mercredi 3 juin 2015

Sommes-nous dans l’anti-chambre d’une dictature financière ? (Le grand soir)

Sommes-nous dans l’anti-chambre d’une dictature financière ?


Un grand nombre de financiers ne savent plus à quel prix Nobel se vouer. Les ponctions sur l’épargne et donc sur les retraites et autres assurances-vie, appelées élégamment taux d’intérêts négatifs, ont suscité un tollé mondial. Mais le silence prévaut du côté des élus qui évitent depuis de trop nombreuses années toute confrontation avec la Haute Finance (HF).
Des voix professionnelles sont donc venues s’ajouter à celles qui grondaient déjà sur le net donnant plus de crédit à la thèse selon laquelle un petit groupe censé représenté « 1% » de la population détiendrait 50% des richesses mondiales serait en passe de prendre le pouvoir politique mondial.
Une richesse illimitée pour les uns grâce à un droit régalien (souverain)
Le calcul de ce taux de 50% des richesses mondiales est discutable. En fait, personne ne connaît réellement la masse monétaire créée par les banques commerciales. Celles-ci détiennent en effet une partie de leurs avoirs hors bilan. Ceci est légal. Légitime serait une autre question.
A côté de cette richesse potentiellement illimitée et inconnue, on découvre le monde peu attractif des « dark pool ». Il s’agit d’un circuit financier et boursier dont l’objectif est de garantir à la fois l’anonymat et de contourner les réglementations. Les opérations se font donc de gré à gré dans le plus grand secret.
Les sommes qui s’y échangent sont phénoménales. En 2007, en pleine crise des subprimes, les autorités de surveillance des marchés financiers européennes les auraient rendus légaux. Les dark pools sont le terrain de prédilection des logiciels de trading de haute fréquence qui en augmentent l’efficacité et les avantages.
Comment ont-ils été autorisés en pleine stratégie de Weissgeld comme dirait la ministre suisse des finances ? Si le mystère reste total autour de la chose, nous vous invitons à découvrir deux criminologues de talent : Jean-Daniel Gayraud et Alain Bauer.
Bref, illimitée, puissante, obscure et légale sont quelques-uns des qualificatifs de la Haute Finance.
Des autorités de surveillance des marchés financiers proches de la Haute Finance
AMF ou FINMA sont les autorités de surveillance des marchés financiers français et suisse, elles sont totalement indépendantes . Finma ose même le mot de « souveraineté ». Elles bénéficient d’une personnalité juridique propre et donc d’un conseil d’administration ou collège qui les gère à l’image d’une entreprise. On peut y trouver entre autres des patrons de la haute finance internationale (banques et assurances notamment).
Le fait est qu’une entité telle que FINMA définit elle-même les normes, ordonnances et lois. Elle a aussi l’autorité pour sanctionner. Elle est la garante de la bonne gestion de l’épargne, des caisses de pensions et des assurances (y c Vie).
Or, le silence de Finma et des élus au sujet des taux d’intérêts négatifs suivis par des obligations à rendement négatifs est assourdissant ! Tout le monde tolère l’intolérable.
L’impopularité est l’ennemi numéro 1 de la Haute finance
La haute Finance se sait impopulaire. Elle a l’argent et l’abondance. Elle a réussi à imposer ses propres normes qui lui permettent de prendre toujours plus l’ascendant sur les peuples et les Etats.
Mais voilà elle a besoin de pérenniser sa suprématie matérielle par un pouvoir politique sur le plan mondial. Elle ne peut se permettre d’avoir un contre-pouvoir quelque part. Un peuple trop fort constituerait une menace.
Pour instaurer sa gouvernance globale et mondiale de manière –qu’elle croit- définitive, elle s’en prend actuellement au moins – il y en a d’autres – à deux valeurs qui donnent une assise aux individus : la liberté et la propriété privée.
Confiscation de la propriété privée
Les taux négatifs pourraient, semble-t-il, évoluer dans une fourchette pouvant aller jusqu’à 5% ( !). Cela revient à une confiscation claire, nette et précise injustifiée et illégale. Dans la mesure où un tiers non autorisé se sert hors de toute raison légale, elle constitue une atteinte à la propriété. Cela enfreint l’article 26 de la Constitution.
Les restrictions posées par la Confédération en termes d’accès au capital LPP (retraite) en vue de l’acquisition de sa résidence principale a déjà été une atteinte aux articles 108 et 111 de la Constitution. Les capitaux de la retraite sont aussi de la propriété privée puisqu’ils sont nominatifs. A moins qu’ils n’aient changé de nature en cours de route et soient devenus une sorte d’impôt... ?
Les obligations à rendement négatif de la Confédération a été un faux pas supplémentaire à l’égard des caisses de pension et du rabotage planifié des retraites...
Tout ceci porte atteinte à la crédibilité de l’« autorité » de l’Etat mais aussi à son rôle de garant de la Constitution et de l’intérêt public. Dans un pays dit démocratique, c’est-à-dire où le peuple est souverain, cette autorité est garante de la protection des droits des citoyens qui se trouvent dans la Constitution. Quand un groupe privée, à savoir les fonds d’investissement, les banquiers privés et centraux s’en prennent à des droits constitutionnels sans réaction de l’Etat ou de la justice, on peut dire que quelque chose défaille.
Confiscation du droit à la vie privée et donc des libertés
Un deuxième élément qui est dans le viseur de la haute finance international est la suppression du cash, l’argent liquide. Ce faisant, elle porte un coup fatal à au moins 2 choses à la fois :
Atteinte aux prérogatives de la Banque centrale :
• Le cash est une monnaie dite centrale qui n’est émise que par la banque centrale. S’en débarrasser revient à augmenter encore plus le poids de la monnaie créée par les banques privées (plus de 90% de la masse monétaire connue) ou monnaie bancaire.
• La suppression du cash signe la mise à mort à plus ou moins brève échéance du concept même de banque centrale. Il existe déjà actuellement – à côté des dark pools- des plateformes, notamment la T2S qui se passe de banque centrale. Le trafic se fait de banque à banque en direct.
• Eliminer le cash revient à se passer encore un peu plus de la banque centrale émettrice de cette monnaie et donc affaiblir les prérogatives théoriques de l’Etat.
Pour la petite histoire, la Suisse par exemple a jugé bon de déléguer aux banquiers privés la gestion pure et simple de TOUT le trafic de paiement à l’intérieur et hors de Suisse.
La banque centrale suisse a même créé une banque SECB – pour Swiss Euro Clearing Bank – basée à Francfort et qui peut garder et gérer des « virements excédentaires ».
On peut même raisonnablement supposer que c’est via cette banque que la Suisse non membre de la zone euro a participé au programme Target2 – en soutien à l’Allemagne – à compenser les déficits de certains pays.
Ces virements excédentaires sont sans doute les excédents de la balance des paiements de la Suisse que la SECB de concert avec la BNS a gardé hors de Suisse prenant le risque d’aggraver la déflation par assèchement de liquidités à l’intérieur du pays et de favoriser sur la durée une récession à venir.
Atteinte au droit à la vie privée des individus
• Le cash supprimé permet à nos amis de la haute finance de tracer toutes vos dépenses et vos gains. Le contrôle en est facilité.
• La gestion des données financières des individus pourraient alors devenir celle d’un centre de coûts et de profits contrôlable au même titre que n’importe quel collaborateur d’entreprise. Tout le monde sait que la comptabilité analytique et les logiciels qui vont avec permettent aujourd’hui de localiser chaque franc qui vous est imputé directement ou indirectement en coût ou en gain...
La Suisse a mis au point une nouvelle ventilation de ses statistiques qui considère le foyer comme « centre de production ». Peu rassurant...
• Remise en question du droit à la vie privée garantie pourtant par l’article 13 de la Constitution. La suppression du cash permettra à votre banquier préféré de vous accompagner dans tous vos déplacements mais aussi de savoir exactement grâce au code barre des produits achetés. Votre base de données inclurait la totalité des achats, les lieux, les dates, les goûts,...
• Alimenter le big data et commercialiser vos données. Avoir accès à votre dossier personnel et votre comportement en tant que consommateur a un prix. Les services Marketing raffolent de ce genre d’informations qui leur évite de mal cibler le client. On pense que ce genre de données est l’or noir de l’avenir...
On peut donc dire que la Haute Finance s’en prend directement à nos libertés et notre droit à la propriété privée. Ce faisant, elle impose ses propres critères sociétaux justifiant la mise sous tutelle de l’humain par les besoins d’un marché décidément insatiables et la logique technocratique...
A ce jour, les représentants de l’Etat ne semblent pas choquer par des pratiques qui mettent un système liberticide et inhumain au-dessus des individus et de leur bien-être. Deux piliers des droits du citoyen et d’une Constitution dite démocratique tremblent sur leur base. Vont-ils tomber ?
Question ultime : l’Etat est-il déjà mort ou fait-il semblant de l’être ?...
»» https://lilianeheldkhawam.wordpress.com/2015/05/06/sommes-nous-dans-la...
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les prémices de la crise qui vient (le grand soir)

