2010 est impressionnant : il montre que si on annulait l’ensemble des baisses d’impôts votées depuis 2000, l’Etat aurait chaque année 100 milliards de plus dans ses caisses. Si nous revenions simplement à la fiscalité qui existait en 2000 (nul ne la jugeait confiscatoire ou soviétiforme), notre déficit se transformerait en excédent ! » (C’est plus grave que ce qu’on vous dit… mais on peut s’en sortir, Nova Editions 2012)
Une révolution fiscale, c’est aussi ce que préconisent Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez. En effet, comme ils le démontrent dans leur étude (Pour une révolution fiscale, Seuil, janvier 2011), l’impôt sur le revenu est de plus en plus complexe et de moins en moins progressif, donc clairement injuste. Ils proposent de le remplacer par un nouvel impôt sur le revenu, se substituant à la plupart des taxes existantes. Il serait prélevé à la source sur les revenus du capital et du travail. Comme la CSG, avec la même assiette, et suivant un barême nettement progressif. Ce genre de réforme, instaurant plus de simplicité et de transparence, aurait également le mérite de rendre moins perceptible l’inégalité de traitement, par rapport aux classes dominantes, dont sont victimes les contribuables modestes, telle que l’illustre en particulier l’étude d’Alexis Spire : Faibles et puissants face à l’impôt » (Editions Raisons d’agir, 2012).
L’évasion fiscale
A l’issue de son enquête sur l’évasion fiscale en France, Antoine Peillon, grand reporter à La Croix, avait convié à un repas, près de la Bourse de Paris, ses principaux informateurs. Une question a été posée : quel est le montant global de cette évasion fiscale et quel coût représente-t-elle pour les finances du pays ?
» Au total, mes interlocuteurs évaluent presque unanimement les avoirs des Français fortunés dissimulés en Suisse à hauteur de quelque 100 milliards d’euros et à 220 milliards d’euros environ ceux qui se cachent dans l’ensemble des paradis fiscaux. « Sur les trente dernières années, avec un rendement moyen d’au moins 7,5 % par an, voire de 10 % dans les conditions les plus aventureuses, sur ces avoirs qui travaillent à l’abri des taxes, cela représente environ 20 milliards d’euros de revenus annuels totalement soustraits à l’impôt », poursuit Beth, la spécialiste de haut niveau de la gestion de fortune chez UBS, qui navigue entre Lausanne et Zurich, « soit un manque à gagner net de près de 10 milliards d’euros pour le fisc français, chaque année ».
A ce premier handicap financier pour l’État, il faut encore ajouter les 20 milliards d’euros qui sont aussi soustraits chaque année au fisc par les banques françaises, souvent au nom des grandes entreprises et des groupes, par les placements de quelque 370 milliards d’euros dans les paradis fiscaux, selon les données de la Banque de France et du Fonds monétaire international (FMI), croisées, en mars 2009, par l’hebdomadaire Marianne. » (Antoine Peillon, Ces 600 milliards qui manquent à la France, Éditions du Seuil, 2012)
En conclusion, s’agissant des avoirs des personnes les plus fortunées et des grandes entreprises, et d’après l’ensemble de ces estimations encore partielles, l’évasion fiscale en France est de l’ordre, au moins, de 590 milliards d’euros. Il en résulte que, chaque année, plus d’un tiers de l’impôt virtuel sur les revenus, soit environ 30 milliards d’euros, échappe au fisc…
Source: Mediapart

vendredi 1 mai 2015

Inventivité linguistique des hommes politiques et slogans présidentiels de Franklin D. Roosevelt à George W. Bush (news360)

Inventivité linguistique des hommes politiques et slogans présidentiels de Franklin D. Roosevelt à George W. Bush
 
Le langage politique n’est pas destiné à promouvoir la pensée analytique, le raisonnement objectif ou une opinion modérée. Il est plutôt destiné à accroître les soutiens, détruire les opposants et modeler l’opinion publique. Il en est ainsi depuis des âges anciens et c’est certainement dans ces buts que les présidents américains l’ont utilisé.
Le présent article passe en revue les expressions politiques et les slogans présidentiels employés depuis Franklin D. Roosevelt jusqu’à l’administration de George W. Bush. Un tel examen est important car, comme le premier ministre Benjamin Disraeli l’a un jour déclaré : « Avec le langage nous gouvernons les hommes » (s’il avait vécu de nos jours, Disraeli aurait sans nul doute substitué à « hommes » un terme plus général tel que « humanité »). Les expressions politiques et les slogans présidentiels ont joué un rôle essentiel et parfois central dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques gouvernementales.
