samedi 23 novembre 2013

« Explosion des contrats courts » en « une » du Monde (G Filoche)

Ani out’es ? t’esou l’Ani ? Que ne nous avait on pas dit sur les vertus de l’ANI Medef devenu loi du 14 juin ?


« Explosion des contrats courts » en « une » du Monde

démasquée la loi n° 2013-504 du 14 juin 2013 relative à la sécurisation de l’emploi publiée au Journal officiel du 16 juin 2013

C’était un accord contre la précarité et pour « la sécurisation de l’emploi » ? L’ANI signé le 11 janvier et devenu loi le 14 juin n’aura pas fait long feu. Pour ceux qui ont tenté de tromper le monde et fait passer cette loi scélérate, le boomerang revient en pleine figure.
Ils nous ont menti, ils nous ont trompé, mais ils sont vite démasqués
Il paraît que le « contrat » ANI était tellement supérieur à la loi qu’il la loi devait le reprendre in extenso…
On nous avait dit : on va lutter contre les contrats courts… on va les taxer…(à 17 % au lieu de 14 %.. pour les contrats de moins d’un mois )…
Résultats : Le Monde daté du 22 novembre titre :
« Explosion du nombre de CDD de moins d’un mois ».
On peut lire
« Derrière la multiplication, médiatique, des plans sociaux, ils prolifèrent dans le silence. Pourtant, jamais on n’a signé autant de CDD en France qu’en 2013. Au premier trimestre, plus de 83 % des recrutements dans les entreprises de plus de dix salariés ont été faits en CDD, selon des données corrigées publiées jeudi 21 novembre par le ministère du travail. Pour les Urssaf, qui prennent en compte l’ensemble des entreprises, ce sont même plus de 86 % des contrats signés actuellement qui sont des CDD. Un record absolu depuis 2000, date du début des statistiques.
Pire, cette explosion des CDD s’est faite d’abord sur les contrats les plus courts, comme le montrent les données des Urssaf. En dix ans, le nombre de CDD de moins d’un mois a plus que doublé, passant de 1,8 à 3,7 millions entre les troisièmes trimestres 2003 et 2013. Dans le même temps, les CDI et les CDD de plus d’un mois sont, eux, restés stables, entre 700 000 et 1 million. « Sur les 20 millions de contrats signés chaque année, deux tiers sont des CDD de moins d’un mois. C’est spectaculaire. Cette tendance est en hausse depuis le début des statistiques et la crise n’a rien changé à la courbe », résume Eric Heyer, économiste à l’OFCE.
Chaque mois, ce sont les CDD qui représentent le gros des bataillons de nouveaux chômeurs. Plus de 25 % des nouveaux inscrits à Pôle emploi sortent d’un CDD, contre moins de 3 % d’un CDI. Le CDD est devenu la marge de flexibilité des employeurs, qui n’hésitent plus à faire des contrats à la chaîne même pour quelques heures ».
La loi était dite, sans honte, de « sécurisation de l’emploi » : or le même journal Le Monde confirmait le 6 novembre : « 1017 Plans sociaux » de plus…depuis l’ANI. « L’hémorragie a repris. Petroplus, PSA ou Arcelor Mittal ont démontré l’impuissance de l’état à inverser la tendance ». « Force est de constater que la loi du 14 juin…relative à la sécurisation de l’emploi…produit peu de fruits » avoue Le Monde – qui, comme tous les gros médias avait encensé l’ANI.
La loi du 14 juin permet aux patrons des plans allégés, quick, fast, afin d’assommer les salariés avant que ceux ci aient le temps de se mobiliser et de riposter. Ils se ruent sur les nouvelles facilités pour accroitre, accélérer, multiplier les licenciements boursiers, faire des plans de mutations internes forcées, baisser les salaires, moduler les horaires.
Le voilà vite démasqué cet « ANI » bel et bien « Medef » : comment a t on osé à contre sens l’appeler « loi de sécurisation de l’emploi » ? On a sécurisé quoi ? Doux ? Gad ? Marine Harvest ? Tilly-Sabco ? Alcatel Lucent ? Mory-Ducros ? Fagor Brandt ? Air France ? Michelin ? La Redoute ? Canon ? Ce sont des chaines, des gros groupes, des riches actionnaires et patrons qui licencient car ils veulent pour plaire aux banques et à la finance une rentabilité à deux chiffres, de 10 à 15 %. Ce sont des licenciements abusifs et indignes qu’on n’a pas voulu contrôler, qu’on a voulu faciliter, en espérant que le patronat… embaucherait. Mais c’est le contraire – comme nous avions, hélas, prévu – qui se passe : ils licencient davantage, essorent davantage les salariés, ils préfèrent la finance à l’embauche, la spéculation à l’emploi, le capital plutôt que le travail. Ca rapporte plus de licencier pour aller dans les Iles Caïman et dans les paradis fiscaux que de chercher à maintenir des activités et des emplois. C’est la logique du système auquel il faut s’attaquer si l’on veut lutter contre le chômage de masse et la désindustrialisation du pays. Pour les sécuriser pour de bon, il faut faire le contraire de l’ANI et de la loi du 14 juin, il faut les rendre les licenciements extrêmement coûteux et exceptionnels, ne les autoriser que dans des cas extrêmes, désespérés, hors de toute spéculation abusive.
De même qu’il faut taxer tous les CDD et contrats précaires à 25 % : puisque c’est un surcroit exceptionnel de travail, ils doivent couter comme les heures supplémentaires et être contingentés : pas plus de 5 % de précaires motivés, par entreprise de plus de 20 salariés. Il faut rétablir l’ordre public social contre le système financier qui le sabote.
Car s’il n’y a pas de redressement productif, c’est que le TUCP, (taux d’utilisation des capacités productives) est délibérément maintenu bas par les employeurs et leurs actionnaires : il est de 70 %. Ils préfèrent produire moins pour gagner plus, nourrissant activement le chômage de masse. Le Medef n’est pas un allié pour combattre, le chômage, mais un ennemi, il y a INTERET ! Le système financier ,si nous ne contrarions pas ses tendances profondes, a INTERET à ne pas inverser la courbe du chômage. Et de la précarité.

