décembre 12th, 2014 | by Mickael - Fondateur de News360x
Il est de notoriété publique que, pour faire face à la crise
de la dette européenne, la BCE a commencé, dès décembre 2011, à
racheter auprès des banques la dette d’Etats en difficulté de la zone
euro.
Ce programme de grande envergure, dénommé « LTRO », fut doté de 489
milliards d’euros en décembre 2011 puis, face à l’insuffisance de cette
mesure, de 529 milliards supplémentaires au 1er mars 2012.
Les effets de cette politique apparaissent très clairement dans le
graphique ci-dessous, qui indique notamment une baisse spectaculaire du
coût des dettes italienne et espagnole suite à ces mesures
exceptionnelles:
Toutefois, si cette politique a permis de ramener le coût de la dette
de pays alors au bord de la faillite à un niveau supportable, on
s’imagine mal qu’elle soit restée sans aucuns effets indésirables…
Quand une surabondance de liquidités cohabite avec un assèchement du crédit bancaire…
De fait, dès le 1er février 2012, la BCE annonçait que les
banques commerciales européennes prévoyaient « un net durcissement du
crédit ». Des conséquences très opposées à ce à quoi l’on aurait pu
s’attendre après une injection de plus de 1000 milliards d’euros de
liquidités dans le secteur bancaire!
A l’époque, l’agence Reuters, qui relayait la nouvelle, supposait
prudemment que cette étude, réalisée à la fin 2011, « ne prenait sans
doute pas pleinement en compte l’impact de l’injection massive de
liquidités réalisée par la BCE ».
Or, un an plus tard, le journal Le Monde dressait le constat suivant :
« Alors que les liquidités des banques de la zone euro se sont
considérablement améliorées grâce à ces LTRO, les derniers chiffres
montrent que 13 % des établissements ont durci leurs conditions
d’allocation de crédits aux entreprises au
quatrième trimestre 2012. Et davantage d’établissements ont resserré
leurs conditions d’octroi de prêts immobiliers pour les particuliers,
ainsi que pour les crédits à la consommation. »
Ici, l’envie vous prend de citer le Huffington Post, qui concluait
ainsi une explication sur le fonctionnement du LTRO: « Vous n’y
comprenez pas grand-chose? Il faut avouer qu’il y a de quoi… »
… peut-on conclure que l’argent des dépôts bancaires européens alimente les marchés spéculatifs?
La clé du mystère pourrait nous être livrée par la Banque nationale
suisse (BNS), dont le processus de ‘création monétaire’ a été décrit
dans une publication helvétique récente. (1)
Il y était notamment expliqué comment les liquidités mises à
disposition des banques qui transfèrent des avoirs à la BNS – d’une
manière très similaire à ce qui se fait dans le cadre du LTRO – peuvent
être utilisées en circuit fermé dans des opérations sur des produits
dérivés, de telle sorte que cette ‘création monétaire’ ne génère pas
d’inflation.
Il faut également noter que la protection légale dont bénéficient les
banques considérées comme « too-big-to-fail » permet à celles-ci de se
lancer dans des opérations spéculatives potentiellement très
rémunératrices en toute quiétude, l’argent du contribuable – ou des
déposants, comme dans le cas chypriote! – leur fournissant une garantie
illimitée.
Le graphe suivant, qui détaille les institutions récipiendaires de la
‘monnaie centrale’ de la BCE, avait été publié par le Financial Times
en mars 2012 :
Cela nous indique-t-il, d’ores et déjà, l’ordre de grandeur des
pertes qui pourraient être essuyées par certaines grandes banques (ou
leurs déposants!) en cas de nouvelle crise systémique?
Cette considération pourrait donner un sens nouveau à la déclaration
de Mario Draghi, qui affirmait en juillet 2012 que la BCE était « prête à
tout » pour sauver l’euro…
Référence :
1) La BNS permet-elle la mise en gage des dépôts bancaires suisses sur les marchés spéculatifs, Le Blog à Lupus, http://leblogalupus.com/2014/12/10/la-bns-permet-elle-la-mise-en-gage-des-depots-bancaires-suisses-sur-les-marches-speculatifs/