Normand Baillargeon, professeur en sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Montréal
Vous trouverez sur ce blog, beaucoup d'articles et de vidéos d'actualité. Les points de vue présentés dans ces articles et vidéos ne sont pas forcément les miens, mais ils peuvent amener une réflexion. Chacun se fera une opinion avec autre chose que le discours formaté des politiques et des médias.Vous y trouverez aussi les réponses aux questions qui me sont posées concernant mes livres. Les thèmes de mes ouvrages sont le développement personnel et la spiritualité.
lundi 24 septembre 2012
dimanche 23 septembre 2012
Analyse d’une opération d’enfumage tranquille
| LE GRAND SOIR
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samedi 22 septembre 2012
Analyse d’une opération d’enfumage tranquille
France 2 et le Pacte budgétaire européen
Philippe ARNAUD
Les remarques ci-après se rapportent au deuxième sujet (après les caricatures
de Mahomet de Charlie Hebdo) du journal télévisé de 13 h de France 2 du 19
septembre : le Traité (ou Pacte) budgétaire européen.
Élise Lucet : "Le deuxième grand titre de l’actualité, c’est la loi
d’application du traité budgétaire européen, qui a été présentée ce matin en
conseil des ministres. Les deux textes seront soumis au Parlement début octobre
et ça n’est pas gagné pour Jean-Marc Ayrault. Ce qui est paradoxal, c’est que le
Premier ministre va bénéficier du soutien de nombreux élus de droite, alors qu’à
gauche la grogne monte et que certains députés affirment déjà qu’ils ne voteront
pas pour. Sophie Brunn, Pascal Caron."
[Voix off de la journaliste]. "Pas moins de cinq ministres pour accompagner Jean-Marc Ayrault à la tribune. Visiblement il faut faire bloc sur le traité européen. [Présentation du Premier ministre]. Jean-Marc Ayrault : "Le vote du Parlement, que je souhaite massif, sera un vote qui donnera encore plus de force à la voix du président de la République dans les prochains rendez-vous européens. Plus le message parlementaire, plus le vote sera fort, plus la voix de la France sera forte et plus nous pourrons continuer à la réorientation de l’Europe". [Reprise de la voix de la journaliste avec vues de A. Merkel et N. Sarkozy"]. "Paradoxalement, c’est à droite que Jean-Marc Ayrault fera le plein de voix. Car le traité européen a été négocié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. L’UMP et les centristes n’ont aucune hésitation à le voter". [Vue et propos de F. Fillon]. "C’est le traité que nous avons négocié, qui a été négocié par le gouvernement français dont j’étais le responsable sous l’autorité de Nicolas Sarkozy. Il n’y a pas une ligne qui a changé, il n’y a pas une virgule qui a été modifiée. Donc nous serions totalement incohérents de ne pas le voter. Bien sûr que nous allons le voter". [Vue et propos de J.-.L. Borloo] "On va évidemment le ratifier. Je ne vois pas où est la difficulté". [Question du journaliste à Borloo : "Pas d’état d’âme ?" Réponse : "Aucun état d’âme !"] [Vue de F. Hollande et voix de la journaliste] : "C’est bien là le problème pour une partie de la gauche. Même si depuis l’élection de François Hollande un volet croissance a été ajouté au traité, une vingtaine de députés socialistes devrait voter contre, tout comme les communistes et une grande partie des Verts". [Vue et interview du sénateur vert Jean-Vincent Placé] : "Plus d’austérité, plus de rigueur, qui sera durable, d’ailleurs, avec ce traité. Je crois que ça ne correspond pas aux enjeux. Il devait être renégocié, il ne l’a pas été ou pas suffisamment...]. [Vue du Parlement et voix off de la journaliste]. "Malgré les défections de certaines voix à gauche, le traité devrait être adopté grâce à la droite, sans difficulté". [Retour à Élise Lucet] "Il faut être honnête : ce traité budgétaire reste un peu obscur pour la plupart d’entre nous. Alors que contiennent ces deux textes qui vont être soumis au Parlement ? Quelles sont les conséquences, les changements qu’ils impliquent pour la France ? Valéry Lerouge nous a rejoints sur ce plateau. Valéry, bonjour, on va essayer d’y voir un petit peu plus clair avec vous. Il y a d’abord le volet discipline budgétaire". Valéry Lerouge. "Oui, avec l’instauration de la fameuse règle d’or, c’est-à-dire que les pays s’engagent à avoir des budgets à l’équilibre, ça paraît évident, mais ça fait 40 ans que ça n’est pas arrivé en France. Alors, il y a une petite tolérance. Le traité fixe un déficit dit structurel, de 0,5 % de son PIB, de la richesse nationale. Structurel, ça veut dire qu’on ne tient pas compte, qu’on exclut les dépenses un peu extraordinaires qui viennent plomber le budget une année, comme par exemple un plan de sauvetage pour l’automobile. A titre de comparaison, ce déficit structurel est cette année de 3,2 % pour la France, il y a donc du chemin à parcourir. Le traité prévoit, c’est le deuxième point, des sanctions. Si un pays sort des clous, eh bien la cour de justice européenne prévoit une amende allant jusqu’à 0,1 % du PIB. J’ai calculé, pour la France, ça ferait quand même la coquette somme de 2 milliards d’euros". Élise Lucet : "Valéry, pourquoi certains craignent-ils une perte de souveraineté ? Qui va contrôler le budget du pays si ces deux textes sont votés ?" Valéry Lerouge : "Toujours le gouvernement français. Mais désormais, il sera surveillé [Ici, avec deux doigts de chaque main il esquisse comme des guillemets à ce terme "surveillé" qu’il vient de prononcer] , encadré par le Haut conseil des finances publiques, une instance indépendante qui sera nommée pour l’occasion. Huit membres, quatre nommés par la Cour des Comptes, quatre autres par le Parlement et ce conseil, eh bien, devra publier une alerte si un pays dépasse la règle d’or, n’en tient pas compte, et le gouvernement sera obligé d’en tenir compte. En clair, le gouvernement n’a plus tout à fait les mains sur son budget, il sera soumis à ce haut conseil.". Élise Lucet : "Merci, Valéry Lerouge, pour ces explications et ces précisions tout à fait nécessaires". Remarque 1. Le mécontentement de la gauche protestataire est qualifié de grogne, terme débouchant sur deux sens péjoratifs. Le premier est connoté au terme "animal" de groin (museau du porc), qui suggère que les protestataires manifestent à l’égard du traité un mécontentement infrahumain, instinctif, non articulé - et donc non raisonné. Ils sont contre, mais ne savent pas pourquoi : ils sont contre, mais bêtement. Le second renvoie aux "grognards" de la Grande Armée, qui grognaient sans arrêt... mais qui marchaient ! [Et qui marchaient de Madrid à Moscou]. Suggestion implicite : tous ces "grognements", c’est de la comédie : les protestataires finiront par voter le traité, comme les copains... Remarque 2. On ne peut pas dire qu’une part égale ait été laissée aux deux parties. Pour le traité, on nous présente Ayrault, Fillon et Borloo (qui prononcent 133 mots). Contre le traité Jean-Vincent Placé (33 mots). Et, bien entendu, on ne sait pas, à la fin du reportage, pour quelle raison [sûrement pour de la "grogne"...] certains parlementaires ne le voteront pas. Remarque 3. Valéry Lerouge parle de "budgets à l’équilibre", qui devraient être une "évidence", ce qui est tout... sauf, précisément, évident ! Car, avec cette "évidence", Valéry Lerouge essaie de faire passer ce gros mensonge de la droite, qui présente abusivement le budget national sur le modèle du budget familial. On ne doit pas dépenser plus qu’on ne gagne ! Ce qui, pour le budget de l’État est absurde car, précisément, l’État agit au rebours du ménage : il détermine d’abord ses dépenses et adapte ses recettes en conséquence. Ce que vise la droite, ce n’est pas tant "l’équilibre" que les attributions de l’État dont elle estime qu’elles seraient mieux remplies par le privé : à savoir tout, sauf l’armée. Et encore... Deuxième "mensonge" : les budgets sont toujours présentés à l’équilibre. Le total des recettes équilibre toujours celui des dépenses. Ce que ne veut pas la droite – et qu’elle ne précise pas – c’est que ce qui n’est pas couvert par l’impôt est couvert par l’emprunt. [Réflexion d’autant plus étonnante qu’une des activités favorites de la droite au pouvoir est de lancer des emprunts (emprunt Pinay, emprunt Giscard...) qui fonctionnent comme une énorme pompe à aspirer l’argent des classes moyennes et populaires vers les classes riches.] Remarque 4. Lorsque Valéry Lerouge attribue au seul gouvernement français la compétence de surveillance du budget (pour dissimuler la compétence d’instances supranationales), il lâche un gros mensonge... par omission. En effet, c’est non seulement la Cour de justice européenne – comme il l’indique en passant, et comme si de rien n’était – qui surveillera la France (ou n’importe quel pays), mais aussi la Commission européenne, mais aussi le Conseil des ministres, mais aussi tout État qui estime qu’un autre État "sort des clous" et qui peut donc le dénoncer à la Cour de Justice. Valéry Lerouge dissimule sciemment que ce traité représente une perte de souveraineté du pays auprès d’instances non élues car les citoyens des pays d’Europe n’ont élu ni la Commission, ni le Conseil, ni la Cour de Justice... Remarque 5. Il m’avait semblé entendre, avant les élections présidentielle et législative, que le Parti socialiste refusait de voter la règle d’or. Mais je devais avoir mal entendu... Remarque 6. Ce traité représente, pour tous les pays d’Europe, une considérable diminution de leurs puissances souveraines. Il est une atteinte à la démocratie. Il va se traduire par une austérité féroce pour les salariés, les retraités, les assurés sociaux. Et une austérité féroce, qui durera des années... et ne fera qu’aggraver encore plus la situation à laquelle il est censé remédier ! [Comme Gribouille qui se jette à l’eau pour ne pas être mouillé]. Mais France 2 ne semble pas faire de grands efforts pour en dévoiler les tenants et aboutissants. Il est vrai que les caricatures de Mahomet ou les seins de la duchesse de Cambridge sont des sujets autrement importants... Philippe Arnaud
http://www.legrandsoir.info/france-2-et-le-pacte-budgetaire-europeen-17766.html
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samedi 22 septembre 2012
L’offensive de Monsanto pour décrédibiliser l’étude sur les OGM (Bastamag)
Médias
L’offensive de Monsanto pour décrédibiliser l’étude sur les OGM
Par Sophie Chapelle (21 septembre 2012)
La contre-attaque de Monsanto à l’étude sur les OGM de Gilles-Eric Séralini et du Criigen ne s’est pas faite attendre. C’est un courriel envoyé par un dirigeant de Monsanto, Jaime Costa, ingénieur agronome et directeur technique de Monsanto en Espagne. Il conseille à ses interlocuteurs d’aller consulter plusieurs réactions de scientifiques critiquant l’étude. Des scientifiques loin d’être indépendants...

