« La Fed doit absolument jouer un rôle
plus actif, car le ralentissement des achats de notre devise à
l’étranger va donner un grand coup d’accélérateur à la dé-dollarisation
en cours dans le monde développé – une course qui nous précipite vers la
fin du régime monétaire actuel. »
Stéphanie Pomboy, MacroMavens
« Peu importe ce que nous disent nos contreparties occidentales, nous voyons bien ce qui se passe. L’Otan se renforce de manière évidente en Europe de l’Est, y compris dans les zones de la mer Noire et de la mer Baltique. Ses activités opérationnelles et d’entraînement militaire sont en train de changer d’échelle. »
Le président russe Vladimir Poutine.
S’il existait un moyen par lequel les États-Unis puissent accomplir leurs objectifs stratégiques à long terme, tout en évitant la guerre avec la Russie, alors ils l’emploieraient. Ce n’est malheureusement pas le cas, c’est pourquoi un conflit va avoir lieu dans un avenir proche entre les deux puissances nucléaires.

Que je m’explique : l’administration Obama essaye de rééquilibrer la politique américaine, de manière à faire glisser son attention du Moyen-Orient vers l’Asie, qui sera la région à plus forte croissance pour le siècle à venir. Ce changement de politique s’appelle le pivot vers l’Asie. Pour profiter de la poussée de croissance en Asie, les États-Unis ont l’intention d’accroître leur présence sur le continent, d’étendre leurs bases militaires, de renforcer les alliances bilatérales et les accords commerciaux, et de s’imposer comme l’acteur incontournable chargé de maintenir la sécurité régionale. Le but à peine voilé de cette politique est de contenir la Chine. Autrement dit, Washington veut préserver sa place d’unique superpuissance du monde, en contrôlant l’explosion de la croissance chinoise (les USA veulent une Chine faible et divisée qui fera ce qu’on lui dit).
Pour atteindre leurs objectifs en Asie, les États-Unis ont besoin de pousser l’Otan plus loin à l’Est, pour resserrer son étreinte sur la Russie et contrôler les flux pétroliers et gaziers d’Est en Ouest. Telles sont les prérequis à l’établissement d’une hégémonie américaine sur le continent. C’est pour cette raison que l’administration Obama est autant impliquée dans la junte gouvernementale de Kiev : Washington a besoin des troupes de choc néo-nazies de Porochenko pour entraîner la Russie dans un incendie ukrainien, qui épuiserait ses ressources, discréditerait Poutine aux yeux de ses partenaires commerciaux européens et créerait un prétexte à un déploiement de l’Otan le long de la frontière russe. L’idée selon laquelle l’armée par procuration d’Obama en Ukraine défendrait la souveraineté du pays n’est que pures foutaises. Sous la surface, les États-Unis essayent d’enrayer par la force militaire leur irréversible déclin économique et la réduction constante de leur part du PIB mondial. Ce que nous voyons aujourd’hui en Ukraine, c’est la version vingt-et-unième siècle du Grand Jeu, mise en place par des hommes politiques fantaisistes et suicidaires, qui pensent pouvoir remonter le temps et retourner au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, à l’apogée de l’Empire états-unien, quand l’Amérique était toute-puissante. Heureusement, cette époque est terminée.
Gardez à l’esprit que la glorieuse armée américaine a passé les treize dernières années à combattre des bergers en sandales en Afghanistan, dans un conflit qu’on pourrait qualifier, au mieux, d’impasse. Et maintenant la Maison Blanche veut se mesurer à la Russie ?
Vous vous rendez compte de la folie de cette politique ?
Il n’y a pas d’autre raison pour laquelle le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, a été débarqué la semaine dernière. Il n’était pas suffisamment enthousiaste à l’idée de poursuivre cette politique insensée d’escalade des guerres, en Afghanistan, en Irak, en Syrie et en Ukraine. Tout le monde le sait, l’administration n’a même pas essayé de le nier. Mieux vaut prendre des bouffons surexcités comme Susan Rice et Samantha Powers, plutôt qu’un vétéran décoré ayant plus de crédibilité et d’intelligence dans son petit doigt que l’équipe de la Sécurité nationale d’Obama au grand complet.