les prémices de la crise qui vient


Sans avoir à sortir sa boule de cristal, plusieurs prémices sont là pour nous annoncer que la crise n’est non seulement pas en train de s’estomper mais va prendre un tournant à la fois inévitable et tragique.
Parmi les signaux annonciateurs, tous résultent d’une stratégie de la part des capitalistes à vouloir optimiser leurs profits record. Ne pouvant pas les réinjecter dans l’économie réelle car ils savent pertinemment que ce cycle ne serait pas profitable (du fait de la saturation des marchés), ils n’ont d’autre choix que de les valoriser autrement :
- Au cours des trois derniers mois, la somme des fusions-acquisition (900 milliards de dollars) a dépassé la somme des fusions-acquisition de l’année 2007 qui est, rappelons-le, la dernier année où l’on a cru que le capitalisme était indéboulonnable. Ces milliers de milliards de dollars injectés ne sont rien d’autre que le papier froissé imprimé par les banques centrales aux abois.
- Les entreprises du CAC 40 ont racheté leurs propres actions pour une somme de 15 milliards d’euros (contre 19 milliards en 2007). Il en est de même pour les entreprises du Dow Jones, mais pour des sommes pouvant dépasser cette année les mille milliards d’euros. La raison à tout cela est que les entreprises n’ont pas intérêt à garder une trésorerie importante car les taux d’intérêts du capital sont faibles.
- Par rapport aux sommes ci-dessus, cela aurait pu paraître anecdotique. Lors d’une vente aux enchères chez Christie’s à New York, un tableau de Picasso (Les dames d’Alger) a atteint un record : 179 millions de dollars. Un autre record fut la statue L’Homme au doigt d’Alberto Giacometti, vendue 141 millions de dollars. On comprend bien à la lecture de ces chiffres qu’ils sont complètement déconnecté de la vraie vie.
- La bourse de New York se situe à des records historiques : elle a dépassé la barre jamais atteinte des 18 000 points alors qu’en 2008 eelle était à 14 000 points. Le CAC 40, lui n’a pas encore atteint le record de 2008 de 6 000 points mais s’en approche. Les spéculateurs se réjouissent et sablent le champagne. Tant qu’il y a des crédules pour continuer, c’est open bar.
La dépression économique surviendra quand plusieurs grands capitalistes financiers spéculateurs, sentant que la sangria tourne à l’aigre, chercheront soudainement à se débarrasser des avoirs boursiers non adossée à des valeurs sonnantes et trébuchantes (les passifs) pour les transformer en actifs industriels, fonciers, en moyens de transport. C’est alors que la bourse s’emballera et tout ce fatras d’actions et d’obligations toxiques s’écroulera emportant avec lui les économies de millions d’épargnants floués.
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Migrations forcées : ces politiques néolibérales qui chassent les paysans de leurs terres (basta)

BASTA !
Migrations forcées : ces politiques néolibérales qui chassent les paysans de leurs terres
par Sophie Chapelle -
Face aux milliers de personnes qui se noient en Méditerranée, l’indignation côtoie l’indifférence. En France et en Europe, les évacuations de campements de migrants se succèdent, comme le 2 juin dans le quartier de La Chapelle à Paris. Mais s’intéresser aux causes de ces migrations forcées ne semble plus intéresser grand monde, alors que les dérèglements climatiques s’ajoutent à la pauvreté et à la brutalité économique néolibérale. Les petits paysans, contraints de quitter leurs terres, sont en première ligne. Basta ! a recueilli les témoignages de représentants d’organisations paysannes du Mexique, de Palestine, d’Egypte, du Maroc, du Zimbabwe et de France. Des oubliés qui tentent de s’organiser.

« Nous arrivons à des temps obscurs où les gens de couleurs, différents, sont considérés comme une menace »

Carlos Marentes, paysan mexicain membre de Border Agricultural Workers Project :

« On ne peut pas parler du changement climatique sans évoquer les millions de personnes qui sont déplacées, expulsées de leurs communautés, à cause des effets de cette crise climatique. On ne peut pas comprendre la crise qui existe dans les campagnes sans tenir compte de ces millions de femmes et d’hommes qui perdent subitement leur capacité de produire leur alimentation. Ces personnes migrent principalement dans leur pays, mais aussi du Sud vers le Nord au cours d’un voyage de plus en plus compliqué. Ils préfèreraient rester auprès de leurs familles, mais ils ne parviennent plus à survivre et doivent traverser les frontières ou les mers, risquer leurs vies.
Ces personnes sont expulsées par les politiques néolibérales et anti-paysannes. Les pays du Nord sont responsables de ces migrations au-travers de leurs entreprises qui ont saccagé les ressources naturelles. La migration est éminemment un effet du système capitaliste. Le spectre du racisme auquel nous assistons en Europe et aux États-Unis est le symbole d’un recul en termes d’harmonie de l’humanité. Nous arrivons à des temps obscurs où les gens de couleurs, différents, sont considérés comme une menace envers le Nord où l’on vit mieux. La migration est aussi ce qui nous unit. Il faut voir les migrants comme des personnes en lutte contre le destin que leur impose le système capitaliste : nous avons besoin d’eux pour changer le système. »

« J’aimerais partager mes semences avec d’autres paysans de mon pays, mais je ne peux pas »

