jeudi 28 mai 2015

L’argent liquide bientôt taxé ? (News360)

L’argent liquide bientôt taxé ?

De nombreux observateurs ont relevé que les économistes grand public appellent de plus en plus à une abolition de l’argent liquide.
Il serait facile d’ignorer ces propositions et de les qualifier de ridicules si la Fed n’avait pas publié un rapport en 1999, qui suggérait l’établissement d’une taxe sur l’argent liquide par le biais de l’imposition d’une date d’expiration pour forcer les déposants à dépenser leur monnaie.
Derrière cette grande idée se cache un universitaire qui a été invité par la BCE, la Fed, le FMI et la Banque nationale suisse. Le fait que deux de ces groupes aient déjà imposé des taux d’intérêt négatifs (la BCE et la Banque nationale suisse) devrait nous indiquer que ce genre d’idée est pris au sérieux par les banques centrales.
Le rapport, qui a été écrit il y a seize ans, suggère que si la Fed ne parvenait pas à relancer la croissance grâce aux taux d’intérêt proches de zéro, elle pourrait tenter l’une de ces trois possibilités :
1) Imposer une taxe sur la valeur de l’argent qui est retiré du système
2) Acheter des actifs (QE)
3) Effectuer des transferts monétaires (distribuer de l’argent au travers de véhicules variés)
Concernant le premier point, l’idée ici est que puisqu’il n’est pas très coûteux de stocker de l’argent liquide (rien de plus que le coût d’achat de coffres), la Fed devrait être autorisée à imposer une taxe sur cet argent liquide pour forcer ceux qui en possèdent à le dépenser (afin qu’il réintègre le système bancaire) ou à l’investir.
Afin que cela puisse fonctionner, il faudrait que chaque billet soit équipé d’une bande magnétique qui puisse enregistrer la date à laquelle il a été retiré. Ainsi, dès qu’un billet se retrouverait à nouveau déposé auprès d’une banque, la banque qui le recevrait utiliserait ces données pour déduire un certain pourcentage de la valeur du billet et imposer ainsi une taxe de dépôt.
Si le taux était de 5% par mois et que vous retiriez un billet de 100 dollars pour une durée de deux mois, puis le déposiez à nouveau, la banque qui le recevrait ne l’enregistrerait que comme ayant une valeur de 90,25 dollars (100 x O,95 = 95 dollar au bout d’un mois, et 95 x 0,95 = 90,25 dollars au bout de deux mois).
Voilà qui peut sembler ridicule, mais je peux vous assurer que les banques centrales prennent ce genre de propositions très au sérieux. Le QE paraissait complètement insensé en 1999, et il n’en est pas moins que nous en ayons déjà essuyé trois programmes d’une valeur totale de 3 trillions de dollars.
En 1999, personne n’aurait cru que la Fed puisse se permettre d’imprimer 3 trillions de dollars de QE. Mais c’est ce qui s’est passé. Et compte tenu du fait que ce QE ait échoué à stimuler les dépenses des consommateurs et la croissance économique, je ne serais pas surpris de voir la Fed adopter une autre de ces trois propositions d’ici quelques mois.
JP Morgan a déjà commencé à mettre en place un programme similaire en interdisant le stockage d’argent liquide dans ses coffrets de dépôt.
Dès le mois de mars, Chase a commencé à restreindre l’usage d’argent liquide sur certains marchés, dont la région de Cleveland. Cette nouvelle politique empêche les emprunteurs d’utiliser du liquide pour régler leurs cartes de crédit, leurs prêts immobiliers, leurs prêts automobiles et leurs marges de crédit. Chase est même allée jusqu’à interdire le stockage d’argent liquide dans ses coffrets de dépôt.
Dans une lettre adressée à ses clients et datée du 1er avril 2015 concernant ses contrats de location de coffrets de dépôt, la banque a souligné le point suivant : « Vous accepterez de ne déposer ni pièces ni billets de banque autres que ceux susceptibles de disposer d’une valeur de collection ».
https://mises.org/blog/chase-joins-war-cash
Nous avons donc là la plus grosse banque des Etats-Unis, qui interdit à ses déposants de déposer de l’argent liquide dans ses coffrets de dépôt. Et personne n’a crié au scandale.
La Fed a déclaré la guerre à l’argent liquide. Une taxe sera bientôt appliquée.

