Posté par 2ccr le 6 janvier 2015
La messe
se passe avec les rituels quotidiens, faits divers et délinquances,
entrecoupés d’informations parfois plus importantes mais qui ne sont pas
développées afin de ne pas encombrer le cerveau des fidèles, sans
oublier bien sur quelques images sur l’immigration ou l’irresponsabilité
des syndicats dans un pays où les caisses sont vides. Quand vient la
minute people, le présentateur annonce la nomination du prochain
ministre du travail en remplacement du précédent qui s’est tué à la
tache lors d’un safari au Kenya, l’heureux gagnant s’appelle : Jean
Jacques PATHIE. « Ça alors, » se dit Alfred, Jean Jacques, le fils de la
crémière avec lequel il a fait une bonne partie de sa courte scolarité
et de nombreuses conneries …
Après de
nombreuses péripéties et de longs mois d’attente, Alfred obtient un
rendez-vous avec son vieux copain Jean Jacques. Après les poignées de
main et une timide accolade suivie de quelques souvenirs, Jean Jacques
qui ne doute pas qu’Alfred est venu lui demander un « service », lui
demande :
— Alors Alfred, que puis-je pour toi?
— Et bien voila, sans vouloir profiter, j’ai mon fils qui est au chômage et bien qu’il ne sache pas faire grand chose j’aimerais qu’il trouve du travail.
—
Ah, ça peut s’arranger, s’il aime voyager je peux lui trouver une place
dans une de nos ambassades à 10000 euros, plus de petits avantages.
— Et bien, c’est à dire que…
—
Ah, je vois tu n’as pas envie que ton fils parte trop loin? Alors pas
de problème, un poste d’assistance chez un membre du gouvernement à la
commission européenne à 7 ou 8000 euros, ça te va?
— Et bien, c’est que je pensais…
—
Tu préfères qu’il reste en France ? Je te comprends. Conseillé d’un
énarque ou d’un secrétaire d’état à 6000 euros, ça te va? Je sais, ce
n’est pas le « Pérou », mais il y a pas mal de temps libre. Ou alors en
parlant de temps libre, je le nomme dans une commission pour «L’étude du
chômage sur les jeunes dyslexiques dans les campagnes » par exemple, là
je crois que c’est à 5000 euros et tu te réunis 2 à 3 fois par an.
— C’est pas la question,…
—
Ah, tu préfères qu’il soit en province et qu’il reste prés de chez lui.
Alors là il faut que je trouve une sorte de mission ou un détachement
spécial, c’est un peu plus compliqué. Et je te préviens ça ne va pas
dépasser les 3000 euros !
—
Non, ce n’est pas le problème. Ce que je veux c’est qu’il travaille
normalement, un job tout simple, mais dans la fonction publique de
préférence.
Jean Jacques reste un moment interloqué par la demande d’Alfred, puis il lui dit :
—Fonctionnaire
de base ! Alors là, ça ne va pas être possible. Il va être obligé de
passer un concours, il va être en concurrence avec 2000 candidats, et
son salaire risque d’être au alentour du SMIC. Désolé, mais là je ne
peux rien faire…là il n’y a aucune solution, aucun passe droit, aucun
privilège, tout le monde a le droit de concourir. Moi je peux seulement
influer sur les postes un peu « haut de gamme » qui ne demandent pas de
qualités particulières, mais sur les postes utiles au service public je
n’ai aucune prise, et il faut un minimum de compétences. C’est pour cela
que l’on veut les privatiser ou les externaliser, c’est trop de
complications … et pas assez de …souplesse, tu comprends ? Et les
pressions du Medef pour récupérer cette part du gâteau, pardon, du
marché sont quotidiennes, et leurs « arguments », plutôt convaincants.
Jean Jacques ponctue
sa dernière phrase d’un coup d’œil, et dépité, Alfred opte pour le
poste à 5000 euros, mais il regarde dorénavant différemment les fameux
fonctionnaires de base, que son BdB de beau frère n’arrête pas de critiquer parce qu’il a loupé tous les concours auxquels il s’est présenté !
« Les
fonctionnaires c’est comme les livres dans une bibliothèque, ce sont
ceux qui sont rangés le plus haut qui servent le moins » … CLEMENCEAU