Désormais, Obama est cerné de toutes parts par des imbéciles enragés et bellicistes, qui croient dur comme fer au conte de fée dans lequel, entre autres péripéties, les États-Unis réduisent la Russie en poussière, font tomber Assad, redessinent la carte du Moyen-Orient, contrôlent le flux de gaz et de pétrole du Moyen Orient vers l’Union européenne, et établissent une myriade de têtes de pont à travers l’Asie, leur permettant de s’accrocher fermement à la croissance chinoise.
Dites-moi, chers lecteurs, cela ne vous semble-t-il pas un tantinet improbable ?
Mais, bien sûr, la clique d’Obama est persuadée que tout cela est à sa portée, parce que, eh bien, parce que c’est ce qu’on leur a appris à penser, et parce que c’est ce que les USA doivent faire, s’ils veulent conserver leur éminente position de seule superpuissance du monde, en dépit du déclin constant de leur poids économique. Je vous le donne en mille : la nation exceptionnelle devient de moins en moins exceptionnelle, et c’est ce qui tracasse la classe politique, car ils entendent tous la petite voix qui leur chuchote au creux de l’oreille : « Eh les gars, profitez-en bien tant que ça dure, car vous ne serez plus number one très longtemps ».
Dans cette croisade farfelue, les USA ont aussi des alliés, notamment Israël et l’Arabie saoudite.
Les Saoudiens ont donné un bon coup de main récemment, en inondant le marché avec leur pétrole, pour faire baisser les prix et briser l’économie russe (vendredi 28 novembre 2014, les prix du brut ont plongé au plus bas depuis quatre ans, le Brent sombrant à $69,11 le baril). L’administration Obama utilise le classique double crochet des sanctions économiques et de la réduction drastique des revenus du pétrole, pour contraindre Moscou à rendre la Crimée, permettant à Washington d’y mettre son arsenal nucléaire à deux pas de Moscou. Voici un peu de background tiré du Guardian :
Est-ce que ça vous plait comme ça ? Ainsi les États-Unis ont lancé une guerre économique à grande échelle contre la Russie, qui a été complètement omise par les médias occidentaux. Vous êtes surpris ?
Washington est déterminé à bloquer toute intégration russo-européenne, dans le but de détruire l’économie russe et de donner le contrôle de la distribution énergétique régionale à des capitaux étrangers. L’objectif ultime est le pivot. Les gros poissons du Capital sont convaincus que l’Amérique doit pivoter vers l’Asie, si elle veut rester le maître du jeu pour le siècle à venir. Toutes ces attaques gratuites sur Moscou sont fondées sur cette stratégie délirante, et sur elle seule.
Mais les Européens ne vont-ils pas se mettre en colère, lorsqu’ils ne pourront plus obtenir l’énergie dont ils ont besoin (au prix qui leur convient), pour faire tourner leurs entreprises et chauffer leurs foyers ?
Washington ne le pense pas. Washington pense que ses alliés du Moyen-Orient peuvent satisfaire la demande européenne en énergie, sans aucune difficulté. Jetez un œil à cet extrait d’un article de l’analyste F. William Engdahl :
Ainsi, les guerres en Ukraine et en Syrie ne sont pas du tout des conflits distincts. Elles font partie de la même guerre globale pour les ressources, que les Américains ont poursuivie depuis les quinze dernières années. Le plan américain est de couper le flux de gaz russe et de les remplacer par du gaz qatari, qui traversera la Syrie pour rejoindre l’Union européenne, une fois qu’Assad aura été renversé.
