Vous trouverez sur ce blog, beaucoup d'articles et de vidéos d'actualité. Les points de vue présentés dans ces articles et vidéos ne sont pas forcément les miens, mais ils peuvent amener une réflexion. Chacun se fera une opinion avec autre chose que le discours formaté des politiques et des médias.Vous y trouverez aussi les réponses aux questions qui me sont posées concernant mes livres.
Les thèmes de mes ouvrages sont le développement personnel et la spiritualité.
Spécialiste de droit social, Pascal Lokiec (*) a récemment publié « Il faut sauver le droit du travail!». Affirmant qu’« il faut adapter le travail à l’homme, non plus l’homme au travail, et donc accorder au droit du travail la place centrale qui doit être la sienne dans nos sociétés modernes », il y explique les enjeux qui sous-tendent le processus actuel et les dangers que celui-ci recèle. Il en livre ici les principaux aspects.
Trop volumineux, excessivement complexe, entrave à l’emploi, frein à la compétitivité des entreprises et à la croissance ... Le Code du travail croule sous les griefs qui émanent, traditionnellement, du MEDEF, mais aussi de l’actuel gouvernement qui lui a emboîté le pas. Celui-ci, entre louvoiements et coups de sonde, poursuit son offensive législative contre le droit du travail sous prétexte de « simplification».
Tirer sur le Code du travail est devenu un sport national.
Quand ce n’est pas l’obésité du code, ce sont ses règles fondamentales qui sont mises en accusation: le SMIC, le licenciement, les 35 heures, la représentation du personnel, le repos dominical, etc. Et souvent de façon caricaturale, comme l’illustre le cas de ce boulanger des Landes dont les soutiens feignent d’ignorer que l’obligation de fermeture hebdomadaire ne vise pas à protéger les salariés mais à égaliser les conditions de la concurrence entre les petites boulangeries et celles, comme la sienne (22 salariés), qui ont suffisamment de personnel pour tourner 7 jours sur 7. Une fois de plus, le droit du travail a bon dos!
Le prétexte de La simplification
Le procès du droit du travail est parti d’un débat, souvent excessif, sur la complexité du Code du travail et la nécessité de simplifier un certain nombre de règles, en particulier pour les patrons de TPE dépourvus de compétences juridiques en interne: fiches de paie, modalités de calcul des seuils ... Le débat a toutefois rapidement dérapé vers une remise en cause des protections. Il suffit d’examiner les réponses préconisées au nom de la simplification pour comprendre que l’enjeu est
ailleurs.Qui peut croire qu’en déléguant l’essentiel de la réglementation à des accords collectifs et en élaborant des règles différentes d’une entreprise à l’autre, on va simplifier quoi que ce soit ? De la même manière, le projet de loi Rebsamen, qui aboutira, dans nombre d’entreprises, à fondre le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dans une instance unique de représentation du personnel, va bien au-delà de la simplification lorsqu’on sait l’importance des questions de santé et sécurité au travail.
Qui peut croire qu’en privilégiant les accords d’entreprise plutôt que la loi, on va simplifier quoi que ce soit ?
La protection, ennemie de L’emploi ?
La logique qui sous-tend l’essentiel des projets de réforme actuels est aujourd’hui pleinement assumée: la protection de ceux qui ont un emploi serait nuisible à ceux qui
n’en ont pas. Cette équation, qui n’a jamais pu être vérifiée, est pourtant d’une fragilité évidente. C’est la situation économique qui commande l’emploi, pas le droit du travail! Le droit français a d’ailleurs fait une large place à la flexibilité depuis 10 ans, y compris dans la dernière loi de sécurisation de l’emploi. Avec un impact nul sur le taux de chômage et une inquiétante augmentation des risques psychosociaux (stress, burn-out, suicide, etc.).
Ajoutons qu’on a tout à perdre à rogner sur les protections si l’on considère que c’est sur la qualité des produits et services, non sur les prix, que la France possède un avantage compétitif. À moins de nier tout lien entre bien-être des salariés et productivité!
Contre Le dumping social, des règLes communes
On aurait surtout tort d’occulter une donnée fondamentale: la protection des salariés est l’envers de la subordination sur la base de laquelle fonctionne notre société capitaliste. Contrairement aux contrats ordinaires (contrat de vente, de bail, etc .), le contrat de travail fait du salarié un subordonné, soumis aux ordres et directives de l’employeur, à son pouvoir de contrôle (possibilité de lire les mails et SMS, par exemple) et de sanction.
La subordination a deux conséquences majeures qui expliquent l’essentiel du besoin de protection.
Premièrement, la volonté du salarié est affaiblie, surtout lorsque la subordination est couplée à une situation de dépendance économique, c’est-à-dire lorsque le salarié a besoin de son emploi pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Il est bien évident que le fait qu’il soit volontaire pour travailler le dimanche ou pour être à temps partiel en dessous de la limite légale des 24 heures ne suffit pas. Il faut des garde-fous, à commencer par ce qu’on appelle l’ordre public social. C’est l’idée que la loi définit un certain nombre de droits et obligations auxquels nul ne peut déroger en défaveur des salariés, fût-ce par accord individuel ou collectif. Dans un État de droit, la loi est et doit rester le principal instrument de protection des parties faibles. Elle l’est pourtant de moins en moins, avec le poids sans cesse plus important accordé aux accords collectifs d’entreprise. On ne peut se satisfaire du constat qu’en vertu du projet de loi Macron les contreparties financières au repos dominical pourront varier d’une entreprise à l’autre, avec le risque de voir se développer la concurrence par les coûts sociaux.
Ne faut-il pas, au contraire, soumettre les entreprises à des règles sociales communes afin d’éviter un dumping social qui ne dit pas son nom ?
Deuxièmement, le salarié n’est pas un autoentrepreneur ou un soustraitant, sur qui pèsent les risques économiques. Les salaires ne sauraient fluctuer, sauf à la marge, au gré de la situation financière de l’entreprise, de même que le contrat de travail ne doit pas pouvoir être rompu du seul fait de la perte d’un marché, comme le prévoit pourtant le projet du MEDEF d’un « contrat de travail sécurisé». C’est pourquoi l’idée d’accords de maintien de l’emploi offensifs, c’est-àdire d’accords permettant d’augmenter le temps de travail sans majoration salariale en cas de grosses commandes ou de lancement de nouveaux produits, est tout simplement contraire au pacte qui fonde la relation de travail.
La protection des salariés est l’envers de la subordination sur la base de laquelle fonctionne notre société capitaliste.
Une conception dégradée de la règle de droit
Pour répondre efficacement aux accusations contre le droit du travail, il faut surtout changer de raisonnement et cesser de ne juger la règle de droit que sur ses effets (sur l’emploi, sur l’économie, etc.).
D’abord, l’évaluation des effets d’une règle de droit est une opération délicate, souvent vouée à l’échec. Si l’inversion de la courbe du chômage se produit en 2016, qui pourra se targuer qu’elle est due aux réformes en cours, non à une conjoncture très favorable en raison de la baisse conjuguée de l’euro, du prix du pétrole et des taux d’intérêt ? Surtout, certaines règles sont nécessaires, indépendamment de leurs effets, parce qu’elles répondent à des valeurs essentielles dans un État de droit. Autrement dit, les droits fondamentaux de la personne (droit au respect de la vie personnelle, droit à l’emploi, droit à la santé et la sécurité, etc.) doivent être préservés, fût-ce au prix du renoncement à une mesure que l’on estime, à tort ou à raison, économiquement efficace! On en est arrivé, pour rendre possible la création du contrat de travail unique, à envisager la dénonciation d’une convention de l’Organisation internationale du travail! Le président Hollande lui-même soutient désormais que l’entreprise doit être en mesure de calculer à l’avance ce que lui coûtera un licenciement injustifié! Il y a là une conception dégradée du droit en général, du droit du travail en particulier, qui n’augure rien de bon pour l’avenir de nos sociétés modernes.
« Il faut sauver le droIt du travail! » de Pascal Lokiec. Editions odile Jacob, 2015, 176 pages, 19,90 euros.
Replacer les actuels assauts contre le Code du travail dans le contexte d’un profond mouvement de détricotage du droit du travail et comprendre ce qui est fondamentalement en cours, c’est ce que permet cet ouvrage aussi accessible que documenté. Car si les économistes sont largement sollicités pour analyser les lois dans ce domaine, le point de vue du juriste doit avoir toute sa place s’agissant des évolutions de la société.
« Le droit du travail, conclut l’auteur, joue un rôle fondamental (...) pour remettre la personne au centre des débats et réconcilier progrès économique et progrès social, dans l’intérêt de tous. »
(*) Pascal Lokiec est professeur à l'Université Paris X - Nanterre, spécialiste de droit social.
Rassemblement devant l’Assemblée nationale, à Paris, le 13 avril, contre la « loi liberticide » sur le renseignement.
Militant des droits de l’homme, magistrat, syndicaliste, élus… Cinq personnalités expliquent leur opposition au projet de loi sur le renseignement, soumis au vote de l’Assemblée demain. Toutes dénoncent de graves atteintes aux libertés et une efficacité douteuse pour lutter contre le terrorisme.
