Posté par 2ccr le 2 janvier 2015
La hausse de la dette
de l’Etat ne peut s’expliquer par la hausse des dépenses de l’Etat car
celles-ci ont reculé de 2 points de PIB en 30 ans. Par contre, 488
milliards d’euros de dette proviennent des cadeaux fiscaux consentis aux
plus riches et aux actionnaires. La part des recettes de l’Etat dans le
PIB a chuté de 5 points en 30 ans. Si l’Etat avait conservé ses
recettes au même niveau, la dette publique serait inférieure de 24
points de PIB à ce qu’elle est ! Voilà pour la part d’illégitimité due à
la diminution des recettes de l’Etat et de son appauvrissement
volontaire. Voyons à présent la part due aux coûts excessif des marchés
financiers. En effet, 589 milliards d’euros de dette proviennent des
taux d’intérêts excessifs imposés par les marchés financiers. Le
collectif a considéré qu’un taux « normal » aurait été de 2% au-dessus
de l’inflation (taux d’intérêt réel). Dès lors, les taux pratiqués
au-delà ont été « excessifs ». Démonstration à l’inverse : si l’Etat
avait emprunté à des taux d’intérêts non excessifs, la dette publique
serait inférieure de 29 points de PIB ! Bien sûr, ces taux d’intérêts
excessifs ont eu un « effet boule de neige ». Il a fallu emprunter
davantage pour rembourser les emprunts « excessivement » taxés quand ils
sont arrivés à terme. Et ces nouveaux emprunts se sont fait souvent à
des taux eux-mêmes « excessifs » qui ont renforcé l’illégitimité de la
somme due. Voilà ce que l’on appelle une dette illégitime. François
Lenglet fait le malin : « depuis quand ? ». Comme si c’était une preuve
nécessaire de la valeur de l’argument. Imaginez : il aurait fallu avoir à
l’esprit l’histoire de chaque emprunt du trésor public à mesure que la
dette contractée pour rembourser de la dette s’est accrue. Voilà le
genre de savoir que François Lenglet fait semblant d’avoir, quoiqu’il ne
puisse l’avoir, et qu’il somme ses interlocuteurs de prouver.
A présent, voyons ce qu’il en est de la dette française elle-même en 2014.
Assez de baratin
avec les « générations futures » endettées par nos mauvaises habitudes !
La durée de vie moyenne des titres de dette est de 7 ans et 19 jours.
L’honnêteté pour évaluer sérieusement la situation voudrait qu’on
rapporte la dette à ce qu’il faudrait payer si on devait la rembourser
en fin de course. C’est-à-dire 1 985 milliards d’euros de dette publique
totale divisé par 2567 jours : cela fait 282, 24 milliards d’euros par
an ! Soit à peine 13 % du Pib annuel ! On est loin des 93,6% agités sans
cesse pour affoler le monde ! Car il est stupide de rapporter toute la
dette à la valeur d’une seule année de production. Pourquoi le fait-on ?
C’est d’autant plus absurde que le remboursement de la dette n’est pas
exigible dans ce délai ! Il donc est absurde de comparer un stock
pluriannuel à un flux annuel. C’est pourtant ce qui se fait à longueur
de catéchismes médiatiques.
Une autre comparaison indispensable est de rapporter la dette aux avoirs du pays !
Combien le pays possède-t-il ?
C’est important pour savoir s’il a « les reins » solide face à la somme
qu’il emprunte. Voyons les chiffres. Les avoirs de la France s’élèvent à
35 000 milliards de « patrimoine économique ». Cette somme contient
deux composantes. D’une part 13 900 milliards d’actifs non financiers
c’est-à-dire des immeubles, des logements, des machines et ainsi de
suite. Et d’autre part le pays possède 21 000 milliards d’actifs
financiers. Au total, la dette ne représente donc que 5,6% des avoirs de
notre pays. C’est-à-dire rien. Ou presque !
On me met régulièrement au défi à propos de l’annulation de la dette.