Voici la réalité : les troubles en Syrie ont commencé peu après que les Syriens ont annoncé faire partie d’un gazoduc islamique, qui transférerait le gaz naturel du gisement de South Pars vers la côte iranienne, en traversant l’Irak et la Syrie, poursuivant éventuellement vers la Grèce et le lucratif marché européen. D’après l’auteur Dmitri Minine :
Deux mois après qu’Assad a signé l’accord avec l’Irak et l’Iran, la rébellion a éclaté en Syrie. C’est une sacrée coïncidence, vous ne trouvez-pas ? Il est assez amusant de voir à quel point ce genre de chose arrive fréquemment, dès que des dirigeants étrangers ne marchent pas au son du cor de Washington.
Minine ajoute :
Il est question de gaz naturel, de gazoducs concurrents et d’accès aux marchés de l’Union européenne. Il est question d’argent et de pouvoir. Toute cette histoire avec l’État islamique est une grosse entourloupe pour dissimuler ce qui se passe réellement, à savoir une guerre globale pour les ressources, encore du sang pour du pétrole.
Mais comment les États-Unis en profitent-ils ?
Après tout, les revenus du gaz ne partent-ils pas plutôt au Qatar et aux pays de transit ?
Tout à fait, c’est bien là-bas qu’ils vont. Mais le gaz sera toujours libellé en dollars, ce qui va consolider la demande en USD [US dollars], perpétuant ainsi le système de recyclage des pétrodollars, lui-même à l’origine d’un vaste marché de la dette américaine, qui maintient le cours des actions et obligations US dans les nuages. Voilà de quoi il s’agit vraiment : préserver la suprématie du dollar, en forçant les nations à détenir des montants excessifs d’USD, pour payer leurs transactions en énergie et servir les dettes libellées en dollars.
Tant que les États-Unis parviennent à contrôler les sources mondiales en énergie et à obliger le monde entier à négocier en dollar, ils peuvent dépenser beaucoup plus que ce qu’ils produisent, sans avoir à rendre de comptes.
C’est comme une carte de crédit sans limite de découvert.
Voilà un racket que l’Oncle Sam est prêt à défendre par tous les moyens, même par la Bombe.
Mike WhitneyTraduit par Mathieu pour vineyardsaker.fr
Notes
[1] Stakes are high as US plays the oil card against Iran and Russia (theguardian.com, anglais, 09-11-2014)
[2] What Really Happened in Beijing: Putin, Obama, Xi And The Back Story The Media Won’t Tell You (informationclearinghouse.info,16-09-2014)
[3] Qui est le gagnant dans l’arrêt du gazoduc South Stream ? Qui est le perdant ? A vous de voir ! (vineyardsaker, français, 06-12-2014) & [L’œil itinérant] : En dynamitant le gazoduc South Stream, l’Union européenne fait pivoter encore davantage la Russie et la Turquie vers l’Eurasie (vineyardsaker, français, 04-12-2014) & La Russie vient de porter un coup dévastateur à l’avenir énergétique de l’Union européenne, 06-12-2014
[4] The Secret Stupid Saudi-US Deal on Syria (boilingfrogspost.com, anglais, 24-10-2014)
[5] The Geopolitics of Gas and the Syrian Crisis: Syrian “Opposition” Armed to Thwart Construction of Iran-Iraq-Syria Gas Pipeline (globalresearch.ca, anglais, 19-09-2014)
Source : Ukraine War Driven by Gas-Dollar Link – Defending Dollar Imperialism (counterpunch, anglais, 01-12-2014)
Déjà publié de Mike Whitney
Stéphanie Pomboy, MacroMavens
« Peu importe ce que nous disent nos contreparties occidentales, nous voyons bien ce qui se passe. L’Otan se renforce de manière évidente en Europe de l’Est, y compris dans les zones de la mer Noire et de la mer Baltique. Ses activités opérationnelles et d’entraînement militaire sont en train de changer d’échelle. »
Le président russe Vladimir Poutine.
S’il existait un moyen par lequel les États-Unis puissent accomplir leurs objectifs stratégiques à long terme, tout en évitant la guerre avec la Russie, alors ils l’emploieraient. Ce n’est malheureusement pas le cas, c’est pourquoi un conflit va avoir lieu dans un avenir proche entre les deux puissances nucléaires.