La littérature de science-fiction peut se révéler glaçante. Elle le devient encore plus quand le législateur vient à s’en inspirer, consciemment ou non. Soumis au vote des députés demain, le projet de loi sur le renseignement pourrait bien accoucher d’un monde coincé entre le 1984 de George Orwell, dans lequel chacun est placé sous surveillance permanente, et le Minority Report, de Philip K. Dick, où les autorités prétendent pouvoir stopper les crimes avant même qu’ils ne soient commis. Très mobilisés contre un texte jugé non seulement dangereux mais aussi inefficace pour lutter contre le terrorisme, une pléiade d’associations (comme la LDH, la Quadrature du Net, Amnesty International, Attac…), de syndicats (CGT, Solidaires, Confédération syndicale des familles…) et de partis politiques (PCF, PG, EELV…) appellent à se mobiliser, ce lundi, pour refuser « cette menace pour les libertés politiques et les mobilisations à venir ». À Paris, un premier rassemblement est prévu dès 10 heures au Tank (22, rue des Taillandiers, dans le 11e), un espace dédié aux activités de création numérique, première étape d’une opération baptisée « 24 heures avant 1984 ». Une « action mystère » y est promise pour midi. Et à partir de 18 h 30, c’est l’esplanade des Invalides qui accueillera l’ensemble des opposants à la loi, à l’appel de l’Observatoire des libertés et du numérique. Objectif identique des deux événements : faire pression sur les députés et exiger un « véritable débat démocratique » sur le texte, empêché par son examen en « procédure accélérée ». Les sujets d’inquiétude, pourtant, ne manquent pas, que détaillent les cinq personnalités sollicitées par l’Humanité : établissement d’une surveillance de masse, collecte de données sans contrôleréel, pouvoir exorbitant confié au seul exécutif, contrôle social des individus… Un authentique roman noir.
Les multinationales inventent les écoles “ low cost ”
Sylvie DUCATTEAU
Depuis une dizaine d’années, les multinationales investissent à grande
échelle le marché jugé lucratif de l’éducation dans les pays en développement.
Leur stratégie ? Proposer des écoles à bas coût visant les populations pauvres.
L’ONU s’inquiète d’une privatisation qui aggrave les inégalités.
Il est 6 h 40. Les enseignants connectent leur tablette numérique au serveur
de la Bridge Academy, le « QG », comment ils l’appellent, quartier général du
réseau d’écoles privées à bas coût qui fleurissent dans les bidonvilles du
Kenya. Les leçons du jour s’affichent à l’écran, de même que l’emploi du temps
de la classe. Le professeur en prend connaissance quelques minutes avant de
retrouver les élèves. Il entre en classe, sa tablette en main. Elle ne le
quittera pas de la journée. L’œil sur l’écran, il procède à l’appel. Il lit le
cours, les consignes et suivant son guide numérique, interroge les écoliers. Le
scénario se répète au même moment dans les 249 écoles du groupe créées depuis
2009, 146 l’an dernier, une tous les trois jours. Tout commence
par une étude de marché
Le concept repose sur deux mots : rationalisation et standardisation. Tout
commence par une étude de marché. Le projet retenu, l’école est livrée en kit –
plan et matériel pédagogique. Elle sera ouverte en moins d’un mois. Le
bâtiment : un toit de tôles ondulées et des murets de parpaings pour délimiter
les espaces. Pour l’apprentissage : la Bridge Academy a conçu les outils
pédagogiques articulés aux leçons lues par l’enseignant, simple répétiteur. Ce
dernier se voit confier une classe après cinq semaines de formation, en partie à
distance, via Internet. La gestion de l’établissement est assurée par une seule
personne, là encore, à distance avec le quartier général, véritable opérateur.
La facturation, les paiements, la gestion des dépenses, le traitement de la
paie, l’admission des élèves sont non seulement centralisés, mais automatisés
grâce à l’application smartphone de la Bridge Academy. « C’est le système
McDonald’s appliqué à l’éducation. Apprendre la même chose, en même temps,
partout », ironise Sylvain Aubry, chercheur pour l’ONG Global Initiative for
Economic and Cultural Rights.
Derrière la Bridge Academy, se cache une multinationale, le groupe Pearson,
coté en Bourse, premier éditeur mondial de manuels pour l’enseignement.
Philanthrope, il « croit à l’éducation sous toutes les formes, pour tous et
adaptés à chacun », peut-on lire sur son site Internet grand public. Pearson,
ce sont trois filiales : Penguin Group, Pearson Education, et Financial Group,
propriétaire d’une trentaine de titres de presse dont The Economist,
The Financial Times et, jusqu’en 2007, Les Échos. Et un fonds
d’investissement, The Affordable Learning Fund, qui vient d’ailleurs d’être
recapitalisé à hauteur de 46 millions d’euros. S’y côtoient, entre autres, Bill
Gates et, depuis peu, Mark Zuckerberg, le patron de Facebook. Pearson et son
fonds d’investissement sont aux avant-postes de la conquête du marché de la
scolarisation des plus défavorisés. Sa vitrine, la Bridge Academie
International, s’installe en Ouganda, au Nigeria, en Inde. Dix millions d’élèves
y sont attendus dans les prochaines années. Au Ghana, le fonds participe au
financement du réseau Oméga. Vingt écoles sont recensées dans le Grand Accra et
les régions centrales. Elles accueillent 12 000 élèves, de la maternelle au
lycée.
Les écoles Oméga ressemblent à leurs cousines kényanes, à la différence près
que le paiement s’effectue à la journée : 0,70 euro. Le contrôle du paiement est
quotidien via un bracelet électronique dont est muni chaque enfant... Au Kenya,
les familles paient 6 dollars par mois pour l’inscription d’un enfant dans l’une
des écoles de la Bridge Academy. S’y ajoutent des frais d’inscription et de
dossier pour le passage des examens. Le système n’accepte aucune défaillance
pour ces parents des bidonvilles.
« L’école n’a pas d’états d’âme, témoigne Sylvain Aubry. Si la famille ne
paie pas le 5 du mois, l’enfant est immédiatement exclu. Et il ne faut pas
croire que ces écoles soient bon marché. Les parents qui gagnent 1 à 2 dollars
par jour, soit 73 euros par mois au maximum, font d’énormes sacrifices pour y
envoyer leurs enfants. » Des sacrifices dont les filles font très régulièrement
les frais. Les parents ne pouvant payer pour tous leurs enfants sont contraints
de choisir celui qui aura la chance d’être scolarisé. Et, dans la plupart des
cas, ce sont les garçons. « C’est une terrible injustice pour ces familles et
ces enfants de se voir interdire la possibilité d’améliorer leur situation
sociale grâce à l’éducation », déplore Kishore Singh, rapporteur spécial des
Nations unies sur le droit à l’éducation (lire entretien).
Investi par des grandes entreprises internationales, ce marché de l’école low
cost est également convoité par des petits propriétaires privés, qui peuvent
aller jusqu’à installer des écoles dans leurs propres maisons ! Parfois, cette
école fonctionne sans réel enseignant, mais avec de simples recrues fortes de
quelques jours de formation. Il arrive aussi que certains professeurs soient
salariés d’une école publique, où ils sont mal payés et sans statut, et œuvrent
en même temps dans des établissements privés qui reçoivent des subventions de
l’État, dont ce dernier ne contrôle pas l’usage.
Avec ou sans Pearson, l’explosion de la privation de l’éducation touche tous
les pays en voie de développement de tous les continents et prend des formes
diverses. « Le phénomène des chaînes à bas coût se développe surtout en Inde,
dans les pays de l’Est africain, en Afrique du Sud, au Pérou, précise Sylvain
Aubry. Les grands investisseurs anglo-saxons sont très présents. On remarque que
le phénomène explose depuis la crise de 2008. À croire que l’éducation, après
l’achat massif des terres en Afrique, devient le bon filon ! »
La Société financière internationale (IFC), bras armé de la Banque mondiale,
évalue à 380 milliards d’euros le marché de l’éducation privée. « Les écoles et
les collèges ont de nombreux avantages. Ils assurent un revenu régulier et payé
à l’avance », vantait récemment cette organisation, lors d’un appel aux banques
à investir dans l’enseignement privé. La banque américaine Merrill Lynch s’est
également penchée sur les chiffres. Le secteur de l’éducation, public et privé,
est actuellement estimé à plus de 4 trillions (sic) d’euros. Il pourrait
atteindre 7,3 trillions d’euros d’ici à 2017. Autant dire que le gâteau est
alléchant. Les 100 millions d’enfants qui n’ont jamais fréquenté l’école, les
800 millions d’analphabètes adultes sont d’autant plus des clients potentiels de
ces réseaux que le système public doit, de plus en plus souvent, partager
l’argent de l’État avec ces structures à but lucratif.
Un modèle de philosophie utilitariste de l’enseignement
Cette marchandisation galopante de l’éducation commence sérieusement à
inquiéter l’ONU. En octobre 2014, Kishore Singh a présenté un rapport alarmant
sur la réalisation du droit à l’éducation pour tous, appelant notamment les
États à « rejeter toute idée de privatisation de l’enseignement primaire et à
renforcer leurs systèmes publics ». Le discours était pourtant à l’opposé, un
an plus tôt. Irina Bokova, la présidente de l’Unesco, s’était adressée aux
signataires du pacte des Nations unies pour l’investissement dans l’éducation.
Elle avait jugé le mouvement de privatisation « gagnant-gagnant » pour le
monde l’entreprise et pour toute la société. « Le secteur privé n’est pas
simplement un donateur, c’est un partenaire, et même un partenaire clé,
susceptible de jouer un rôle important en anticipant les compétences nécessaires
pour insuffler la croissance aux économies d’aujourd’hui », avait-elle lâché,
soulignant la nécessité de changer « l’optique de l’éducation ». À bon
entendeur... John Fallon, directeur général de Pearson, était au nombre des
auditeurs. Il ne l’avait pas démentie.