Jean marc Ayrault lui-même
s’était indigné : « Mélenchon propose de ne pas rembourser la dette, ce
n’est pas sérieux ! » Outre que je n’ai jamais dit les choses de cette
façon, je veux bien regarder de plus près cette hypothèse de travail
très intéressante. Ce ne serait pas une première dans l’Histoire. Nos
chers amis allemands le savent bien. Annuler la dette publique,
l’Allemagne l’a fait ! Pour mémoire, ce fut le 27 Février 1953 ! La
Conférence de Londres, réunie pour tirer d’affaire l’Allemagne vaincue
et détruite, décida l’annulation de près des deux tiers de la dette
allemande (62,6%) par ses créanciers étrangers ! L’accord a été signé
par la RFA et 22 pays créanciers. Et parmi les 22 créanciers généreux,
on trouve les États-Unis, la Grande Bretagne, la France, mais aussi la
Grèce ! On ne peut pas dire que la reconnaissance étouffe les Allemands.
Pourtant, l’addition était salée. La dette allemande d’avant-guerre a
été réduite de 22,6 milliards à 7,5 milliards de Marks. Et celle
d’après-guerre de 16,2 milliards à 7 milliards de Marks. Valeur de
l’époque. Faites les multiplications pour trouver ce que ces montants
veulent dire à présent ! Quand à l’ardoise des dégâts allemands, on l’a
remise aux peuples qui ont reconstruits leur pays ! En lisant ces
arguments vous constatez quelle extrême retenue fut la mienne face à
l’odieuse député de la droite allemande qui nous parlait si mal sur ce
plateau de télévision !
Qu’en est-il aujourd’hui de la dette de pays étranglés par les méthodes comptables de l’Europe Allemande ?
Le cas d’école est
celui de la dette grecque. Selon les calculs du FMI cités par Le
Figaro, le bilan est ridicule. Le montant de la dette grecque, début
2010, avant les plans d’austérité qui devait « sauver » le pays, était
de 298 milliards. Après six ans d’austérité, le plan de sauvetage s’est
élevé à 350 milliards, entre remise de dette, rééchelonnement et
nouveaux crédits. 110 milliards de 1er plan de sauvetage de 2010, 140
milliards de nouveau plan 2012 en cours d’application, 100 milliards de
dettes annulées par les banques. Je reviens dans un instant sur ces «
annulations ». Restons-en aux comptes globaux. On connaît la solution
proposée par le Front de Gauche : que la BCE prête directement à la
Grèce pour éponger sa dette. Si on l’avait fait au début, on aurait donc
déjà économisé 42 milliards ! Et la Grèce n’aurait pas été martyrisée
comme l’a été et comme elle l’est chaque jour sous l’administration
allemande de la troïka présente à Athènes. Et maintenant, apprenez ceci
que beaucoup d’entre vous ignorent. Quand une banque achète des titres
de dette elle ne les range pas dans son coffre. Elle les revend ou les
intègre dans des fonds de placement. Les titres de dettes grecs ont été
revendus jusqu’à 25 % seulement de leur valeur faciale. La valeur
faciale, c’est celle qui est marquée sur le titre. Un titre de dette de
cent euros a donc pu être vendu jusqu’à 25 euros seulement à mesure
qu’il circulait de main en main. En cous de cycle, une banque a pu
racheter 25 euros un titre et le revendre à la banque centrale
européenne qui lui achetait 30 ou 50. A chaque tour de piste du même
titre, les banques se sont gavées. Et maintenant, ces titres sont dans
le bilan de la Banque centrale européenne. Laquelle encaisse les
intérêts et réclame le remboursement à la valeur faciale, acheté 25 et
exigé à 100, comme un vulgaire fonds vautour.
Cette comédie se vérifie pour chacun des plans de sauvetage décidés depuis 2010.
Pour l’Irlande,
l’Espagne, le Portugal et l’Italie. 1 100 milliards d’euros ont été
dépensés sur ce mode ubuesque soit l’équivalent d’une année de
production de l’Espagne ! Et pendant ce temps, pendant que les peuples
étaient saignés, les rentiers en toute impunité pouvaient continuer à
sortir leurs capitaux du circuit économique national. Entre juin 2011 et
juin 2012 en Italie, 235 milliards se sont enfuis, soit 15 % du PIB et,
en Espagne, 296 sont sortis sans laisser d’adresse, soit 27 % de la
production annuelle du pays ! C’est tout ça que je voulais mettre sur la
table dans la discussion sur la dette.
Jean Luc MELENCHON
également : QUI DÉTIENT LA DETTE DE LA FRANCE ?
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’on fait » … M.TWAIN