Que je m’explique : l’administration Obama essaye de rééquilibrer la politique américaine, de manière à faire glisser son attention du Moyen-Orient vers l’Asie, qui sera la région à plus forte croissance pour le siècle à venir. Ce changement de politique s’appelle le pivot vers l’Asie. Pour profiter de la poussée de croissance en Asie, les États-Unis ont l’intention d’accroître leur présence sur le continent, d’étendre leurs bases militaires, de renforcer les alliances bilatérales et les accords commerciaux, et de s’imposer comme l’acteur incontournable chargé de maintenir la sécurité régionale. Le but à peine voilé de cette politique est de contenir la Chine. Autrement dit, Washington veut préserver sa place d’unique superpuissance du monde, en contrôlant l’explosion de la croissance chinoise (les USA veulent une Chine faible et divisée qui fera ce qu’on lui dit).
Pour atteindre leurs objectifs en Asie, les États-Unis ont besoin de pousser l’Otan plus loin à l’Est, pour resserrer son étreinte sur la Russie et contrôler les flux pétroliers et gaziers d’Est en Ouest. Telles sont les prérequis à l’établissement d’une hégémonie américaine sur le continent. C’est pour cette raison que l’administration Obama est autant impliquée dans la junte gouvernementale de Kiev : Washington a besoin des troupes de choc néo-nazies de Porochenko pour entraîner la Russie dans un incendie ukrainien, qui épuiserait ses ressources, discréditerait Poutine aux yeux de ses partenaires commerciaux européens et créerait un prétexte à un déploiement de l’Otan le long de la frontière russe. L’idée selon laquelle l’armée par procuration d’Obama en Ukraine défendrait la souveraineté du pays n’est que pures foutaises. Sous la surface, les États-Unis essayent d’enrayer par la force militaire leur irréversible déclin économique et la réduction constante de leur part du PIB mondial. Ce que nous voyons aujourd’hui en Ukraine, c’est la version vingt-et-unième siècle du Grand Jeu, mise en place par des hommes politiques fantaisistes et suicidaires, qui pensent pouvoir remonter le temps et retourner au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, à l’apogée de l’Empire états-unien, quand l’Amérique était toute-puissante. Heureusement, cette époque est terminée.
Gardez à l’esprit que la glorieuse armée américaine a passé les treize dernières années à combattre des bergers en sandales en Afghanistan, dans un conflit qu’on pourrait qualifier, au mieux, d’impasse. Et maintenant la Maison Blanche veut se mesurer à la Russie ?
Vous vous rendez compte de la folie de cette politique ?
Il n’y a pas d’autre raison pour laquelle le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, a été débarqué la semaine dernière. Il n’était pas suffisamment enthousiaste à l’idée de poursuivre cette politique insensée d’escalade des guerres, en Afghanistan, en Irak, en Syrie et en Ukraine. Tout le monde le sait, l’administration n’a même pas essayé de le nier. Mieux vaut prendre des bouffons surexcités comme Susan Rice et Samantha Powers, plutôt qu’un vétéran décoré ayant plus de crédibilité et d’intelligence dans son petit doigt que l’équipe de la Sécurité nationale d’Obama au grand complet.
Désormais, Obama est cerné de toutes parts par des imbéciles enragés et bellicistes, qui croient dur comme fer au conte de fée dans lequel, entre autres péripéties, les États-Unis réduisent la Russie en poussière, font tomber Assad, redessinent la carte du Moyen-Orient, contrôlent le flux de gaz et de pétrole du Moyen Orient vers l’Union européenne, et établissent une myriade de têtes de pont à travers l’Asie, leur permettant de s’accrocher fermement à la croissance chinoise.
Dites-moi, chers lecteurs, cela ne vous semble-t-il pas un tantinet improbable ?