Se présentant comme une entreprise indépendante « qui travaille à promouvoir les opinions de la communauté scientifique au Royaume-Uni pour les médias », le Science Media Center est en réalité financé à 70 % par les grands noms de l’industrie de la biotechnologie. BASF, Bayer, Novartis, CropLife International sont autant de bailleurs de fonds de cette entreprise.
Malgré le conflit d’intérêt évident, l’opération semble bien fonctionner. Trois des huit experts mentionnés sur le Science Media Center ont été repris par l’agence de presse Reuters. C’est le cas de Tom Sanders, directeur du département des sciences nutritionnelles au King’s College de Londres, qui note que « cette race de rat est particulièrement sujette aux tumeurs mammaires lorsque les ingestions de nourriture ne sont pas contrôlées ».
Mais aussi de Mark Tester, professeur à l’université d’Adelaïde en Australie qui s’est étonné que les précédentes études n’aient pas soulevé les mêmes inquiétudes. « Si les effets sont aussi importants que rapporté et que l’étude est vraiment pertinente concernant l’homme, pourquoi les Nord-Américains ne tombent-ils pas comme des mouches ? » interroge t-il. « Les OGM font partie de la chaîne alimentaire depuis une décennie là-bas et la longévité continue de s’accroître inexorablement ».
Le groupe de lobby des biotechnologies Europabio a également publié un communiqué de presse citant ces mêmes experts et énumérant un ensemble d’arguments pour tenter de discréditer la recherche. Pour le CEO, ce n’est « probablement que le début des tentatives de l’industrie des biotechnologies pour miner la crédibilité de cette nouvelle étude ». L’équipe du Criigen répond à ces critiques sur le site du Nouvel Observateur.
Traduction de l’espagnol : « Objet : Au sujet des recherches indépendantes sur les OGM.Le courriel a été révélé par l’Observatoire européen des entreprises (CEO). Le lien préconisé par le cadre de Monsanto renvoie vers le site du Science Media Centre, basé à Londres et présenté comme une source d’informations indépendante. Le centre publie huit réactions de scientifiques. Tous rejettent l’étude du Criigen.
Sur cette page (lien), vous pouvez lire l’opinion de quelques scientifiques indépendants sur cette nouvelle publication qui n’a pas été revue par l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) » [1].
Se présentant comme une entreprise indépendante « qui travaille à promouvoir les opinions de la communauté scientifique au Royaume-Uni pour les médias », le Science Media Center est en réalité financé à 70 % par les grands noms de l’industrie de la biotechnologie. BASF, Bayer, Novartis, CropLife International sont autant de bailleurs de fonds de cette entreprise.
Malgré le conflit d’intérêt évident, l’opération semble bien fonctionner. Trois des huit experts mentionnés sur le Science Media Center ont été repris par l’agence de presse Reuters. C’est le cas de Tom Sanders, directeur du département des sciences nutritionnelles au King’s College de Londres, qui note que « cette race de rat est particulièrement sujette aux tumeurs mammaires lorsque les ingestions de nourriture ne sont pas contrôlées ».
Mais aussi de Mark Tester, professeur à l’université d’Adelaïde en Australie qui s’est étonné que les précédentes études n’aient pas soulevé les mêmes inquiétudes. « Si les effets sont aussi importants que rapporté et que l’étude est vraiment pertinente concernant l’homme, pourquoi les Nord-Américains ne tombent-ils pas comme des mouches ? » interroge t-il. « Les OGM font partie de la chaîne alimentaire depuis une décennie là-bas et la longévité continue de s’accroître inexorablement ».
Le groupe de lobby des biotechnologies Europabio a également publié un communiqué de presse citant ces mêmes experts et énumérant un ensemble d’arguments pour tenter de discréditer la recherche. Pour le CEO, ce n’est « probablement que le début des tentatives de l’industrie des biotechnologies pour miner la crédibilité de cette nouvelle étude ». L’équipe du Criigen répond à ces critiques sur le site du Nouvel Observateur.
Notes
[1] Le CEO précise avoir changé des éléments pour protéger la source.La pseudo « récession » : mythes et surprises. Vers une Économie mixte (pressenza)
La pseudo « récession » : mythes et surprises. Vers une Économie mixte
http://www.pressenza.com/fr/2012/09/la-pseudo-recession-mythes-et-surprises-vers-une-economie-mixte/
Les agences de notation, l’OCDE et la Banque mondiale ne cessent de prévoir (et peut-être, d’induire) le pire pour l’économie mondiale, entraînant avec eux toujours plus de plans d’austérité, de réductions, de privatisations et d’AQ (rien à voir avec Assurance Qualité, il s’agit d’Assouplissement Quantitatif : le fait « d’imprimer de l’argent » sans vraiment en imprimer mais de le rendre accessible aux banques de manière électronique). L’UE exige que la Grèce, pays où le chômage touche de plus en plus d’habitants, rallonge son temps de travail par semaine (!?) et que les mesures de sauvetage des banques disparaissent dans les abîmes des paradis fiscaux. Les changements climatiques témoignent d’éventuelles catastrophes alors que les Chinois sont critiqués sur le fait qu’ils « lâchent » des panneaux solaires bon marché sur l’Europe et qu’ils accroissent leur empreinte carbone alors que nous externalisons leur production industrielle et que nous attendons d’eux qu’ils sauvent l’économie mondiale. Les alternatives économiques sensées (diverses et variées) sont tout bonnement rejetées. Il faut se méfier des apparences.
Actuellement, la philosophie de la finance à l’échelle mondiale est celle d’une culture de la société de consommation (« J’achète, donc je suis »), de production en série et de croissance économique, suivies par des périodes de « récession » durant lesquelles les entreprises les plus prospères poussent les plus faibles (en rachetant leurs parts…) vers une concentration progressive jamais vue auparavant. Choisir de faire des spéculations à la va-vite plutôt que des investissements sur le long terme entraîne une sorte d’incertitude et d’instabilité que seul le fait d’avoir beaucoup d’argent (jamais assez, en fait…) protège de cette image du système du futur. De ce fait, l’usage (futile) de l’argent peut à lui seul influencer les valeurs d’une société au détriment d’un processus créatif de production. Les relations humaines sont forcément marquées par cette idée d’insistance sur les caractéristiques de l’individualisme, de la compétition et du succès. L’industrie du spectacle remplace progressivement un vide existentiel. Nos sens sont stimulés par des images et des sons, mais également par l’opportunité de vivre une vie de héros, de célébrités et de victimes d’atrocités, une vie de princesse ou de meurtrier… Tout cela par procuration pendant que nous sommes confortablement installés dans notre salon. Pendant ce temps-là, les valeurs prônées par un système sous-jacent sont assimilées sans réserves.
Pourtant, il se peut parfois que quelque chose ne nous paraisse pas logique et nous amène à réfléchir : « Une femme meurt en se jetant du haut du toit d’un restaurant. L’endroit devient un lieu de suicide pour les employés (du quartier des affaires) de Londres. » Combien d’employés ? Trois. De brillants membres du secteur financier, entre 2007 et 2012. Trois histoires différentes mais qui nous rappellent évidemment les suicides collectifs des agents de change lors du krach des années 1930. Selon Macleans, il y aurait eu 6 décès liés au marché boursier de Wall Street en 2008. Selon plusieurs sources, il y aurait eu environ 23 000 morts en 1930. L’une des images liées au krach de Wall Street et qui restera à jamais gravée dans les mémoires : celle d’un agent de change désespéré tombé d’une fenêtre. Lors de la tentativa de sauvetage des banques en septembre dernier, des individus ont manifesté aux abords de la Bourse de New York en brandissant des pancartes avec écrit : « Allez, sautez ! E***lés ! ».