La société civile commence toutefois à se faire entendre, dénonçant la piètre
qualité et la philosophie utilitariste de l’enseignement prodigué par ces écoles
privées. À l’automne dernier, soixante-dix organisations ont signé une
déclaration commune à l’occasion du Forum mondial des droits de l’homme, à
Marrakech. Leur inquiétude ? Le soutien officiel apporté par la Banque africaine
de développent (BAD) et le Programme de développement des Nations unies (Pnud) à
la participation du secteur privé dans l’éducation... Leur texte dénonce la
remise en question de l’éducation comme bien public. Caroline Pearce, de la
Campagne mondiale pour l’éducation (GCE), insiste sur l’obstacle que constituent
les frais de scolarité pour l’accès à l’école. « Les accroissements des taux de
scolarisation, particulièrement des filles, ont eu lieu à la suite de
l’élimination des frais de scolarité. » Pas vraiment la priorité des Pearson et
compagnie...
L’éducation pour tous est encore loin d’être réalisée. Les six objectifs de
l’éducation pour tous, fixés en 2000 par le Forum mondial de Dakar, sous l’égide
de l’ONU, ont été atteints par seulement un tiers des pays en 2015. Quinze ans
après l’adoption par la communauté internationale de ces ambitions, seule la
moitié des pays est, par exemple, parvenue à la généralisation de l’enseignement
primaire universel (objectif n° 2). Des constats que devrait souligner l’édition
2015 du « Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous », rendu public le
9 avril prochain. Ce rapport précédera la convocation d’un nouveau Forum mondial
de l’éducation qui aura lieu à Incheon (République de Corée) du 19 au 22 mai et
qui sera chargé de fixer de nouveaux objectifs aux différents États
membres.
Conférence d’Etienne Chouard , lors de la conférence organisée par l’association Article 3 le 28 février 2015 à Mulhouse. Au programme, pour résumer très brièvement: – La mise en place des ateliers constituants (la conférence était précédée par un atelier constituant) – Quelques bouquins – Questions/réponses.
Les affirmations que le gouvernement de Merkel était au courant du fait que les services de renseignement de l’Etat allemand espionnaient pour le compte des Américains, contre les intérêts industriels de leur pays, soulèvent des questions troublantes sur l’intégrité des dirigeants allemands.
La trahison des intérêts nationaux allemands par la chancelière Angela Merkel n’est pas seulement évidente à propos du récent scandale d’espionnage industriel pour le compte des Etats-Unis. Le suivisme servile, par Merkel, à l’égard de la politique antirusse de Washington à propos de l’Ukraine – en opposition avec les intérêts nationaux de son pays – suggère aussi de manière convaincante que la chancelière sert un maître étranger.
Les rapports récents selon lesquels les services de renseignement de l’Etat allemand espionnaient pour le compte des Américains contre les propres intérêts industriels du pays sont déjà assez graves. Mais à cela s’ajoutent des affirmations disant que le gouvernement de la chancelière Angela Merkel était au courant de l’espionnage – et a fermé les yeux.
Cela soulève des questions troublantes sur l’intégrité des dirigeants du gouvernement allemand, et d’abord Angela Merkel. Est-ce que Merkel est une taupe pour le renseignement américain, servant les intérêts géopolitiques de Washington plutôt que le bien de sa propre nation, ou le bien plus large de l’Europe?
L’histoire des informations en question se rapporte aux articles parus dans les médias allemands la semaine dernière sur la manière dont le Service fédéral de renseignement allemand (BND) a collaboré avec l’Agence pour la sécurité nationale (NSA) pour espionner des entreprises de défense européennes multinationales, y compris EADS et Eurocopter. Les écoutes illégitimes de ces sociétés spécifiques – dans lesquelles l’Allemagne a des intérêts économiques nationaux importants – remonteraient à 2008. Il est inconcevable que le gouvernement allemand, à son plus haut niveau, et y compris la chancelière Merkel, n’ait rien su de cet espionnage industriel. Pourtant Merkel semble avoir toléré l’activité illégale, bien qu’une telle activité ait nuit aux intérêts nationaux allemands, conférant ainsi un avantage aux concurrents américains.
Tout d’abord, l’idée que les services de renseignement allemands sont complètement infiltrés par les services secrets américains n’est pas une théorie farfelue.
Loin de là. Le fonctionnement du BND comme partie de l’appareil de renseignement américain est en cours depuis des décennies, depuis que les Etats-Unis ont supervisé la reconstruction, après la guerre, de l’Allemagne nazie vaincue. Les Américains et les Britanniques ont construit le renseignement allemand – hérité en grande partie de la machine de guerre nazie – dans leurs opérations à l’échelle européenne. L’historien allemand Josef Foschepoth, spécialiste des opérations d’espionnage alliées d’après-guerre, dit que le gouvernement ouest-allemand a signé un pacte secret avec Washington et Londres, en 1968, connu comme l’Accord sur le statut des forces de l’OTAN. Ce pacte donne lui un mandat de collaboration intensive qui continue à ce jour – plus de deux décennies après la réunification de l’Allemagne.
Fondamentalement, les services secrets américains, comme la NSA et la CIA, ont les mains libres pour exercer une surveillance massive en Allemagne contre qui ils veulent, tant des particuliers que des sociétés industrielles. Et tout cela avec l’aide des services de renseignements allemands et du gouvernement fédéral.
La pointe de l’iceberg dans l’espionnage et la surveillance a en plus été divulguée en 2013 par l’ancien agent de la NSA Edward Snowden. Dans la mine de révélations de Snowden, il y avait la preuve que le renseignement américain avait surveillé les communications personnelles de la chancelière allemande Angela Merkel. Les écoutes remontaient à 2002 – trois ans avant que la dirigeante de l’Union chrétienne-démocrate ne devienne chancelière.
Ce qu’on peut dire à ce propos c’est combien la réaction des autorités allemandes à cette révélation de l’espionnage illicite de Washington a été faible et insignifiante. A part une première déclaration affligée, par Merkel et d’autres personnalités de Berlin, le scandale tout entier a été rapidement caché sous le tapis comme s’il n’avait jamais existé. Cela suggère que le gouvernement allemand était déjà tout à fait au courant de son compromis, une relation subordonnée à Washington, qui se manifestait par l’accès intrusif dans les communications au plus haut niveau.
Comme relevé plus haut, une telle relation de maître à serviteur entre les Etats-Unis et l’Allemagne était un principe fondamental de la réformation de ce pays après la guerre par les Américains, et du rôle prédominant dévolu à l’OTAN par Washington sur les questions européennes de sécurité. Le gouvernement allemand a pris connaissance, et en effet il était consentant, de son rôle servile à l’égard du renseignement américain et des mains libres accordées à ce dernier. Donc, quand le reste du monde a appris que le gouvernement américain espionnait Merkel en 2013 grâce aux fuites d’Edward Snowden, peut-être les dernières personnes à en être surprises étaient Merkel et son administration. D’où la faible réponse de Berlin à Washington et, pour tout observateur objectif, à la conduite agressive choquante de ce dernier contre son allié allemand.
En outre, un témoignage explosif sur la pénétration systématique des services secrets américains dans les institutions allemandes a été livré ces mois derniers par un ancien rédacteur en chef, Udo Ulfkotte. Dans plusieurs interviews accordées aux médias, Ulfkotte raconte comment des journalistes et des politiciens allemands sont régulièrement recrutés comme agents par la CIA pour diffuser des fausses informations ou promouvoir des politiques destinées à servir les intérêts géopolitiques de Washington, et non les intérêts du peuple allemand. L’ancien rédacteur en chef de laFrankfurter Allgemeine Zeitung – l’un des quotidiens les plus réputés d’Allemagne – a avoué qu’il a été l’un des agents de la CIA pendant de nombreuses années, publiant des informations dont il savait qu’elles étaient fausses et qui nuisaient aux relations internationales, et en particulier hostiles à l’égard de la Russie.
Dans une interview avec Russia Today l’an dernier, Ulfkotte a affirmé:
«Ce n’est pas bien ce que j’ai fait par le passé, manipuler les gens, faire de la propagande contre la Russie, et ce n’est pas bien ce que mes collègues font, et ont fait par le passé, parce qu’ils sont soudoyés pour trahir les gens, pas seulement en Allemagne, mais dans toute l’Europe… J’ai vraiment peur d’une nouvelle guerre en Europe, et je ne voudrais pas vivre de nouveau cette situation, parce que la guerre ne se fait jamais toute seule, il y a toujours des gens qui poussent à la guerre, et ce ne sont pas seulement des politiciens, ce sont aussi des journalistes.»
Il n’y a aucune raison de croire que la même relation de domination secrète n’existe pas entre le gouvernement des Etats-Unis et d’autres homologues européens.
Mais compte tenu de l’importance centrale de l’Allemagne, pour l’économie et la politique de l’Union européenne et ses liens historiques croissants avec la Russie depuis la Seconde Guerre mondiale, Berlin serait une cible de choix pour les Américains, pouvant faire pression sur elle à leur avantage géopolitique.
Lorsqu’on observe la politique allemande à l’égard de la Russie à propos du conflit en Ukraine, cela semble absurde à première vue. Les petites entreprises allemandes, les grandes sociétés d’importation et les agriculteurs subissent de lourdes pertes à cause des sanctions occidentales imposées à la Russie, et des contre-sanctions de Moscou. Des sondages indiquent que l’opinion publique allemande ne soutient pas les politiques hostiles des politiques émanant de Washington et que les alliés européens ont adoptées en grande partie à la demande de Berlin.
Cette semaine, la chancelière Merkel a averti que les sanctions de l’UE pourraient être prolongées si la Russie ne«respecte pas les accords de cessez-le-feu de Minsk».
La logique de Merkel est ridicule. Il n’y a aucune preuve que la Russie a fait de la subversion en Ukraine ni qu’elle y est présente militairement. C’est le président russe Vladimir Poutine qui a aidé à négocier les Accords de Minsk. Toutes les preuves, y compris les rapports de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, soulignent que la trêve est rompue par le régime soutenu par l’Occident. C’est le régime de Kiev qui ne respecte pas les engagements prévus par les Accords de Minsk, pourtant Merkel choisit, de façon illogique, de fustiger la Russie.