Mais, bien sûr, la clique d’Obama est persuadée que tout cela est à sa portée, parce que, eh bien, parce que c’est ce qu’on leur a appris à penser, et parce que c’est ce que les USA doivent faire, s’ils veulent conserver leur éminente position de seule superpuissance du monde, en dépit du déclin constant de leur poids économique. Je vous le donne en mille : la nation exceptionnelle devient de moins en moins exceptionnelle, et c’est ce qui tracasse la classe politique, car ils entendent tous la petite voix qui leur chuchote au creux de l’oreille : « Eh les gars, profitez-en bien tant que ça dure, car vous ne serez plus number one très longtemps ».
Dans cette croisade farfelue, les USA ont aussi des alliés, notamment Israël et l’Arabie saoudite.
Les Saoudiens ont donné un bon coup de main récemment, en inondant le marché avec leur pétrole, pour faire baisser les prix et briser l’économie russe (vendredi 28 novembre 2014, les prix du brut ont plongé au plus bas depuis quatre ans, le Brent sombrant à $69,11 le baril). L’administration Obama utilise le classique double crochet des sanctions économiques et de la réduction drastique des revenus du pétrole, pour contraindre Moscou à rendre la Crimée, permettant à Washington d’y mettre son arsenal nucléaire à deux pas de Moscou. Voici un peu de background tiré du Guardian :
« Réfléchissez à la façon dont
l’administration Obama perçoit l’état du monde. Elle veut que Téhéran
renonce à son programme nucléaire. Elle veut que Vladimir Poutine recule
dans l’est de l’Ukraine. Mais après les récentes expériences en Irak et
en Afghanistan, la Maison Blanche n’a aucune envie de mettre des bottes
américaines sur le terrain. A la place, avec l’aide de ses alliés
Saoudiens, Washington essaye de faire baisser le prix du pétrole en
saturant un marché déjà fébrile. Comme les Russes et les Iraniens sont
lourdement dépendants de leurs exportations de pétrole, l’hypothèse est
qu’il sera alors plus facile de négocier avec eux.
John Kerry, le secrétaire d’État
américain, aurait conclu un accord avec le Roi Abdallah en septembre,
stipulant que les Saoudiens vendent du brut à un niveau inférieur au
prix de marché. Cela expliquerait la chute des prix, à un moment où,
étant donné le bouleversement causé par l’État Islamique en Irak et en
Syrie, ils auraient normalement dû monter. »
Larry Eliot, The Guardian [1]
Et encore :
« Moins d’une semaine après la signature du protocole de Minsk [5 septembre 2014],
Kerry a effectué un voyage peu remarqué à Djeddah pour rencontrer le
Roi Abdallah dans sa résidence d’été. Les rares média qui l’ont
mentionné l’ont mis sur le compte de la campagne de Kerry pour sécuriser
le soutien arabe à la lutte contre l’État Islamique.
Arrêtez-vous ici. Mes sources dignes
de confiance me disent que ce n’était pas la seule raison de cette
visite. La deuxième moitié de la rencontre portait sur le désir
ininterrompu de Washington de ruine l’économie russe. Pour ce faire,
Kerry a dit aux Saoudiens 1/ d’augmenter leur production et 2/ de
baisser leur prix du brut. Gardez ces chiffres à l’esprit : le seuil de
rentabilité pour le budget national des Saoudiens est un baril à $30 ;
pour les Russes, il est de $105.
