mardi 21 octobre 2014

Crise de la dette : le grand retour (les moutons enragés)

Crise de la dette : le grand retour

Des tensions apparaissent de nouveau sur le marché de la dette pour les pays du sud de la zone euro, la Grèce se dirige vers un deuxième défaut souverain…
Le taux des emprunts d’état grec s’est à nouveau envolé (ce qui est normal vu que la Grèce est insolvable, mais qui pose d’énormes problèmes aux finances publiques) à près de 9% concernant les obligations à 10 ans. A ce niveau là, il devient évidemment impossible de se refinancer, à moins d’organiser son propre suicide économique. C’est donc la BCE qui est venue à la rescousse des banques grecques la semaine dernière afin de leur permettre de continuer à financer le déficit de l’état. La BCE a réduit la décote qu’elle appliquait jusqu’alors aux obligations que les banques helléniques apportaient en garantie pour leurs opérations de refinancement. Concrètement il s’agit pour la BCE de soulager les établissements bancaires d’obligations souveraines dont tout le monde sait qu’elles ont très peu de chance d’être remboursées dans le contexte actuel afin de leur permettre de « remettre au pot », c’est à dire d’en acquérir de nouvelles… Pour mémoire, la Grèce a déjà connu un défaut souverain « partiel » en mars 2012, qualifié à l’époque de « restructuration », c’est plus poétique, qui s’était traduit par une réduction de 53% des créances souveraines détenues par les créanciers privés, ce qui avait permis d’effacer 107 milliards d’euros de dette sur les 360 milliards (soit 160 % du PIB). Les créanciers privés essentiellement les banques de l’eurozone) ont évidemment encaissé la perte sans broncher, c’était ça ou le défaut pur et simple. En contrepartie, les institutions financières avaient lancé le deuxième plan de sauvetage de la Grèce sous la forme de prêts, cette fois-ci publics, d’un montant de 130 milliards d’euros, destinés à garantir le remboursement des échéances restantes, notamment par l’intermédiaire du MES et du FMI, ce qui avait aboutit au placement du pays sous tutelle de la commission européenne et du FMI…
Aujourd’hui, rebelote, la dette grecque représente 175 % du PIB, et le pays se dirige vraisemblablement vers un nouveau défaut. Les volumes des remboursements sont effectivement de nouveau devenus insoutenables pour les finances publiques. Selon le journal La Tribune les montants à rembourser augmentent en effet chaque année de 4 milliards d’euros. Pour honorer ses engagements vis à vis des créanciers, le pays n’aura pas d’autre choix que d’accentuer les plans d’austérité qui ont déjà généré une pauvreté massive et un chômage de plus de 26%, interdisant toute reprise économique et accentuant d’autant les besoins de financement.
Conséquence, le cours des banques helléniques, gavées de dette souveraine, s’est effondré à la bourse d’Athènes et les taux s’envolent à nouveau pour frôler les 9% et les autres pays du sud de la zone euro voient leurs taux remonter également. L’Espagne a ainsi vu son taux a dix ans remonter à 2,2% mi-octobre. Plus inquiétant, la dernière émission du trésor espagnol n’a pas trouvé preneur : seuls 3,2 milliards d’euros ont été placés sur les 3,5 proposés… L’écart entre le Bund Allemand et les obligations des autres pays s’est creusé à nouveau, ce qui signifie que les « investisseurs » (les banques) sont de plus en plus réticents à acheter la dette des pays du sud de l’eurozone.
La BCE ne pourra pas cette fois-ci « sauver » la Grèce ou les autres pays du sud de la zone euro en difficulté.  En effet, son programme de rachat de dette souveraine (OMT), mis en place au paroxysme de la crise et qui avait contribué à ramener les taux à des niveaux soutenables, même s’il n’a jusqu’alors pas été mis en application, fait l’objet d’une procédure devant la cour de justice de l’Union Européenne. La cour, qui a été saisie par un groupe eurosceptique allemand, doit se prononcer sur la légalité du programme de rachat de dette par la banque centrale. La procédure devrait aboutir sans surprise à la condamnation de ce programme qui ne respecte pas les statuts et le mandat de la BCE. C’est en tout cas ce qu’ont déjà conclu les juges allemands de la cour constitutionnelle de Karlsruhe au début de l’année…