En plus, c’est Washington qui a envoyé des centaines de ses soldats en Ukraine la semaine dernière pour pratiquer des exercices militaires avec l’armée de l’Ukraine, qui n’est pas membre de l’OTAN. Pourquoi Merkel reste-t-elle si silencieuse lorsqu’il s’agirait de condamner Washington et son régime fantoche de Kiev sur ce qui constitue d’énormes menaces à la paix? Son silence l’accuse.
La position de Merkel sur l’Ukraine et la Russie est tellement en contradiction avec la réalité et contraire aux intérêts nationaux de son propre peuple, que la question vient à l’esprit de savoir tout simplement au service de qui elle est. Le récent scandale d’espionnage industriel contre les entreprises allemandes, pratiqué par les Etats-Unis – avec la complicité du gouvernement fédéral allemand – et la surveillance de longue date de la vie personnelle de la chancelière allemande révèle que Merkel est une dirigeante compromise. Ou, en un mot: achetée.
La présidente-directrice générale de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), Agnès Saal, est soupçonnée d’avoir dépensé des sommes exorbitantes auprès de la compagnie de taxi G7, selon Le Figaro éco. En dix mois, elle aurait accumulé plus de 40 000 euros de factures.
Cette révélation a été faite à la suite d’un courrier anonyme envoyé aux administrateurs de l’INA à la veille du conseil d’administration qui s’est tenu le 23 avril, précise le quotidien. A la réception de ce courrier anonyme citant des documents de l’entreprise, l’INA a lancé une enquête interne et envisage de porter plainte, a appris Le Monde.
Sur le montant global (40 915 euros), un peu plus de 7 000 euros concernent l’abonnement et 32 000 euros les déplacements. Agnès Saal a indiqué avoir déjà remboursé une partie des dépenses de taxi relevant de ses déplacements privés.
« En tant que PDG de l’INA, j’ai une voiture de service avec chauffeur à disposition. Mais, comme je ne peux pas le faire travailler douze à quinze heures par jour ni les week-ends, j’ai également un abonnement aux taxis G7, car je n’ai pas de permis de conduire. Ce dispositif avait déjà existé avant mon arrivée et je l’ai repris. »
Sur cette facture, 6 700 euros sont imputables à son fils, à qui elle avait communiqué son numéro de réservation, ajoute Le Figaro. « C’est une maladresse, j’en reconnais la responsabilité et j’ai immédiatement remboursé ces frais », a expliqué l’énarque de 57 ans.
Un doute subsiste cependant concernant les 7 800 euros de frais de taxi facturés le week-end, à savoir ce qui relève des trajets professionnels et des privés. « Ce n’est pas évident de savoir si une course de taxi pour un événement dans lequel je représente l’INA est professionnelle ou personnelle », a-t-elle expliqué, estimant que « l’usage professionnel du taxi pendant les week-ends représente environ un tiers ou un quart de la facture ». Selon Le Figaro, elle s’est ainsi engagée à rembourser les deux tiers ou les trois quarts restants.
La ministre de la culture réagit
Quelques heures après ces révélations, Fleur Pellerin, la ministre de la culture, a rappelé dans un communiqué « son attachement très ferme à l’exemplarité des dirigeants des organismes publics placés sous sa tutelle ».
Concernant les« frais de déplacement privés de la présidente » de l’INA, Mme Pellerin en « a immédiatement demandé le remboursement intégral, qui est en cours », précise le ministère.
Le 11 Avril dernier, le Cercle des Volontaires s’est rendu à la conférence intitulée « L’Europe après la victoire de Syriza », une conférence animée par Francis Wurtz, député européen honoraire, Président du Conseil de l’Institut d’Etudes Européennes de l’Université Paris 8 ainsi que Daniel Cirera, Secrétaire général du Conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péri. Giorgos Karatsioubanis, membre du département de politique européenne de Syriza, puis Rosa Moussaoui, journaliste à L’Humanité, envoyée spéciale en Grèce, y offrent leurs témoignages de la situation en Grèce, notamment après l’élection le 25 Janvier de Syriza, le parti politique grec qui fait beaucoup parler de lui depuis son accès au gouvernement. Yves Bertoncini, Directeur de l’Institut Jacques Delors, interviendra au cours du débat sur les perspectives d’avenir pour la Grèce et l’Union Européenne.
L’impasse Syriza, ou comment promouvoir la souveraineté et l’indépendance nationale sans proposer la sortie de l’UE et de l’euro
Les différents intervenants ne sont pas pour la sortie de l’Union Européenne, et d’ailleurs ils affirment eux-mêmes ne pas être « des europhobes », mais être « des partisans d’une construction européenne à dimension humaine ». Ils admettent toutefois le « désenchantement massif des européens », qui selon eux traduit « l’exaspération » des populations concernées face à la politique menée ces dernières années par les responsables de tous les pays, et c’est ce qui a pu s’observer au cours des dernières élections. Ils proposent toutefois de remettre en question, voire de s’opposer à la « gouvernance européenne », ainsi qu’à la politique d’austérité plus généralement, et dénoncent les agissements de la Troïka européenne en Grèce.
L’objectif annoncé de Syriza est donc avant tout de proposer une « critique radicale », c’est-à-dire qui aille traiter le problème « à la racine », et ils souhaitent offrir au peuple Grec une réponse « constructive » à la crise. La victoire de Syriza est décrite comme un évènement très important, le « mouvement de sympathie » des populations des membre pays de l’Union Européenne est d’ailleurs salué au cours de la conférence. Ce que Syriza dénonce, à travers son porte parole Giorgos Karatsioubanis, c’est avant tout les « armes financières » qui ont été employées à l’encontre de la Grèce, et les volontés des technocrates de « faire capituler » le pays, la BCE (Banque Centrale Européenne) plongeant le pays dans la menace incessante de « couper les crédits ».
La thèse développée au cours du débat, c’est que la construction européenne a été « dénaturée », par le « schéma de l’Europe-FMI », et c’est dans ce contexte que Syriza se positionne pour la « fin de l’austérité », le « respect de la dignité » et de « la souveraineté populaire », une « demande partagée par les citoyens européens dans de nombreux pays ». Cependant, la volonté de souveraineté populaire, ou nationale, semble parfois inquiéter dans la manière dont elle se traduit aux élections, puisqu’elle est qualifiée par les intervenants de « menace des extrémistes », et c’est en gardant cela en tête qu’ils annoncent donc que « l’Europe doit changer ».
Les deux témoignages nous résument la situation grecque au moment de la crise et avant l’arrivée du président Alexis Tsipras au gouvernement, une situation extraordinaire puisqu’elle implique pour la première fois le FMI dans un pays de la zone euro. Et ce n’est pas pour rien, c’est un pays qui connait alors une situation dramatique : 30% de la population est au chômage, 60% de la jeunesse en fait partie, un tiers de la population se trouve sous le seuil de pauvreté. Et c’est donc dans ce contexte de crise que la Grèce « a servi de cobaye à des expérimentations économiques ».
Le 25 Janvier sonne alors comme un espoir, puisque le programme politique de Syriza met en avant la volonté de lutter contre la corruption, l’évasion fiscale, la politique d’austérité, cela au travers d’un « plan de reconstruction nationale ». L’intérêt de Syriza n’est pas de faire sécession avec l’Union Européenne, mais de refuser de continuer à accepter le « chantage » qui était mené jusque là par la BCE avec le peuple grec, et c’est cela qui expliquerait le soutien du peuple au gouvernement, « 80% du peuple est avec », selon l’un des intervenants.
L’analyse de Rosa Moussaoui l’amène d’ailleurs à déclarer que « la dette est un moyen d’imposer [aux populations, ndlr] des choix politiques pour lesquels ils n’ont pas opté ». C’est pour cela qu’il faut en finir avec « l’irresponsabilité des dirigeants européens », et craindre un « divorce irrémédiable avec l’Union Européenne » qui pourrait coûter à la Grèce sa sécurité au niveau de l’union monétaire.
C’est d’ailleurs un point central du débat, puisque selon les différents intervenants, la population grecque ne souhaiterait pas sortir de la zone euro et retourner au drachme, cela irait, selon Syriza, à l’encontre de leurs intérêts économiques. Il n’est donc pas proposé de mesure pour s’ostraciser du « schéma de l’Europe-FMI » afin de se financer sur les marchés, seulement de limiter les effets néfastes de celui-ci, et c’est ce qui est nommé « le compromis de Tsipras ». L’évocation d’un possible remboursement de la dette grecque est même prononcé au cours de la conférence. Rosa Moussaoui rappelle toutefois que ce n’est pas uniquement la crise qui est responsable de la situation grecque, mais la constitution européenne en elle-même, puisque c’est celle-ci qui a permis les attaques des marchés financiers sur la Grèce.
Syriza souhaite donc mettre l’accent sur la souveraineté nationale, tout en étant un parti internationaliste, il ne souhaite pas quitter l’Union Européenne, et compte beaucoup sur la solidarité entre les peuples de l’Union Européenne. C’est pourquoi il ne désire pas faire du combat grec un combat uniquement européen, mais la volonté qui est exprimée au travers du débat est celle d’un engagement avant tout national, puis international, afin de faire basculer la situation au sein de l’Union Européenne. Toutefois, faire basculer la situation au sein de l’Union Européenne semble être une entreprise assez difficile, puisqu’elle nécessite un consensus entre tous les États membres, ce qui est une chose quasi-impossible au vu de la conjoncture variable des différents pays, comme l’illustrent très bien les divers intervenants en expliquant la lutte entre le gouvernement allemand et le gouvernement grec.
