Vous trouverez sur ce blog, beaucoup d'articles et de vidéos d'actualité. Les points de vue présentés dans ces articles et vidéos ne sont pas forcément les miens, mais ils peuvent amener une réflexion. Chacun se fera une opinion avec autre chose que le discours formaté des politiques et des médias.Vous y trouverez aussi les réponses aux questions qui me sont posées concernant mes livres.
Les thèmes de mes ouvrages sont le développement personnel et la spiritualité.
Selon les affirmations de ses élites, relayant
celles des États-Unis, le Mexique devrait jouir des bienfaits de
l’Accord de libre-échange nord-américain (Nafta ou Alena) [1], qu’il a
signé il y a 20 ans avec les États-Unis et le Canada. Mais la réalité,
c’est que le Mexique est devenu un État failli, dont les autres pays
d’Amérique centrale et d’Amérique du sud fuient l’exemple. Les
administrations centrales et locales sont inefficaces et souvent
corrompues, les inégalités ont explosé et les gangs omniprésents font
près de 2 000 victimes chaque mois [2]. Au point que la population
mexicaine cherche depuis longtemps à émigrer, principalement vers les
États-Unis, rencontrant la mort à la frontière, dans le désert, sous les
coups de la garde nationale américaine et des narco-trafiquants
mexicains et américains bien établis aux États-Unis même [3]. Mais
le gouvernement mexicain essaie de maintenir le cap, soumis en
permanence aux pressions de Washington. Les
Républicains veulent fermer la frontière, et le Mexicain pense « Il
veut me voler mon job aux USA ». Les Démocrates veulent mettre fin au
traité Nafta, et le Mexicain pense « Ils veulent me voler mon job au
Mexique ».
A l’occasion de ce vingtième anniversaire du Nafta, des bilans
peuvent être tirés. Loin d’évoluer vers la prospérité, la société
mexicaine compte encore 45 % de pauvres, soit 53 millions de personnes [4].
En une vingtaine d’années, le pourcentage de pauvres a baissé de 2 %.
Ce n’est pas le signe d’une amélioration foudroyante du niveau de vie de
la population, comme le laissent entendre les protagonistes du traité,
pour en vanter les bienfaits. Le mic mac de l’import-export avec les États-Unis…
Un deuxième argument en faveur du Nafta est l’explosion des
exportations mexicaines, qui ont doublé, alors que celles du Canada et
des États-Unis n’ont augmenté que de 30 % durant cette même
période. Le traité aurait donc été beaucoup plus favorable au Mexique
qu’à ses deux partenaires. Mais, comme l’explique un article publié par
Marianne hier 15 décembre [5], de telles statistiques doivent être examinées en détail. Elles montrent bien leur caractère trompeur.
En effet, en 2013, les trois-quarts du volume des exportations
mexicaines sont composés de biens eux-mêmes importés précédemment par le
Mexique, notamment des États-Unis ! C’est que le Mexique héberge sur
son territoire un nombre important de sociétés de commerce
nord-américaines, qui y bénéficient, grâce aux détaxations et
déréglementations autorisées par le Nafta, de facilités leur permettant
de réexporter vers les États-Unis, et plus largement vers le monde, une
grande partie de leurs produits importés au Mexique. La valeur ajoutée
par l’économie mexicaine, c’est-à-dire par le travail des citoyens
mexicains, est infime. En effet, il ne s’agit pas d’un pays en
développement qui installerait sur son territoire des usines de
fabrication filiales de maisons-mères, lesquelles font appel à un fort
emploi local. … et l’effet Wallmart
L’article de Marianne évoqué ci-dessus parle de l’effet Walmart.
Walwart est une chaine américaine tentaculaire de distribution,
installée au Mexique dès 1991. Sa prospérité doit beaucoup au Nafta et
au libre-échange, le Mexique l’ayant rapidement exemptée de taxes à
l’importation. Walmart a par ailleurs largement utilisé la corruption
pour s’implanter dans tous les lieux urbains et touristiques jusque là
interdits au commerce. Ses produits, tous généralement importés des
États-Unis, sont vendus sur le marché mexicain à des prix légèrement
inférieurs à ceux vendus aux États-Unis, mais le modeste gain de pouvoir
d’achat en résultant pour les consommateurs du pays est compensé par le
fait que la plupart de ces produits, échappant au minimum de
réglementation imposée aux États-Unis pour la protection des
consommateurs, encouragent l’obésité, l’alcoolisme et l’empoisonnement
par les composés chimiques. Le Nafta concoure à appauvrir le peuple mexicain…
Le Nafta bénéficie aux grands groupes américano-mexicains. Et
il accélère le mécanisme d’expropriation des cultivateurs pauvres, la
sur-exploitation des ressources naturelles et plus généralement
l’exploitation capitaliste des travailleurs et des petits artisans.