Franklin D. Roosevelt
Lors du discours d’investiture de Franklin D. Roosevelt à la Convention démocrate de 1932 ce dernier déclare « Je vous promets une nouvelle donne pour le peuple américain et je m’y engage ». A cette période, Stuart Chase, auteur du best-seller ayant contribué à la popularisation de la Sémantique générale La Tyrannie des mots, et économiste reconnu, écrivit un article pour The New Republic intitulé « Une nouvelle donne pour l’Amérique » (A New Deal for America). Cette expression attira l’attention du public américain acculé par la dépression et aida Roosevelt à faire passer une série de programmes économiques au Congrès entre 1933 et 1936.
L’expression « arsenal de la démocratie » a été créée par Jean Monnet, alors ambassadeur de France aux États-Unis, pendant une conversation avec le juge de la Cour suprême, Felix Frankfurter, qui a répondu à Jean Monnet que Franklin D. Roosevelt pourrait s’en servir utilement. Cette expression attira aussi l’attention du secrétaire d’Etat à la Guerre, John J. McCloy, et elle fut insérée dans un projet de discours envoyé à Roosevelt qui, dans un programme radiophonique diffusé le 29 décembre 1940, déclara « Nous devons être le grand arsenal de la démocratie ». Cette allocution permit de gagner le soutien populaire à la fourniture d’armes aux alliés européens, dans leur guerre contre les puissances de l’Axe. Le complexe militaro-industriel (une expression de l’ère Eisenhower) est devenu, depuis, le premier fournisseur d’armes au monde.
Au tout début du XXe siècle, les expressions du type « colosses du Nord », « impérialistes yankees » et la « diplomatie du dollar » étaient fréquentes en Amérique Centrale et du Sud, pour exprimer leur amertume envers le « grand frère américain ». Dans son premier discours inaugural, Roosevelt essaya de calmer ce ressentiment en déclarant : « En matière de politique internationale, je conduirai cette nation à se comporter comme un bon voisin, un voisin qui se respecte assez fermement lui-même pour respecter aussi les droits d’autrui ».
La politique du « voisinage respectueux » donna lieu au retrait des marines américains d’Haïti et du Nicaragua en 1934, à l’annulation de l’amendement Platt et à la négociation de compensations pour la nationalisation des actifs pétroliers étrangers au Mexique en 1938. Après la Deuxième Guerre mondiale, cependant, les Etats-Unis devinrent des voisins de plus en plus intrusifs en Amérique latine, avec l’implication de la CIA dans le renversement du gouvernement du Guatemala en 1954, le débarquement de la Baie des Cochons sous Kennedy en 1961 et l’attaque de Panama en 1989.
D’autres expressions datent de Roosevelt : « les quatre libertés », « jour d’infamie », « rien à craindre que la peur elle-même », « discussion au coin du feu » et « question incertaine ».
Truman
Continuant sur la « nouvelle donne » de Roosevelt, l’adresse d’Harry S. Truman auprès du 81e Congrès comprenait : « Chaque partie de notre peuple et chaque individu a le droit d’attendre de son gouvernement une donne équitable ». La presse reprit ce terme pour qualifier la politique intérieure de l’administration Truman. Avant lui, Teddy Roosevelt avait employé le terme de « honnête donne » pour décrire son propre programme politique.
Un « congrès immobile » (A Do-Nothing Congress) est associé au président Truman, qui a utilisé cette tournure de phrase lors de sa tournée à travers les Etats-Unis de 1948. Le public répondit positivement aux assauts de Truman contre le 80e Congrès qualifié de « bon à rien, inerte » et « le plus mauvais Congrès » jamais vu. Sa stratégie d’attaque vive et inattendue permit à Truman, qui affichait sur son bureau « en dernier ressort, c’est moi qui décide », la victoire la plus spectaculaire et inattendue de l’histoire des élections présidentielles américaines.
D’autres expressions de la même époque incluent « flanquez-leur la raclée » et « brouillage de piste ».
Eisenhower
Le 12 janvier 1954 dans un discours au CFR (Council on Foreign Relations) le secrétaire d’État John Foster Dulles déclara que « la défense locale doit être renforcée par une dissuasion de force de représailles massives ». La couverture de presse résuma les 3 derniers mots en « représailles massives », et la politique américaine eut l’image d’un pragmatisme du type : il-vaut-mieux-que-vous-ne-fassiez-rien-ou-vous-allez-le-regretter. L’expression présageait une stratégie qui allait donner lieu à une génération de bombardiers à longue distance, de sous-marins atomiques et de missiles nucléaires.