Fait intéressant : l’économiste américain John Kenneth Galbraith (1) a écrit, dans son livre La Crise économique de 1929, que selon les statistiques, le taux de suicides à New York n’aurait absolument pas augmenté lors du krach des années 1930. De même, il n’y aurait pas eu tant de cas de défenestration à Wall Street qu’on ne le pense. Au contraire, il s’agit d’un « mythe du suicide » issu de la croyance populaire suivante : les spéculateurs ruinés seraient prédisposés à s’autodétruire. « Les défenestrations en masse chez les banquiers étaient tellement présentes dans l’actualité que les trottoirs n’étaient plus considérés comme des endroits sûrs », selon l’historien Charles Geisst dans son livre Wall Street: A History. « Mais, malgré la médiatisation de ces décès, le phénomène a été limité. » Pourtant, à l’époque, 12 000 employés étaient licenciés, ce qui aurait pu accroître quotidiennement le nombre de suicides dus au chômage. (BBC)
Rejoindre le système de l’AQ, injecter de l’argent à l’économie, sauver les banques, tenter de maîtriser l’inévitable inflation qui en résulte, échouer et ré-instaurer de nouvelles mesures pour relancer l’économie. Dans quel but ? En Grande Bretagne, la richesse collective des 1 mille personnes les plus riches a augmenté de 30 % en 2010 à la suite de la crise économique. En Nouvelle-Zélande, celle des 150 premières a augmenté de 20 %. Pour faire simple, ce système de concentration de la richesse ne s’arrêtera pas tant que les règles n’auront pas changé. Qui plus est, « croissance » n’est pas synonyme de « bien-être ». A moins que les facteurs humains (et non monétaires) ne prennent les devants, nous ne serons pas en mesure de réagir face à la souffrance engendrée par ce système. Un suicide est toujours difficile à comprendre, surtout lorsque personne n’écoute les victimes. Agression ? Émeutes ? Violence domestique ? Racisme ? Abus de substances ? La faute à l’individu. Rien à voir avec la société.
Une crise ? Quelle crise ?
Les riches, les groupes pétroliers et pharmaceutiques, le commerce des armes… sont ceux à qui revient tout le profit. Mais ils ne sont pas les seuls à éviter la crise sans trop de difficultés. En fait, pas besoin de vendre son âme au diable pour rester économiquement viable. De nombreux exemples d’entreprises et de villes attachées à des principes moraux et humains témoignent d’une organisation tournée vers la stabilité et la croissance.
Beaucoup de gens sont étonnés de voir que le grand magasin chic John Lewis et ses filiales appartiennent aux salariés. Il s’agit là d’une coopérative, d’un partenariat où tous sont actionnaires et se reversent les parts (considérées comme des compléments de salaire) de manière équitable. Bien sûr, ils ont été affectés par une baisse de compléments, (équivalente à environ18 % de leur salaire) mais de seulement 3,5 % (pour la première fois en 3 ans). Il n’y a eu aucun licenciement. Au contraire, 4 400 nouveaux postes ont été créés.
Autre exemple : la Corporation Mondragón, une fédération de coopératives de travail associé basée en Espagne, dans la partie basque. Elle a été fondée en 1956 à Mondragón. Elle est actuellement la septième plus grosse entreprise espagnole en termes de rotation d’actifs et le numéro 1 des groupes d’entreprises du Pays basque. Fin 2011, elle a permis à 83 869 personnes d’obtenir un travail dans 256 entreprises intervenant dans quatre secteurs d’activités : la finance, l’industrie, la vente et l’enseignement. L’américain Richard D. Wolff, professeur d’économie, et plusieurs de ses confrères spécialistes, ont acclamé et félicité ce groupe d’entreprises pour leurs engagements concernant les salaires corrects versés aux employés, la participation de ces derniers aux prises de décisions et la mesure de parité hommes/femmes au travail. Ils font état de sa réussite et le considèrent comme un modèle de travail à part entière pouvant être une alternative au modèle capitaliste axé sur la production. Alors que le taux de chômage en Espagne est d’environ 22 %, la coopérative Mondragón a fait preuve d’une résistance impressionnante qui lui a permis de toucher ses parts provenant des répercussions économiques et d’en sortir indemne.
Juan Manuel Sánchez Gordillo, maire de Marinaleda en Andalousie (Espagne), est devenu célèbre pour ses vols organisés de nourriture dans des supermarchés, dans le but de la redistribuer aux plus pauvres. En 30 ans de mandat, il a mis en place un système de coopérative agricole à Marinaleda. Il n’a cessé de vouloir s’approprier les terres à des fins agricoles, les plus récentes étant des terres appartenant au Ministère de la Défense, de 1 200 hectares. Coopératives et Partage des biens : à Marinaleda, personne ne meurt de faim.
Pressenza a déjà publié le rapport du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, dans lequel il félicite les banques coopératives pour leur résistance en temps de crise.
Vers un système de coopératives… Uniquement monolithique ?
L’économiste argentin Guillermo Sulling, dans son essai « Économie Mixte: Au-delà du capitalisme » insiste sur l’importance de l’authenticité des formats dans un contexte de démocratie participative, l’Etat jouant un rôle de coordinateur plutôt que d’administrateur dissocié des besoins sociaux. En voici quelques extraits :
« Un système d’économie mixte devrait résoudre le problème de l’inégalité de la répartition des richesses à sa racine, en incluant les employés aux sources de bénéfices, à la propriété et à la gestion des entreprises… Il faudrait instaurer des réformes agricoles où des droits à l’héritage, rationnels et nécessaires, limiteraient les abus de pouvoir liés à l’économie, abus qui ont trop porté préjudice à l’humanité. Un système d’économie mixte mettrait un terme au contrôle monopolistique des ressources stratégiques et des services de base en s’engageant envers les droits de l’homme, comme le droit à la santé, à l’éducation publique et gratuite, fondés sur des critères d’excellence. Ce système mettrait un terme à l’exploitation insensée des ressources environnementales. Il ne dépendrait pas uniquement des initiatives des marchés concernant des investissements productifs et des créations d’emplois, mais également des politiques actives axées sur le développement, le suivi du secteur privé et des actions d’investissements. Ce système d’économie mixte en finirait avec la spéculation et l’usure des banques privées en instaurant un système bancaire d’intérêt à taux zéro. Il est en effet nécessaire de fusionner les intérêts sociaux et économiques pour qu’un système neuf en émerge, système où l’Etat subvient aux besoins de la population et gère l’économie, alors que cette même population se charge du fonctionnement et de la gestion de l’Etat. »
1. Parmi ses citations les plus célèbres : « En période de capitalisme, l’homme exploite l’homme. En période de communisme, c’est tout l’inverse. » « Le conservateur moderne est engagé dans l’un des exercices philosophiques moraux les plus anciens de l’humanité : la recherche d’une justification morale supérieure de l’égoïsme. » Keynésien dans l’âme, L’âge de l’incertitude (série diffusée par la BBC) a rendu Margaret Thatcher, alors à la tête du Parti conservateur, folle de rage. L’ultra néo-libéral Milton Friedman a dû se rendre à Chicago pour donner une conférence allant à l’encontre des points de vue économiques de Galbraith.
Traduction de l’anglais : Eva Delacoute
Actuellement, la philosophie de la finance à l’échelle mondiale est celle d’une culture de la société de consommation (« J’achète, donc je suis »), de production en série et de croissance économique, suivies par des périodes de « récession » durant lesquelles les entreprises les plus prospères poussent les plus faibles (en rachetant leurs parts…) vers une concentration progressive jamais vue auparavant. Choisir de faire des spéculations à la va-vite plutôt que des investissements sur le long terme entraîne une sorte d’incertitude et d’instabilité que seul le fait d’avoir beaucoup d’argent (jamais assez, en fait…) protège de cette image du système du futur. De ce fait, l’usage (futile) de l’argent peut à lui seul influencer les valeurs d’une société au détriment d’un processus créatif de production. Les relations humaines sont forcément marquées par cette idée d’insistance sur les caractéristiques de l’individualisme, de la compétition et du succès. L’industrie du spectacle remplace progressivement un vide existentiel. Nos sens sont stimulés par des images et des sons, mais également par l’opportunité de vivre une vie de héros, de célébrités et de victimes d’atrocités, une vie de princesse ou de meurtrier… Tout cela par procuration pendant que nous sommes confortablement installés dans notre salon. Pendant ce temps-là, les valeurs prônées par un système sous-jacent sont assimilées sans réserves.
Pourtant, il se peut parfois que quelque chose ne nous paraisse pas logique et nous amène à réfléchir : « Une femme meurt en se jetant du haut du toit d’un restaurant. L’endroit devient un lieu de suicide pour les employés (du quartier des affaires) de Londres. » Combien d’employés ? Trois. De brillants membres du secteur financier, entre 2007 et 2012. Trois histoires différentes mais qui nous rappellent évidemment les suicides collectifs des agents de change lors du krach des années 1930. Selon Macleans, il y aurait eu 6 décès liés au marché boursier de Wall Street en 2008. Selon plusieurs sources, il y aurait eu environ 23 000 morts en 1930. L’une des images liées au krach de Wall Street et qui restera à jamais gravée dans les mémoires : celle d’un agent de change désespéré tombé d’une fenêtre. Lors de la tentativa de sauvetage des banques en septembre dernier, des individus ont manifesté aux abords de la Bourse de New York en brandissant des pancartes avec écrit : « Allez, sautez ! E***lés ! ».