Elizabeth Mpofu, paysanne du Zimbabwe, coordinatrice générale de la Via Campesina :
« Le mot "migration" est douloureux, tellement douloureux. Nos populations meurent en migrant, parfois en essayant de traverser les océans. Pourquoi les Africains devraient-ils traiter d’autres Africains comme des migrants ? Pourquoi la loi met-elle en place des mesures qui ne protègent pas les paysans ? Au Zimbabwe, beaucoup de nos concitoyens sont obligés de partir en Afrique du Sud à cause du chômage. Mais s’ils vont là-bas, ils risquent d’être tués. Devrions-nous juste être des témoins ? Il nous faut trouver des solutions, mais ce n’est pas si simple. Moi j’aimerais partager mes semences avec d’autres paysans de mon pays, mais je ne peux pas. Il nous faut soutenir avec force la déclaration des Nations Unies concernant les droits des paysans. »

« Les grandes entreprises et les investisseurs ont beaucoup profité »

Lashhab Abdelhafid, paysan marocain membre de la Fédération nationale du secteur agricole :
« Un verset du Coran dit que Dieu a créé des peuples différents qui doivent cohabiter et se connaître entre eux. Aujourd’hui, les migrations sont de deux types, internes au pays et vers l’étranger. Les migrations sont positives lorsqu’ils s’agit d’étudier ou d’améliorer sa vie, mais ce n’est pas acceptable si l’on doit changer de zone parce que l’on est forcé de le faire. Si nous devons migrer d’un endroit vers un autre c’est parce que les gouvernements ne nous ont pas donné les moyens nécessaires pour bien vivre. Ce sont eux les responsables.
Les migrants subissent le racisme et les injustices. Au Maroc, pays paysan, il y a une zone qui s’appelle Souss dans la ville d’Agadir et qui est très cosmopolite. Il y a toujours eu des importations et des exportations avec l’Europe. Les grandes entreprises et les investisseurs ont beaucoup profité de cette zone et ont fait venir des migrants pour travailler à leur compte. Dans la majeure partie des cas, les petits travailleurs ont été très exploités. Si notre organisation avait eu les moyens, nous aurions parlé des droits des travailleurs et travailleuses dans ce village. Quelles sont les alternatives aujourd’hui ? Il faut renforcer les organisations locales, nationales et publiques, pour nous ouvrir ensuite aux organisations internationales. Le résultat sera positif pour les petits paysans et les migrants. Nous avons un slogan dans notre syndicat : « Celui qui n’a pas d’organisation et qui n’est pas uni n’aura pas de force. »

« Les oiseaux, les fourmis, les abeilles ont leurs nids, leurs maisons... Pas les migrants palestiniens ! »

Radwan Ismail, paysan palestinien membre de The Union of Agricultural Work Committees (UAWC) :
« La Palestine et son peuple ont énormément souffert des migrations. Cela a commencé en 1917 avec la première guerre mondiale et ça n’a jamais pris fin. En 1967, une deuxième guerre entre Israël et la Palestine a éclaté, ce qui a provoqué une autre vague de migrations. Trois guerres ont été lancées en très peu de temps dans Gaza, un secteur très réduit : 1,7 million de Palestiniens vivent dans cette bande de terre longue de 41 kilomètres et large de 6 à 12 kilomètres. 14 millions de Palestiniens sont des migrants. Dix millions d’entre eux sont partis vers le Liban. Avec la guerre du Liban (1975-1990, ndlr), nombre d’entre eux sont partis vers la Tunisie, ceux qui étaient en Iran vers la Syrie puis la Turquie et la Libye. Ils suivent aujourd’hui les voies maritimes et passent vers l’Italie. La moitié d’entre eux meurent noyés en mer. Des trafiquants prennent leurs valises, leurs biens et les abandonnent au fond de la Méditerranée.
Les migrants n’ont pas de droits, qui permettraient de travailler ou de posséder des biens. Ils n’ont aucun droit similaires à ceux qui ont une vie normale. A Gaza, même les médecins et ingénieurs ne peuvent pas travailler hors du campement palestinien. L’occupation prive les migrants de la possibilité de retourner dans leur village. Toutes les maisons sont tombées en ruine. Les organisations de défense des droits humains ne peuvent pas les réinstaller ni leur permettre de vivre ailleurs. Les migrants demandent simplement à récupérer leurs droits à la terre. Les oiseaux, les fourmis, les abeilles ont leurs nids, leurs maisons... Pas les migrants palestiniens. Jusqu’à quand assisterons-nous à cette injustice ? »

« Nous pouvons nous aussi devenir demain des migrants »

Nicolas Duntze, paysan français membre de la Confédération paysanne :
« Pourquoi un syndicat français de paysans se préoccupe-t-il du statut social des migrants ? De la situation des travailleurs migrants saisonniers en agriculture ? Nous voulons faire entendre la parole des petits paysans meurtris chaque jour par les politiques coloniales et libérales qui détruisent l’environnement et font monter le niveau des eaux. Pour produire moins cher et vendre à l’exportation, l’agriculture industrielle pratique une politique de concentration des territoires qui contribue à la désertification des zones traditionnelles de production, ainsi qu’une concurrence déloyale. Des firmes comme Monsanto, Cargill ou Nestlé, organisent la « déportation » en Europe. Certaines entreprises de prestations de services vont chercher les petits paysans et paysannes en Roumanie pour les emmener ramasser des fraises en Andalousie à n’importe quel prix ! Le petit paysan roumain, français ou italien ne peut pas lutter contre les bassins de production du Sud de l’Espagne.
Nous savons que nous pouvons nous aussi devenir demain des migrants. Créer des concentrations de production revient à créer des poches de pauvreté dans d’autres lieux. Nous sommes dans une pure violence économique et physique. Si ce système n’arrête pas, la violence éclatera. Nous n’avons pas envie de cette violence. La Via Campesina (dont la Confédération est membre, ndlr) mobilise contre ces politiques, réfléchit et propose des alternatives. Il nous faut rebâtir avec les mouvements sociaux un système basé sur la justice sociale, l’égalité des hommes et des femmes, l’équité sociale. Pour redonner de l’espoir, il faut redonner du travail, redistribuer les richesses. Une réforme agraire est nécessaire pour que les petits paysans puissent nourrir les populations. »

« Il ne faut jamais laisser tomber nos rêves, sinon nous mourrons »

Mohammad Faraj, paysan égyptien membre de General Union of egyptian farmers :
« En Égypte, le secteur de l’agriculture compte 8 millions de travailleurs agricoles qui n’ont pas de terres. Lorsque l’on a pu modifier la constitution en Égypte, nous avons essayé d’inclure une clause protégeant ceux qui n’ont pas de biens. La clause 9.99 de la Constitution dit que l’agriculture est un facteur important pour l’économie égyptienne. On peut ainsi garantir un salaire fixe pour ces travailleurs, qui ont été marginalisés pendant 40 ans sans aucune augmentation salariale ni assurance sociale.
La majeure partie des agriculteurs ont abandonné la campagne afin d’exercer d’autres types d’activités. L’enjeu, c’est de garantir qu’une certaine partie des agriculteurs retournent vers le monde rural. Tous les syndicats doivent se battre auprès de leur gouvernement pour améliorer la situation des paysans. Il faut protéger ceux qui n’ont pas de pouvoir économique. J’invite tous les pays à faire la même chose afin que des lois soient votées aux Nations Unies pour défendre les droits des paysans. Il ne faut jamais laisser tomber nos rêves sinon nous mourrons. »
Recueillis par Sophie Chapelle, à l’occasion du Forum social mondial à Tunis 2015.
Photos : CC Bastamag à l’exception de :
- Photo de Une : paysannes en Éthiopie / CC Planète à vendre
- Membres de l’UAWC : source
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« Ici, on apprend à parler et à écouter, pas la soumission » : bienvenue au lycée expérimental de Saint-Nazaire (Basta)