En 1954, le président Eisenhower utilisa l’expression d’effet dominos afin d’expliquer pourquoi il pensait que les États-Unis devaient offrir de l’aide au Vietnam du Sud. L’idée était que si le premier domino (Vietnam du Sud) tombait, alors les autres pays de la région suivraient rapidement. La théorie des dominos décrivait à l’époque la situation de l’Asie du Sud-Est à cette époque, mais Eisenhower ne proposait pas une généralisation de cette théorie des dominos. D’autres observateurs et gouvernements le feront après.
Durant la campagne présidentielle de 1956, Adlai Stevenson accusa l’administration Eisenhower de stratégie du bord du précipice, une politique de sécurité qui impliquait des risques de guerre à grande échelle pour imposer l’acquiescement aux adversaires. Le secrétaire d’État américain John Foster Dulles s’exprima sur l’importance d’aller au bord du précipice (« la possibilité d’aller au bord du précipice sans aller en guerre ») dans le numéro du 16 janvier 1956 du magazine Life. L’intellectuel anglais Bertrand Russell compara la stratégie du bord du précipice à celui d’un jeu de dupes, ce qui a peut-être amené plusieurs supporters parmi les plus durs du candidat Goldwater, lors de la Convention républicaine de 1964, à brandir des pancartes disant « il vaut mieux le bord du précipice que les poules mouillées » (NDT : jeu de mots sur « chicken game » jeu de dupes et chicken signifiant poulets).
D’autres expressions de l’ère Eisenhower incluent : « atomes pour la paix », « républicanisme moderne », « proposition de ciel ouvert », « remise en question douloureuse ».
L’ère Kennedy
Durant la campagne présidentielle de 1960, John Fitzgerald Kennedy affirma que la production de missiles américains était derrière la production soviétique, qualifiant ce retard de « déficit en missiles ». Le fait que les républicains étaient « faibles en défense » aida Kennedy à se hisser au poste et, une fois arrivé au pouvoir, il rejeta d’un revers de main l’idée de « déficit en missiles ». Arthur M. Schlesinger Jr., qui servit comme assistant spécial auprès du président Kennedy entre 1961 et 1963, qualifia ce sujet de fausse question.
Cherchant une étiquette susceptible de succéder à celle de la nouvelle donne, Kennedy mit en avant celle qui fut employée par le candidat républicain aux présidentielles de 1936, Alf Landon : La nouvelle frontière. L’expression avait été trouvée pour symboliser l’esprit de conquérant et la vigueur que Kennedy voulait apporter à sa présidence et amener les Américains à entrer avec dynamisme dans la nouvelle décennie car « la nouvelle frontière est là, que nous le voulions ou non ». L’impact réel de la nouvelle frontière de Kennedy est difficile à évaluer, car plusieurs de ses idées et propositions étaient encore au stade de l’ébauche quand il fut assassiné à Dallas.
En 1961 lors de son discours inaugural, Kennedy parla de la nécessité pour chaque Américain d’être un citoyen actif disant « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». L’expression « Ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous » a pu être inspirée par Oliver Wendell Holmes et son discours du Memorial Day de 1884 : « C’est le moment (…) de vous souvenir de ce que le pays a fait pour chacun de vous et de vous demander ce que vous pouvez faire pour votre pays en retour ».
D’autres expressions de l’ère Kennedy comprennent « alliance pour le progrès », « je suis un Berlinois », « le relais a été passé », « la victoire a une centaine de parents » et « profils d’hommes courageux ».
L’époque Johnson
London B. Johnson utilisa l’expression de « meilleure donne » dans ses premiers discours, mais l’expression ne prit pas. Puis, le 23 avril 1964, devant un groupe pour une levée de dons : « Nous avons été appelés – entendez-vous ? – à construire une grande société de la plus haute valeur, une société non pas juste pour aujourd’hui ou demain, mais pour trois ou quatre générations à venir ». Le « entendez-vous » était un procédé un peu lourd pour faire entendre le slogan qui allait suivre, auprès du public en général.
Le terme de « guerre contre la pauvreté » décrivait selon Johnson son programme social. Par la suite, plusieurs programmes devinrent des « guerres ». Sous Johnson il y eut une « guerre contre le crime » et des « guerres contre l’ignorance ».