L’agriculture traditionnelle, considérée (y compris à travers les
westerns hollywoodiens) comme faisant partie de la civilisation
mexicaine, est désormais anéantie sans ménagement. Il en est de même des
petits commerces. Certes, les intérêts financiers mexicains installés à
Wall Street en tirent des bénéfices croissants, mais ils utilisent ces
bénéfices pour spéculer sur les marchés financiers au lieu d’investir au
Mexique même pour développer la production locale. … qui cherchent à émigrer aux États-Unis
Il ne reste plus aux victimes de cette américanisation forcée qu’à
tenter de s’expatrier illégalement aux États-Unis. Au cours de ce
processus, ils tombent aux mains, comme rappelé ici en introduction, des
réseaux de narco-traficants et de prostitution. Certains parlent même
de trafics d’organes. Aux États-Unis, sur onze millions de clandestins
présents sur le territoire américain, six millions seraient mexicains.
Au Mexique même, l’on compterait désormais 90 000 victimes des gangs,
sans mentionner 300 000 disparus, que l’on ne retrouvera jamais. A ce
nombre viennent de s’ajouter les 43 étudiants d’Iguala, venus sous le
feu de l’actualité ces derniers jours [6]. Sans être prophète de mauvais augure, on peut penser qu’eux-aussi ne seront jamais retrouvés. Le Canada tire aussi les marrons du Nafta
Dans cette lutte entre le pot de fer et le pot de terre n’oublions
pas les grands intérêts canadiens, originaires de ce pays si propre et
si honnête [7]. Ils viennent s’ajouter à leurs homologues nord-américains pour pressurer la population et l’économie mexicaine. Le futur Tafta européen, réplique à grande échelle du Tafta
Le traité Nafta, dont les mérites avaient été annoncés à grand bruit
dès son origine, en 1994, et qui ont été vantés depuis lors à
répétition, devrait servir de modèle aux accords équivalents que
Washington voudrait imposer aux États européens, sous le nom de
Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (également
connu sous le nom de Traité de libre-échange transatlantique Tafta),
comme aux États du Pacifique sous le nom de Partenariat transpacifique
(TPA).
Les groupes de pression qui militent, au sein de la Commission
européenne comme dans les gouvernements nationaux, en vue d’une
approbation rapide du Tafta, ne peuvent évidemment ignorer ce côté peu
reluisant du Nafta. Mais ils espèrent en tirer des avantages analogues.
Au moment où l’Europe s’engage, bien lentement d’ailleurs, dans des
procédures d’harmonisation fiscale afin d’essayer d’éviter les abus de
ce qui a été nommé le Luxleaks, c’est-à-dire l’attribution aux
multinationales américaines d’une exemption d’impôts quasi-totale, dès
lors qu’elles installent des filiales au Luxembourg, nous pouvons nous
préparer, dans le cadre du Tafta, à la reconduction de cette impunité
scandaleuse, mais cette fois à l’échelle de l’Atlantique nord tout
entier. S’y ajoutera, dans le cadre du pivot organisé par Obama
en direction de l’Asie Pacifique, un élargissement de l’espace ouvert
européen vers une partie de l’Asie et du Pacifique. Jean-Paul Baquiast Notes
[1] L’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA, en anglais, North American Free Trade Agreement, NAFTA,
en espagnol Tratado de Libre Comercio de América del Norte, TLCAN) est
un traité, entré en vigueur le 1er janvier 1994, qui crée une zone de
libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. (Wikipédia,
français)
[2] Mexique : une faillite planifiée de l’État et 1 700 homicides par mois (vineyardsaker.fr, français, 26-10-2014)
[3] La chute du Mur de Berlin et la multiplication des murs occidentaux (vineyardsaker.fr, français, 28-11-2014)
[4] La pauvreté au Mexique (coneval.gob.mx, espagnol)
[5] Avec le NAFTA, le Mexique devait connaître la prospérité… (marianne.net, français, 15-12-2014)
[6] Mexique: l’ombre de l’armée sur Ayotzinapa (tlaxcala-int.org, français, 14-12-2014)
[7] Affaire de Margerie, accident ou attentat ?, parties 1, 2 et 3 (vineyardsaker, français, 20-11-2014 & 01-12-2014)