Peu après la visite de Kerry, les
Saoudiens ont commencé à augmenter la production, de plus de 100 000
barils par jour pendant le reste du mois de septembre, et apparemment il
faut s’attendre à davantage pour la suite…
Réfléchissez. L’hiver arrive, il y a
de sérieuses coupures de production en Irak, au Nigeria, au Venezuela et
en Libye, d’autres membres de l’OPEP [Organisation des pays exportateurs de pétrole]
poussent un cri de soulagement, et les Saoudiens enchaînent les actions
pour faire baisser les prix toujours plus bas ? Faites le calcul, en
pensant à l’itinéraire secret de Kerry, et pour vous aider, voici ce que
m’a confié une source très bien placée sur le marché des matières
premières : « De très grosses mains sont en train de faire monter
l’offre globale de pétrole, » m’écrivait-elle dans un email l’autre
jour. »
Patrick L. Smith, Salon [2]
L’équipe d’Obama a réussi à persuader nos braves Saoudiens d’inonder
le marché avec leur pétrole, d’amorcer une baisse des cours et de
provoquer la dégringolade de l’économie russe. Dans le même temps, les
USA ont intensifié leurs sanctions économiques, ont fait tout ce qui
était en leur pouvoir pour saboter le projet de gazoduc South Stream de Gazprom (dont l’objectif est de contourner l’Ukraine et de livrer du gaz naturel à l’Europe par le Sud) [3],
et cajolent le parlement ukrainien pour qu’il vende les droits de bail
et les installations de stockage souterrain à des entreprises privées
étrangères.Est-ce que ça vous plait comme ça ? Ainsi les États-Unis ont lancé une guerre économique à grande échelle contre la Russie, qui a été complètement omise par les médias occidentaux. Vous êtes surpris ?
Washington est déterminé à bloquer toute intégration russo-européenne, dans le but de détruire l’économie russe et de donner le contrôle de la distribution énergétique régionale à des capitaux étrangers. L’objectif ultime est le pivot. Les gros poissons du Capital sont convaincus que l’Amérique doit pivoter vers l’Asie, si elle veut rester le maître du jeu pour le siècle à venir. Toutes ces attaques gratuites sur Moscou sont fondées sur cette stratégie délirante, et sur elle seule.
Mais les Européens ne vont-ils pas se mettre en colère, lorsqu’ils ne pourront plus obtenir l’énergie dont ils ont besoin (au prix qui leur convient), pour faire tourner leurs entreprises et chauffer leurs foyers ?
Washington ne le pense pas. Washington pense que ses alliés du Moyen-Orient peuvent satisfaire la demande européenne en énergie, sans aucune difficulté. Jetez un œil à cet extrait d’un article de l’analyste F. William Engdahl :
« … des informations commencent à
filtrer, évoquant un nouvel accord secret et assez stupide entre les
Américains et les Saoudiens, à propos de la Syrie et du soi-disant État
Islamique. Il implique le contrôle du pétrole et du gaz de toute la
région, ainsi que l’affaiblissement de la Russie et de l’Iran, en
inondant le marché mondial avec du pétrole saoudien bon marché.
…Le 11 septembre, le secrétaire d’État Kerry a rencontré le roi Abdallah dans son palais de la mer Rouge. L’ancien chef des services de renseignement saoudien, le Prince Bandar, était également invité. Un marché a été conclu qui prévoit le soutien saoudien aux frappes aériennes de la Syrie contre l’État islamique (EI, EIIL, Isis, Dae’ch…), à condition que Washington aide les Saoudiens à renverser Assad. Ce dernier est en effet un allié résolu de la Russie et de facto de l’Iran, ainsi qu’un obstacle aux ambitions de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis de contrôler le marché européen du gaz, et à détruire la très lucrative chasse gardée de la Russie sur ce terrain. Un rapport du Wall Street Journal faisait remarquer qu’un travail de plusieurs mois a été accompli en coulisse par les leaders américains et arabes, qui sont tombés d’accord sur la nécessité de coopérer contre l’État Islamique, mais pas sur les moyens à employer, ni sur un agenda.