« Comment osent-ils ? », une série web euro-critique (Agoravox.tv) (cercle des volontaires)

« Comment osent-ils ? », une série web euro-critique (Agoravox.tv)

 


Commentaire Cercle des volontaires
Voici une série web basée sur le best-seller « Comment osent-ils ?- L’euro, la crise et le grand hold-up » de Peter Mertens et réalisée par Docwerkers.
Une analyse de la situation assez bien ficelée même si on peut douter des solutions proposées qui pensent une autre Europe, avec un peuple uni dans la lutte.
Personnellement ça fait bien longtemps que je ne crois plus en cette chimère mais j’ai beaucoup aimé la réalisation et les constats évoqués.
L’argentin
Source : Agoravox.tv
Episode 1 : « Une crise bancaire par semaine »


Episode 2 : « Plus d’austérité que ça, tu meurs »



Episode 3 : « Le paradis fiscal »

Episode 4 : « Bratwurst, lederhosen und minijobs »

Episode 5 : « Quelle Europe voulons-nous ? »

Manifestation contre la suppression de 700 emplois à la Redoute et filiales détenues par F. Pinault (info libre)

vendredi 22 novembre 2013

Oliganarchy : entretien d’actualité avec Lucien Cerise (Info libre)

Oliganarchy : entretien d’actualité avec Lucien Cerise

http://www.agenceinfolibre.fr/oliganarchy-entretien-dactualite-avec-lucien-cerise/



Lors d’un entretien mené par Maurice Gendre de Scriptoblog, Lucien Cerise a pu présenter son dernier roman (inspiré de faits réels) et en développer certains thèmes à l’aide d’utilisation d’exemples d’actualités, comme la loi Taubira, les rivalités entre services de renseignements américains et israéliens et ses conséquences dans l’affaire Snowden, la « guerre des monnaies » etc.
Lucien Cerise défend notamment l’idée de nationalisme permaculturel, qui, selon lui, « consiste à accueillir tous les gens de bonne volonté sur un projet national commun : quelles que soient nos origines culturelles, religieuses ou ethniques. Notre intérêt à tous est de « prendre soin » de notre pays car c’est là que nous vivons, ici et maintenant. ».

Oliganarchy est disponible aux éditions le Retour aux Sources.
Réalisation, Jonathan Moadab

Soupçons de triche à l’Assemblée : la nuit où l’UDI a pris le pouvoir (Rue 89)

Soupçons de triche à l’Assemblée : la nuit où l’UDI a pris le pouvoir

Rémi Noyon | Rue89

Vote à l’Assemblée, le mercredi 20 novembre 2013 au soir (Capture)
Et soudain les votes du centre-droit se multiplient comme des petits pains...
Mercredi soir. Discussion technique en séance de nuit à l’Assemblée. Les rangs sont clairsemés, on cause de l’avenir des retraites. La ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, lutte contre le sommeil, André Chassaigne, vieux routier du parti communiste, proteste pour la forme, quelques députés UMP ferraillent avec les micros.
On parle de l’article 4. Celui qui reporte de six mois la revalorisation annuelle des pensions et agace les retraités. Cet article a déjà été supprimé en première lecture, suscitant la colère froide de la ministre et l’hilarité de l’opposition (des députés socialistes avaient « malencontreusement » voté pour la suppression, le gouvernement expliquant ensuite que ces derniers pensaient voter pour l’article...).

Amendements de suppression

Cette fois-ci, rebelote. Une flopée d’amendements demandant la suppression de l’article en question est déposée par l’opposition. Tout ronronne. Le gouvernement s’est assuré d’avoir assez de députés pour soutenir le projet de loi. Dans l’après-midi, ils étaient une quarantaine à adopter l’article 3, contre 25 opposants.

Résultat du scrutin 707 (Capture)
Arrive le vote sur l’article 4. Nombre de votants : 73. La suppression passe avec trois voix d’avance (38 contre 35). Flottement général. La ministre a un peu de mal à déglutir.
Très vite, une chose étrange apparaît. Selon plusieurs personnes présentes en séance, les députés du groupe de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) ne sont que deux ou trois dans l’Hémicycle. Chacun peut avoir une délégation de vote, ce qui monterait à six, au maximum, le total des voix pour le centre.
Or, sur la fiche de résultat du scrutin, on compte neuf votes UDI... Trois de trop. Les trois qui ont fait passer les amendements de suppression.

Fiche de scrutin : neuf votes pour l’UDI (Capture)

« Faits tout à fait troublants »


Christian Paul lors de son intervention (AN)
Suspension puis reprise de séance. Le responsable du groupe socialiste pour ce débat, Christian Paul, se lève pour faire part de ses doutes et vise Philippe Vigier, député UDI, qui a pris une part active au débat depuis le début de l’examen du texte. Ce dernier a soudain la mâchoire un peu crispée.
Christian Paul :
« Le document sur le vote qu’on vient de nous transmettre a fait apparaître des faits que nous considérons comme tout à fait troublants. Le groupe UDI a eu, tout au long de cette soirée, évidemment, pour tous, deux de ses représentants qui siégeaient sur leurs bancs. Or l’examen du scrutin fait apparaître neuf voix. Cela paraît extrêmement surprenant. »
La conférence des présidents doit examiner l’accroc. Philippe Vigier, qui n’a pas décollé les fesses de l’Assemblée pendant tout le débat, n’était visiblement pas en séance jeudi matin. Son collaborateur nous déclare que cela n’a rien à voir avec l’incident. Tout ce petit monde aurait eu des hallucinations : « au moins quatre députés » du groupe étaient présents mercredi soir.
Sur les autres scrutins de la séance, on ne compte que deux votes UDI...

Passage en force

Ce jeudi, l’article 4 a de nouveau provoqué les vives critiques de la droite, comme des communistes, des radicaux et des écologistes.
Le gouvernement a bataillé pour faire passer un amendement rétablissant l’article. Le fond coince autant que la manière. La ministre a demandé le vote bloqué et la réserve de vote. Les députés voteront donc mardi prochain, après les questions au gouvernement (quand quasiment tout le monde est là), sur le texte dans son ensemble.
Après l’ « incident technique » en première lecture et le pataquès de mercredi soir, l’article 4 est devenu le boulet de ce projet de loi.

