Chaque année, à la fin de l’école secondaire, de jeunes Israéliens
rédigent ensemble une lettre adressée au Premier ministre et au Ministre
de la défense pour signifier leur refus de servir dans l’armée. Ils
disent être pacifistes et opposés à l’occupation, à l’inégalité de
traitement et à l’oppression du peuple palestinien, tant en Cisjordanie
qu’à Gaza. Ils rejettent également la discrimination à l’égard des
Palestiniens qui possèdent la nationalité israélienne. Uriel, un jeune
orthodoxe de 19 ans, né à Beer Sheva, est l’un d’eux. A l’instar des
autres objecteurs dans sa situation, l’Etat hébreux ne lui reconnaît pas
le droit de refuser de suivre l’instruction militaire. Récemment, un
important mouvement anti-guerre s’est formé dans la cinquième puissance
militaire. L’activiste pour la paix Ruty Ferera incarne la lutte pour
l’objection de conscience et pour les droits de son fils : le 17
novembre dernier, Uriel a été incarcéré dans une prison militaire pour
la dixième fois consécutive.
Qu’arrive-t-il aux jeunes Israéliens, hommes et femmes, qui refusent de faire le service militaire obligatoire ?
Ils doivent se présenter à une certaine date à la base militaire pour
commencer leur service. S’ils sont asthmatiques ou s’ils souffrent
d’une autre maladie chronique, ils sont exemptés pour problèmes de
santé. Certains invoquent des problèmes psychologiques – qui ne sont pas
toujours réels. Toutefois, les jeunes en bonne santé physique et
émotionnelle sont jugés le jour même à la base militaire et incarcérés
sur le champ dans une prison de l’armée.
Quelle est la peine de prison qu’ils encourent ?
Entre 20 et 28 jours, mais on en a vus écoper jusqu’à 40 jours. Le
jour même où la peine se termine, ils reçoivent une nouvelle convocation
au service militaire ; ils entrent, ils sortent et ainsi de suite dans
un cercle vicieux. C’est ce qui arrive à Uriel, qui s’est présenté une
nouvelle fois en disant qu’il est objecteur de conscience, qu’il
désapprouve autant l’occupation que l’oppression du peuple palestinien
et qu’il ne veut pas apprendre à utiliser des armes ni quoi que ce soit
du système militaire. Et, cela va de soi, qu’il ne veut pas participer à
la guerre ni jouer aucun rôle, même civil, au sein de l’armée.
Comment Uriel a-t-il vécu ces procès militaires ?
Sa première mise sous les verrous a été très dure pour lui. Par
exemple, comme il refusait de mettre l’uniforme militaire prévu pour les
prisonniers, il a été placé en isolement, s’est fait harcelé et a subi
des agressions tant verbales que physiques. Il était entouré de cinq ou
six soldats qui lui criaient dessus et se moquaient de lui. Ils l’ont
traîné le long d’un couloir jusqu’à une cellule d’isolement. A sa
sortie, il était très faible émotionnellement. Nous avons alors réfléchi
à la possibilité de demander qu’il soit entendu par une commission pour
que celle-ci procède à une évaluation psychologique.
C’est ce que vous avez fait ?
Oui, mais lui affirmait qu’il avait seulement besoin de quelques
jours pour se reposer et récupérer de tout ce qu’il avait vécu. Et il a
été renvoyé en prison. Cela a été pareil les fois suivantes, avec des
nuits d’insomnie et la peur de se faire agresser. C’était l’époque des
attaques menées par Israël contre Gaza. Il s’est alors rendu compte
qu’il était entouré de jeunes aux convictions patriotiques, envoyés en
prison pour manquement à un ordre quelconque et pas du tout pour avoir
refusé, comme lui, d’entrer dans l’armée.
Comment va Uriel maintenant ?
Il se sent bien plus fort pour affronter ses procès, sans peur de se
faire agresser à nouveau. Il a surmonté ses craintes au cours de ces
mois.
Comment définiriez-vous la manière dont les autorités israéliennes traitent ces jeunes ?
C’est un véritable harcèlement. Israël ne respecte pas le droit à
l’objection de conscience. On cherche à effrayer les jeunes pour les
inciter à s’enrôler et ainsi éviter d’être emprisonnés une nouvelle
fois. Or, il s’agit de jeunes qui ont un niveau très élevé de conscience
et de responsabilité sociale et politique. Il est rare que les
militaires parviennent à leur fin. En général, l’objecteur de conscience
est convaincu ; on peut l’enfermer une fois, deux fois, dix fois, il ne
changera pas d’avis. Au contraire.
Comment réagissent les familles ?
Les familles n’acceptent pas toutes que leur fils ou leur fille soit
objecteur de conscience. Nous vivons dans une société très militarisée.
Depuis la naissance de leurs enfants, les parents souhaitent les voir
faire l’armée. Si les enfants s’y opposent, certains parents ne les
comprennent pas et ne les accompagnent pas. Par exemple, un autre
objecteur de conscience incarcéré de 19 ans a un frère qui a participé
aux attaques contre Gaza, ce qui veut dire que les parents avaient un
fils engagé dans l’armée en guerre et un autre, détenu pour objection de
conscience !
Quelle leçon peut-on tirer de la situation de votre fils ?
Uriel a décidé de ne pas participer à l’armée afin d’aider le peuple
palestinien, pour sa libération et pour qu’il puisse enfin disposer de
son propre Etat, avec dignité. A sa manière, il lutte pour que cessent
l’oppression et l’occupation du peuple palestinien qui durent depuis des
décades.
Vous pensez qu’il va bientôt sortir de prison ?
Son incarcération est temporaire. Un jour, il ne sera plus détenu, il
sortira, reprendra sa vie, ira à l’université, étudiera, se mariera,
aura une famille, un métier. Mais quand il retrouvera la liberté, il y a
fort à parier que le peuple palestinien sera toujours captif et occupé.
C’est pour cette raison que je tiens à dire et à répéter que ce n’est
pas la cause d’Uriel Ferera, l’objecteur de conscience israélien, mais
la cause du peuple palestinien. Nous avons droit au bonheur mais nous
souhaitons que notre bien-être n’ait pas pour prix la souffrance d’un
autre peuple.
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Source : Alex Anfruns, Diagonal Periódico