S’il est donc indéniable que l’analyse de Syriza sur la situation en Europe est pertinente, et qu’il est tout aussi limpide que ce parti dénonce les réels responsables de la crise que traverse l’Union Européenne, il n’en va pas de même quant à l’évidence des solutions que ceux-ci proposent. Si le discours porté par les différents intervenants nous rappelle les promesses électorales vaines, qui annoncent sans cesse le désir de « changer l’Europe », de la « restructurer », sans jamais menacer d’en sortir, alors qu’ils admettent dans leur analyse la montée de « l’euro-scepticisme », ils n’en tirent toutefois pas les conclusions qui semblent logiques, et se réfugient dans la fable du danger de la montée des extrêmes, au lieu de considérer la volonté démocratique et légitime des populations des pays membres de l’Union Européenne de sortir du joug de la Troïka. Admettre la responsabilité de l’Union Européenne dans la crise grecque, l’échec de l’euro sur le plan international, tout en maintenant fermement la volonté de rester dans l’espace euro, c’est une contradiction qui ne manquera pas de nous sauter aux yeux lors de cette conférence, et qui nous amènera à nous poser la question suivante : Syriza est-il un parti leurre, arrivé au pouvoir pour pacifier la population, ou bien un réel parti de résistance à la politique d’austérité de « l’Europe-FMI » ?
Conférence filmée par Gérôme Mary-Trebor Article d’Arby
« La Grèce doit sortir de l’euro », selon l’économiste Frédéric Lordon
« Ce ne sera pas un pique-nique », mais la Grèce n’a pas d’autre choix que de sortir de l’euro si elle veut rompre avec la politique d’austérité, soutient l’économiste Frédéric Lordon.
L’auteur de « La Malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique » était l’invité jeudi 2 avril du collectif Penser l’émancipation, aux côtés de Panagiotis Sotiris, philosophe et dirigeant du Front de la gauche anticapitaliste grec (Antarsya). Dans un exposé drôle et éloquent, il formule une vive critique de la gauche radicale, coupable selon lui d’aveuglement et d’obstination à croire qu’un autre euro est possible. L’euro est un système qui n’offre selon lui que 3 attitudes possibles : « le subir, le fuir ou le détruire ».
Voici la vidéo de son intervention :
Penser l’émancipation est un réseau d’universitaires et d’éditeurs créé pour « renouer avec l’utopie ».
Sur le sujet, voir aussi la vidéo du débat « Faut-il sortir de l’euro » organisé en mai 2014 par Attac autour de Frédéric Lordon, Thomas Coutrot, membre d’Attac France, et Athanase Contargyris, d’Attac Grèce.
Source : Erwan Manac’h, pour Politis, le 6 avril 2015.
Sortir de l’union européenne : pour un internationalisme réel et non imaginaire
Vu sur PCF Bassin Leçons de Grèce à l’usage d’un internationalisme imaginaire (et en vue d’un internationalisme réel) Le texte qui suit est une version à peine modifiée de l’intervention au débat organisé par le collectif Penser l’émancipation [1] à l’EHESS, le 2 avril, sur le thème « L’Etat, le capital, l’internationalisme. Leçons de Grèce », en présence de Panagiotis Sotiris, dirigeant d’Antarsya.
Cher Panagiotis, si tu n’étais pas déjà parfaitement au courant de ce qui se passe dans la vie politique française, tu pourrais, tel un Montesquieu contemporain, rentrer chez toi et écrire de nouvelles Lettres Persanes – ou tout simplement des Lettres Hellènes. Tu y raconterais une étrange contrée, la France, où, pour une large part de la gauche se disant radicale, vouloir sortir de l’euro c’est être un fasciste en puissance, réaffirmer le principe de souveraineté démocratique contre les institutions européennes qui nous en infligent le dernier degré de dépossession, c’est être le fourrier du Front National.
Misère du posturalisme
Tu témoignerais ainsi de l’apparition d’un nouveau courant de la gauche radicale, ou de la pensée internationaliste – laquelle, Dieu merci, ne s’y épuise pas – qu’on pourrait nommer le posturalisme. Comme son nom l’indique, le posturalisme a pour unique ressort la recherche des postures – avantageuses il va sans dire, et si possible bon marché, car le posturalisme est aussi régi par un robuste principe d’économie, et cherche la maximisation des bénéfices symboliques par la minimisation de l’effort intellectuel. Il s’ensuit que, de même que l’existentialisme était un humanisme, le posturalisme est un illettrisme – il ne sait pas lire : on peut lui mettre sous le nez autant qu’on veut des textes, des arguments, des mises au point, ça ne passe pas la barrière de la posture. Pour le coup no pasaran ! Mais ce ne sont pas les fascistes qui ne passent pas – avec de pareils opposants, ceux-là ont les meilleures chances de passer, et comme dans du beurre. Non, ce qui ne passe pas, c’est la moindre intelligence dialectique, et le moindre effort d’échapper à une désolante stéréotypie. En tout cas, mon cher Panagiotis, sache-le : tu es un fasciste. Tu veux la restauration de la souveraineté populaire ; constatant son impossibilité dans l’Union européenne, tu veux la sortie de l’euro : tu es un fasciste – je suis bien désolé, mais ici, en ce moment, c’est comme ça.
Évidemment, le problème épineux que tu poses à tous ces gens-là [2], c’est que tu n’es pas un fasciste… Tu plaides pour la souveraineté populaire grecque, tu parles de la sortie de l’euro, mais tu n’es pas un fasciste. Je peux maintenant t’avouer la raison un peu honteuse pour laquelle je suis vraiment content d’avoir ce débat ici avec toi : tu vas me servir de bouclier humain. Car il ferait beau voir que les pitres posturalistes viennent te dire à toi, toi qui arrives d’un pays en état de persécution économique, d’un pays humilié et mis en situation de crise humanitaire par notre belle Europe, que parce que tu veux en finir avec cela, parce que tu n’as pas la patience d’attendre qu’un autre euro soit possible, que l’Union européenne devienne progressiste et que les autres peuples européens enfin soulevés entrent dans les institutions bruxelloises, bref parce que tu n’as pas le goût d’attendre l’été à Noël, tu es un fasciste. Vraiment je voudrais les voir ces gens-là, ces professionnels du pharisaïsme, venir te dire en te regardant dans les yeux que vous êtes des fascistes, toi, Kouvelakis, Lapavitsas et tant d’autres.
Tu mesures ici le degré de dégradation du débat intellectuel à gauche en France où, pour contrer ce torrent de bêtise, et parfois d’ignominie, qui renvoie spontanément au fascisme toute évocation de souveraineté populaire, toute perspective de se soustraire à la construction européenne qui la fait périr, pour contrer tout cela donc, il n’y a plus que le recours à des boucliers humains… Faute que toute argumentation rationnelle soit permise, il ne reste plus que la solution de présenter des personnes. Des personnes dont il est une évidence incontestable qu’elles sont au dessus de tout soupçon. Autant te le dire, je ne me résous à ce procédé que la mort dans l’âme, avec vergogne, et accablement. Mais c’est qu’on ne sait plus quoi faire pour tirer cette partie-là de la gauche de son sommeil dogmatique, lui faire voir enfin ce qu’elle refuse de voir depuis tant d’années, et qu’il devrait maintenant lui être impossible de ne pas voir à la lumière des deux premiers mois de Syriza : non, un autre euro n’est pas possible. Si bien que les termes de l’alternative sont posés avec une rude clarté : ou bien sortir, pour enfin tenter de faire autre chose, prendre le risque d’essayer, car essayer, c’est cela le propre de la souveraineté démocratique ; ou bien continuer de crever à petit feu mais d’une mort en fait porteuse des pires renaissances qui soient : les renaissances fascistes, mais les vraies !, pas celles dont accusent les posturalistes pour mieux mettre en scène leur propre vertu – et c’est peu dire qu’en Grèce ces renaissances-là vous concernent de très près.
On se demande alors par quel comble de cécité dogmatique on pourrait vous faire le reproche de tout essayer – oui, unilatéralement, c’est-à-dire nationalement ! – pour vous soustraire à cette perspective mortifère. Et il faut vraiment avoir l’internationalisme sens dessus dessous pour s’acharner à préserver le fétiche d’une monnaie européenne au prix de la mort de toute possibilité de démocratie – on notera au passage cette cruelle ironie qu’une fraction d’un internationalisme se disant de gauche se voue désormais à la cause d’une monnaie… On savait que les passions aveugles pouvaient être au principe d’investissements aberrants, mais tout de même pas à ce point.
Les autocensures de Syriza
Ceci étant dit, et maintenant à propos de la situation en Grèce, on hésite à tomber trop rudement sur Tsipras et Varoufakis, dont on se sent spontanément solidaire en face de la brutalité ouverte, et même du désir d’humiliation, qui transpirent de l’Eurogroupe, pour qui le véritable enjeu est de faire un exemple, en faisant mordre la poussière à toute expérience de gauche un peu radicale. Mais enfin il y a des questions politiques que la sympathie ne peut tout de même pas empêcher de poser. Car, si l’on pouvait difficilement rester insensible à l’arrivée au pouvoir du premier gouvernement vraiment de gauche en Europe depuis… on ne sait même plus dire combien de temps, on pouvait tout aussi bien, et non contradictoirement, dégriser par anticipation les attentes excessives, et avertir, avant même l’élection, de l’échec programmé d’une entreprise de renégociation qui, refusant par principe toute sortie de l’euro, s’est d’emblée privée de tout levier stratégique [3].
Il faudrait alors s’interroger longuement sur cette autocensure aberrante, dont on peut d’ailleurs tirer des interprétations, et partant des conclusions, assez différentes.