Les dessous de l’écotaxe : quand Benetton et Goldman Sachs collectent l’impôt français (basta)

BASTA !
Fiscalité écologique

Les dessous de l’écotaxe : quand Benetton et Goldman Sachs collectent l’impôt français

par Agnès Rousseaux -
En reportant l’entrée en vigueur de l’écotaxe pour les poids lourds, le gouvernement Ayrault vient une nouvelle fois de capituler face à des intérêts privés. Mais derrière cette taxe écologique se cache une autre question, qui n’a jamais été soumise au débat public : c’est la première fois que la collecte de l’impôt est confiée à des entreprises privées. Un consortium emmené par Benetton, Goldman Sachs, Thalès et SFR empochera 20% des recettes de la taxe pour assurer son recouvrement. Du jamais vu ! Enquête.
Après six ans de reports et d’atermoiements, l’écotaxe poids lourds est devenue un sujet explosif. Et le gouvernement n’en finit plus de s’empêtrer dans des reculades qui le décrédibilisent. Les critiques se focalisent sur le coût de la taxe pour les transporteurs et les agriculteurs. Pourtant, l’essentiel est ailleurs : pour la première fois, la collecte d’un impôt est confiée à des entreprises privées. L’État a fait le choix de déléguer le recouvrement de l’écotaxe à un prestataire, par le biais d’un contrat de partenariat public-privé. Le produit de la perception de la taxe, estimée à 1 200 millions d’euros par an, sera reversé à l’administration des douanes. Une première en matière de fiscalité ! Un système choisi sous Sarkozy et mis en œuvre par un gouvernement socialiste et écologiste... L’écotaxe « s’appuie sur un mode de recouvrement entièrement nouveau et automatisé. A bien des égards, c’est une taxe du XXIe siècle ! », s’enthousiasme la sénatrice UMP Marie-Hélène Des Esgaulx, dans un rapport remis à la Commission des finances en février dernier.
« Un retour à la Ferme Générale de l’Ancien Régime ! », dénonçait la CGT, lorsque le gouvernement Fillon a validé cette option, peu après le Grenelle de l’environnement. Cette externalisation entraine un surcoût pour le contribuable. « L’écotaxe est incontestablement coûteuse », admet Marie-Hélène Des Esgaulx. Sur un total de 1,2 milliard d’euros collectés, environ 280 millions d’euros sont consacrés à la rémunération du prestataire privé qui assure le recouvrement. Soit 23 % [1] ! C’est la taxe la plus coûteuse jamais mise en place. « A titre de comparaison, ce pourcentage ne dépasse pas 1,2 % pour l’impôt sur le revenu », poursuit le rapport. « Le recouvrement d’un impôt coûte souvent moins de 1% du montant de celui-ci, confirme Philippe Bock, secrétaire général du syndicat Solidaires Douanes. « Pour les services des douanes, la masse salariale coûte un milliard d’euros, pour des rentrées fiscales de 67 milliards d’euros. Le coût de recouvrement de l’écotaxe est complètement prohibitif ! » Cette taxe poids lourds, « c’est service public minimum et profits maximum », résume le syndicat.
Benetton, Goldman Sachs, Thales et SFR, collecteurs d’impôt
« Le coût global du contrat de partenariat, bien qu’élevé, ne semble pas surestimé », conclut Marie-Hélène Des Esgaulx devant la commission des Finances. Il est de toute façon bien tard pour s’en apercevoir. Le contrat de partenariat a été signé en octobre 2011, pour une durée de 13 ans et 3 mois. Au terme du contrat, l’ensemble du dispositif doit être remis à l’État. Celui-ci se trouve lié jusqu’en 2025, sans qu’aucune étude n’ait été menée sur l’opportunité de confier cette mission au secteur privé. « Les Douanes n’étaient pas capables de faire un tel montage technique », tranche le député UMP Hervé Mariton. Sauf qu’il était possible de créer un système bien moins complexe. Ou de déléguer seulement certaines missions au secteur privé.
Qui va toucher ces 280 millions par an (desquels sont déduits 50 millions de TVA) pour mettre en œuvre le dispositif de recouvrement ? Un consortium d’entreprises baptisé Ecomouv’, mené par le groupe italien Autostrade per l’Italia. Celui-ci est une filiale d’Atlantia, la société qui gère la plupart des autoroutes italiennes. Elle est détenue (à 48 %) par le fonds d’investissement Sintonia, propriété de la famille Benetton [2]. La banque états-unienne Goldman Sachs est entrée au capital de ce fonds en 2008. Autostrade, qui détient 70 % d’Ecomouv’, s’est allié avec les groupes français Thales, SNCF, SFR et Steria, une entreprise qui vend des services informatiques aux entreprises. Visiblement, personne ne s’est demandé comment la SNCF appréhendera d’éventuels conflits d’intérêt, alors que les 3 300 camions de sa filiale Geodis, spécialisée dans le transport de marchandises, seront concernés par l’écotaxe. Rappelons également que l’objectif initial de l’écotaxe est de développer des transports plus écologiques, notamment le fret ferroviaire, sur lequel la SNCF a quelques intérêts financiers.
Les rentrées fiscales passeront-elles par les paradis fiscaux ?
Ecomouv’ prévoit des recettes de près de 2,8 milliards d’euros pour les 11,5 années d’exploitation du dispositif. Les véhicules de plus de 3,5 tonnes – environ 600 000 immatriculés en France et 200 000 étrangers – devront s’enregistrer auprès d’Ecomouv’, notamment via des sociétés de télépéages habilitées : Axxes, DKV, Eurotoll, Ressa, Telepass et Total. Les poids lourds devront se doter d’un boîtier, type GPS, qui permettra de retracer leur parcours sur les 15 000 km de tronçons routiers concernés par la taxe. Des portiques installés sur ces routes serviront uniquement à contrôler que les camions sont bien dotés de boîtiers. Les sociétés de télépéage collecteront une partie des taxes, versées sous forme d’abonnement [3]. En contrepartie, elles seront rémunérées par Ecomouv’ à hauteur de 60 millions d’euros par an. Les transporteurs pourront, s’ils le souhaitent, s’acquitter de la taxe directement auprès d’Ecomouv’.
« Nous osons tout de même espérer que le cahier des charges a formellement interdit à Ecomouv’ de disposer comme il l’entend des sommes avancées par les redevables, sous peine de voir celles-ci reversées aux actionnaires, ou bien servir à quelque spéculation ou encore transférées dans quelque paradis fiscal », s’interroge Solidaires. Que le collecteur d’impôts joue en bourse les sommes collectées serait en effet une nouveauté ! Le syndicat s’inquiète également des usages possibles des données recueillies sur les transporteurs et leurs pratiques.
« Pour le prestataire privé, c’est gagnant-gagnant, résume Philippe Bock, de Solidaires Douanes. Mais pour l’État, c’est un fiasco sur le plan fiscal et sur le plan environnemental. L’objectif écologique a été complètement perdu en route. L’écotaxe devait promouvoir les circuits courts, en taxant les transports, et comme les autoroutes sont exonérées, cela incite les camions à se reporter vers les grands axes routiers ! » Un travers pointé dans le rapport de la sénatrice Marie-Hélène Des Esgaulx : avec l’écotaxe, le ministère des Transports s’attend à une augmentation de 15 à 20 % du trafic poids lourds sur les autoroutes. Une recette supplémentaire estimée à 400 millions d’euros par an pour les sociétés gérant les autoroutes, principalement Vinci et la Sanef !