« Ici, on apprend à parler et à écouter, pas la soumission » : bienvenue au lycée expérimental de Saint-Nazaire

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Imaginez une école où les cours ne sont pas obligatoires, où il n’y a ni notes ni contrôles, où les élèves participent à la gestion de leur établissement, et où il n’y a pas de violences. C’est le quotidien du lycée expérimental de Saint-Nazaire qui a ouvert ses classes il y a trente ans. Mis en place pour répondre aux manques de motivation et à l’échec scolaire, cet établissement alternatif accueille chaque année 150 élèves, dont de nombreuses « gueules cassées » de l’Education nationale. Accompagnés par une vingtaine d’enseignants, ils construisent eux-mêmes leur formation et choisissent les matières qu’ils souhaitent étudier, des apprentissages classiques jusqu’à la climatologie ou la physique nucléaire. Une découverte très concrète de l’autonomie et de la démocratie.
Bientôt 10h, à Saint-Nazaire. Sur le pas de la porte du lycée expérimental, les fumeurs profitent du soleil printanier. Les ateliers vont reprendre. Les plus ponctuels s’engouffrent dans le hall, pour rejoindre leurs salles. Les autres s’attardent un peu à la Casbah, la cafétéria du lycée. Dans la cuisine, l’équipe de gestion, qui réunit des élèves et des enseignants, commence à préparer le repas. Au menu : tarte aux oignons, galettes de légumes, purée de patates douces, poisson. « Tous les matins, on fait une cagnotte, explique Lucie, élève en 1ère. Chacun donne ce qu’il veut, ou peut. On fait les courses et le menu en fonction de la somme récoltée. » Mise en place sur la proposition d’un élève, la cuisine du lycée fait maintenant partie des incontournables. C’est même un gros poste pour l’équipe en charge de la gestion. « On gère le lycée par quinzaine, précise Lucie. Chaque équipe de gestion compte une vingtaines d’élèves et trois "mee" (pour "membre de l’équipe éducative"). » En plus des repas, il faut s’occuper de la documentation (livres, ordinateurs, connexions Internet, journal du lycée...) et du secrétariat (relations avec l’extérieur, commandes éventuelles, …).
Pas de personnel de cuisine, pas de secrétaire, pas de personnel d’entretien, et évidemment, pas de directeur. Le lycée expérimental de Saint-Nazaire est entièrement co-géré par ses 150 élèves et 20 enseignants, et ce depuis plus de 30 ans. L’aventure a commencé peu après l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981. Le 26 juin, Gabriel Cohn-Bendit, enseignant à Saint-Nazaire écrivait dans le quotidien Libération une « lettre ouverte au camarade ministre de l’éducation », Alain Savary. Prenant acte de « la profondeur et de la gravité du divorce qui existe entre certains jeunes et l’école », et du fait que certains enseignants « ne supportent plus non plus le système scolaire tel qu’il est », Gabriel Cohn-Bendit suggérait de laisser « ces allergiques à toute forme d’autorité » inventer et créer ensemble « des conditions qui leur conviendraient bien mieux ». A la fin de l’été, le ministre donna son accord.

Les élèves créent leurs cours avec leurs enseignants

Aussitôt, élèves et enseignants se mirent au travail, réfléchissant ensemble à la mise en forme concrète d’une école différente. Six mois plus tard, en février 1982, le lycée ouvrait ses portes. Aujourd’hui comme hier, les jeunes peuvent y choisir les matières qu’ils souhaitent étudier, co-créer le contenu de leurs cours avec leurs enseignants, apprendre sans être notés et ne pas venir pendant trois mois sans être collés... « Les élèves sont maîtres de leur parcours, détaille Pierre, professeur de maths dans le secteur traditionnel pendant 20 ans, et "mee" à Saint-Nazaire depuis 2009. Pour nous l’apprentissage est un chemin. Certains le parcourent très vite, en ligne droite. Pour d’autres, c’est plus sinueux. »
Benoit, 19 ans, termine sa quatrième année au lycée, et il prévoit de rempiler l’année prochaine, pour « venir plus souvent et se mettre à bosser ». Dysorthographique – trouble de l’apprentissage de l’écriture – et dysgraphique, il témoigne avoir « beaucoup galéré à l’école ». Mal compris des enseignants, qui ne supportaient pas forcément qu’il ait un ordinateur en cours (pourtant nécessaire au vu de ses difficultés), il a souvent « pété les plombs ». Passionné d’informatique, il a profité de ces dernières années pour se former seul, en lien avec des associations défendant les logiciels libres. « Quand ça m’intéresse, j’apprends vite, témoigne-t-il. Mais c’est toujours difficile pour moi d’aller dans une salle de classe, même ici. »
Ouverte à tout le monde, l’inscription au lycée requiert deux conditions : avoir terminé le collège ou être âgé d’au moins 16 ans. Le fait qu’il n’y ait pas d’internat ajoute une condition de ressources aux jeunes qui n’ont pas de famille à Saint-Nazaire : ils doivent en effet se débrouiller pour se loger. En 2006, 60% des élèves venaient de Loire Atlantique. Au départ hébergé par la mairie à la demande du ministre de l’époque Alain Savary, le lycée a changé plusieurs fois de local en 30 ans. Le bâtiment qui l’abrite aujourd’hui appartient à un bailleur social. La location s’élève à 80 000 euros par an. « Sur les 150 000 € de budget annuel que nous file le rectorat, ça fait pas mal... », souligne Jason, 19 ans. « Pour un projet éducatif, c’est ridicule, estime Aymeric, 19 ans. En même temps, c’est formateur de se démerder... »

« Ici, on apprend à parler et à écouter, pas la soumission »

Les choix budgétaires sont faits collectivement, au sein des diverses instances qui permettent au lycée de fonctionner. Parmi elles : le conseil d’établissement (CE), qui « dirige » le lycée, et dans lequel on trouve des élèves et des "mee". « Sur des questions secondaires, le CE prend les décisions seul, décrit Pierre. S’il a besoin d’entendre la parole de tout le monde, il organise des rencontres, par petits groupes, pour que toutes les paroles puissent exister. Et il est toujours possible de contester une décision. » Le CE change cinq fois dans l’année. « Il n’y a ni spécialistes, ni mandats longs. » Au lycée, on s’accorde pour dire que c’est plus efficace que de suivre des cours de citoyenneté ! « On apprend pas à faire du vélo en lisant des bouquins », ironise un enseignant [1].
Les rares lycées expérimentaux [2], et notamment celui de Saint-Nazaire, sont parfois montrés du doigt pour leurs piètres résultats au bac. Mais ils revendiquent d’autres curseurs pour évaluer leur réussite. « Ce qu’on vise, c’est qu’ils grandissent, qu’ils apprennent, qu’ils deviennent des citoyens éclairés », explique un enseignant [3]. Beaucoup d’élèves évoquent leur découverte de l’autonomie de pensée. « Je me pose plus de questions, je suis plus critique pour analyser une situation, ou un texte, relève Marguerite, 17 ans, après un an passé au lycée. Mes réflexions se sont affinées et je me sens plus à l’aise avec ce que je pense, j’ai moins de difficultés à le dire. L’autre jour, j’ai dû prendre la parole en public, et je l’ai fait sans aucune difficulté. » « Ici, on apprend à parler, et à écouter, pense Aymeric, 19 ans. Alors qu’à l’école, on apprend à ne pas l’ouvrir, on apprend vraiment la soumission. »

