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dim, 21/10/2012 - 23:30
Quand les flics espagnols répondent à Manuel Valls
Le premier flic de France veut rétablir l’identification publique de ses hommes en uniforme. Dans le même temps en Espagne, on veut interdire de les filmer pendant qu’ils se défoulent sur les indignés…
Mercredi 17 octobre, sur les ondes de RTL ; les traits tirés, Manuel Valls le plus catalan des ministres français, a fait savoir que l’anonymat des policiers en tenue ne lui semblait pas une bonne chose (« les policiers porteront un élément d’identification sur leur uniforme ou sur leur brassard, bref, le retour du matricule parce qu’on a besoin de cet élément d’identification… »)
Comme en écho, le jeune directeur général de la Police Espagnole qui, à l’occasion, n’hésite pas à adresser ses félicitations à ses troupes pour leur zèle via Youtube, j’ai nommé le très affable Ignacio Cosido Guttierez en poste depuis le 30/12/2011, annonçait dans le quotidien El Pais daté du 18 octobre que les autorités étudiaient la possibilité d’insérer dans la nouvelle version de la Loi sur la Sécurité Publique (actuellement à l’étude au Ministère de l’Intérieur) une disposition visant à rendre illégal d’enregistrer et de faire circuler des images de policiers en train de bastonner les manifestants.
Il est vrai que les vidéos des réponses policières musclées aux manifestations monstres ayant secoué au cours des 2 derniers mois le pays qui s’enfonce dans la crise sociale ont fait un tabac sur les réseaux sociaux. Plus violents tu meurs…et dans le meilleur des cas, cela se finit avec plusieurs points de suture. En particulier si on a l'habitude de prendre son train de banlieue madrilène à la gare d'Atocha…
Même les flics ne sont pas dupes
D’autant que la réforme législative prévoirait aussi d’interdire aux manifestants de se présenter le visage masqué, histoire de les identifier plus facilement ; souriez, vous êtes filmés par la Police. N’essayez pas d’en faire autant au risque d’une double peine…
Certes, il n’est pas très original de relever que partout dans le monde dit développé, l'aggravation de la crise sociale fait craindre aux pouvoirs politiques en place que les manifestations tournent progressivement à l’insurrection. De toutes parts, les garants de la Homeland Security s’équipent donc discrètement pour faire face à du lourd au cas où les mensonges sur le bout du tunnel de la crise, distillés par les responsables de la propagande et relayés par les médias dominants, ne parviendraient pas à calmer la rage des indignés de plus en plus durement frappés tant par la police que par les mesures d’austérité.
Toute la question est de savoir à quel moment et dans quelles circonstances, la mission de maintien de l’ordre public normalement dévolue à la Police se transforme sournoisement en une sale besogne de contrôle et de répression sociale, source de tous les excès…
Chez nos voisins espagnols, Ignacio Cocido qui s’exprimait devant le Syndicat Indépendants des Fonctionnaires -la Confédération Espagnole de la Police et la Confédération Européenne des Syndicats Indépendants- a fait valoir que les mesures envisagées avaient juste pour but « d’établir un équilibre entre les droits des citoyens et ceux des forces de l’ordre. Ce n’est qu’en reconnaissant l’immense travail des forces de l’ordre que nous serons en mesure de progresser vers une société plus juste, plus sûre et plus apaisée». Gonflé.
Et contre toute attente, assez mal reçu par l’un des plus importants syndicats ibériques de policiers, Le Syndicat Unifié de Police (SUP) qui n’a pas tardé à riposter, affirmant que les propos de Cosigo « consistaient à prendre ses désirs pour des réalités, en espérant qu’il ne s’agissait pas de propos démagogiques, et en omettant d’expliquer comment empêcher l’enregistrement d’images, quelque chose d’impossible dans la société technologique dans laquelle nous vivons ».
Dans un communiqué séparé, les insolents flics du SUP sont même allés jusqu’à prétendre qu’Ignacio essayait de détourner l’attention de la perte bien réelle de pouvoir d’achat de ses adhérents après les saignantes réductions des salaires de la fonction publique décidées pour permettre là comme ailleurs, de faire payer la cupidité folle des banquiers ripoux locaux à la classe moyenne. Concluant plutôt vivement qu’ils n’étaient pas tombés dans le panneau, les patrons du SUP ont demandé « que soit établi un rapport juridique comparatif avec ce qui se pratique dans les démocraties voisines et présentant la manière dont le problème y est traité… »
Comme quoi, on peut avoir un solide coup de matraque pendant les heures de service et un cerveau en dehors…
Les magistrats dubitatifs
Pour sa part, l’association professionnelle de magistrats regroupés sous l’enseigne « Des juges pour la démocratie » (JpD) a immédiatement fait part de sa perplexité sur la légalité de dispositions visant à empêcher les citoyens d’enregistrer des photos et des vidéos de flics en service. Son porte-parole Joaquim Bosch n’a pas mâché ses mots : « la réforme envisagée est extrêmement ambiguë. Rien ne devrait pouvoir servir à empêcher la communication des preuves d’abus policiers ».
Il a même enfoncé le clou profondément auprès des agents anonymes cachés derrière leurs masques à gaz et leurs tenues anti-émeute, en ajoutant que le droit constitutionnel à l’information sur les pratiques des officiers de police prévaut sur celui des forces de l’ordre de ne pas être photographiées ou filmées…
Sentant l’affaire mal engagée, le Ministre de l’Intérieur vient de faire savoir que la réforme en question en est encore au stade préliminaire et que bien sûr, son objectif ne consiste nullement à empêcher les citoyens de prendre des photos ou d’enregistrer les images de manifestations, mais qu’il se limiterait aux situations dans lesquelles « la présence d’une équipe de télévision pourrait compromettre une opération policière ( !) Interférer avec l’arrestation d’un suspect, ou accroître le risque auquel sont exposés les policiers en service ». Ultime foutage de gueule, il a conclu que la réforme en question « n’empiéterait en rien sur le droit d’expression et d’information »…
A la décharge des espagnols sur le point d’emboîter le pas aux malheureux grecs, même aux States et en Grande Bretagne on assiste à des tentatives d’intimidation de la part des agents de la paix locaux qui essaient de faire croire aux médias et aux manifestants qu’il est illégal de les filmer en pleine action. Les magistrats leur donnent toutefois la preuve du contraire chaque fois que l’affaire se retrouve devant les tribunaux…