mardi 11 mars 2014

Éric de Montgolfier : « Notre démocratie s’égare » (blogapares)


Éric de Montgolfier : « Notre démocratie s’égare »
Publié le 11 mars 2014 par El Don

Éric de Montgolfier : Notre démocratie ségare
Par Eric de Mongtgolfier sur Le Point.fr
Les périodes électorales font fleurir les cactus. Encore l’effet de serre… Il donne à penser qu’il sera toujours plus facile d’éliminer ses adversaires que de les vaincre. Pitoyables mascarades qui font souvent hésiter entre le rire et les larmes. Ces dernières au moins pour le spectacle donné d’une démocratie égarée dans des pratiques qu’on pensait réservées, sans trop y croire il est vrai, à des républiques généralement qualifiées de bananières.
Voici que les responsables de notre avenir nous tendent le miroir où nous n’avons plus qu’à rechercher le reflet lointain de nos aspirations les plus élevées, celles que nous affichons en ne craignant pas de nous moquer de ceux qui s’en écarteraient.
Dernier avatar du genre, du moins en date, la récente pantalonnade politico-judiciaire et les cris d’orfraie qu’elle suscite offrent de la place au rire. Les indignations vertueuses sont en effet légion autour de ce trafic d’influence sur un magistrat dont la carrière révèle que ses liens avec le pouvoir n’étaient pas ténus. Une nouvelle atteinte à l’indépendance ? On voit bien qu’elle ne dépend pas d’un statut, mais de la capacité des hommes à s’épargner la honte de quémander. Il serait temps de s’occuper des compromissions avec le pouvoir dont nombre de carrières sont nourries dans un sérail peuplé d’eunuques. La compétence s’y fait souvent moins remarquer que l’allégeance et la servilité. Mais, à dire vrai, cette faiblesse indigne est loin, très loin, d’être réservée au corps judiciaire. Ce qui ne saurait servir d’excuse à ceux qui ont choisi la justice.
Le cabinet de l’avocat n’est pas un coffre-fort
Prompts à défendre leurs intérêts en invoquant les droits de l’homme, les avocats pénalistes font corps autour d’un des leurs, dont les conversations ont été surprises, cette fois-ci par un juge. Sans doute leur secret professionnel doit-il être protégé. Il reste à préciser quelles doivent en être les limites, car la défense des personnes, qui comporte des droits, n’est certainement pas exempte de devoirs envers la justice. L’avocat en reste un auxiliaire, ce qui, en contrepartie, lui offre un monopole de représentation auquel il n’est pas moins attaché. À cet égard, le cabinet de l’avocat pourrait-il devenir un coffre-fort absolument inviolable ? Telle ne semble pas être la réponse du législateur quand il prend la peine d’encadrer les perquisitions auxquelles les avocats peuvent être soumis. Sinon il lui aurait suffi de les interdire. C’est à lui d’en décider, pas aux intéressés.
Côté politique, le silence eût été préférable que cette évocation d’un complot. L’argument est usé jusqu’à la corde, celle qui soutient le pendu. Juges de gauche ? Peut-être, mais alors il faut également s’indigner qu’il y ait des juges de droite et, de part et d’autre, ne pas les promouvoir quand on tient le pouvoir. Mais, quand bien même des choix personnels auraient influé sur la décision de placer sur écoute un ancien président de la République dans une procédure judiciaire, rien ne permet d’en contester la légalité. L’immunité pénale qui protège le chef de l’État à raison de sa fonction cesse avec celle-ci. C’est déjà beaucoup qu’il puisse en avoir besoin quand on aimerait tant, pour l’honneur de la République, qu’il ne s’agisse que d’un principe. S’il devait la conserver au-delà, nous pourrions nous interroger sur la véritable nature de cette protection. Alors les larmes l’emporteraient sans conteste.
Source: Le Point.fr