L’évaluation collective remplace les notes

Divers outils servent l’apprentissage de l’autonomie. Le premier d’entre eux, c’est la cogestion. Au fil du temps, l’équipe éducative a pu vérifier maintes fois que c’est parce qu’ils ont un réel pouvoir que les élèves s’investissent et prennent en main leur formation [4]. « On a une vraie liberté politique, avance Erwan, 18 ans. On peut influer sur les choix du lycée. On se sent important. C’est vraiment intéressant. » Autre moyen expérimenté : l’auto-évaluation, et l’évaluation collective, qui remplacent les notes. « Pour savoir où j’en étais, au milieu de l’année, j’ai réalisé un tableau en listant mes connaissances – en maths, physiques, etc. – et mes compétences – expression en public, travail collectif..., décrit Marguerite. J’ai demandé aux "mee" d’ajouter leurs commentaires. La plupart d’entre eux m’ont trouvée sévère avec moi-même ! C’était un peu comme si je recevais mon bulletin trimestriel, c’était très instructif. »
Au lycée de Saint-Nazaire, le temps n’est pas découpé en heures et en matières. L’emploi du temps « type » comprend plusieurs rythmes, en général calés sur des demi-journées, et différents cycles, qui s’étalent sur plusieurs semaines, ou plusieurs mois, selon les projets. Les ateliers du matin, par exemple, sont des temps d’étude qui s’étendent sur une quinzaine de jours, pour un volume horaire total d’une vingtaine d’heures. Selon l’équipe éducative, cette concentration « permet d’avancer réellement dans un champ d’étude, de concrétiser une production, de développer des outils de recherche tout en permettant le tâtonnement expérimental de l’élève dans sa construction du savoir. » Les thèmes abordés lors de ces ateliers sont décidés collectivement, et ils permettent d’aborder diverses matières.

Apprentissages en météorologie, physique nucléaire ou épidémiologie

L’interdisciplinarité, que l’actuelle ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem tente de faire passer dans sa réforme du collège, y est pratiquée depuis 30 ans. A la grande satisfaction des élèves et des enseignants. Prenons un atelier intitulé « Différents scénarios pour la fin du Monde », au cours duquel élèves et enseignants se proposaient de voir s’il était possible que l’Humanité disparaisse de son propre fait : de nombreuses connaissances y ont été acquises, dans des domaines scientifiques très variés : météorologie, physique nucléaire, virologie, épidémiologie, effet de serre, géologie, astrophysique. « Il n’était question là ni de programmes ni de niveaux, mais simplement d’essayer de découvrir, chacun à son rythme et à sa façon, notre monde » , relève l’équipe éducative.
« C’est un fonctionnement qui m’a permis de ne pas rester bloquée dans ma matière principale, se réjouit Marguerite, qui prépare un bac S, mais qui aime aussi la littérature et la philo. Un jour, en maths, on a eu une discussion passionnante sur « qu’est-ce que c’est qu’une probabilité ? ». « Il y a une ouverture des champs disciplinaires, décrit Pierre. Avec une vision du savoir différente. On se retrouve à enseigner autre chose que sa matière. On n’est pas forcément celui qui connait. On fait découvrir. »
Toutes les matières que les élèves souhaitent étudier sont intégrées aux programmes d’apprentissage, et les pratiques artistiques sont elles aussi prises au sérieux. Cette année, un atelier marionnettes a été mis en place. Dans le local de bricolage, des élèves s’initient au maniement de la scie et des tournevis, ils transforment des déchets en pantins, répètent les mouvements qui donnent vie à leurs créations. Ils s’entrainent à travailler ensemble. Une professionnelle est là pour les aider. « Notre fonctionnement nous permet de faire appel à des intervenants extérieurs, c’est une souplesse intéressante », observe Aymeric.

« De plus en plus de gueules cassées de l’éducation nationale »

Certains des jeunes qui poussent la porte du lycée étaient de très bon élèves dans le système « trad » (traditionnel), comme ils le définissent eux-mêmes. Mais ils s’y ennuyaient, comme Jason. « Je suis venu voir le lycée expérimental sur les conseils de ma sœur aînée qui était déjà élève ici, dit-il. Et j’ai tout de suite accroché. Il n’y a pas de hiérarchie entre les élèves et les enseignants, ça m’a vraiment plu. C’est pas toujours très calme mais on peut discuter avec eux, on n’a pas des statues en face de nous. Et l’absence de notes, ça fait une grosse source de stress en moins, même si j’étais abonné aux 18 ! » Jason a eu son bac en trois ans, et il revient de temps en temps, pour voir ses potes, et prendre des nouvelles.
« Les anciens passent régulièrement nous voir. C’est une des particularités du lycée, souligne Pierre. Cela dit, les élèves avec le parcours de Jason ne sont pas les plus nombreux... On se revendique lycée pour tous mais j’ai parfois l’impression que de lycée de la seconde chance, on est un peu devenu le lycée de la quatrième, voire cinquième chance. Il y a de plus en plus de gueules cassées de l’éducation nationale. Cela n’est pas sans poser certains problèmes. Pour ceux qui ont du mal à gérer leur vie, gérer un lycée, c’est encore plus difficile. » « Beaucoup de choses se bouleversent quand on est ici, avance Marguerite. C’est très épanouissant d’être autonome, et je suis très contente de mon année ici, mais parfois, c’est fatigant. Faire sa place d’individu face au collectif, apprendre que l’un va avec l’autre, essayer de comprendre qui on est... il y a tant à apprendre ! Et à côté de ça, il faut travailler le bac. Ce n’est pas toujours évident. Certains élèves n’arrivent pas du tout à travailler, ils décrochent complètement. »

« M’aider à refaire fleurir la fleur fanée que je croyais être »

Les absences répétées, voire prolongées, ne sont pas un motif de « désinscription ». Seul un élève peut prendre la décision de partir, de son propre chef, sauf en cas de violence mais cela s’est très peu vu dans l’établissement. C’est le cas de Romane, qui a écrit un long courrier au lycée : « Je suis venue vous dire que je m’en vais et que je prend la décision de me désinscrire du lycée expérimental puisque je ne pense plus vouloir et pouvoir donner assez d’énergie pour que nos échanges se limites à autre chose qu’à un thé et des discutions entre deux cigarettes. » La jeune fille parle ensuite de ce que le lycée lui a apporté. « J’ai découvert des méthodes pédagogiques milles et une fois rêvées auparavant. J’ai cultivé mon envie de me battre, mon envie et mon droit de choisir la vie que je veux avoir. (...) J’ai découvert un jardin rempli de différentes fleurs dont chacune pouvais m’aider à refaire fleurir la fleur fanée que je croyais être à l’époque. » La lecture de cette lettre a beaucoup ému les camarades de Romane.
« Nous sommes plutôt heureux ici », résume Aymeric. Très fâché avec le système traditionnel, où il était un élève « turbulent et impertinent », le jeune homme défend son lycée avec beaucoup d’enthousiasme. « Ici, j’ai ré-appris à apprécier les gens, tous les gens. J’ai découvert qu’il y a du bon en chacun. » Dans leur ensemble, les élèves apprécient beaucoup les relations apaisées qu’il y a entre eux. « Il n’y a pas d’effets de meute, avec un élève qui s’en prend plein la gueule, constate Jason. On peut vivre sa vie sans que personne ne nous embête. » Pour Erwan, « ici, c’est facile de créer des liens. Dans les autres établissements, les relations entre élèves sont dures. » « Je ne pense pas que ce soit la panacée, ici, termine Pierre. Mais sur l’absence de violences, sur l’enseignement sans notes, sur l’interdisciplinarité, sur la démocratie, on expérimente. Ce sont des sujets sur lesquels on a quelques petites choses à dire. »
Nolwenn Weiler