La première considère que la défaite en rase campagne de Tsipras était inscrite dans la trajectoire même de Syriza qui perdait de fait toute latitude politique à partir du moment où elle décidait d’emprunter sagement la voie parlementaire. Car, on le sait, c’est là un jeu dont la grammaire institutionnelle entame d’emblée toute possibilité de rupture véritable. Comment viser le succès électoral, qui plus est en milieu médiatique hostile, sans nécessairement sacrifier en radicalité, et sans devoir repiquer à quelque degré vers le centre – en l’occurrence il s’agissait de ratisser les gros bataillons du Pasok en débandade. Or, comme souvent, soit une trajectoire politique sélectionne les leaders qui lui sont le plus adéquats, soit elle refaçonne ses leaders en cours de route pour produire cette adéquation. En tout cas, en l’état actuel des choses, il semble évident – on serait presque tenté de dire : malheureusement – qu’il n’y avait pas le moindre cynisme manœuvrier dans l’esprit de Tsipras qui, réellement, voulait, et voudrait encore, et le maintien dans l’euro et la fin de l’austérité – c’est-à-dire un cercle carré.
Dans cette première interprétation donc, c’est la logique même du parlementarisme qui produit la réduction et l’autocensure – ce que la possible arrivée de Podemos au pouvoir en Espagne à l’automne prochain devrait donner l’occasion de revérifier. Dans ces conditions en tout cas, et presque tautologiquement, toute tentative d’échapper à cette normalisation suppose de contourner l’instance normalisatrice : contre la voie parlementaire donc, la voie insurrectionnelle.
La deuxième lecture possible est moins radicale. Elle part de l’idée d’un étagement des ambitions politiques. Le renversement du capitalisme est-il à l’ordre du jour ? Rien de moins certain… En attendant, n’y a-t-il vraiment rien de significatif qui puisse être fait ? Evidemment si. Quand bien même toujours dans le capitalisme, la sortie de l’état de persécution économique, c’est déjà quelque chose ! Or, vu de loin, on ne peut s’empêcher de penser qu’il n’aurait pas fallu grand-chose pour que la trajectoire, même parlementaire, de Syriza soit assez différente. Par exemple : l’argument des sondages indiquant une préférence majoritaire pour le maintien dans l’euro n’est d’aucune valeur politique. Si la loi de Say est inepte en économie, en politique l’offre peut sinon faire complètement la demande, du moins contribuer assez largement à la façonner. En deux ans et demi, Syriza aurait pu engager son capital politique et symbolique pour installer la sortie de l’euro dans le paysage des options disponibles. Et surtout pour en faire une menace de dernier recours, dont la fermeté d’ailleurs aurait contribué, par effet rétrograde, à crédibiliser la position grecque dans toutes les étapes de la montée en tension avec les institutions européennes. Or si l’on en croit les récits qui en ont été faits, la négociation semble avoir vu la partie grecque redouter la sortie de l’euro bien plus que le camp d’en face ! – inutile de dire que, dans ces conditions, l’affaire était pliée avant même d’avoir commencé…
Impuissance de l’internationalisme imaginaire
L’est-elle définitivement ? Les trois mois qui nous séparent de la renégociation de juin pourraient-ils faire ce qui n’a pas été fait en deux ans et demi ? Tel est bien l’enjeu stratégique d’une fenêtre historique qui ne se rouvrira pas de sitôt – et ceci à moins qu’un accident financier intermédiaire d’ici juin, dont la probabilité va d’ailleurs croissant chaque jour, ne vienne décider d’une issue dont Tsipras n’aura pas voulu décider lui-même. En tout cas, si la gauche critique européenne, et surtout française, avait deux sous de pertinence, elle prendrait d’abord la mesure de l’abyssale erreur qui aura consisté à rêver pouvoir changer les institutions européennes de l’intérieur. Et puis elle en tirerait quelques leçons élémentaires.
Premièrement, ces institutions ne laissent que le choix d’être souffertes, ou détruites, ou quittées – et rien d’autre.
Deuxièmement, la tâche des trois mois qui viennent est idéologique : il s’agit de peser sur la courte majorité interne de Syriza pour l’amener à cette idée qu’elle n’évitera la défaite historique, totale, et définitive, qu’en préparant dès maintenant, politiquement et matériellement, la sortie de l’euro, c’est-à-dire la reprise en mains par le pays de son propre destin, en rejetant catégoriquement tout ce qui l’en dépossède.
Et, ce faisant, en devenant un exemple pour tous les autres peuples européens – car c’est cela le commencement de l’internationalisme réel, de l’internationalisme concret. Malheureusement, le jacquattalisme, cette doctrine qui pose que puisque les problèmes sont mondiaux, les solutions doivent l’être également, est un schème mental dont l’emprise s’étend bien au-delà des secteurs néolibéraux où il a d’abord été formé. La social-démocratie molle de l’impôt mondial, par exemple, en est une parfaite représentante. Mais tout autant, et pour le coup le paradoxe est plus cruel, une certaine forme d’internationalisme révolutionnaire qui condamne d’emblée toute tentative dans un seul pays, et préfère attendre l’arme au pied la synchronisation planétaire de toutes les révoltes avant d’envisager quoi que ce soit.
Au moins les grands libéraux, qui ont assez souvent l’intelligence du cynisme, doivent-ils bien rire quand ils ont réussi à faire avaler à quelques gogos sociaux-démocrates que pour résoudre les problèmes de la mondialisation, il suffit d’attendre la mondialisation des solutions. Jacques Attali nous annonce ainsi régulièrement l’avènement du gouvernement mondial qui viendra réguler les petits excès de la finance, du libre-échange, etc., un message sans doute plein d’espoir, mais dont l’implicite est tout de même qu’il faut nous faire à l’idée de l’avoir profond encore un moment.
Le cas de cet internationalisme révolutionnaire auquel je pense est plus grave : il a lui-même tamponné son propre passeport pour l’impuissance. Car quoique procédant d’intentions diamétralement opposées à celles du jacquattalisme princeps, là aussi il va falloir attendre un moment, si bien que l’un et l’autre, aussi antithétiques soient-ils par ailleurs, ont formellement en commun d’être de longues patiences de la convergence mondiale.
En réalité les actions révolutionnaires concrètes se moquent bien de ces présupposés dogmatiques. La plupart du temps, elles naissent sans avoir demandé l’autorisation ni des révolutionnaires professionnels ni des intellectuels internationalistes. Elles naissent localement, c’est-à-dire nationalement, et pour une raison toute simple, et entièrement pratique : sauf aux yeux des activistes polyglottes à plein temps, cette internationale étroite du capital culturel voyageur, le renversement d’un ordre institutionnel demande un intense travail de préparation du terrain et une densité d’interactions politiques – débats, réunions, rencontres, actions – qui, en pratique, ne se rencontrent que dans un cadre local, national – dont la première caractéristique est tout de même d’offrir une communauté linguistique, c’est-à-dire la communauté de débat politique la plus simplement accessible…
Pour un internationalisme réel
C’est en général le moment où de pénétrants esprits viennent expliquer que « le national n’étant pas international, la révolution va se trahir à s’enfermer derrière de hauts murs », etc. Il faudrait, par exemple, reprendre l’histoire de la Commune pour faire litière de ce genre d’imbécillités. Et je voudrais pour ce faire m’aider du livre passionnant de Kristin Ross [4], même s’il me semble montrer une Commune reconstruite qui n’est pas exactement la Commune réelle. Car la Commune n’est pas d’abord une insurrection internationaliste. Elle commence même comme un soulèvement en grande partie patriotique-national. Mais le propre de ce processus qu’est la Commune, c’est qu’il va modifier sa nature dans le cours même de son effectuation. En chemin, la Commune liquide la part patriotique de ses commencements pour devenir intégralement une révolution sociale à portée universelle. D’une certaine manière Kristin Ross se fait alors à elle-même sa meilleure objection au travers de son évocation d’Elisée Reclus, dont je crois qu’on pourrait faire un personnage représentatif : à l’origine partisan classique de la République classique, la République républicaine si l’on veut, Elisée Reclus est dégoûté par la trahison des républicains de cette farine et devient un militant de la République universelle — comme un témoignage en personne de la nature évolutive du processus auquel il participe.
Mais jusqu’où pouvait-elle aller, en pratique, cette République universelle ? Commencée sur une base nationale, et même locale, mais dépassant le localisme de ses origines, elle attire à elle, de toute l’Europe, des individus qui perçoivent distinctement que « Français » n’est pas la qualité pertinente pour se sentir concerné par ce qui est en train de se passer, et pour avoir envie de s’y joindre activement. Cependant, si la Commune, en son devenir, acquiert l’essence d’une insurrection internationaliste, en pratique elle ne l’est que marginalement au-dedans – et au dehors pas du tout. Elle reste une insurrection dans un seul pays. Elle s’est déclenchée dans un seul pays, et a lutté dans un seul pays – sans attendre ! il est vrai qu’à cette époque, l’internationalisme n’a pas encore pris sa forme et son impuissance dogmatiques.
Quelles seraient alors les coordonnées d’un internationalisme bien compris, d’un internationalisme qui serait moins rêvé que réel ? Par exemple celles-ci :
1. Tout ce qui vient décentrer les individus de leur particularisme national est bon à prendre. Dans ce « bon à prendre », le meilleur est à trouver dans les luttes d’émancipation anti-capitalistes et dans tout ce qui, oui, les intensifie par le tissage de leurs solidarités internationales.
2. Les soulèvements n’en naissent pas moins localement, dans des milieux nationaux, parce que ce sont les plus à mêmes de voir l’activité politique passer ses seuils de densité critique.
3. Il n’en est pas moins vrai qu’il n’est de révolution progressiste qu’à visée universelle, donc comme adresse à l’humanité générique, donc internationaliste par destination. Une telle adresse est par soi un appel à tous ceux qui s’y reconnaitront, sans égard pour leur appartenance nationale.