Ecotaxe : quels profits pour le privé, quelles recettes pour l’État ?
C’est ce type de partenariat public-privé qu’a choisi l’Allemagne pour son écotaxe poids lourds. Celle-ci permet de collecter près de 4,4 milliards d’euros par an, autoroutes comprises. Toll Collect, le consortium qui gère le dispositif, regroupe Deutsche Telekom, le constructeur automobile Daimler et Cofiroute, filiale du groupe français Vinci. Il est rémunéré à hauteur de 600 millions d’euros par an pour la mise en place des installations et le recouvrement de la taxe. L’affaire semble juteuse, puisque Toll Collect annonce un bénéfice net de 80 millions d’euros en 2012 [4]. Un peu moins évident pour l’État allemand, qui, depuis 2004, lui réclame 3,3 milliards d’euros de dommages-intérêts pour manque à gagner, du fait de nombreux retards subis par le projet, et 1,7 milliard de pénalités pour non-respect du contrat initial. Un contentieux qui dure depuis huit ans. A ce tarif, autant gérer soi-même la collecte.
En Slovaquie, c’est également un consortium privé, SkyToll, qui a signé un contrat d’exploitation pour 13 ans. Ce consortium, détenu à 10% par le concessionnaire d’autoroutes français Sanef, dirigé par Alain Minc, a gagné l’appel d’offres en 2007. Il avait pourtant fait l’offre la plus élevée… Douze recours [5] et deux enquêtes de la commission européenne plus tard, le dispositif mis en place est loin d’avoir fait ses preuves. La taxe a rapporté 141 millions d’euros en 2010. Sur lesquels Sky Toll ponctionne 110 millions d’euros ! Résultat : l’État slovaque a touché à peine le quart de la somme collectée [6]. « Les coûts de fonctionnement par rapport au rendement de la taxe seront nettement inférieurs en France à ce qu’ils sont en Slovaquie », explique le député UMP Hervé Mariton, auteur d’un rapport à l’Assemblée nationale sur le sujet en 2011. Voilà qui est rassurant. Difficile d’avoir beaucoup de recul : seuls six pays européens ont mis en place un système de taxe similaire [7].
Contentieux et présomption de corruption
Le service des douanes sera chargé de gérer les contentieux et les recouvrements forcés, mais aussi d’assurer le contrôle du dispositif. « Quel accès aurons-nous au système informatique ?, interroge Philippe Bock. Il sera impossible pour nous d’avoir une vue globale du système. » Les risques de défaillance sont grands. La France se prépare-t-elle à des désillusions ? Car la bataille entre sociétés privées pour le marché de l’écotaxe est rude. L’appel d’offre a déjà été marqué par plusieurs contentieux. En janvier 2011, la Sanef – qui a perdu l’appel d’offre – dépose un recours devant le tribunal administratif de Pontoise afin d’empêcher la signature du contrat. Motif : l’État a été conseillé durant la procédure par la société RAPP, qui a travaillé pour la société Autostrade sur la mise en place d’une taxe poids lourds en Autriche. L’indépendance de ce conseil est donc contestée. La procédure d’appel d’offre est alors annulée par le juge administratif, mais validée par le Conseil d’État.
La Sanef a également saisi le service central de la prévention de la corruption du ministère de la Justice pour « faits relevant du délit de favoritisme, de trafic d’influence et d’incitation à la corruption ». Selon ses dirigeants, la société « a été approchée » et « on lui aurait fait comprendre que le résultat de l’appel d’offre serait fonction de ce qu’elle pourrait accepter de "faire" ou de qui elle pourrait "gratifier" » [8]. L’affaire a été transmise au Parquet de Paris, puis de Nanterre. Qu’importe. Le contrat entre l’État et Ecomouv’ est signé en octobre 2011, sous le gouvernement Fillon. Commence alors un « délai contractuel » de 21 mois au terme duquel le dispositif devra être prêt et la collecte lancée. Jean-Marc Ayrault profitera-t-il du nouveau report annoncé le 29 octobre pour renégocier les modalités de collecte de l’écotaxe ? Pieds et poings liés au partenariat public-privé, le nouveau gouvernement dispose d’une faible marge de manœuvre.
Déjà un demi-milliard de perdu
Le lancement de la taxe, prévue en juillet 2013, est repoussé une première fois en octobre, puis en janvier 2014. Chaque report signifie une perte de recettes pour l’État. Un préjudice évalué à 90 millions d’euros par mois, selon L’Officiel des Transporteurs. Soit un manque à gagner de plus de 500 millions d’euros rien qu’en 2013. Le nouveau report sine die laisse présager une accumulation des pertes. Selon Ecomouv, entre 800 millions et un milliard d’euros d’investissements ont déjà été engagés. Un montant que devra rembourser le gouvernement en cas d’annulation du projet, estime le consortium. Celui-ci n’obtiendra sans doute pas les 800 millions d’euros prévus en cas d’annulation du contrat – puisque celui-ci est seulement suspendu – mais il pourrait demander des indemnités de plusieurs dizaines de millions d’euros.
Des agents des douanes chargés de superviser les contrôles ont déjà été mutés au centre de Metz, où travailleront 130 agents au sein du service taxe poids lourds. Plusieurs centaines de personnes ont été recrutées par Ecomouv’ pour son centre d’appel et de traitement des factures, également basé à Metz. Autant de personnes qui risquent de se retrouver en chômage technique si la situation ne se débloque pas.
La Bretagne, quasi exemptée d’écotaxe
Reste que les opposants à l’écotaxe – Medef et FNSEA de Bretagne en tête – semblent avoir fait plier le gouvernement. Ce qui agace profondément les associations écologistes. Seule une partie du réseau routier est concernée par l’écotaxe [9]. Et la Bretagne en est grandement exemptée en raison de son caractère « péninsulaire », avec un taux de réduction de 50%, rappellent le Réseau action climat et la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) dans un communiqué. La contribution des transporteurs bretons est évaluée à 42 millions d’euros par an, alors que la région devrait recevoir annuellement 135 millions d’euros pour l’amélioration de ses infrastructures de transport [10], expliquent les associations. De cela, FNSEA et Medef locaux n’en ont cure. Les objectifs écologiques de la taxe semblent bien loin. Réduire les transports routiers est pourtant un enjeu de taille : les conséquences sanitaires de la pollution atmosphérique liée aux poids lourds coûteraient environ 45 milliards d’euros par an en Europe [11].
Derrière la bataille sur l’écotaxe et la capitulation permanente du gouvernement, subsiste une interrogation plus grave : l’État français a-t-il encore les moyens et l’autorité nécessaires pour assurer la collecte des impôts, sans céder à des intérêts privés ? En matière de fiscalité devraient primer la cohérence et l’intérêt général, et non la sous-traitance au plus offrant d’une fonction régalienne déjà bien mise à mal.
Agnès Rousseaux
(@AgnesRousseaux)
Photo : CC Liquid Oh
- Sur le même sujet : Ecotaxe : quand le PS découvre les dérives des partenariats public-privé