…Le 11 septembre, le secrétaire d’État Kerry a rencontré le roi Abdallah dans son palais de la mer Rouge. L’ancien chef des services de renseignement saoudien, le Prince Bandar, était également invité. Un marché a été conclu qui prévoit le soutien saoudien aux frappes aériennes de la Syrie contre l’État islamique (EI, EIIL, Isis, Dae’ch…), à condition que Washington aide les Saoudiens à renverser Assad. Ce dernier est en effet un allié résolu de la Russie et de facto de l’Iran, ainsi qu’un obstacle aux ambitions de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis de contrôler le marché européen du gaz, et à détruire la très lucrative chasse gardée de la Russie sur ce terrain. Un rapport du Wall Street Journal faisait remarquer qu’un travail de plusieurs mois a été accompli en coulisse par les leaders américains et arabes, qui sont tombés d’accord sur la nécessité de coopérer contre l’État Islamique, mais pas sur les moyens à employer, ni sur un agenda.
Le processus a fourni un levier aux
Saoudiens pour obtenir un nouvel engagement américain à renforcer
l’entraînement des rebelles qui combattent monsieur Assad, dont ils
considèrent toujours l’élimination comme une de leurs priorités. »
William Engdahl, BFP [4]Ainsi, les guerres en Ukraine et en Syrie ne sont pas du tout des conflits distincts. Elles font partie de la même guerre globale pour les ressources, que les Américains ont poursuivie depuis les quinze dernières années. Le plan américain est de couper le flux de gaz russe et de les remplacer par du gaz qatari, qui traversera la Syrie pour rejoindre l’Union européenne, une fois qu’Assad aura été renversé.
Voici la réalité : les troubles en Syrie ont commencé peu après que les Syriens ont annoncé faire partie d’un gazoduc islamique, qui transférerait le gaz naturel du gisement de South Pars vers la côte iranienne, en traversant l’Irak et la Syrie, poursuivant éventuellement vers la Grèce et le lucratif marché européen. D’après l’auteur Dmitri Minine :
« Un gazoduc partant de l’Iran serait
hautement profitable pour la Syrie. L’Europe y gagnerait aussi, mais
manifestement, il y a quelqu’un à l’Ouest à qui ça ne plait pas. Ça ne
plaisait pas non plus aux fournisseurs de gaz du Golfe Persique alliés
de l’Occident, sans parler de la Turquie, qui au lieu de devenir le
transporteur de gaz incontournable se retrouverait hors-jeu. »
Dmitri Minine, Global Research [5]Deux mois après qu’Assad a signé l’accord avec l’Irak et l’Iran, la rébellion a éclaté en Syrie. C’est une sacrée coïncidence, vous ne trouvez-pas ? Il est assez amusant de voir à quel point ce genre de chose arrive fréquemment, dès que des dirigeants étrangers ne marchent pas au son du cor de Washington.
Minine ajoute :
« Le Qatar fait tout ce qu’il peut
pour contrecarrer la construction du gazoduc, il arme même les
combattants de l’opposition en Syrie, qui pour un grand nombre d’entre
eux viennent d’Arabie saoudite, du Pakistan et de Libye…
Le journal arabe Al-Akhbar rapporte
l’information, selon laquelle le gouvernement américain a approuvé un
projet de création d’un nouveau gazoduc pour transporter le gaz qatari
vers l’Europe, impliquant la Turquie et Israël…
Ce nouveau gazoduc doit partir du
Qatar, traverser les territoires saoudien et jordanien, contournant
ainsi l’Irak chiite, et atteindre la Syrie. A proximité de Homs, le
gazoduc se ramifie en trois directions : vers Lattaquié, Tripoli au
nord-Liban, et la Turquie. La ville de Homs, où se trouvent aussi des
réserves d’hydrocarbures, est la plaque tournante du projet, il n’est
donc pas surprenant que… ce soit à cet endroit que les combats les plus
intenses aient lieu. Le sort de la Syrie est en train d’être décidé. Les
parties du territoire syrien où les détachements de rebelles opèrent
avec le soutien de l’Amérique, du Qatar et de la Turquie (à savoir le
nord, Homs et les environs de Damas) coïncident avec l’itinéraire prévu
du gazoduc, pour qu’il gagne la Turquie et Tripoli, au Liban. Une
comparaison de la carte des hostilités et de la carte du tracé du
gazoduc qatari montre qu’il y a un lien entre les combats et le désir de
contrôler ces territoires. Les alliés du Qatar essayent d’accomplir
trois objectifs : casser le monopole russe du gaz en Europe, libérer la
Turquie de sa dépendance au gaz iranien, et donner à Israël sa chance
d’exporter son gaz en Europe par voie terrestre à moindre coût. »
Qu’en dites-vous ? Une autre coïncidence ?