D’autres expressions de la même époque comprennent « fédéralisme inventif », « trouillards », « pas de guerre plus étendue », « un chien qui ne chasse pas », « sachons poursuivre » et « en campagne électorale chronique ».
Nixon avant le Watergate
La « vietnamisation » était un plan de Nixon pour désengager les forces terrestres du Vietnam, avec la mise en place en même temps de forces vietnamiennes du Sud (République du Vietnam). La qualification utilisée par le précédent président Johnson était l’expression bizarre de « dé-américanisation ». Le président vietnamien Thieu n’était pas un fan de la vietnamisation. Il pensait qu’elle donnait raison au Vietnam du Nord (République démocratique du Vietnam) qui accusait les États-Unis de passer la responsabilité du combat à des marionnettes et des mercenaires. Plus proches de nous, les termes « Irakisation » et « Afghanisation » (pour désigner l’entraînement, l’équipement et le transfert progressif du combat aux troupes et police locales) n’ont pas vraiment gagné l’attention du public américain.
Nixon employa l’expression de « majorité silencieuse » en 1969 dans un discours télévisuel destiné au public américain, dans lequel il essayait de gagner du temps pour sa politique de vietnamisation. L’idée derrière cette expression était que la masse du peuple américain pouvait faire l’histoire, même si les individus et leur opinion n’étaient pas assez intéressants ou assez originaux pour faire la une des journaux. En 1972, ils firent cependant l’histoire en élisant de nouveau Nixon dans une victoire magistrale à la Maison-Blanche, Nixon emportant 49 des 50 États américains.
Durant la course au Congrès de 1970, le vice-président Agnew employa des allitérations dans ses discours (pusillanimous pussyfooters, vicars of vacillation, etc.) afin d’inciter les journalistes à les reprendre. Le 11 septembre 1970 Agnew mit en avant une expression particulièrement répétitive devant l’assistance de la Convention républicaine de l’État de Californie : « Les nababs jacassant du négativisme (…) ont formé leur propre club des 4, les désespérés, les hystériques et les hypocondriaques de l’histoire ». Cette expression reçut quelques gloussements de la salle mais le journaliste du New York Times James « Scotty » Reston s’en moqua en la qualifiant de pire exemple d’allitération dans l’histoire de l’Amérique.
D’autres expressions d’avant l’affaire du Watergate comprennent « workfare », « la doctrine Nixon », « nouveau fédéralisme », « années sauvages », « plan de match », « capitalisme noir » et « articulation ».
La période du Watergate
Les expressions politiques générées par le scandale du Watergate (1972-1974) sont nombreuses et connues. Voici certaines d’entre elles qui donnent la tonalité de l’époque : « à l’instant présent », « grosse enchilada », « étouffer un scandale », « CREEP », « gorge profonde », « noyer le poisson », « jeux dangereux », « liste d’ennemis », « le privilège de l’exécutif », « tempête de feu », « cloisonner », « contrôle des dommages », « brutal », « inopérant », « lessivage d’argent », « pas de noyé au Watergate », « pas un voleur », « plombiers », « Massacre du Samedi Soir », « écran de fumée », « faire obstruction », « vol à la tire », « tourbillonner lentement dans le vent ».
L’ère Carter
Le président Jimmy Carter utilisa l’expression « équivalent moral de la guerre » en 1977 pour s’adresser à la nation et demander aux Américains d’être prêts à faire des sacrifices durant la crise énergétique. Dans les journaux, le discours de Carter et « l’équivalent moral de la guerre » ainsi que ses recommandations sur l’énergie, devinrent l’acronyme M.E.O.W. La terminologie elle-même a pu être empruntée aux interventions publiques de William James qui, en 1906, s’exprima à l’Université de Standford et plus tard dans un essai avec cet intitulé, publié en 1910.
Carter condamna la pratique du « déjeuner aux trois martinis » lors de sa campagne présidentielle de 1976. Il illustrait l’injustice des règles fiscales nationales en déclarant que la classe laborieuse subventionnait cinquante dollars de déjeuner servi avec des martinis (les hommes d’affaires pouvant déduire sur leurs frais ce type de repas). Après son élection, son adversaire le président en exercice Gerald R. Ford, dans un discours donné en 1978 à l’Association nationale des restaurateurs, déclara que le déjeuner à trois martinis était la quintessence de l’efficacité américaine : « Où d’autre peut-on se voir tirer l’oreille (earful), remplir le ventre (bellyful) et avoir la gueule de bois en même temps (snootful) ? ».