Fait intéressant : l’économiste américain John Kenneth Galbraith (1) a écrit, dans son livre La Crise économique de 1929, que selon les statistiques, le taux de suicides à New York n’aurait absolument pas augmenté lors du krach des années 1930. De même, il n’y aurait pas eu tant de cas de défenestration à Wall Street qu’on ne le pense. Au contraire, il s’agit d’un « mythe du suicide » issu de la croyance populaire suivante : les spéculateurs ruinés seraient prédisposés à s’autodétruire. « Les défenestrations en masse chez les banquiers étaient tellement présentes dans l’actualité que les trottoirs n’étaient plus considérés comme des endroits sûrs », selon l’historien Charles Geisst dans son livre Wall Street: A History. « Mais, malgré la médiatisation de ces décès, le phénomène a été limité. » Pourtant, à l’époque, 12 000 employés étaient licenciés, ce qui aurait pu accroître quotidiennement le nombre de suicides dus au chômage. (BBC)
Rejoindre le système de l’AQ, injecter de l’argent à l’économie, sauver les banques, tenter de maîtriser l’inévitable inflation qui en résulte, échouer et ré-instaurer de nouvelles mesures pour relancer l’économie. Dans quel but ? En Grande Bretagne, la richesse collective des 1 mille personnes les plus riches a augmenté de 30 % en 2010 à la suite de la crise économique. En Nouvelle-Zélande, celle des 150 premières a augmenté de 20 %. Pour faire simple, ce système de concentration de la richesse ne s’arrêtera pas tant que les règles n’auront pas changé. Qui plus est, « croissance » n’est pas synonyme de « bien-être ». A moins que les facteurs humains (et non monétaires) ne prennent les devants, nous ne serons pas en mesure de réagir face à la souffrance engendrée par ce système. Un suicide est toujours difficile à comprendre, surtout lorsque personne n’écoute les victimes. Agression ? Émeutes ? Violence domestique ? Racisme ? Abus de substances ? La faute à l’individu. Rien à voir avec la société.
Une crise ? Quelle crise ?
Les riches, les groupes pétroliers et pharmaceutiques, le commerce des armes… sont ceux à qui revient tout le profit. Mais ils ne sont pas les seuls à éviter la crise sans trop de difficultés. En fait, pas besoin de vendre son âme au diable pour rester économiquement viable. De nombreux exemples d’entreprises et de villes attachées à des principes moraux et humains témoignent d’une organisation tournée vers la stabilité et la croissance.
Beaucoup de gens sont étonnés de voir que le grand magasin chic John Lewis et ses filiales appartiennent aux salariés. Il s’agit là d’une coopérative, d’un partenariat où tous sont actionnaires et se reversent les parts (considérées comme des compléments de salaire) de manière équitable. Bien sûr, ils ont été affectés par une baisse de compléments, (équivalente à environ18 % de leur salaire) mais de seulement 3,5 % (pour la première fois en 3 ans). Il n’y a eu aucun licenciement. Au contraire, 4 400 nouveaux postes ont été créés.
Autre exemple : la Corporation Mondragón, une fédération de coopératives de travail associé basée en Espagne, dans la partie basque. Elle a été fondée en 1956 à Mondragón. Elle est actuellement la septième plus grosse entreprise espagnole en termes de rotation d’actifs et le numéro 1 des groupes d’entreprises du Pays basque. Fin 2011, elle a permis à 83 869 personnes d’obtenir un travail dans 256 entreprises intervenant dans quatre secteurs d’activités : la finance, l’industrie, la vente et l’enseignement. L’américain Richard D. Wolff, professeur d’économie, et plusieurs de ses confrères spécialistes, ont acclamé et félicité ce groupe d’entreprises pour leurs engagements concernant les salaires corrects versés aux employés, la participation de ces derniers aux prises de décisions et la mesure de parité hommes/femmes au travail. Ils font état de sa réussite et le considèrent comme un modèle de travail à part entière pouvant être une alternative au modèle capitaliste axé sur la production. Alors que le taux de chômage en Espagne est d’environ 22 %, la coopérative Mondragón a fait preuve d’une résistance impressionnante qui lui a permis de toucher ses parts provenant des répercussions économiques et d’en sortir indemne.
Juan Manuel Sánchez Gordillo, maire de Marinaleda en Andalousie (Espagne), est devenu célèbre pour ses vols organisés de nourriture dans des supermarchés, dans le but de la redistribuer aux plus pauvres. En 30 ans de mandat, il a mis en place un système de coopérative agricole à Marinaleda. Il n’a cessé de vouloir s’approprier les terres à des fins agricoles, les plus récentes étant des terres appartenant au Ministère de la Défense, de 1 200 hectares. Coopératives et Partage des biens : à Marinaleda, personne ne meurt de faim.
Pressenza a déjà publié le rapport du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, dans lequel il félicite les banques coopératives pour leur résistance en temps de crise.
Vers un système de coopératives… Uniquement monolithique ?
L’économiste argentin Guillermo Sulling, dans son essai « Économie Mixte: Au-delà du capitalisme » insiste sur l’importance de l’authenticité des formats dans un contexte de démocratie participative, l’Etat jouant un rôle de coordinateur plutôt que d’administrateur dissocié des besoins sociaux. En voici quelques extraits :
« Un système d’économie mixte devrait résoudre le problème de l’inégalité de la répartition des richesses à sa racine, en incluant les employés aux sources de bénéfices, à la propriété et à la gestion des entreprises… Il faudrait instaurer des réformes agricoles où des droits à l’héritage, rationnels et nécessaires, limiteraient les abus de pouvoir liés à l’économie, abus qui ont trop porté préjudice à l’humanité. Un système d’économie mixte mettrait un terme au contrôle monopolistique des ressources stratégiques et des services de base en s’engageant envers les droits de l’homme, comme le droit à la santé, à l’éducation publique et gratuite, fondés sur des critères d’excellence. Ce système mettrait un terme à l’exploitation insensée des ressources environnementales. Il ne dépendrait pas uniquement des initiatives des marchés concernant des investissements productifs et des créations d’emplois, mais également des politiques actives axées sur le développement, le suivi du secteur privé et des actions d’investissements. Ce système d’économie mixte en finirait avec la spéculation et l’usure des banques privées en instaurant un système bancaire d’intérêt à taux zéro. Il est en effet nécessaire de fusionner les intérêts sociaux et économiques pour qu’un système neuf en émerge, système où l’Etat subvient aux besoins de la population et gère l’économie, alors que cette même population se charge du fonctionnement et de la gestion de l’Etat. »
1. Parmi ses citations les plus célèbres : « En période de capitalisme, l’homme exploite l’homme. En période de communisme, c’est tout l’inverse. » « Le conservateur moderne est engagé dans l’un des exercices philosophiques moraux les plus anciens de l’humanité : la recherche d’une justification morale supérieure de l’égoïsme. » Keynésien dans l’âme, L’âge de l’incertitude (série diffusée par la BBC) a rendu Margaret Thatcher, alors à la tête du Parti conservateur, folle de rage. L’ultra néo-libéral Milton Friedman a dû se rendre à Chicago pour donner une conférence allant à l’encontre des points de vue économiques de Galbraith.
Traduction de l’anglais : Eva Delacoute
vendredi 21 septembre 2012
L’austérité, mais dans le calme par Frédéric Lordon
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L’austérité, mais dans le calme
mercredi 19 septembre 2012, par Frédéric Lordon
C’est à cette merveille d’intelligence que la zone euro semble avoir décidé de s’adonner depuis trois ans – en tout cas jusqu’à la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) du 6 septembre. Les pays en détresse n’ont même pas à appuyer sur l’accélérateur, ils roulent tout seuls vers l’abîme et à tombeau ouvert. A leur côté, la BCE, qui peut les sauver, roule en parallèle mais en les regardant sans rien faire tant qu’elle n’aura pas la certitude que les « assistés » s’engagent irrévocablement dans un programme d’austérité – c’est-à-dire à souffrir mort et passion… A ce compte-là, les pays en difficulté entraînent toute la zone euro dans l’effondrement, le seul moyen qu’aient trouvé les institutions européennes de les « aider » les tuant plus sûrement. La BCE quant à elle ne bouge pas, tétanisée par les querelles byzantines de définition de son mandat, et prête à n’intervenir inconditionnellement qu’au tout dernier moment – c’est-à-dire trop tard. Pendant ce temps le bord du gouffre se rapproche gaillardement…
L’aléa moral ou le symptôme
de la Désunion européenne

« Aléa moral » est le nom technique donné à la méfiance interne qui ravage une Europe méritant chaque jour un peu moins le nom d’Union – à supposer qu’elle ait jamais pu le revendiquer. Car la dissociation est partout : entre les Etats, entre les institutions – et puis aussi, plus grave, entre les peuples (Allemands contre Grecs, Grecs contre Allemands, Finlandais ayant soupé de l’Europe et des Européens, extrêmes droites un peu partout… L’Europe demandait à être jugée à l’aune de la paix et de l’amitié entre les peuples, nous y sommes…) En tout cas, voilà maintenant les Etats dominants prisonniers du piège qu’ils ont eux-mêmes armé : l’Allemagne et ses affidés, s’appuyant sur la contrainte des marchés obligataires, mais autant de leur propres penchants, imposent à toute la zone euro des politiques d’austérité dont on pouvait savoir dès 2010 qu’elles iraient infailliblement à l’échec – c’est d’ailleurs cette catastrophe annoncée qui s’actualise comme au ralenti depuis deux ans, portée par l’implacable tempo de la macroéconomie.Alignée sur l’Allemagne (à quelques détails près), la BCE ne redoute rien tant que les Etats aidés ne s’abandonnent à une molle langueur et cessent leurs « efforts » de « réforme » sitôt qu’on les aura allégés d’un peu de pression. Faire pression : voilà le maître-mot, l’obsession des Etats dominants et des institutions européennes à l’encontre des Etats en difficulté ; les maintenir sous pression, oui sous une saine pression, seul moyen de leur faire faire enfin un peu de « réforme » ; c’est pourquoi à la pression des marchés obligataires qui coupent l’accès au refinancement des Etats, on ajoutera la pression auxiliaire du secours européen refusé ou atermoyé, pour que, bien pris à la gorge, les « assistés » n’aient plus d’autre solution que de se jeter dans les pattes de la conditionnalité – et alors tout y passe : effectifs et rémunérations de la fonction publique, équarrissage de la protection sociale, notamment des retraites, déréglementations inespérées (des professions protégées, du marché du travail), privatisations à gogo, un régal. Il ferait beau voir dans ces conditions que la BCE intervienne tant soit peu en avance, au risque que les intéressés retrouvant un peu d’air n’aient plus le goût de l’apnée volontaire.