Notes

[1] Citation extraite du documentaire de Patrick Le Ray, L’école, un monde à construire, consacré au lycée expérimental de Saint-Nazaire.
[2] Les autres établissements expérimentaux français sont situés à Oléron, Paris et Hérouville-Saint-Clair.
[3] Citation extraite du documentaire de Patrick Le Ray, L’école, un monde à construire, consacré au lycée expérimental de Saint-Nazaire.
[4] Voir Le lycée expérimental de Saint-Nazaire, état des lieux et dynamiques , juin 2006. Document rédigé par l’équipe éducative.

Pourquoi les États-Unis tentent-ils de remplacer le gouvernement Assad par al-Qaïda en Syrie ? (news360)

Pourquoi les États-Unis tentent-ils de remplacer le gouvernement Assad par al-Qaïda en Syrie ?

«Dans le cas de la Syrie, notre opposition au gouvernement Assad est tellement obstinée que nous serions apparemment prêts à défaire un gouvernement qui n’est pas notre ennemi afin de le remplacer par un autre qui l’est.»
Il y a un mois, la ville d’Idlib tombait aux mains des combattants de l’opposition, principalement al-Qaïda, ses affiliés et ses alliés. Ce fut un sale coup pour l’armée syrienne. Samedi dernier, la ville voisine de Jisr al-Shughour fut également conquise, majoritairement par les mêmes groupes de combattants.
Pour lutter contre le gouvernement syrien et son armée nous retrouvons un mélange de mercenaires syriens et étrangers provenant de dizaines de pays différents. Ils sont fournis, formés, armés et payés par l’Arabie saoudite, les monarchies du Golfe, Israël, la Turquie, l’Otan, et bien sûr les États-Unis. Leurs armes sont de plus en plus sophistiquée, et il semble que les missiles filoguidés TOW fournis par l’Arabie saoudite (et indirectement par les États-Unis) aient fait une grande différence dans les batailles pour Idlib et de Jisr al-Shughour.
L’Otan, les États-Unis et l’opposition syrienne laïque relativement marginalisée, disent qu’ils veulent remplacer le gouvernement syrien actuel par un autre qui soit laïque, démocratique, respectueux des droits de l’homme, et qui représente tout le peuple Syrien.
Vraiment ? Les États-Unis ont sapé et renversé des gouvernements démocratiques en Iran (1953), au Guatemala (1954), au Brésil (1964), au Congo (1965), au Chili (1973), en Turquie (1980), au Nicaragua (1981-1990), en Haïti (2004) et dans les territoires palestiniens occupés (2007), et ils essaient de faire la même chose au Venezuela. Pourquoi? Parce que le choix démocratique du peuple n’a pas abouti à un gouvernement conforme, inféodé à l’Ouest et aux sociétés multinationales. Car c’est là le véritable programme des États-Unis et de l’Otan.
Il est également difficile d’imaginer que l’Arabie saoudite, les monarchies du Golfe, Israël et la Turquie se soucient de la démocratie et des droits humains. Ils sont davantage intéressés à faire progresser leurs objectifs régionaux et la suppression des rivaux potentiels, principalement et de manière obsessionnelle l’allié de la Syrie, l’Iran. Les États-Unis et Israël ont provoqué la destruction et le changement de régime dans au moins sept pays du Moyen-Orient depuis deux décennies, voire plus. La politique d’Israël depuis sa création a été de garder ses voisins faibles, divisés et dans un état de guerre permanent.
Sois prudent et attentif à ce que tu souhaites
Un changement de régime entraine toutes sortes de conséquences imprévues. De la fin des années 1970 jusqu’au début des années 1990, les combattants de la résistance islamique, y compris Oussama Ben Laden, soutenus par les Américains ont lutté contre un gouvernement laïc en Afghanistan pour finalement le voir remplacé par le régime répressif des talibans. Ce soutien a contribué à créer al-Qaïda, qui se répand au Yémen, en Afrique de l’Est et d’autres endroits. S’en sont suivies des attaques majeures contre des installations américaines au Yémen, au Kenya et deux fois contre le World Trade Center à New York. Ensuite les États-Unis ont envahi l’Afghanistan en 2002. C’est devenu un bourbier et potentiellement la plus longue guerre de l’histoire américaine, au prix de mille milliards de dollars, d’une infrastructure et d’une économie nationale en ruine, et des milliers des vies américaines en sus. Cette guerre n’est pas encore terminée et les avantages supposés pour États-Unis sont difficiles à établir. En fait, suite à cela, les États-Unis sont probablement encore moins en sécurité qu’avant et nous n’avons parlé que de l’Afghanistan.
Si l’on ajoute les interventions américaines en Irak, en Libye, au Yémen et en Syrie les coûts montent à plusieurs milliers de milliards de dollars et plusieurs milliers de vies américaines, un détail à côté de plus d’un million de morts parmi les populations locales. Lors de toutes ces interventions, nous avons laissé derrière nous des États paralysés et en déliquescence, avec al-Qaïda et ses successeurs (Daesh, alias ISIS, alias le mouvement takfiri) pour combler le vide.
Dans le cas de la Syrie, notre opposition au gouvernement Assad est si obstinée que nous sommes apparemment prêts à défaire un gouvernement qui n’est pas notre ennemi afin de le remplacer par un autre qui l’est.
Les mercenaires payés issus de l’opposition modérée sont tous alliés à al-Qaïda et combattent sous sa direction. Al-Qaïda et Daesh contrôlent la plupart des territoires détenus par l’opposition syrienne et assument la plupart des combats. Nos alliés, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, avec le soutien plus discret des monarchies du Golfe et d’Israël, fournissent à peu près toutes les armes et l’argent. Ils organisent le recrutement des mouvements les plus fanatiques sous une bannière islamique, qui promet de semer la mort, la misère, l’intolérance et l’oppression dans les territoires qu’ils contrôlent. A leur charge également d’assurer le nettoyage ethnique des populations qu’ils considèrent comme hérétiques, musulmanes et non musulmanes, indifféremment. Pourquoi voudrions-nous qu’ils prennent le contrôle de la Syrie ?
Ils ont chacun des amis puissants aux États-Unis, y compris les faucons guerriers au Congrès comme les sénateurs John McCain, Lindsay Graham et Ted Cruz, ainsi que la candidate à la présidentielle Hillary Clinton.
Ils ont le soutien du vaste complexe militaro-industriel, le plus grand de la planète, des néo-conservateurs au sein de la presse, parmi les conseillers, les responsables gouvernementaux et les membres du Congrès, ainsi que du lobby israélien.