Notes

[1] « En termes nets, il convient cependant de soustraire 50 millions d’euros qui sont versés au titre de la TVA acquittée sur le loyer de PPP et qui revient donc à l’Etat. Le coût de recouvrement s’établit alors à un peu moins de 20 % ». Source : Rapport à la Commission des finances du Sénat, 5 février 2013.
[2] Voir le détail des actionnaires d’Atlantia ici
[3] Un abattement de 10 % sur le versement de la taxe sera offert pour les transporteurs qui passeront par l’intermédiaire de ces sociétés de télépéage.
[4] Source : Cofiroute, Rapport financier annuel au 31 décembre 2012, p.10.
[5] Le consortium mené par Autostrade (qui pilote l’écotaxe française via Ecomouv’) accuse son concurrent d’un flou sur l’actionnariat – une partie du consortium serait une coquille vide semblant appartenir à des actionnaires chypriotes.
[6] En 2009, le système de vignette rapportait 50,6 millions d’euros, soit 19,4 millions d’euros de plus. Et était moins lourde pour les sociétés de transport. Source : Rapport d’information par la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, présenté par Hervé Mariton, le 4 octobre 2011.
[7] Cela fait notamment suite au vote de la surtaxe kilométrique poids lourds adoptée par les eurodéputés à l’été 2011. Les pays européens qui n’ont pas encore mis en place cette taxe peuvent appliquer la directive "Eurovignette" de 1999, révisée en 2006. Voir le détail dans cet article, Le monde, 30/10/2013.
[8] Sur ce sujet, lire Le soupçon de corruption qui pollue l’écotaxe, Le Point, 12/05/2011, et l’enquête de Médiapart consacrée à l’écotaxe le 31/10/2013 : Le contrat insensé de l’écotaxe
[9] 0,5% du réseau routier local est concerné, mais presque la moitié du réseau routier national est éco-taxé (10 000 km sur 21 157 km). Voir la carte du réseau soumis à l’écotaxe ici.
[10] Les recettes de l’écotaxe seront versées en grande partie à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) qui a pour mission d’investir dans les transports.
[11] La pollution atmosphérique générée par le trafic poids lourds provoquerait notamment 3 millions de jours de congé maladie et 350.000 décès prématurés par an en Europe. Evaluation réalisée par l’Agence européenne de l’environnement.
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Europa 2014 : à la rencontre des citoyens européens, confrontés à l’austérité (basta)