Mais voilà où la gestion malavisée de l’aléa moral rejoint – rejoignait ? – le chicken game (à la con) : 1) la BCE refuse d’intervenir car il n’y a, par construction, aucune conditionnalité accompagnant son action : la banque centrale ne noue pas de relation avec des Etats mais s’adresse à l’open market ou bien aux banques ; 2) plus la BCE tente de maintenir son bras de fer, plus les Etats fragiles se rapprochent du point de bail-out, c’est-à-dire du passage par la case FESF (le Fonds européen de stabilité financière [1])… précisément là où la BCE veut les envoyer, puisque le FESF, lui, dispose des armes de la conditionnalité ; or 3) si le FESF a su absorber les sauvetages grecs, irlandais et portugais, il en irait tout autrement si l’Espagne et l’Italie se présentaient au guichet ; 4) la BCE voit se rapprocher le bord du précipice mais ne veut pas sauter de la voiture en premier, elle attend le point de catastrophe, celui où tout explose pour de bon puisque tant qu’on n’y est pas totalement, il reste, par définition, une possibilité que les assistés potentiels s’avouent des assistés réels – et, réduits à toquer à la porte du FESF, se laissent saisir par la conditionnalité.
Evidemment, tout aurait été plus facile, et pour tout le monde, si la BCE était intervenue dès le départ pour racheter les dettes souveraines et éviter les envolées absurdes de taux qui ont précipité certains Etats dans des situations impossibles. Mais pour la BCE, bien d’accord en cela avec l’Allemagne, « plus facile », c’est toujours « trop facile ».
La BCE : survivre aussi

Comme on l’a fait remarquer dès le début, le jeu idiot a pour désagréable propriété de menacer jusqu’à l’intégrité du « gagnant ». La chose n’a pas échappé à la BCE qui s’est trouvée mise sous tension croissante à mesure de ses propres refus. Car abandonner les pays en difficulté, sous prétexte de les forcer à la vertu macroéconomique (en les contraignant à l’ajustement structurel), a eu pour unique résultat de répandre la pourriture dans la zone euro au point où l’existence même de la monnaie unique s’est trouvée mise en jeu. Qui eût cru il y a encore cinq ans que les dirigeants européens auraient à se fendre de déclarations solennelles pour jurer que « l’euro est irréversible » et que « tout sera fait pour qu’il en soit ainsi » ? Comme pour la vertu de la femme de César, il est à craindre qu’il ne soit trop tard quand la question est simplement posée. Or la BCE veut bien jouer au chicken game mais pas jusqu’au bout tout de même puisque, mine de rien, avec la survie de l’euro, il y va… de la sienne propre ! Plus d’euro, plus de BCE : c’est un argument que même la BCE comprend.Et qui lui donne à penser. Davantage qu’à l’Allemagne, en passant, à propos de laquelle on pourrait assez facilement construire une rationalité d’abandon de la monnaie unique et de retour au mark – certes beaucoup d’exportations perdues à la clé, mais au moins le respect enfin garanti à nouveau des sacro-saints principes de la politique monétaire ; on propose d’ailleurs à ce sujet la conjecture suivante : si l’Allemagne se trouve un jour en situation de devoir faire un choix exclusif entre l’euro et ses principes, elle choisira ces derniers (c’est-à-dire un néo-deutschmark).
La BCE en revanche n’a à choisir qu’entre l’être et le néant… Or, comme toute institution – comme toute chose – elle aspire à persévérer dans son être. C’est pourquoi elle se trouve à gérer des compromis extraordinairement délicats entre 1) son désir de survie, 2) ses principes constitutifs, et 3) ses puissances tutélaires – essentiellement l’Allemagne. Il lui faut donc trouver l’étroit passage qui lui permettrait de sauver l’euro (et elle avec…) (objectif 1) ; tout en accordant le moins possible aux Etats en difficulté, mais un peu quand même, car à simplement prolonger la stratégie de ces dernières années, tout finira au chaos (objectif 2) ; accorder « un peu », donc, mais pas trop au risque que ce soit toujours trop pour l’Allemagne (objectif 3) qui, par Bundesbank interposée dit non à tout (et elle peut se le permettre sans risquer de cesser d’exister).
On en était là lorsque Mario Draghi a choisi de faire un pas plus résolu du côté de sa survie – c’était le 26 juillet et la déclaration qu’il était prêt à faire tout ce qu’il faudra pour sauver l’euro, « believe me », a suffisamment frappé les esprits. Il aura fallu tout de même un bon mois pour que la BCE joigne le geste à la parole et se décide, le 6 septembre, à annoncer un programme d’intervention illimité sur les marchés secondaires des titres souverains attaqués (dit OMT pour Outright Money Transaction). De cette sortie, promise à des effets retentissants et cette fois plus durables que le programme LTRO [2] en direction des banques, le commentariat européiste s’empresse déjà de chanter qu’elle a sauvé l’euro – Eric Le Boucher dans un élan de bonheur à la limite de l’humidité ne s’exclame-t-il pas : « Que de bonnes nouvelles venues d’Europe ! » [3] Du point de vue des populations malheureusement il y a matière à se demander ce qu’il faut vraiment penser de la « bonne nouvelle » et si, pourtant longtemps appelée, cette intervention de la BCE n’est pas en fait la pire des solutions : celle qui stabilise le système tout en maintenant intacts ses catastrophiques fonctionnements internes.
Une stabilisation pour le pire

A l’évidence le programme OMT a pour finalité de contrôler les taux d’intérêt souverains et d’éviter les embardées que leur imposent les paniques spéculatives autoréalisatrices. Mais sur quelles échéances et pour viser quelle valeur-consigne ? Seules les maturités entre un an et trois ans seront soulagées, manière de dire que les taux de refinancement souverains redeviendront humains pour un petit moyen terme seulement – il ne s’agirait pas que les Etats s’imaginent pouvoir sécuriser de la ressource financière bon marché à dix ans… Des taux « humains » mais de combien au juste ? Cela, on ne le saura pas. La BCE a refusé d’indiquer des valeurs-cibles auxquelles ramener les taux d’intérêt, une autre façon de maintenir le rapport de force dans la gestion de l’aléa moral puisque les Etats ne pourront jamais jouir d’avance d’un coût de ressource garanti, et que la BCE se réserve la latitude de les menacer de nouveau si jamais ils ne se tenaient pas à carreau – soit repartir pour une manche de chicken game…Disons également que cette incertitude a sa part de vertu quand elle s’exerce en direction des marchés financiers qui, ne connaissant pas les cibles de la BCE, se sentiront toujours exposés au risque de l’avoir dépassée et de se faire « taper » par une intervention blitz. Ceci mis à part, la BCE fait donc tout pour garder les Etats fautifs « dans sa main » – et pour avoir la possibilité de serrer à la moindre incartade. Elle fait même davantage encore puisque les interventions OMT ne se feront qu’à la condition d’expédier le pays bénéficiaire dans les pattes du FESF, c’est-à-dire de la Troïka et de ses humanistes. Comble presque esthétique de l’empapaoutage, du fait même du programme OMT on verra peut-être certains pays passer par la case « conditionnalité » mais sans toucher les euros du FESF ! – puisque la BCE « les aide déjà »…
Si l’on n’avait en tête la longue permanence de l’Allemagne dans ses obsessions monétaristes, on finirait presque par se demander quelle aberration a retenu si longtemps la BCE de jouer ce coup en fait assez efficace. Assez efficace, il l’est car il a la propriété d’opérer la pire des stabilisations possibles, la stabilisation du « système » seul, entendre par là l’attelage mi-conflictuel mi-complice des marchés et des politiques européennes orthodoxes – les populations n’entrent pas dans cette définition du système. Présumant que, même si elle ne le dit pas, la BCE doit avoir une petite idée des taux plafonds, la finance va cesser de s’emballer et revenir au calme ; de leur côté, persuadés que ces taux plafonds seront fixés suffisamment haut pour ne pas rendre la vie trop facile aux Etats bénéficiaires, le cartel orthodoxe est bien assuré que l’agenda néolibéral de l’austérité reste d’une inaltérable actualité.
