Posté par 2ccr le 16 janvier 2015
Selon Overton
chaque idée, même la plus ahurissante, a pour éclore dans la
société une fenêtre d’opportunité. Dans cette fenêtre, l’idée peut être
largement discutée, ouvertement, en essayant de modifier
la loi en sa faveur. L’apparition de cette idée, dans ce que l’on peut
appeler « la fenêtre d’Overton », lui permet de passer du stade
“impensable” à un débat public avant son adoption par la conscience de
masse et son inscription dans la loi.
Ce n’est pas un lavage de cerveau en tant que tel, mais ce sont des techniques plus subtiles, efficaces et cohérentes,
il s’agit d’amener le débat au cœur de la société pour que le citoyen
lambda s’en empare et la fasse sienne. Au départ il suffit souvent qu’un
personnage public ou politique lance le sujet d’une manière
caricaturale à l’ extrême, et qu’ensuite le reste de la classe publique
et politique démente à grands cris. Voila, l’idée est née, et le bal des
« faux-culs » peut commencer. Le sujet est lancé, on peut en débattre
pour le bien de tous et effacer les malentendus !
Selon cette théorie,
une fenêtre est l’intervalle d’idées qui peuvent être acceptées par la
société à un moment donné et qui sont exprimées ouvertement par les
politiques sans qu’ils soient considérés comme des extrémistes. Les
idées évoluent selon les stades suivants :
1/ inconcevable (inacceptable, défendu)
2/ radical (défendu mais avec des réserves)
3/ acceptable (l’opinion est en train de basculer)
4/ utile (raisonnable, rationnel)
5/ populaire (socialement acceptable)
6/ légalisation (dans la politique d’Etat).
L’utilisation de la fenêtre Overton
est à la base de la technologie de manipulation de la conscience
publique en vue de faire accepter par la société des idées qui lui
étaient précédemment étrangères et conduit à la levée des tabous.
L’essence de cette méthode réside dans le fait que le changement d’opinion
recherché se divise en plusieurs pas dont chacun déplace la perception à
un stade nouveau de la norme universellement admise pour le pousser
à son extrême limite. Cela provoque un déplacement de la fenêtre même,
et un débat polémique bien maitrisé permet de faire le pas suivant à
l’intérieur de la fenêtre.
Des groupes de réflexion
produisent et diffusent des opinions à l’extérieur de la Fenêtre
Overton en vue de rendre la société plus réceptive sur l’idée en cours.
Quand un groupe de réflexion veut imposer une idée considérée comme
inacceptable par l’opinion publique, il utilise par étapes la
Fenêtre, exemple retour à l’esclavage. Le déplacement de la Fenêtre
Overton vers un changement d’attitude envers l’esclavage peut passer par
les stades suivants :
Stade 0 : à ce stade le problème est inacceptable, n’est pas discuté dans la presse et n’est pas admis par les gens.
Stade 1 :
le thème évolue de « tout à fait inacceptable » vers « défendu mais
avec des réserves ». Il est affirmé qu’il ne doit y avoir aucun tabou,
le thème commence à être discuté lors de petites conférences pendant
lesquelles des économistes renommés font des déclarations sous forme de
débats « scientifiques ». Le sujet cesse d’être tabou et est introduit
dans l’espace médiatique. En résultat, le sujet inacceptable est mis en
circulation, le tabou est désacralisé, le problème ne suscite plus la
même réaction et différents degrés apparaissent.
Stade 2 :
le thème de l’esclavage passe du stade de radical (défendu, mais avec
des réserves) au stade d’acceptable. Des économistes et
sociologues continuent d’être cités et des termes élégants sont créés :
il n’y a plus d’esclavage à proprement parlé, mais il y a, disons, une
réalité objective que de plus en plus de gens ont des difficultés pour
survivre et que l’on doit tout tenter pour les sauver. L’objectif est de
déconnecter le sens du mot de son contenu dans la conscience sociale.
Dans le même temps, à la télévision des reportages montrent que les
« cruautés » liées à l’esclavage ne reposent sur rien de concret.
Stade 3 :
la Fenêtre Overton se déplace ; en transférant le thème du domaine de
l’acceptable à celui du raisonnable/rationnel, celui qui est argumenté
par la « nécessité économique ». Il est affirmé que la soumission à
l’autre est génétiquement prédéterminée. En plus, en cas de famine («
circonstance insurmontable ») l’homme doit avoir le droit de faire un
choix. Il ne faut pas cacher l’information selon laquelle chacun peut
choisir entre mourir ou servir un maitre qui nous donnera à manger. Il
faut aussi considérer qu’un esclave est débarrassé des soucis
matériels.
Stade 4 :
de l’utile au populaire (socialement acceptable). Le débat est mené non
seulement à l’exemple des personnages historiques ou mythiques, mais
aussi à l’exemple de temps durs où l’esclavage était la seule forme de
survie pour préserver l’avenir. L’esclavagisme commence à être largement
discuté dans les programmes d’information, dans des débats télévisés,
dans les films, la musique populaire et dans les clips. Pour populariser
le thème, on cite souvent en exemple un personnage historique célèbre
qui en son temps a été esclave avant de devenir une personnalité
importante.
Stade 5 :
du socialement acceptable à la légalisation. Le sujet est lancé et est
reproduit automatiquement dans les médias, dans le show-biz et reçoit
une importance politique. A cette étape, « l’humanisation » des
adeptes de l’esclavage est utilisée pour justifier la légalisation.
Pouvons-nous réellement juger de ce qui est bon pour chaque individu ?
Un esclave a toujours un toit pour dormir et il est de l’intérêt de son
maitre qu’il reste en bonne santé. Heureusement qu’il y a des gens
riches pour prendre soin des autres,
et certaines gens sont incapables de se débrouiller toutes seules, il
faut donc les « encadrer ». Même si cela peut paraitre « amoral » à
certains, il est nécessaire pour qu’une société fonctionne que chacun
trouve la place qui lui revient.
Stade 6:
du thème populaire, l’esclavagisme passe dans le domaine de la
légalisation dans la politique d’état. Une base législative est créée,
des lobbies apparaissent, des études sociologiques sont publiées en
faveur des partisans de la légalisation de l’esclavage. Un dogme nouveau
voit le jour : « pour survivre aux crises, l’esclavage est souvent la
seule solution pour les plus démunis ». La loi est adoptée, le sujet
pénètre dans les écoles et les jardins d’enfants et la génération
nouvelle ne sait pas comment on a pu penser autrement : pour sauver les
plus faibles et afin qu’ils aient de quoi subsister, l’esclavage est
pour eux une bonne solution !
De nombreuses idées contemporaines
semblaient être absolument inconcevables il y a plusieurs dizaines
d’années, pour devenir complètement acceptables par la loi et aux yeux
de la société. Retraites, sécurité sociale, salaires, travail le
dimanche ou système de vidéo surveillance généralisée, ne croyez-vous
pas que leur évolution a suivi le scénario ci-dessus ? Croyez- vous
vraiment que ces réformes sont pour le bien comment ou dans l’intérêt de
quelques uns ?
Voir : Complot et manipulation
« C’est seulement par le risque de sa vie que l’on conserve la liberté. » … Georg Wilhelm Friedrich Hegel