4. Mais dans quelle mesure cet appel sera-t-il entendu ? Combien de non-nationaux rejoindront-ils effectivement l’action révolutionnaire là où elle vient de naître ? C’est une question dont la réponse est largement indéterminée a priori. Mais enfin il serait prudent à son propos de ne pas trop se raconter d’histoires…
5. A défaut, combien d’autres pays emboîteront ils le pas à celui qui a montré la voie ? On ne sait pas davantage. On sait cependant qu’il y a peu de chance que le mûrissement des conjonctures nationales soit synchronisé.
6. Le pays qui s’est engagé en premier ferait-il alors mieux d’attendre la Grande Coordination Internationaliste ? A ce compte-là, il ne se produira jamais rien, nulle part. Heureusement, dans le pays où ça se passe, les gens s’en foutent. En réalité, ils ne se posent même pas la question.
Souveraineté et autoposition
Rendu en ce point la question du national et de l’internationalisme vient inévitablement se nouer à celle de la souveraineté. Et là encore au risque des mêmes réflexes sans réflexion, puisque le posturalisme tient beaucoup à établir, comme il se doit, que souveraineté = fascisme. Si c’est une entreprise sans espoir que d’expliquer aux esprits les plus bornés la profonde inanité de ce court-circuit – au regard même des idées qu’ils disent pourtant défendre ! –, la question est d’intérêt suffisamment général pour mériter d’y revenir. Et d’abord en rappelant que, dans son concept pur, la souveraineté n’est pas autre chose qu’un décider en commun. Poser que nous décidons en commun, c’est faire déclaration de notre être souverain, c’est donner une réalisation au principe de souveraineté – on se demande bien d’ailleurs quelle conception alternative de la politique on pourrait opposer à celle-là ; s’il s’en fait connaître une on aimerait vraiment en découvrir les termes…
En tout cas il faut partir de cette prémisse pour comprendre que, dans son concept, la question de la souveraineté n’est pas la question nationale – même si, à l’évidence, c’est aujourd’hui l’Etat-nation qui est la forme historique dominante de réalisation du principe.
Conceptuellement parlant donc, la question de la souveraineté n’est pas la question nationale, ou alors sous une redéfinition – mais tautologique – de la nation, précisément comme la communauté souveraine. Tautologie très productive en fait puisque elle nous conduit, entre autres, à une redéfinition contributive de la nation. Qu’est-ce que la nation dans ces nouvelles coordonnées ? C’est une collectivité régie, non par un principe d’appartenance substantielle, mais par un principe de participation – de participation à une forme de vie. Dans ces conditions, la souveraineté ne se définit pas par une identité collective pré-existante, mais par la position commune d’objectifs politiques. C’est cette affirmation de principes, qui est en soi affirmation d’une forme de vie, qui fait la communauté autour de soi, c’est-à-dire qui invite tous ceux qui s’y reconnaissent à la rejoindre – et à y contribuer : à y appartenir en y contribuant.
Mais il ne faut pas s’y tromper : ceci reconstituera un groupe fini. Et même un groupe fermé ! Fermé à tous ceux qui n’adhèrent pas à cette forme de vie. Un reportage récent sur la communauté Longo Maï [5] ramène une parole très caractéristique, et même hautement symptomatique : « ici, c’est pas pour tout le monde », déclare un membre de la communauté. On pourrait, on devrait même, s’étonner de ce qui ne peut être lu autrement que comme une parole d’exclusion. Mais, d’un certain point de vue, une parole d’exclusion légitime, relativement à l’affirmation de cette forme de vie. Qui se révèle ici, par soi, un principe de clôture, au moins relative.
On pourrait considérer également le Chiapas comme très représentatif de cette logique : le Chiapas est une nation. Mais une nation qui a dépassé l’indigénat des origines pour se porter au stade du pour-soi, une nation consciente et conscientisée par la position explicite – c’est-à-dire souveraine – de ses principes politiques, qui, en tant que tels, débordent les anciennes nations, les nations de l’en-soi, simplement consolidées dans et par l’imaginaire substantialiste des origines.
Rien de ceci, donc, n’abolit ni la nation, ni l’appartenance, mais en produit un profond remaniement. Un remaniement qui est un progrès en raison, puisqu’il exprime une plus grande conscience, un affranchissement des emprises passionnelles imaginaires, celles des passés mythiques et mythiquement reconstruits, à quoi va venir se substituer un supplément d’auto-position réfléchie. Non pas la nation substance : la nation politique.
Si donc on veut bien se donner la peine d’y réfléchir deux secondes, la souveraineté, c’est cela ! Évidemment les situations historiques réelles ne nous donnent jamais à voir les concepts sous leur forme pure – les concepts ne se donnent à voir que sous l’altération de leurs réalisations historiques concrètes. Au demeurant, le paysage de la souveraineté est toujours fragmenté et multiscalaire : il y a de la souveraineté partielle à toutes les échelles, et à des degrés variables. Le cas de la Grèce, sous ce rapport, est typique, et ceci d’autant plus que la destruction de l’État social a conduit à une multitude d’initiatives locales d’auto-réorganisation : cantines communes, jardins collectifs, dispensaires autogérés, etc. – la souveraineté, c’est aussi cela.
Mais ça n’est pas que cela… et ça ne peut pas l’être. Car il y aura nécessairement une composition de toutes les souverainetés locales et partielles en une totalité souveraine de rang supérieur, qui en l’occurrence s’appelle la Grèce. Sans doute la souveraineté grecque, comme celle de tous les autres pays en fait, reste-t-elle marquée par la forme nationale classique, avec tous ses reliquats d’imaginaire substantialiste. Mais l’épreuve de la crise en a aussi indiscutablement augmenté la teneur d’autoposition politique – le clair rejet de l’austérité européenne, c’est bien une affirmation positive de souveraineté !
Non pas la communauté substantielle
Décidément la Grèce d’aujourd’hui est un laboratoire. Un laboratoire de pratiques, mais aussi, du point de vue de l’analyse, une sorte de bain photographique, un révélateur qui éclaire les pensées, et surtout les impensés de la gauche radicale. Que nous montre en effet la Grèce – et ceci par-delà même toutes les probabilités d’échec du processus initialement rêvé par Syriza ? Quel spectacle la Grèce nous offre-t-elle qui devrait quand même donner un peu à penser aux militants de l’altereuropéisme et de l’internationalisme imaginaire ?
La Grèce nous montre d’abord que l’Union européenne a maintenant acquis la seconde nature d’une entité entièrement et irrémédiablement néolibérale, et qu’on ne lui fera passer cette seconde nature qu’en la faisant passer elle-même de vie à trépas – je redis les termes de l’alternative : la souffrir, la détruire, ou la fuir. En attendant, cette Union européenne, elle, est bien décidée à faire la peau à toute expérience qui la contredirait – terrible leçon de choses tout de même pour tous les naïfs qui rêvaient d’une transformation de l’euro de l’intérieur et par la force de la démocratie.
La Grèce nous montre cela, mais elle nous montre surtout autre chose. Elle nous montre un corps politique qui, de son propre mouvement, y va tout seul. Un corps politique, de son propre mouvement : c’est la souveraineté. Qui y va tout seul : en l’occurrence, et contrairement aux apparences, c’est l’internationalisme réel, puisqu’il est évident que ce qui se passe en Grèce a une portée largement extranationale : ce qui se passe en Grèce nous concerne, nous requiert, et devrait nous induire – c’est cela l’internationalisme concret.
Si donc la vraie gauche voulait un instant se défaire de ses fétiches intellectuels (dans le meilleur des cas) et de ses postures avantageuses (dans le pire), elle s’interrogerait elle-même sur cette bizarrerie qui l’a conduite à la célébration d’une forme d’internationalisme qui n’existe pas et à la détestation d’une souveraineté qui elle existe – et la concerne très directement : la souveraineté du « décider en commun », constitutive et institutrice d’une forme de vie, dont la définition, proprement politique, ne fait pas acception des nations présentes… et ceci quoique elle naîtra nécessairement des nations présentes, mais, plus encore, quoique elle ne fera pas autre chose que donner une nouvelle forme historique à la nation, non pas la forme de la communauté substantielle, mais la forme de l’autoposition consciente, c’est-à-dire la forme de la nation proprement politique, cette forme qui fraye péniblement ses voies dans l’histoire depuis maintenant deux siècles, la nation de la Convention, la nation de Robespierre si l’on veut, qui, ouverte à tous les vents, n’avait pourtant pas peur de s’appeler « nation », et n’en pas moins été un moment historique de l’émancipation. Encore un effort donc : un autre internationalisme est possible !
[1] Mes remerciements vont en particulier à Stella Magliani-Belkacem et Félix Boggio-Ewanjée-Epée pour l’organisation de ce débat. En vidéo ci-dessous :
[2] Il devrait être inutile de préciser que la controverse de l’internationalisme a en soi toute sa légitimité. C’est à certaines manières de la conduire qu’on pense ici. En toute rigueur, il faudrait citer et dire qui l’on vise. Mais on ne se résout pas à apporter quelque supplément publicitaire à des entreprises posturales qui pratiquent déjà essentiellement le vertuisme publicitaire. Et dont certaines n’attendent des polémiques que les bénéfices publicitaires.
Le feu de forêt qui s'était déclaré en Ukraine dans la zone contaminée de Tchernobyl est en voie d'extinction. Pour l'Institut de radioprotection (IRSN), il y aura des répercussions en France mais sans impact sur la santé publique.
Les pompiers ont en grande partie éteint le feu de forêt qui s'était déclaré en Ukraine dans la zone contaminée près de la centrale accidentée de Tchernobyl. Mais des feux isolés persistent toujours, ont indiqué ce jeudi les autorités. La superficie de l'incendie, qui s'est déclaré à une vingtaine de kilomètres de la centrale, presque 29 ans jour pour jour après la catastrophe, a pu être réduite de 320 hectares à 70 hectares.