Nous voilà donc entrés dans ce qu’on pourrait appeler un régime d’austérité sub-atroce, en fait le pire de tous, en tout cas du point de vue du « hors système » – les populations. Sub-, car à l’évidence, à objectif de déficit équivalent, la restriction est un peu moindre avec des taux d’intérêt de 4 % que de 7-8 % (ou plus). Mais -atroce toujours car, tout autant d’évidence, les programmes d’ajustement structurel ne connaîtront pas le moindre ralentissement significatif. Il devrait donc être bien clair que les contradictions profondes des politiques économiques européennes demeureront, parfaitement inentamées : la coordination des restrictions nationales continuera de produire sans coup férir la récession régionale. Mais dans un environnement financier (temporairement) déshystérisé par les stabilisateurs du programme OMT.
Non plus l’austérité, mais l’austérité dans le calme…

Combien de temps en durera l’effet sédatif, nul ne peut le dire avec certitude. Mais, avec une bonne probabilité, suffisamment longtemps pour désamorcer la dynamique d’explosion de l’euro telle qu’elle menaçait de devenir critique depuis cet été. Voilà donc le splendide résultat que va produire, un temps, l’intervention de la BCE : en lieu et place de l’austérité tout court, l’austérité dans le calme – dans le calme des marchés bien sûr. Dans ce petit moyen terme, les populations, qui n’avaient plus pour elles que les espérances paradoxales du pire, c’est-à-dire la perspective d’en finir avec leurs souffrances par l’effondrement endogène de la construction monétaire européenne, les populations, donc, vont replonger de plus belle dans l’ajustement structurel sans même le secours des contradictions européennes, temporairement contenues par la BCE, et dont la divergence constituait la seule manière de mettre un terme à leurs épreuves. Car c’est à cela qu’en étaient réduits les peuples européens : à attendre le soulagement de l’explosion générale ! radieuse perspective politique, on en conviendra. Même cette issue de désespoir est désormais fermée…En tout cas pour quelque temps. Il est bien certain en effet que, pendant la période de stabilisation, la macroéconomie continue de faire son œuvre, et la restriction d’engendrer implacablement la récession. Même sachant la BCE dévouée à se charger de titres souverains, les marchés obligataires recommenceront à tiquer de voir les déficits se réduire aussi lentement, c’est-à-dire les ratios de dette continuer d’exploser, les objectifs troïkesques indéfiniment différés, etc. A ce moment là, de nouveau, il faudra inventer quelque chose, et le cartel orthodoxe se trouvera reconduit à ses contradictions fondamentales : car, sauf à être un patch de plus, le « quelque chose » en question supposera de détendre l’une des contraintes constitutives du cartel, soit, au minimum, jeter à la rivière les principes « allemands » pour adopter des politiques macroéconomiques enfin contracycliques et « neutraliser » d’une manière ou d’une autre le fléau des marchés obligataires, pour laisser à ces politiques le temps de faire leur travail dans le calme.
Pour l’heure, nous voilà dans cette épaisse mouscaille où la BCE a sorti le scotch extra-large pour empêcher l’euro de s’effondrer en pièces façon 2CV de Bourvil dans Le Corniaud (« elle va marcher beaucoup moins bien forcément »), où Hollande pense avoir honoré ses promesses en ramenant des cacahuètes de croissance d’un sommet bruxellois, se croit par là autorisé à faire ratifier hors de toute consultation populaire le traité concocté par son prédécesseur, et nourrit par là même le grief très bien fondé de l’indifférenciation UMPS, pour ouvrir des boulevards à la « différence » FN, et où, pour finir, le colmatage de fortune de la BCE laisse l’austérité pour seul horizon, avec d’autant moins d’appel qu’elle est maintenant présentée comme la contrepartie naturelle de cette insigne faveur…
En un raccourci politique saisissant qui dit tout de l’abîme creusé entre elles, l’oligarchie européiste reprend espoir au moment précis où les populations sont jetées au tréfonds du désespoir.
C’est pourquoi il va bientôt falloir passer à autre chose [4].
Notes
[1] Bientôt prolongé-remplacé par le MES, Mécanisme européen de stabilité.[2] Long Term Refinancing Operations, programme qui a permis à la BCE (fin 2011, début 2012) de mettre à disposition des banques privées presque un trillion d’euros à trois ans, échéance extraordinaire pour une intervention de banque centrale.
[3] Slate, 15 septembre 2012.
[4] Dont on reparlera bientôt…
Les Economistes atterrés mettent en garde contre le Traité Budgétaire
Communiqués
Les Economistes atterrés mettent en garde contre le Traité Budgétaire
18 Septembre 2012 - 14:47 par Henri Sterdyniak
Nous intervenons ici, en tant qu’économistes, pour mettre en garde contre les dangers que comporte le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Union économique et monétaire. Ce Pacte budgétaire marque une nouvelle étape de deux offensives, celle des libéraux contre la pratique keynésienne de la politique économique, celle des instances européennes contre l’autonomie des politiques budgétaires nationales.
Ce Traité ne s’attaque pas aux causes de la crise financière : l’aveuglement et l’avidité des marchés financiers, l’éclatement des bulles financières et immobilières induites par la financiarisation, le gonflement des inégalités de revenus permis par la concurrence effrénée entre pays favorisée par la mondialisation.
Il ne s’attaque pas aux causes de la crise de la zone Euro : l’absence d’une réelle coordination des politiques économiques ayant l’emploi comme objectif, le déséquilibre provoqué par la recherche d’excédents des pays du Nord, l’interdiction inscrite dans la Constitution européenne de financement des États par la BCE, ce qui permet à la spéculation de se déclencher alors qu’elle est impuissante contre les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni pourtant plus endettés que la zone euro.
Le Traité entérine les politiques d’austérité, suivies depuis trois ans, qui enfoncent l’Europe dans une récession sans fin, qui aggravent la mise en cause le modèle social européen, qui plongent des millions d’européens, en premier lieu les jeunes, dans le chômage et des millions de famille dans la pauvreté.
Le Pacte budgétaire repose sur un diagnostic erroné. Le coupable serait le manque de discipline budgétaire. Pourtant, les pays de la zone euro ne se caractérisaient pas avant la crise par des déficits publics particulièrement forts : sur les trois années d’avant crise (2004-07), les États-Unis avaient un déficit de 2,8% du PIB, le Royaume-Uni de 2,9%, le Japon de 3,6%, la zone euro de 1,5%, nettement moins que le montant des investissements publics ou le niveau requis pour stabiliser la dette. Seule, la Grèce présentait un déficit public élevé. En fait, les instances européennes polarisées sur le respect aveugle de normes arbitraires, soucieuses d’affirmer leur contrôle sur les politiques nationales, ont laissé grandir les déséquilibres en Europe entre les pays du Nord qui accumulaient les excédents et les pays du Sud entrainés par une bulle immobilière. Elles ont nié les périls que faisait courir la dérégulation financière.
Selon l’article 1 du Traité, les règles seraient « destinées à renforcer la coordination des politiques économiques ». Mais des contraintes numériques sur les dettes et déficits publics, qui ne tiennent pas compte de la situation économique, ne peuvent être considérées comme une coordination des politiques économiques.
Selon l’article 3, les pays devront maintenir un quasi-équilibre des finances publiques (soit un déficit public structurel inférieur à 0,5% du PIB), ce qui n’a aucun fondement économique. La vraie « règle d’or des finances publiques » justifie, au contraire que les investissements publics soient financés par l’endettement. Dans le cas de la France, cela autorise un déficit public structurel de l’ordre de 2,4% du PIB.
Le même article impose aux pays « une convergence rapide vers cet objectif », convergence qui serait proposée par la Commission, sans tenir compte de la situation conjoncturelle. Les pays perdraient donc leur liberté d’action. Ainsi, pour 2013, la France se voit contrainte d’atteindre un déficit de 3% du PIB, donc de pratiquer une politique récessive en période de dépression, d’autant plus récessive même que les prévisions économiques sont faibles.
Un mécanisme automatique serait mis en place pour réduire le déficit. Là encore, un pays se verrait imposer sa politique budgétaire. S’il a un déficit structurel de 3 points du PIB, il devra avoir l’année suivante un déficit structurel de 2 points, donc faire des efforts pour 1 point de PIB, quelle que soit l’évolution économique. Un pays frappé d’un ralentissement économique n’aura pas le droit de faire une politique de soutien.
L’objectif du Traité est bien de réaliser le rêve de toujours des libéraux : paralyser les politiques budgétaires, imposer coûte que coûte l’équilibre budgétaire. Il tourne le dos aux enseignements de 75 ans de théorie macroéconomique.
Le Traité s’appuie sur la notion de déficit structurel, c’est-à-dire le solde public corrigé du solde conjoncturel. C’est le déficit des finances publiques que connaîtrait le pays si sa production était à son niveau d’équilibre, la production potentielle. Il doit être évalué, selon diverses théories, par diverses méthodes. Sa mesure dépend de la méthode utilisée ; elle est plus que problématique, en particulier dans les périodes cruciales, celles de dépression ou de chocs macroéconomiques. En fait, ce sont les évaluations de la Commission qui devront être utilisées. Or celles-ci ont deux défauts : elles varient fortement au cours du temps, ainsi, les estimations de production potentielle faite pour 2006 ont été fortement abaissées en 2008 : elles sont toujours proches de la production effective, puisque cette méthode considère comme structurelle la baisse du capital due à la chute de l’investissement durant une crise : elle sous-estime le déficit conjoncturel et obligerait à faire des politiques pro-cycliques. Ainsi, la Commission estime-t-elle que l’écart de production (l’écart entre la production potentielle est la production effective) n’est que de 2,8% en 2012 pour la France (soit un déficit structurel à 3%), alors que d’autres méthodes aboutissent à un écart de production de 8% (et donc un déficit structurel de 0,5%). La politique économique peut-elle être dépendre de telles estimations ?