D’autres expressions sous Carter : « naître à nouveau », « l’adultère au cœur », « pureté ethnique », « gaspillage », « fraude et abus », « budget table rase ».
L’ère Reagan
Une publicité pour la réélection de Reagan montrait de belles scènes de l’Amérique (des gens allant au travail, une mariée dans sa robe, un enfant admirant le drapeau américain) le tout avec des rappels concernant la baisse de l’inflation et des taux d’intérêt, et une voix en fond déclarant « le jour se lève en Amérique ». Ce thème fonctionna pour Reagan qui gagna 48 États lors de la présidentielle de 1984. En 1993, le même thème fut l’objet de satire, perçu comme une réclame manquant de retenue. L’ancien sénateur démocrate, Gary Hart, commentant les années Reagan, déclara que la fête avait été amusante mais que le champagne avait perdu ses bulles et que ce n’était déjà plus le matin.
Reagan introduit le terme de « empire du mal » le 8 mars 1983 dans un discours pour la Convention de l’Association nationale des évangélistes, à Orlando, en Floride. Cette appellation se présentait comme un reproche moral contre la corruption générale du communisme. Critiquée à l’époque comme grossière et simpliste, cette expression est aujourd’hui considérée par beaucoup comme un jugement historique valide.
Lors des conclusions du débat télévisé du 28 octobre 1980 de Cleveland avec le président Jimmy Carter, le candidat Ronald Reagan demanda à l’assistance si elle était « mieux maintenant qu’il y a quatre ans ? ». Un tas d’électeurs répondirent par la négative, ce qui aida Reagan à gagner les élections de 1980. Douze ans après, avec une économie entrée dans une récession à double creux, Newsweek posa la même question. 38 pour cent répondirent oui et 58 pour cent, non. C’est à peu près la répartition du vote en faveur et contre le président George H. W. Bush.
D’autres expressions : « une ville en haut de la colline », « fatalement défectueux », « terrain de jeu équitable », « cela fait ma journée », « la guerre des étoiles », « jusqu’au bout de jusqu’au bout », « surprise d’octobre » et « venir à nouveau ».
George H.W.Bush
Le vice-président George H.W. Bush utilisa les termes de « plus douce et plus aimable nation » dans son discours d’acceptation de sa nomination aux présidentielles en 1988 et encore une fois lors de son discours inaugural. L’expression signifiait la volonté d’exprimer une vision de l’Amérique en paix. Toutefois, certains lui donnèrent une tonalité sarcastique. La première dame Nancy Reagan est censée avoir dit « plus doux et aimable que qui, au juste ? ».
Bush introduisit l’expression « une myriade de lumières » (une métaphore sur le bénévolat et le bénévolat collectif qui ne coûte rien aux administrés) lors de sa campagne présidentielle de 1988. Durant sa présidence, Bush attribuait le prix « du point lumineux » à des citoyens qui aidaient leur communauté locale par bénévolat. Dana Carvey utilisait fréquemment cette expression dans ses parodies de Bush dans l’émission En Direct du Samedi Soir.
Lors de son discours à la nation de 1991, Bush appela les nations à « tenir la promesse faite il y a longtemps d’un nouvel ordre mondial où la brutalité ne serait pas récompensée et où l’agression rencontrerait une résistance collective ». Les usages antérieurs de l’expression « nouvel ordre mondial » visaient moins à soutenir une harmonie internationale. Dans son autobiographie de 1965, Malcolm X déclarait : « Faisons face à la réalité. Nous pouvons voir dans les Nations unies un nouvel ordre mondial en marche, selon les lignes de couleurs de peau, une alliance entre les pays colorés ».
D’autres expressions de George H.W. Bush comprennent « un trait dans le sable », « lisez sur mes lèvres », « bouger les lignes » et « comme un épouvantail sur un singe ».
Clinton
Lorsque, à une audience concernant l’affaire Monica, il fut demandé à Clinton pourquoi il n’avait pas corrigé l’affirmation de son avocat selon laquelle « cette relation n’est absolument pas sexuelle, en quelque façon ou manière que ce soit » le président répondit « cela dépend du sens du mot « être » ». Certains trouvèrent cette sémantique ésotérique emblématique de l’utilisation subtile et parfois changeante que Clinton faisait du langage. D’autres pensèrent qu’il espérait pouvoir échapper à la mise en accusation pour un écart de conduite insignifiant et un mensonge concernant son activité sexuelle.