« Les combats les plus intenses (en Syrie) ont lieu » là où il y a des « réserves d’hydrocarbures » abondantes et le long de l’itinéraire planifié d’un gazoduc.
Donc le conflit en Syrie n’a rien à voir avec le terrorisme. Il est question de gaz naturel, de gazoducs concurrents et d’accès aux marchés de l’Union européenne. Il est question d’argent et de pouvoir. Toute cette histoire avec l’État islamique est une grosse entourloupe pour dissimuler ce qui se passe réellement, à savoir une guerre globale pour les ressources, encore du sang pour du pétrole.
Mais comment les États-Unis en profitent-ils ?
Après tout, les revenus du gaz ne partent-ils pas plutôt au Qatar et aux pays de transit ?
Tout à fait, c’est bien là-bas qu’ils vont. Mais le gaz sera toujours libellé en dollars, ce qui va consolider la demande en USD [US dollars], perpétuant ainsi le système de recyclage des pétrodollars, lui-même à l’origine d’un vaste marché de la dette américaine, qui maintient le cours des actions et obligations US dans les nuages. Voilà de quoi il s’agit vraiment : préserver la suprématie du dollar, en forçant les nations à détenir des montants excessifs d’USD, pour payer leurs transactions en énergie et servir les dettes libellées en dollars.
Tant que les États-Unis parviennent à contrôler les sources mondiales en énergie et à obliger le monde entier à négocier en dollar, ils peuvent dépenser beaucoup plus que ce qu’ils produisent, sans avoir à rendre de comptes.
C’est comme une carte de crédit sans limite de découvert.
Voilà un racket que l’Oncle Sam est prêt à défendre par tous les moyens, même par la Bombe.
Mike WhitneyTraduit par Mathieu pour vineyardsaker.fr
Notes
[1] Stakes are high as US plays the oil card against Iran and Russia (theguardian.com, anglais, 09-11-2014)
[2] What Really Happened in Beijing: Putin, Obama, Xi And The Back Story The Media Won’t Tell You (informationclearinghouse.info,16-09-2014)
[3] Qui est le gagnant dans l’arrêt du gazoduc South Stream ? Qui est le perdant ? A vous de voir ! (vineyardsaker, français, 06-12-2014) & [L’œil itinérant] : En dynamitant le gazoduc South Stream, l’Union européenne fait pivoter encore davantage la Russie et la Turquie vers l’Eurasie (vineyardsaker, français, 04-12-2014) & La Russie vient de porter un coup dévastateur à l’avenir énergétique de l’Union européenne, 06-12-2014
[4] The Secret Stupid Saudi-US Deal on Syria (boilingfrogspost.com, anglais, 24-10-2014)
[5] The Geopolitics of Gas and the Syrian Crisis: Syrian “Opposition” Armed to Thwart Construction of Iran-Iraq-Syria Gas Pipeline (globalresearch.ca, anglais, 19-09-2014)
Source : Ukraine War Driven by Gas-Dollar Link – Defending Dollar Imperialism (counterpunch, anglais, 01-12-2014)
Déjà publié de Mike Whitney
- Le Saker interviewé par Mike Whitney, pour Counterpunch : « L’Ukraine telle que nous la connaissons est partie pour toujours », 15-10-2014
- MH17 : un prétexte pernicieux pour une guerre avec la Russie, 15-09-2014
- Et Tu Mollah ? L’Iran vient-elle de planter un couteau dans le dos de Poutine ?, 09-09-2014
- Pourquoi Obama veut se débarrasser de Maliki, 18-08-2014
- Je mise sur Poutine, 14-08-2014