L’objectif de déficit structurel pourra être abaissé à 1% si la dette est en dessous de 60% du PIB. Un pays qui a en moyenne une croissance de 2% l’an et une inflation de 2% et qui maintient indéfiniment un déficit de 1% du PIB, voit sa dette converger vers 25% du PIB. Or rien ne garantit que l’équilibre macroéconomique peut être assuré avec des valeurs a priori : une dette de 25% du PIB ; un déficit de 1% du PIB. Inscrire cela dans la Constitution est aussi fondé que d’y écrire : « les hommes devront peser 70 kg et les femmes 50 »
Les États membres devront inscrire la règle d’équilibre budgétaire et le mécanisme de correction automatique dans leur Constitution, ou si cela est impossible, dans un dispositif contraignant et permanent. Ainsi, des dispositifs flous, inapplicables, sans fondement économiques, seraient gravés dans le marbre.
Les pays membres devront mettre en place des institutions indépendantes chargées de vérifier le respect de la règle d’équilibre budgétaire et de la trajectoire d’ajustement. C’est un pas supplémentaire vers la technocratisation complète de la politique économique. Ces institutions indépendantes auront-elles le droit de remettre en cause la règle, si celle-ci ne correspond pas aux nécessités de la conjoncture ?
Selon l’article 4, un pays dont le ratio dette/PIB dépasse 60% du PIB devra réduire ce ratio d’au moins un vingtième de l’écart avec 60 % chaque année. Cela suppose qu’un ratio de 60% est un chiffre optimal réalisable par tous les pays. Or, des pays comme l’Italie ou la Belgique, avaient depuis des décennies des dettes publiques de 100% du PIB (le Japon de 200% même), sans déséquilibre car ces dettes correspondent à des forts taux d’épargne des ménages.
Selon l’article 5, un pays soumis à une « procédure de déficit excessif » (PDE) devra soumettre son budget et un programme de réformes structurelles à la Commission et au Conseil, qui devront l’approuver et en suivre la mise en place. Cet article est une nouvelle arme pour permettre d’imposer aux peuples des réformes libérales. Aujourd’hui, la quasi-totalité des pays de l’UE (21 sur 27) sont soumis à des PDE ; ils n’ont pas besoin de réformes libérales, mais de croissance sociale et écologique. A moins que par réformes structurelles, le Traité n’entende des mesures visant à briser la domination des marchés financiers, à augmenter l’imposition sur les plus riches et les grandes entreprises, à financer la transition écologique.
Selon l’article 7, les propositions de la Commission seront automatiquement adoptées sauf si se dégagent contre elles une majorité qualifiée, le pays en question ne votant pas. Ainsi, en pratique, la Commission aura toujours le dernier mot.
Ce projet impose des politiques budgétaires quasi automatiques, il interdit toute politique de soutien de l’activité. Or celles-ci sont indispensables pour la stabilisation économique Fin 2008, le FMI, le G20 et la Commission européenne ont demandé aux pays d’entreprendre de telles politiques. Faut-il les interdire quatre ans après ?
Selon le Traité, chaque pays doit prendre isolément des mesures restrictives sans tenir compte de sa situation conjoncturelle et des politiques des partenaires. Le Traité fait l’hypothèse implicite que le multiplicateur keynésien est nul, que les politiques budgétaires restrictives n’ont pas d’impact sur l’activité. Aujourd’hui, à la mi-2012, cela impose que la plupart des pays pratiquent des politiques d’austérité alors que la cause des déficits publics est globalement un niveau insuffisant de production et d’emploi due à l’éclatement de la bulle financière.
Le souhait du nouveau gouvernement français de renégocier le TSCG a abouti le 29 juin à un Pacte pour la croissance et l’emploi. Malgré son titre, celui-ci n’est pas le symétrique du Pacte Budgétaire. Il ne comporte aucun objectif précis en termes d’emploi ou de croissance. Pour l’essentiel, il ne fait que reprendre des projets déjà engagés, généralement d'inspiration libérale : la stratégie Europe 2020, la nécessité de garantir la viabilité des systèmes de retraite (c’est-à-dire de reporter l’âge de la retraite ou de réduire le niveau des pensions), d’améliorer la qualité des dépenses publiques (ce qui signifie souvent réduire les dépenses sociales jugées improductives, en augmentant les aides aux entreprises), de favoriser la mobilité de la main d’œuvre, d’ouvrir la concurrence en matière de services, d’énergie, de marchés publics. Le Pacte reconnait qu’il n’y a pas d’accord sur une taxe sur les transactions financières ; il ne fait qu’ouvrir la porte à une coopération renforcée, un accord entre certains pays, sans le Royaume-Uni et le Luxembourg, ce qui en limitera fortement la portée. Les mesures de relance, à proprement parler, sont limitées, pour ne pas dire inexistantes. Il est question de 120 milliards soit 1% du PIB de la zone, mais sur un laps de temps indéfini, alors que les programmes d’austérité nationales représentent 240 milliards par an. Ces 120 milliards se décomposent entre une hausse prévue de 60 milliards de la capacité de prêt de la BEI grâce à une hausse de 10 milliards d’euros de son capital ; une émission envisagée de 5 milliards d’obligations de projets destinés à financer des projets d’infrastructures, enfin l’affectation à « des mesures destinées à dynamiser la croissance » de 55 milliards de fonds structurels qui étaient déjà disponibles. Dans les trois cas, rien n’assure qu’il n’y aura effectivement des fonds supplémentaires engagés. Ainsi, le Pacte apparaît-il surtout comme une concession de façade permettant au gouvernement français de ratifier le Pacte Budgétaire.
Le Traité ne remet pas en cause l’absence de garantie des dettes publiques par la BCE ; il ne prévoit pas l’émission d’euro-obligations ; le Mécanisme de Européen de Solidarité ne prévoit d’aider que les pays qui auront ratifié et respecté le Traité. Le pays aidé perdra toute autonomie, devra soumettre sa politique économique à la Troïka (la Commission, la BCE, le FMI) et devra s’engager dans une politique restrictive, qui comme le montre les exemples de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, l’enfoncera dans la récession et la misère. Le dispositif mis en place ne brise pas la spéculation. La BCE subordonne son soutien aux pays dont les taux d'intérêt flambent à des réformes libérales et à des plans d'austérité toujours plus drastiques qui les enfoncent dans la dépression
Le Traité budgétaire impose la mise en œuvre pendant une longue période de politiques d’austérité en Europe, qui non seulement briseront l’activité de la zone, aggraveront encore les déséquilibres dans les pays les plus fragiles, augmenteront les tensions en Europe mais aussi interdiront des politiques ambitieuses d’investissements écologiques d’avenir. Les États membres peuvent-ils se résoudre à un Traité qui paralyse, à jamais, leurs politiques budgétaires pour convaincre les marchés de leur future discipline budgétaire ? Peuvent-ils se résoudre à se voir confisquer les rênes budgétaires après avoir perdu celles de la politique monétaire ?
Ce Traité ne s’attaque pas aux causes de la crise financière : l’aveuglement et l’avidité des marchés financiers, l’éclatement des bulles financières et immobilières induites par la financiarisation, le gonflement des inégalités de revenus permis par la concurrence effrénée entre pays favorisée par la mondialisation.
Il ne s’attaque pas aux causes de la crise de la zone Euro : l’absence d’une réelle coordination des politiques économiques ayant l’emploi comme objectif, le déséquilibre provoqué par la recherche d’excédents des pays du Nord, l’interdiction inscrite dans la Constitution européenne de financement des États par la BCE, ce qui permet à la spéculation de se déclencher alors qu’elle est impuissante contre les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni pourtant plus endettés que la zone euro.
Le Traité entérine les politiques d’austérité, suivies depuis trois ans, qui enfoncent l’Europe dans une récession sans fin, qui aggravent la mise en cause le modèle social européen, qui plongent des millions d’européens, en premier lieu les jeunes, dans le chômage et des millions de famille dans la pauvreté.
Le Pacte budgétaire repose sur un diagnostic erroné. Le coupable serait le manque de discipline budgétaire. Pourtant, les pays de la zone euro ne se caractérisaient pas avant la crise par des déficits publics particulièrement forts : sur les trois années d’avant crise (2004-07), les États-Unis avaient un déficit de 2,8% du PIB, le Royaume-Uni de 2,9%, le Japon de 3,6%, la zone euro de 1,5%, nettement moins que le montant des investissements publics ou le niveau requis pour stabiliser la dette. Seule, la Grèce présentait un déficit public élevé. En fait, les instances européennes polarisées sur le respect aveugle de normes arbitraires, soucieuses d’affirmer leur contrôle sur les politiques nationales, ont laissé grandir les déséquilibres en Europe entre les pays du Nord qui accumulaient les excédents et les pays du Sud entrainés par une bulle immobilière. Elles ont nié les périls que faisait courir la dérégulation financière.
Selon l’article 1 du Traité, les règles seraient « destinées à renforcer la coordination des politiques économiques ». Mais des contraintes numériques sur les dettes et déficits publics, qui ne tiennent pas compte de la situation économique, ne peuvent être considérées comme une coordination des politiques économiques.
Selon l’article 3, les pays devront maintenir un quasi-équilibre des finances publiques (soit un déficit public structurel inférieur à 0,5% du PIB), ce qui n’a aucun fondement économique. La vraie « règle d’or des finances publiques » justifie, au contraire que les investissements publics soient financés par l’endettement. Dans le cas de la France, cela autorise un déficit public structurel de l’ordre de 2,4% du PIB.