BASTA !
Documentaires

Europa 2014 : à la rencontre des citoyens européens, confrontés à l’austérité

par Rédaction -
Quels sont les rêves des Européens ? Quelles sont leurs points de vue sur leur société, leurs réalités ? C’est à ces questions qu’Etienne Haug, technicien du son et documentariste, et ses collègues, souhaitent répondre en partant à la rencontre de l’Europe d’en bas. Leur projet : produire une série documentaire de six épisodes, qui seront diffusés au moment des élections européennes, en mai 2014. Une série qui fait suite à un autre projet réalisé par Etienne Haug et Radiofonies Europe, les "chroniques d’un hiver européen", dont Basta ! publie, aujourd’hui, le premier épisode.
Europa2014 est un prolongement du projet « Chroniques d’un hiver européen », réalisé entre novembre 2011 et avril 2013. Au cours des prochains mois, Basta ! republiera ces chroniques. Avant, en mai, de diffuser europa2014. Voici ci-dessous la première chronique européenne, un reportage photographique et sonore en Grèce.
Cet épisode est aussi disponible en grec, italien, espagnol, catalan et allemand. (Activez les sous-titres à partir d’un des petits icônes, en bas de la vidéo).
A la suite des « Chroniques d’un hiver européen », europa2014 sera une série documentaire destinée à être intégralement mis à disposition sur internet. À travers 6 épisodes de 15 minutes, les auteurs iront à la rencontre de citoyens européens habitant différents pays et venant de milieux sociaux variés pour découvrir leur manière d’envisager la vie, leurs souhaits, leurs rêves, leur réalité, leur point de vue sur leur société proche ou lointaine et la manière dont ils en font partie. Mais ce projet a besoin de votre appui pour se concrétiser (via la plateforme kiss kiss bank bank).
Depuis maintenant cinq ans, les citoyens européens sont confrontés à une crise continue dont les phases les plus aigües remettent en cause la raison d’être de l’Union Européenne. Pourtant, peu de réflexions de fond s’interrogent sur ce que les européens souhaitent vivre dans cette Europe, post-industrielle et pour l’instant en crise permanente. Faire un petit état des lieux sera probablement un point de départ pour réfléchir à ce qu’est l’Europe dans laquelle nous vivons, et ce qu’elle pourrait être.
En parcourant trois zones linguistiques à travers l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la France, la Belgique, le Royaume-Uni et l’Irlande, Etienne Haug et son équipe arpenteront métropoles, villes et villages à la recherche d’européens de tous horizons qui seraient prêts à prendre quelques minutes pour discuter avec nous. Chaque épisode de la série croisera trois portraits en 15 minutes pour créer une dialectique inédite, juxtaposant des points de vues issus de pays et de milieux sociaux différents.
Ce projet est à but non lucratif, sous licence de partage libre Creative Commons et sera publié sur un site internet dédié au cours du mois de Mai 2014. Tous les contenus resteront au long terme disponible gratuitement sur internet. Le financement sera en partie constitué d’un appel à participation par l’intermédiaire d’une plate-forme de financement participatif. Pour soutenir ce projet, rendez-vous sur cette page.
Pour en savoir plus sur le projet :
Contact : eurowinter@riseup.net
Le site Internet d’un Hiver européen
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Après 15 ans de lutte contre l’oppression de la finance, Attac aspire toujours à « désarmer les marchés » (basta)

BASTA !
Altermondialisme

Après 15 ans de lutte contre l’oppression de la finance, Attac aspire toujours à « désarmer les marchés »