Panorama des néocons US les plus en vue
Ces groupes paralysent la politique américaine et placent les intérêts d’une infime fraction d’entreprises américaines et de particuliers fortunés – sans parler de gouvernements étrangers comme l’Arabie saoudite et Israël – au-dessus des intérêts du reste du pays. Soit ils n’ont pas appris des nombreuses erreurs passées ou alors çà leur convient, ils en tirent des fortunes et veulent continuer.
Seuls les efforts de gens doués d’une conscience, avec l’appui d’intérêts économiques qui ne se bâtissent pas sur la destruction, la mort et le chaos, sont susceptibles de mettre un terme à cette corruption rampante.
Les Présidents George Washington et Dwight Eisenhower nous ont tous les deux mis en garde face aux conséquences lorsqu’on permet à des puissances étrangères et à des intérêts particuliers de devenir trop puissants. Il n’est pas garanti que cette nation arrivera à rassembler de quoi inverser la relation de dépendance entre la montée des groupes terroristes comme al-Qaida et Daesh et les intérêts américains qui tirent profit de l’assassinat de masse qui est leur objectif.
Paul Larudee co-fondateur de Syria Solidarity Mouvement (Mouvement Solidarité Syrie)
Traduit par Evanis, relu par jj pour le Saker Francophone.

Chômage: le grand fiasco des contrats de génération (news360)