Commentaire: Un petit rappel avant tout : il n'existe pas de seuil en deçà duquel la radioactivité n'a pas d'effet sur une cellule, humaine par exemple.
On nous ressort pour le coup toujours les mêmes discours rassurants concernant ces histoires de seuils sécuritaires ( que l'on sait réajuster quand cela nous arrange), avec à la clé, les comparaisons coup-de-poing qui doivent faire cesser toute réflexion : il existe de la radioactivité naturelle, il faudrait manger de ceci ou de cela en telle ou telle quantité pour en arriver à être radioactif de telle ou telle manière, et bla bla bla, et bla bla bla.
Notons l'emploi de l'expression « il n'y a pas lieu de s'alarmer outre mesure. », qui pourrait agir comme un signal d'alarme : il y a lieu en effet de s'alarmer outre les mesures (radioactives), quand on connait la propension au mensonge des gouvernements et des organismes de « sécurité » nucléaire concernant les risques de contamination en tout genre.
A propos, extraits d'un article :
Nucléaire et pesticides: en finir avec les "faibles doses"
Dès qu'il est question du nucléaire et/ou des pesticides, on nous rabat les oreilles avec les « faibles doses ». Ces « faibles doses » correspondraient à un seuil d'innocuité. Il y aurait des doses de radiations et/ou de pesticides qui ne seraient pas dangereuses. Des doses qui seraient « normales » ou « naturelles ». Cette façon de parler est-elle légitime ?
LES FAIBLES DOSES : UNE RÉALITÉ
Depuis toujours, nous savons que telle ou telle molécule est « dangereuse » ou « sans danger à faible dose ». Se mithridatiser, c'est absorber de « faibles » quantités de poison pour s'en protéger. Une faible dose d'aspirine nous soigne, une trop forte dose peut nous tuer. Il existe un seuil de toxicité pour le plomb présent dans l'eau. Le Radon est un élément radioactif « naturel ». Il est parfois présent dans notre environnement « à faible dose ».
On pourrait multiplier les exemples. Les « faibles doses » correspondent donc à une réalité.Mais cela suffit-il à nous faire admettre que ces « faibles doses » correspondent à quelque chose de banal, quelque chose de naturel, quelque chose de l'ordre de l'innocuité ? Ces « faibles doses » fixent-elles un seuil de dangerosité pour tel ou tel agent, radionucléide et/ou pesticides ?
N'essaye-t-on pas plutôt de nous entrainer à confondre « faibles doses » et « absence de dangerosité » ? Assimiler « faible dose » à innocuité ?
LES FAIBLES DOSES DANS LE NUCLÉAIRE
L'INRS (Institut National de Recherche Scientifique) nous rappelle que « toute exposition à des rayonnements ionisants, aussi faible soit-elle, peut entraîner des risques pour la santé du travailleur ». Lire ici
Une scientifique japonaise, Mme Hisako Sakiyama, Directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques du Japon, défend cette idée qu'il n'y a pas de « faibles doses » radioactives en deçà desquelles la radioactivité est sans danger (intervention présentée en mai 2013 à un symposium de New York). Lire ici.
Le titre de son exposé est :
« Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon : ce qui est devenu plus clair avec l'enquête de la Diète sur Fukushima »
Extraits :
- « Il n'y a aucun seuil en dessous duquel aucun risque n'a été trouvé. » explique-t-elle à propos de l'apparition des cancers après irradiations lors des explosions atomiques de 1945.
- « Il est prouvé que les faibles doses d'irradiation comportent des risques. La raison pour laquelle ce risque est supposé être inconnu est que le gouvernement et les compagnies électriques veulent maintenir leur politique électronucléaire. »
- « Sur la base d'études expérimentales et épidémiologiques, le concept qu'il n'y a pas de dose sûre de radiations a été accepté. La dose limite du gouvernement (japonais) de 20 millisieverts pour les résidents de Fukushima sacrifie la santé de la population, particulièrement la santé des enfants. »
- « TEPCO et la Fédération des Compagnies d'Energie Electrique ont fait pression sur le Comité de Sécurité Nucléaire (NSC), l'Agence de Sécurité Nucléaire et Industrielle (NISA) et MEXT pour assouplir les normes réglementaires. Et leurs efforts ont abouti, car les autorités de réglementation sont devenues captives de TEPCO et de la FEPC. »
...
Une toute récente étude publiée dans l'OPEN JOURNAL OF PEDIATRICS portant sur la fréquence de l'hypothyroïdie congénitale chez les bébés de Californie après le passage du nuage faiblement radioactif de Fukushima ,en français ici, a confirmé les effets pathogènes de « faibles doses » de radioactivité. ...
Concernant le Radon, bien que « naturel », il n'en constitue pas moins un certain danger : il est officiellement considéré comme cancérigène et 30 départements sont officiellement considérés comme « à risques ». Lire ici.
...
On pourrait multiplier la liste des études portant sur ce thème de la dangerosité des « faibles doses ».
Pourtant, quand il est question du nucléaire, les « faibles doses » sont partout et tout le temps. C'est comme un dogme : « En ce qui concerne la toxicité, il y a des « faibles doses. Des doses en deçà desquelles il n'y a pas de danger ». Et de nous asséner telles quantités de Sieverts, de Becquerels. Des « seuils » en deçà desquels notre organisme pourrait vivre en excellent voisinage avec la radioactivité.
N'est-ce pas tout simplement pour nous fourguer l'idée que, en dessous de certaines doses, la radioactivité ne serait pas dangereuse pour notre santé ? N'est-ce pas une façon comme une autre de nous rassurer ? Une façon de nous dire : « Passez votre chemin, il n'y a rien à voir ! Les dangers et les risques, ils sont dans vos têtes, pas dans la réalité ! ».
Cette façon de nous présenter les choses constitue pour moi une sorte de malhonnêteté scientifique. Concernant la radioactivité, il faut le redire, si faible soit-elle, elle comporte toujours des risques pour la santé. De plus en plus d'études nous montrent que cette histoire des « faibles doses inoffensives » est un mythe, une fable, une construction de l'esprit. Une façon de nous faire accepter la réalité d'agents soi-disant « inoffensifs à faibles doses » ! Faute de pouvoir nier la réalité de la radioactivité dans notre environnement, le « village nucléaire » nous assène la notion des « faibles doses ».
Commentaire: Un petit rappel avant tout : il n'existe pas de seuil en deçà duquel la radioactivité n'a pas d'effet sur une cellule, humaine par exemple.
On nous ressort pour le coup toujours les mêmes discours rassurants concernant ces histoires de seuils sécuritaires ( que l'on sait réajuster quand cela nous arrange), avec à la clé, les comparaisons coup-de-poing qui doivent faire cesser toute réflexion : il existe de la radioactivité naturelle, il faudrait manger de ceci ou de cela en telle ou telle quantité pour en arriver à être radioactif de telle ou telle manière, et bla bla bla, et bla bla bla.
Notons l'emploi de l'expression « il n'y a pas lieu de s'alarmer outre mesure. », qui pourrait agir comme un signal d'alarme : il y a lieu en effet de s'alarmer outre les mesures (radioactives), quand on connait la propension au mensonge des gouvernements et des organismes de « sécurité » nucléaire concernant les risques de contamination en tout genre.
A propos, extraits d'un article :
Nucléaire et pesticides: en finir avec les "faibles doses"
Dès qu'il est question du nucléaire et/ou des pesticides, on nous rabat les oreilles avec les « faibles doses ». Ces « faibles doses » correspondraient à un seuil d'innocuité. Il y aurait des doses de radiations et/ou de pesticides qui ne seraient pas dangereuses. Des doses qui seraient « normales » ou « naturelles ». Cette façon de parler est-elle légitime ?
LES FAIBLES DOSES : UNE RÉALITÉ
Depuis toujours, nous savons que telle ou telle molécule est « dangereuse » ou « sans danger à faible dose ». Se mithridatiser, c'est absorber de « faibles » quantités de poison pour s'en protéger. Une faible dose d'aspirine nous soigne, une trop forte dose peut nous tuer. Il existe un seuil de toxicité pour le plomb présent dans l'eau. Le Radon est un élément radioactif « naturel ». Il est parfois présent dans notre environnement « à faible dose ».
On pourrait multiplier les exemples. Les « faibles doses » correspondent donc à une réalité. Mais cela suffit-il à nous faire admettre que ces « faibles doses » correspondent à quelque chose de banal, quelque chose de naturel, quelque chose de l'ordre de l'innocuité ? Ces « faibles doses » fixent-elles un seuil de dangerosité pour tel ou tel agent, radionucléide et/ou pesticides ?
N'essaye-t-on pas plutôt de nous entrainer à confondre « faibles doses » et « absence de dangerosité » ? Assimiler « faible dose » à innocuité ?
LES FAIBLES DOSES DANS LE NUCLÉAIRE
L'INRS (Institut National de Recherche Scientifique) nous rappelle que « toute exposition à des rayonnements ionisants, aussi faible soit-elle, peut entraîner des risques pour la santé du travailleur ». Lire ici
Une scientifique japonaise, Mme Hisako Sakiyama, Directrice de recherche à l'Institut National des Sciences Radiologiques du Japon, défend cette idée qu'il n'y a pas de « faibles doses » radioactives en deçà desquelles la radioactivité est sans danger (intervention présentée en mai 2013 à un symposium de New York). Lire ici.
Le titre de son exposé est :
« Evaluation du risque des faibles doses de radioactivité au Japon : ce qui est devenu plus clair avec l'enquête de la Diète sur Fukushima »