par Nolwenn Weiler -
Depuis 1998, l’association Attac se bat pour que le monde ne soit plus un terrain de jeu pour la finance et les multinationales. Taxation des transactions financières, refus des traités de libre-échange, réforme du système bancaire, lutte contre la financiarisation de la nature ou pour la justice climatique, Attac est de tous les combats altermondialistes. Et continue inlassablement d’imaginer d’autres mondes possibles. A l’occasion des 15 ans de l’association, qui compte environ 10 000 adhérents, entretien sous forme de bilan avec l’économiste Geneviève Azam, l’une de ses porte-paroles.
Basta ! : Il y a 15 ans, un édito du Monde diplomatique appelant à « désarmer les marchés » a entraîné la création d’Attac. Ces marchés apparaissent aujourd’hui plus puissants que jamais... tout en étant de plus en plus contestés. Considérez-vous cette situation comme une victoire ou comme un échec ?
Geneviève Azam : Ce n’est ni une victoire, ni un échec. Désarmer les marchés, c’est s’attaquer aux bases du capitalisme dans ses nouvelles formes. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. Nous avons alerté les citoyens concernant des mécanismes qui étaient peu connus au moment de la création d’Attac. Nous avons été des lanceurs d’alerte sur les risques d’effondrement financier et sur leurs conséquences. Nous avons, avec d’autres, participé à délégitimer cette idée selon laquelle les marchés allaient maintenir les équilibres économiques et sociaux, et maintenant les équilibres écologiques. L’histoire nous a malheureusement donné raison. Mais les marchés financiers continuent à dominer les sociétés et le champ politique. C’est pourquoi notre combat continue.
Attac s’est aussi construite, comme tout le mouvement altermondialiste, sur le refus des accords de libre-échange. Car c’est la libéralisation des marchés financiers, à l’échelle du monde, qui a permis l’explosion de la finance. Souvenons-nous de la bataille contre l’accord de libre-échange entre le Mexique et les États-Unis (Alena), en 1994, avec la lutte au Chiapas autour du sous-commandant Marcos. La lutte contre l’accord multilatéral d’investissement (AMI) en 1997 précède tout juste la création d’Attac. Les manifestations de Seattle en 1999, lors de la conférence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), sont un autre moment fondateur de la lutte contre les accords de libre-échange. De même que le démontage du Mac Do de Millau. Nous luttons actuellement contre les accords de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, entre l’Union européenne et les États-Unis. A l’origine d’Attac, il y a ce refus d’un monde qui serait sous la coupe des transnationales industrielles ou financières, un monde globalisé où tous les territoires sont des terrains de jeu pour les firmes et les salles de marché.
Attac défend depuis son origine la création d’une taxe sur les transactions financières. Comment cette proposition a-t-elle avancé ?
Portée par Attac, cette proposition de taxation des transactions financières a été reprise par de nombreuses ONG, avec toute une palette de nuances sur ce qui doit être taxé, dans quelles proportions, etc. Le but était à la fois de dégonfler la finance et de collecter des ressources publiques. Cette idée été très bien accueillie par les citoyens. Les élites dirigeantes, de tout bord, se sont empressées de dire que cette taxation ne pourrait pas être mise en place. Mais l’idée a avancé, personne ne dit aujourd’hui que c’est impossible à mettre en œuvre. Malheureusement, cette taxe, telle que nous la souhaitons, n’existe toujours pas. Cette bataille reste importante. Mais pour désarmer les marchés, une taxe ne suffira pas. Le processus de transition inclut d’autres outils.
Au départ, Attac s’attachait principalement aux questions financières et économiques. Aujourd’hui, les questions écologiques sont bien plus présentes. Comment l’expliquez vous ?
Attac s’est affirmée au fil des années sur les questions écologiques. En grande partie, au départ, grâce à la présence de la Confédération paysanne parmi nos membres fondateurs. Avec le refus du productivisme agricole, elle a fait entrer les questions alimentaires et agricoles au sein de l’association, à commencer par celle des OGM, premier engagement écologique et social d’Attac. Puis ce fut la question des droits de propriété, en lien avec l’OMC, et celle de la privatisation du vivant : la prise de conscience que le mouvement de financiarisation touche les acquis sociaux mais aussi la nature. Et qu’il y a un processus de domination conjointe des humains et de la nature, une dimension écologique de la crise. Il nous est apparu nécessaire de « ressouder » les questions sociales et écologiques. Ce n’est pas la planète d’un côté et les humains de l’autre. Les autres mondes possibles dont nous rêvons intègrent à la fois la société et la Terre.
Nous avons eu un débat difficile au sein d’Attac sur l’énergie et notamment sur le nucléaire. Pour certains, cela ne faisait pas partie des fondamentaux d’Attac. D’autres estimaient au contraire que le nucléaire était une question de société qui allait bien au-delà de l’énergie. Le fait que le nucléaire soit une énergie centralisée, qui ne supporte pas le débat démocratique, nous a aidés à nous décider. Car Attac veut aussi permettre aux citoyens de se réapproprier la démocratie. Depuis 2008-2009, l’association défend une position anti-nucléaire. Attac a aussi développé une vraie expertise sur le changement climatique, à partir de 2007, notamment avec la construction du mouvement international pour la justice climatique.
Quels liens imaginez-vous à l’avenir entre Attac, le mouvement altermondialiste et les nouvelles formes de mobilisation telles que Occupy ou les Indignés ?
Attac fait partie de ces nouveaux mouvements sociaux qui entendent récupérer le pouvoir citoyen.Tous ces mouvements sont autonomes, mais ils viennent du même creuset. Ils symbolisent le réveil des sociétés confrontées à la décomposition de leurs bases sociales, politiques et naturelles. C’est un même mouvement historique. La lutte contre l’oppression de la finance est un des points de convergence.
Les méthodes d’action adoptées par ces mouvements entendent changer la façon dont les décisions sont prises. Ils défendent la démocratie directe. Ils sont aussi porteurs de projets et d’expériences concrètes, qui n’attendent pas le grand jour de la transition, mais s’engagent déjà dans ce processus. Attac partage cette culture politique. La société a beaucoup évolué en quinze ans : elle est moins en attente de solutions qui pourraient venir « d’en haut ». Notre participation au rassemblement Alternatiba, à Bayonne en octobre 2013, va dans ce sens. C’est en quelque sorte la préfiguration d’une « coagulation », d’une « métamorphose », grâce à laquelle toutes ces alternatives pourront rendre possible un basculement démocratique vers des sociétés justes et soutenables.
Les grandes mobilisations européennes et internationales ont marqué le mouvement altermondialiste. Aujourd’hui, la tentation protectionniste semble de plus en plus forte, y compris à gauche, en France. Qu’en pensez-vous ?
Je parlerai de réflexe nationaliste plus que protectionniste. Le protectionnisme, c’est autre chose. Face à cette croyance selon laquelle « tout seul, on s’en sortira mieux », il faut continuer à tisser des liens entre tous les réseaux de résistance au niveau européen, syndicats, mouvements liés à l’accès à l’eau, aux gaz de schiste, aux grands projets inutiles et imposés, à la financiarisation de la nature. C’est fondamental. Sur ce point, nous sommes trop faibles. Le Forum social européen n’existe plus. Nous manquons dramatiquement de lieux politiques, symboliques, dans lesquels puissent s’exprimer les résistances et alternatives européennes.
Ce que nous opposons aux traités de libre-échange, c’est une relocalisation des activités, avec des liens de solidarités très fort entre les régions européennes. La crise actuelle en Bretagne est significative : on a choisi l’importation d’aliments pour le bétail à très bas coût depuis les pays du Sud, un élevage hors sol et la délocalisation de la transformation, le tout avec une vision quasi coloniale des échanges internationaux. Cette insertion dans le marché mondial se retourne aujourd’hui contre les salariés. Qui défendent légitimement leur emploi mais se trouvent pris au piège de devoir défendre un modèle qui est en bout de course et qui les sacrifie. Les solutions pour mettre fin à cette crise prendront du temps : il s’agit ni plus ni moins que de démanteler ce modèle globalisé. Il faut relocaliser, en lien avec les autres « localités », dans une dynamique de coopération européenne, pour éviter la guerre de tous contre tous. Articuler local et global, une démarche qui est la marque de fabrique du mouvement altermondialiste, ancré dans les luttes locales.
Propos recueillis par Nolwenn Weiler
(@NolwennWeiler)
Photo : CC Attac France
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La richesse des milliardaires du monde a doublé depuis 2009 (Le grand soir)

21 novembre 2013
La richesse des milliardaires du monde a doublé depuis 2009

Depuis 4 ans, on nous parle de crise, de récession, de rigueur, qui engendrent inévitablement une baisse de pouvoir d’achat.
Mais contrairement à la crise de 1929, où les banques se sont écroulées une après l’autre telles des dominos, victimes de leurs erreurs de spéculation, il semblerait désormais que les banques soient plus lucides ou (et ?) protégées (par les États ?), car cette crise qui dure, et perdure, ne voit aucune banque passer et trépasser, alors que leurs clients (quel travailleur, et même chômeur, n’a pas un compte bancaire ?) , là où leurs "bienfaiteurs" partaient en banqueroute par le passé, partent eux en déroute totale, aujourd’hui, victimes des erreurs de leurs bailleurs.
L’article qui suit vous démontre clairement que, dans la société actuelle, ce n’est pas le travail qui engendre la richesse. Et pourtant ..., s’il n’y avait pas des ouvriers pour travailler et produire, sur quoi spéculeraient nos grands riches inactifs ?
PEUPLE, REVEILLE-TOI !

Chien Guevara
http://forget.e-monsite.com/pages/les-scandales/la-richesse-des-millia...