Chômage: le grand fiasco des contrats de génération
Le chômage a encore augmenté depuis le mois dernier. L’exécutif n’a toujours pas trouvé de bonnes recettes pour créer de l’emploi, à part multiplier les emplois aidés pour les jeunes. Et même dans ce domaine, le contrat de génération, la mesure anti-chômage phare du quinquennat, s’avère être un échec cuisant.
« La réconciliation des âges, la solidarité entre les générations ». Au Bourget, en 2012, François Hollande avait le verbe haut et la fougue d’un candidat en campagne. Le contrat de génération, son bébé pour l’emploi, était un coup à trois bandes, censé résoudre tout à la fois le chômage des jeunes, celui des seniors, ainsi que la question de la transmission des savoirs et des compétences. Les objectifs étaient même chiffrés : 500 000 contrats de génération devaient être signés sur cinq ans, selon l’étude d’impact préalable au projet de loi, publiée en décembre 2012. Trois ans après le début de son quinquennat, il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser : seuls 40 000 contrats de génération ont été signés, et fin décembre 2014, en tenant compte des ruptures, il y avait seulement 27 803 personnes en contrat de génération en France.
Le dispositif a pourtant été assoupli, l’aide financière élargie, les sanctions repoussées. Peine perdue. « Eh bien oui, ça ne marche pas, admet un proche de François Hollande.Mais on essaie, on expérimente. Ce n’est parce que cela ne se traduit pas en résultats qu’on ne fait rien. Ceux qui ont pensé le dispositif n’étaient pas une brochette d’abrutis. Nous sommes en train de réfléchir à d’autres formules. » Un désaveu, pour des « contrats de génération » censés être à François Hollande ce que les emplois jeunes furent à Lionel Jospin, le symbole d’une politique volontariste et de la baisse du chômage.
L’idée est née dans le tout premier cercle autour de François Hollande, quand il n’était encore candidat à rien mais qu’il préparait son projet en vue de la primaire. Il y a trois ans, son bras droit de l’époque, l’actuel ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, nous en racontait la genèse : « C’était en 2010, avant un débat télévisé prévu avec Xavier Bertrand. On était chez François et on gribouillait des notes pour préparer l’émission. Il avait l’idée de lutter à la fois contre le chômage des jeunes et celui des seniors. C’est lui qui a trouvé le nom “contrat de génération”. » Le projet, d’abord très bricolé, est ensuite mouliné par plusieurs proches du futur président, dont l’avocat Dominique Villemot, et il est inspiré d’échanges avec plusieurs chercheurs dont la spécialiste du vieillissement Anne-Marie Guillemard.
Sur le papier, le principe est simple : les entreprises de moins de 300 salariés reçoivent une aide financière en échange de l’embauche d’un jeune assortie du maintien dans l’emploi d’un senior. Mais la carotte des 4 000 euros par an pendant trois ans n’a pas suffi à déclencher de folles vocations. Là où ça marche, c’est quand l’entreprise va bien, et qu’elle aurait de toute façon embauché. « L’aide, c’est un coup de pouce, c’est sûr. Mais ça n’a pas été déterminant », explique Jean-Paul Da Costa, PDG de l’entreprise CPC, installée en banlieue parisienne et spécialisée dans le conditionnement de produits de luxe. Il a signé quatre contrats de génération : « Cela nous a incités à embaucher en CDI des jeunes que nous aurions auparavant sûrement testés d’abord en CDD. » Selon une étude de la Dares, le commerce, l’industrie et la construction seraient les principaux utilisateurs du dispositif, en ayant requalifié en CDI de jeunes ouvriers déjà présents dans l’entreprise avant leur embauche.
Le contrat de génération, trop souvent présenté comme un outil sur mesure pour l’artisanat, concerne normalement tout le monde, les petites comme les grosses entreprises. Toutes celles de plus de 50 salariés sont tenues de mettre sur pied un accord d’entreprise. Mais la Dares estimait que, là encore, moins de la moitié des entreprises concernées étaient dans les clous. La menace d’une sanction équivalente à 1 % de la masse salariale, en l’absence d’accord dans les entreprises de plus de 300 personnes, n’y change pas grand-chose car elle est rarement appliquée. Et quand elles signent, elles restent très prudentes sur le volume d’embauches prévues.
« Les contrats de génération ont été vendus comme une mesure révolutionnaire mais c’est surtout de la communication ! Ils ne décollent pas et ne décolleront pas tout simplement parce que les employeurs rechignent à recruter ou à garder leurs seniors. C’était déjà le cas avant la crise et ça l’est encore plus aujourd’hui. Pour les jeunes, l’arsenal de mesures a contenu la progression du chômage », décrypte un directeur du travail sous couvert d’anonymat. À la tête d’un territoire où il y a autant de jeunes que de seniors demandeurs d’emploi, il a « toutes les peines du monde » à donner un chiffre précis quant au nombre de contrats de génération signés dans sa région, « tant c’est le fiasco ».
« Le principal problème, c’est que tous ces dispositifs pour l’emploi se cannibalisent les uns les autres, assure l’économiste Philippe Azkenazy qui a, dès le début, eu des mots très durs contre le contrat de génération. Et puis, vous aurez beau faire les plus beaux projets du monde, ce sont des mirages si les carnets de commandes sont vides, c’est aussi simple que ça. » Ce que reconnaît aussi un proche conseiller du chef de l’État : « Lorsqu’il y a une grosse concentration de mesures en faveur de l’emploi, les dispositifs finissent par se vampiriser. » Pour Annie Jolivet, du Centre d’études de l’emploi, la conjoncture économique rend effectivement « difficile la planification des recrutements », tout comme la « complexité du dispositif, avec des aides, des incitations, et des sanctions différentes selon la taille de l’entreprise, ce qui rend ardue son appropriation. » Même la sociologue Anne-Marie Guillemard, consultée, est très critique : « J’avais parlé du contrat de génération avec François Hollande avant sa prise de fonctions. C’était une belle idée car enfin, on arrêtait de jouer les jeunes contre les vieux ! Mais au final, le dispositif est bien trop grossier pour pouvoir fonctionner et ça dénote, selon moi, une méconnaissance profonde du monde du travail. »
À Annecy, en Haute-Savoie, le sous-traitant automobile NTN-SNR-Roulements, filiale du groupe japonais NTN, qui emploie 2 400 salariés, par ailleurs champion de l’abus d’intérim (lire ici notre article), a conformément à la loi ouvert des négociations en juillet de l’année dernière, intégrant les contrats de génération dans un texte fourre-tout sur l’emploi. Bilan un an plus tard : les contrats de génération se comptent sur les doigts d’une main. « Aucun senior ne veut lâcher en fin de carrière la moitié de son salaire par les temps qui courent et être à temps partiel », raconte Jean-Paul Macé, le délégué CGT de l’usine. Pour ce syndicaliste, ce dispositif, qui va « à l’encontre de la reconnaissance et de la réparation de la pénibilité par retraite anticipée », « c’est de la poudre aux yeux » : « Dans l’industrie, les salariés en production, lorsqu’ils approchent de l’âge de la retraite, n’ont qu’une hâte : se barrer en pré-retraite car ils n’en peuvent plus, usés par la pénibilité. Le contrat de génération qui les maintient dans l’emploi, pour eux, c’est tout le contraire de ce qu’ils recherchent. »
Capture d'écran du site internet du ministère du travailCapture d’écran du site internet du ministère du travail
Quelques rares grosses entreprises, en bonne santé financière, jouent néanmoins le jeu. C’est le cas de la Maif, dont le chiffre d’affaires progresse d’année en année, et qui a promis d’embaucher 230 contrats de génération d’ici à 2016. L’entreprise souhaitait ouvrir ses lignes d’appel aux adhérents le samedi, mais se heurtait à la réticence des salariés à travailler le week-end. Le contrat de génération est donc apparue comme la martingale idéale : les jeunes embauchés, tous étudiants, sont à temps partiel et ne travaillent que le samedi et les vacances scolaires. « C’est une ressource disponible là où le salarié classique ne l’est pas, explique Laurent Vidal, responsable de la plateforme dédiée aux sinistres de Marseille, où 35 “contrats de géné” travaillent depuis septembre dernier, soit plus de la moitié des effectifs. Le contrat de génération a été la bonne opportunité pour une réorganisation. »
Même si le volet senior est inscrit dans l’accord, le dispositif mis en place, plutôt vertueux, ressemble surtout à une politique volontariste d’emploi pour les jeunes. La plupart des jeunes embauchés que nous avons interrogés avouent d’ailleurs qu’ils sont très enthousiastes, notamment sur le caractère pérenne de ce job d’étudiant. « Je travaille depuis que j’ai 16 ans dans l’agriculture, comme agent d’entretien ou vendeur, raconte Pierre Verhelst, futur ingénieur. J’en ai besoin pour payer l’école, le loyer, les factures. Là, c’est mon premier CDI. » Si jamais ça coince après le diplôme,« on a toujours la possibilité de rester ici, c’est plutôt rassurant, et puis c’est toujours mieux sur un CV qu’un boulot à Mac Do », note Manon Rosset, qui termine cette année son école de commerce.
À ce titre, la Maif est dans la moyenne, toujours selon l’évaluation de la Dares : dans les accords signés, les engagements sur le front des embauches sont majoritairement réservés aux jeunes, le volet senior ayant tendance à passer à la trappe. À titre d’exemple, près de 190 000 emplois d’avenir, autre instrument de la boîte à outils gouvernementale, ont effectivement été signés depuis le début du quinquennat. C’est même plus que ce qu’avait prévu le gouvernement. François Rebsamen a d’ailleurs déclaré lundi, à l’annonce des chiffres du chômage, vouloir financer 100 000 contrats aidés supplémentaires.
Quant à la transmission des compétences et la cohabitation fructueuse entre les générations, elles ont davantage été utilisées comme un outil marketing pour vendre le projet que comme un réel objectif à atteindre, que ce soit dans les petites ou les grosses entreprises. « Objectifs, contenu et modalités de la transmission sont totalement laissés à la responsabilité de l’entreprise, relève l’article écrit par Annie Jolivet, avec l’ergonome Jeanne Thébault. Il suffit que le binôme ait cohabité au moins six mois et un jour pour valider l’aide sur les trois ans. » Les deux chercheuses notent par ailleurs un « risque de siphonnage de l’axe transmission par l’axe insertion durable des jeunes dans l’emploi : n’y seraient mentionnées que des actions floues ou très générales puisque toute l’attention est portée sur l’emploi des jeunes et qu’aucun enjeu n’est mis en évidence pour la transmission entre les salariés qui ne sont ni jeunes ni âgés ».
L’autre critique concerne le coût d’une telle politique. Selon les derniers chiffres de la DARES, à la fin octobre 2014, 64 millions d’euros ont été versés par l’État aux entreprises pour les embauches réalisées en 2013 en contrat de génération. Ce qui donne une aide moyenne par trimestre et par contrat de génération de 820 euros. Cela s’ajoute aux aides dédiées aux emplois d’avenir, réservés au secteur non-marchand, qui vont de 35 à 75 % du taux horaire brut du Smic. En mars dernier, François Rebsamen a également lancé le dispositif Starter, en direction des entreprises du privé. Il s’adresse aux jeunes non-qualifiés de moins de 30 ans et prévoit une aide de 45 % pour les employeurs. Ironie du sort, c’est grâce à Mac Donald, grand pourvoyeur de CDI à temps partiel, que le ministre du travail a inauguré son dispositif…
Là où le pouvoir socialiste se casse les dents, comme d’autres avant lui, c’est bien sur le chômage des seniors. La faiblesse du contrat de génération est d’autant plus gênante que la question de l’emploi des seniors pèse, année après année, toujours plus lourd. Même la dernière trouvaille du gouvernement, annoncée en juin dernier par François Rebsamen, d’un contrat par alternance pour les seniors en chômage de longue durée, a fait long feu. « On l’attend toujours », confie un directeur du travail qui ne cesse d’alerter depuis 2008 sa hiérarchie sur le sujet. Selon un rapport de l’OCDE publié en janvier 2014, seuls 55 % des seniors sont passés directement de l’emploi à la retraite ces dernières années. Les autres ont connu à la fin de leur carrière de longues périodes de non-emploi. Le chômage des seniors augmente de manière soutenue depuis 2007, ils sont aujourd’hui près de 850 000 à être privés de travail, plus de 0,9 % depuis le mois dernier.
François Hollande, au Bourget encore, faisait ce constat : « Partout où je vais dans les usines, deux sortes de travailleurs viennent me voir. Les plus anciens, qui me posent une seule question : quand est-ce que nous allons partir ? Et les plus jeunes, qui me posent une seule question : quand est-ce que nous allons pouvoir entrer ? » Le gouvernement socialiste, après trois ans d’exercice du pouvoir, cherche toujours la réponse.