Le même article impose aux pays « une convergence rapide vers cet objectif », convergence qui serait proposée par la Commission, sans tenir compte de la situation conjoncturelle. Les pays perdraient donc leur liberté d’action. Ainsi, pour 2013, la France se voit contrainte d’atteindre un déficit de 3% du PIB, donc de pratiquer une politique récessive en période de dépression, d’autant plus récessive même que les prévisions économiques sont faibles.
Un mécanisme automatique serait mis en place pour réduire le déficit. Là encore, un pays se verrait imposer sa politique budgétaire. S’il a un déficit structurel de 3 points du PIB, il devra avoir l’année suivante un déficit structurel de 2 points, donc faire des efforts pour 1 point de PIB, quelle que soit l’évolution économique. Un pays frappé d’un ralentissement économique n’aura pas le droit de faire une politique de soutien.
L’objectif du Traité est bien de réaliser le rêve de toujours des libéraux : paralyser les politiques budgétaires, imposer coûte que coûte l’équilibre budgétaire. Il tourne le dos aux enseignements de 75 ans de théorie macroéconomique.
Le Traité s’appuie sur la notion de déficit structurel, c’est-à-dire le solde public corrigé du solde conjoncturel. C’est le déficit des finances publiques que connaîtrait le pays si sa production était à son niveau d’équilibre, la production potentielle. Il doit être évalué, selon diverses théories, par diverses méthodes. Sa mesure dépend de la méthode utilisée ; elle est plus que problématique, en particulier dans les périodes cruciales, celles de dépression ou de chocs macroéconomiques. En fait, ce sont les évaluations de la Commission qui devront être utilisées. Or celles-ci ont deux défauts : elles varient fortement au cours du temps, ainsi, les estimations de production potentielle faite pour 2006 ont été fortement abaissées en 2008 : elles sont toujours proches de la production effective, puisque cette méthode considère comme structurelle la baisse du capital due à la chute de l’investissement durant une crise : elle sous-estime le déficit conjoncturel et obligerait à faire des politiques pro-cycliques. Ainsi, la Commission estime-t-elle que l’écart de production (l’écart entre la production potentielle est la production effective) n’est que de 2,8% en 2012 pour la France (soit un déficit structurel à 3%), alors que d’autres méthodes aboutissent à un écart de production de 8% (et donc un déficit structurel de 0,5%). La politique économique peut-elle être dépendre de telles estimations ?
L’objectif de déficit structurel pourra être abaissé à 1% si la dette est en dessous de 60% du PIB. Un pays qui a en moyenne une croissance de 2% l’an et une inflation de 2% et qui maintient indéfiniment un déficit de 1% du PIB, voit sa dette converger vers 25% du PIB. Or rien ne garantit que l’équilibre macroéconomique peut être assuré avec des valeurs a priori : une dette de 25% du PIB ; un déficit de 1% du PIB. Inscrire cela dans la Constitution est aussi fondé que d’y écrire : « les hommes devront peser 70 kg et les femmes 50 »
Les États membres devront inscrire la règle d’équilibre budgétaire et le mécanisme de correction automatique dans leur Constitution, ou si cela est impossible, dans un dispositif contraignant et permanent. Ainsi, des dispositifs flous, inapplicables, sans fondement économiques, seraient gravés dans le marbre.
Les pays membres devront mettre en place des institutions indépendantes chargées de vérifier le respect de la règle d’équilibre budgétaire et de la trajectoire d’ajustement. C’est un pas supplémentaire vers la technocratisation complète de la politique économique. Ces institutions indépendantes auront-elles le droit de remettre en cause la règle, si celle-ci ne correspond pas aux nécessités de la conjoncture ?
Selon l’article 4, un pays dont le ratio dette/PIB dépasse 60% du PIB devra réduire ce ratio d’au moins un vingtième de l’écart avec 60 % chaque année. Cela suppose qu’un ratio de 60% est un chiffre optimal réalisable par tous les pays. Or, des pays comme l’Italie ou la Belgique, avaient depuis des décennies des dettes publiques de 100% du PIB (le Japon de 200% même), sans déséquilibre car ces dettes correspondent à des forts taux d’épargne des ménages.
Selon l’article 5, un pays soumis à une « procédure de déficit excessif » (PDE) devra soumettre son budget et un programme de réformes structurelles à la Commission et au Conseil, qui devront l’approuver et en suivre la mise en place. Cet article est une nouvelle arme pour permettre d’imposer aux peuples des réformes libérales. Aujourd’hui, la quasi-totalité des pays de l’UE (21 sur 27) sont soumis à des PDE ; ils n’ont pas besoin de réformes libérales, mais de croissance sociale et écologique. A moins que par réformes structurelles, le Traité n’entende des mesures visant à briser la domination des marchés financiers, à augmenter l’imposition sur les plus riches et les grandes entreprises, à financer la transition écologique.
Selon l’article 7, les propositions de la Commission seront automatiquement adoptées sauf si se dégagent contre elles une majorité qualifiée, le pays en question ne votant pas. Ainsi, en pratique, la Commission aura toujours le dernier mot.
Ce projet impose des politiques budgétaires quasi automatiques, il interdit toute politique de soutien de l’activité. Or celles-ci sont indispensables pour la stabilisation économique Fin 2008, le FMI, le G20 et la Commission européenne ont demandé aux pays d’entreprendre de telles politiques. Faut-il les interdire quatre ans après ?
Selon le Traité, chaque pays doit prendre isolément des mesures restrictives sans tenir compte de sa situation conjoncturelle et des politiques des partenaires. Le Traité fait l’hypothèse implicite que le multiplicateur keynésien est nul, que les politiques budgétaires restrictives n’ont pas d’impact sur l’activité. Aujourd’hui, à la mi-2012, cela impose que la plupart des pays pratiquent des politiques d’austérité alors que la cause des déficits publics est globalement un niveau insuffisant de production et d’emploi due à l’éclatement de la bulle financière.
Le souhait du nouveau gouvernement français de renégocier le TSCG a abouti le 29 juin à un Pacte pour la croissance et l’emploi. Malgré son titre, celui-ci n’est pas le symétrique du Pacte Budgétaire. Il ne comporte aucun objectif précis en termes d’emploi ou de croissance. Pour l’essentiel, il ne fait que reprendre des projets déjà engagés, généralement d'inspiration libérale : la stratégie Europe 2020, la nécessité de garantir la viabilité des systèmes de retraite (c’est-à-dire de reporter l’âge de la retraite ou de réduire le niveau des pensions), d’améliorer la qualité des dépenses publiques (ce qui signifie souvent réduire les dépenses sociales jugées improductives, en augmentant les aides aux entreprises), de favoriser la mobilité de la main d’œuvre, d’ouvrir la concurrence en matière de services, d’énergie, de marchés publics. Le Pacte reconnait qu’il n’y a pas d’accord sur une taxe sur les transactions financières ; il ne fait qu’ouvrir la porte à une coopération renforcée, un accord entre certains pays, sans le Royaume-Uni et le Luxembourg, ce qui en limitera fortement la portée. Les mesures de relance, à proprement parler, sont limitées, pour ne pas dire inexistantes. Il est question de 120 milliards soit 1% du PIB de la zone, mais sur un laps de temps indéfini, alors que les programmes d’austérité nationales représentent 240 milliards par an. Ces 120 milliards se décomposent entre une hausse prévue de 60 milliards de la capacité de prêt de la BEI grâce à une hausse de 10 milliards d’euros de son capital ; une émission envisagée de 5 milliards d’obligations de projets destinés à financer des projets d’infrastructures, enfin l’affectation à « des mesures destinées à dynamiser la croissance » de 55 milliards de fonds structurels qui étaient déjà disponibles. Dans les trois cas, rien n’assure qu’il n’y aura effectivement des fonds supplémentaires engagés. Ainsi, le Pacte apparaît-il surtout comme une concession de façade permettant au gouvernement français de ratifier le Pacte Budgétaire.
Le Traité ne remet pas en cause l’absence de garantie des dettes publiques par la BCE ; il ne prévoit pas l’émission d’euro-obligations ; le Mécanisme de Européen de Solidarité ne prévoit d’aider que les pays qui auront ratifié et respecté le Traité. Le pays aidé perdra toute autonomie, devra soumettre sa politique économique à la Troïka (la Commission, la BCE, le FMI) et devra s’engager dans une politique restrictive, qui comme le montre les exemples de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, l’enfoncera dans la récession et la misère. Le dispositif mis en place ne brise pas la spéculation. La BCE subordonne son soutien aux pays dont les taux d'intérêt flambent à des réformes libérales et à des plans d'austérité toujours plus drastiques qui les enfoncent dans la dépression
Le Traité budgétaire impose la mise en œuvre pendant une longue période de politiques d’austérité en Europe, qui non seulement briseront l’activité de la zone, aggraveront encore les déséquilibres dans les pays les plus fragiles, augmenteront les tensions en Europe mais aussi interdiront des politiques ambitieuses d’investissements écologiques d’avenir. Les États membres peuvent-ils se résoudre à un Traité qui paralyse, à jamais, leurs politiques budgétaires pour convaincre les marchés de leur future discipline budgétaire ? Peuvent-ils se résoudre à se voir confisquer les rênes budgétaires après avoir perdu celles de la politique monétaire ?
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