Au milieu de son mandat, Bill Clinton déclara que l’ère du gros gouvernement était terminée. Beaucoup d’Américains n’y croyaient pas et les événements de la dernière décennie ont renforcé leurs doutes.
Dans son mémoire fleuve Dans les coulisses du bureau ovale (1988), le sondeur républicain Dick Morris, qui a changé de ligne politique pour conseiller Bill Clinton, écrit qu’il avait conseillé au président de trianguler (dessiner une ligne centralisatrice entre les positions traditionnelles des partis politiques en cooptant des éléments des programmes de l’opposition). Un certain nombre d’observateurs ont vu dans cette approche un mouvement stratégique vers le centre. Les républicains y ont vu la preuve d’un manque cynique de conviction.
D’autres expressions de cette époque incluent « l’homme lambda », « faire son retour inespéré », « je n’ai pas avalé la fumée (NDT : à propos de la marijane) » et « nouveau contrat ».
George W. Bush
En 2002, dans son discours à la nation, George W. Bush qualifia l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord, d’axe du mal. La puissance de cette expression réside dans son évocation de l’Axe, soit les ennemis des Américains durant la Deuxième Guerre mondiale, et mise en relation au problème éthique du « mal ». L’expression généra un nombre de variantes dans la presse populaire du type « l’axe des belettes » (pour l’Allemagne et la France qui ne se joignaient pas à la « coalition des volontaires » dans l’invasion de l’Irak), les « asses » du mal (pour Bush, Cheney et Rumsfeld) et les « axes » du mal (pour les comparer à des véhicules du type SUV qui pompent de l’essence).
L’expression « conservateurs pleins de compassion » était une expression de George W. Bush datant de sa campagne de 2000 pour obtenir l’investiture des républicains. C’était la version de Walker Bush, à rapprocher de celle de son père, « plus douce et plus aimable nation ». L’allitération date en fait de près d’un demi-siècle. Le New York Times l’employait en 1935 pour décrire le démocrate texan Sam Rayburn « dans l’action, un conservateur plein de compassion ».
Neuf jours après le 11-Septembre, le président Bush s’exprima à une séance commune des assemblées au Congrès : « Notre guerre contre la terreur commence avec Al-Qaïda mais ne s’arrêtera pas là ». Techniquement parlant, la guerre contre la terreur est une combinaison de mots erronée. La terreur est plus une stratégie qu’un ennemi. Conduire une guerre contre la terreur serait comme conduire une guerre contre des bombardements aériens à longue distance, ou une guerre contre des champs de mines. Quand la tactique est substituée à un ennemi spécifique (par exemple Allemands, Japonais et Italiens pendant la Deuxième Guerre mondiale) la victoire finale est difficile à déterminer, et une guerre sans fin devient une option réaliste.
D’autres expressions comprennent « arracher et s’échapper », « décideur », « calendrier de la liberté », « mal sous-estimer », « attentisme et préjudice mous » et « rester dans la course ».
Notes :
  1. Cet article est largement inspiré par l’édition révisée et augmentée du Dictionnaire politique de William Safire (Safire’s Political Dictionary), Oxford, New York, 2008, qui est un guide historique riche en anecdotes linguistiques, phrases et mots politiques, contenant 1800 termes et 1400 entrées.
  2. NDT : Les expressions et slogans contenus dans cet article ont été traduits en français, et il peut y avoir une perte de compréhension liée à cette traduction étant donné la spécificité du contexte dans lequel ces expressions sont nées. Il a cependant été préféré de faire une traduction aussi systématique que possible plutôt qu’un mélange d’anglais et de français à chaque expression.

Egon von Greyerz & Max Keiser sur la situation des banques et les taux d’intérêts négatifs (les moutons enragés)

Egon von Greyerz & Max Keiser sur la situation des banques et les taux d’intérêts négatifs

Transcription : https://www.goldbroker.fr/actualites/…
Partie 1 : https://www.goldbroker.fr/actualites/…
Traduction française de l’interview de Egon von Greyerz par Max Keiser sur StartJOIN TV. Le fondateur de MAM et membre du board de GoldBroker.com parle du rendement négatif des obligations souveraines, de la confiscation de richesse, des bulles financières, de l’impression monétaire (QE) et de l’or en Suisse.