La richesse des milliardaires du monde a doublé depuis 2009

Par Andre Damon / 14 novembre 2013
Alors que les travailleurs aux États-Unis et ailleurs dans le monde voient leurs revenus chuter, la valeur nette combinée des avoirs des milliardaires du monde a doublé depuis 2009, selon un rapport publié mardi par UBS et Wealth-X, des sociétés-conseils faisant un suivi des super-riches.
La richesse collective des milliardaires du monde atteint maintenant le sommet de 6 500 milliards de dollars, un chiffre presque aussi grand que le produit intérieur brut de la Chine, la deuxième économie du monde. Le nombre de milliardaires a augmenté à 2 170 en 2013, alors qu’il était de 1 360 en 2009, selon le rapport.
Le vaste enrichissement de cette couche sociale provient de la flambée des marchés boursiers, alimentée par « l’argent facile » et les opérations d’impression de la Réserve fédérale américaine et d’autres banques centrales. Ce processus s’intensifie. Ainsi, la semaine dernière, la Banque centrale européenne, répondant à une détérioration des conditions économiques en Europe, a abaissé son taux d’intérêt directeur de moitié, le faisant passer de 0,5 pour cent à 0,25 pour cent, insufflant ainsi une nouvelle vague de liquidités dans les marchés financiers.
Le lendemain de la publication du rapport de Wealth-X, Twitter, le service de réseautage social, a lancé son offre publique initiale, créant 1 600 millionnaires sur papier en une seule journée, alors que ses actions ont doublé en quelques heures selon le cabinet d’analyse financière PrivCo. Evan Williams, co-fondateur du site, a augmenté sa richesse dans le processus, la faisant passer de 1 milliard de dollars à 2,5 milliards de dollars. L’autre co-fondateur, Jack Dorsey, a fait 500 millions de dollars, ce qui porte maintenant sa fortune à 2 milliards de dollars.
Ce rapport sur la richesse reflète la croissance parasitaire du secteur financier dans l’économie mondiale. Ainsi, 17 pour cent des milliardaires ont amassé leur richesse dans les secteurs financier, bancaire et de l’investissement plus que tout autre, alors que seulement 8 pour cent se sont enrichis dans le secteur manufacturier.
La grande expansion dans les revenus des super-riches survient alors même que les services sociaux subissent des compressions sauvages aux États-Unis, en Europe et dans le monde entier. Plus tôt ce mois-ci, les prestations de coupons alimentaires ont été réduites pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, et les prestations de chômage prolongées doivent expirer complètement à la fin de l’année.
Le budget du programme de coupons d’alimentation SNAP est actuellement de 74,6 milliards de dollars par année, et le financement pour un an de la prolongation des allocations de chômage prolongées qui prendront fin en janvier coûterait 25,2 milliards de dollars. La valeur nette combinée des avoirs des 515 milliardaires américains permettrait de financer ces deux programmes pendant 100 ans.
En plus d’analyser la richesse des milliardaires du monde entier, le rapport documente les énormes sommes dépensées par ceux-ci en articles de luxe. Les milliardaires du monde entier possèdent pour environ 126 milliards de dollars en yachts, jets privés, oeuvres d’art, antiquités, articles de mode, bijoux et voitures de collection. Ce chiffre est supérieur au produit intérieur brut du Bangladesh, un pays de 150 millions de personnes.
Les 2 170 milliardaires du monde détiennent 48 milliards de dollars en yachts, soit une moyenne de 22 millions de dollars par navire. Pour mettre ce chiffre en perspective, les Nations Unies ont estimé que pour éradiquer la faim dans le monde, il faudrait un investissement de 30 milliards de dollars par année.
Le rapport estime les avoirs immobiliers des milliardaires de la planète à 169 milliards de dollars, soit en moyenne 78 millions de dollars par personne. Comme il est noté dans le rapport, « le milliardaire moyen possède quatre maisons, chacune ayant une valeur de près de 20 millions de dollars. »
Le rapport ajoute : « Le temps et la distance sont rarement des limites pour les milliardaires du monde, beaucoup ayant un ou deux jets privés, un super yacht et d’autres modes de transport confortables et rapides, sans parler de plusieurs maisons disséminées ailleurs dans le monde. »
En dépit de leur mobilité, les milliardaires du monde sont concentrés autour des grands centres financiers tels New York, qui compte 96 milliardaires, suivi par Hong Kong avec 75, Moscou avec 74, et Londres avec 67. Si la richesse des milliardaires de New York était réparties entre les 1,7 millions d’habitants pauvres de la ville, chacun obtiendrait 170.000 dollars.
La couche sociale des super-riches représente un énorme fardeau pour la société mondiale, car elle ne produit rien de valeur alors qu’elle monopolise de vastes ressources. Non seulement de vastes ressources sociales sont consacrées à l’enrichissement personnel des super-riches, mais de plus, leur domination sur la vie économique et politique agit comme un bloc à toute solution rationnelle aux grands problèmes auxquels est confrontée l’humanité. Le contrôle des super-riches sur tous les aspects de la vie politique à travers le monde a des conséquences désastreuses.
Cet état de fait est le résultat inévitable du système capitaliste, qui traite la richesse des milliardaires du monde entier comme sacro-sainte, alors que les besoins de la population, tels que l’éducation, le logement et la santé, sont sujets à être sacrifiés.
Andre Damon
Source : http://www.wsws.org/fr/articles/2013/nov2013/rich-n14.shtml

URL de cet article 23334

EXCLUSIF, interview de Karen Hudes, ex-employée de la Banque mondiale (infolibre)

EXCLUSIF, interview de Karen Hudes, ex-employée de la Banque mondiale

Karen Hudes a travaillé plus de 20 ans dans le département juridique de la Banque mondiale. Mise à la porte suite à ses rapports concernant de nombreux cas de corruptions, elle nous explique, dans cette interview, comment s’articule le système financier mondial.
Le site de Karen Hudes: www.kahudes.net
Les 147 super-entités qui contrôlent le monde: http://www.forbes.com/sites/bruceupbin/2011/10/22/the-147-companies-that-control-everything/
Le rapport de la Swiss Federal Institute of Technology: http://arxiv.org/PS_cache/arxiv/pdf/1107/1107.5728v2.pdf
En savoir plus sur les jésuites: http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/67/15/03/2013/jesuites_espions_assassins_vatican.pdf
Le rapport sur le Zenith Account: http://www.agenceinfolibre.fr/wp-content/uploads/2013/11/zenith-world-trust.pdf
Interview par David (agenceinfolibre.fr), twitter: @david_infolibre
Denis et Gabin:(denisto.eu)