Grèce: les retraits aux guichets des banques s’accélèrent (News360)

Grèce: les retraits aux guichets des banques s’accélèrent

Les retraits aux guichets des banques grecques se sont accélérés durant la semaine passée, motivés par la crainte d’un défaut du pays, ont déclaré mercredi deux sources bancaires.
“La semaine écoulée en mai a été plus difficile, comparée aux précédentes semaines du mois, avec des retraits quotidiens de 200 à 300 millions d’euros ces derniers jours“, a dit un banquier grec.
Les retraits de capitaux se sont accélérées en avril pour atteindre dans les cinq milliards d’euros contre 1,91 milliard d’euros en mars, ont dit trois banquiers grecs à Reuters.
Les données officielles sur les dépôts d’avril seront publiées jeudi par la Banque de Grèce. Les conjectures sur la mise en place d’un contrôle des capitaux vont bon train depuis que la parlementaire d’opposition Dora Bakoyianni a dit que la Grèce pourrait se retrouver dans l’obligation de le faire si aucun accord n’intervenait entre le pays et ses bailleurs de fonds concernant un remboursement à verser au Fonds monétaire international (FMI) en juin.
La Grèce remboursera au FMI un prêt de 300 millions d’euros arrivant à échéance le 5 juin parce que le pays aura d’ici là conclu un accord avec ses créanciers, a toutefois déclaré mardi le ministre des Finances Yanis Varoufakis.
Des responsables ont estimé le même jour que la Grèce pourrait éviter d’avoir à rembourser le FMI dès le 5 juin et gagner encore un peu de temps pour négocier un accord, sans se placer en défaut de paiement, si elle regroupait toutes ses échéances de juin et les honorait à la fin du mois.
Après avoir déjà subi des retraits de 12,25 milliards d’euros en janvier et de 7,57 milliards d’euros en février, le secteur bancaire grec doit, pour se refinancer auprès de la banque centrale, recourir au mécanisme de fourniture de liquidité d’urgence (ELA).
La Banque centrale européenne (BCE) n’a pas relevé le plafond de l’ELA mercredi, a dit une source bancaire. C’est la première fois depuis février qu’elle laisse le plafond inchangé.

mercredi 27 mai 2015

Les anciens de Fralib et leur coopérative lancent le thé de la transformation sociale et écologique (basta)

BASTA !
Luttes sociales

Les anciens de Fralib et leur coopérative lancent le thé de la transformation sociale et écologique

par Emmanuel Riondé, Jean de Peña -
Après quatre années d’un rude combat, la soixantaine de coopérateurs de la Société coopérative ouvrière provençale thé et infusions, les ex-Fralib, lancent 1336 et ScopTI, leurs nouvelles marques. Exit les actionnaires d’Unilever, l’ancienne multinationale propriétaire, les arômes artificiels et le management néolibéral. Bienvenue à la politique salariale décidée au consensus, au tilleul bio et au thé centenaire. A Carcassonne, les anciens employés de la Fabrique du Sud se sont engagés dans le même type d’aventure, pour la fabrication de crèmes glacées. Reportage auprès de ces coopératives en quête d’une nouvelle éthique, de véritable progrès social et environnemental.
Rien que le bureau de la direction a de quoi provoquer des sueurs froides chez un adhérent du Medef. Il y a la plaque déjà. En la lisant, un représentant patronal manquerait probablement de s’étouffer en ces temps de remise en cause du dialogue social : « Direction. Comité d’entreprise. Syndicat ». Puis la décoration du bureau de la direction, où trône un portrait du Che, et où traine non pas un audit pour réduire le coût du travail mais une attestation syndicale reçue lors d’un récent voyage à Cuba. Malaise assuré pour un PDG traditionnel.
Nous ne sommes pas, justement, dans une entreprise traditionnelle. Bienvenue dans l’usine de fabrication de thé et infusion de Gémenos (Bouches-du-Rhône), autrefois propriété du géant alimentaire Unilever, aujourd’hui coopérative reprise par une grande partie des salariés après quatre dans de lutte contre la liquidation. Pour dévoiler leur nouvelle marque, les ex-Fralib ont choisi le 26 mai, date à laquelle le protocole d’accord de fin de conflit a été signé en 2014 avec la direction d’Unilever. La marque phare sera désormais "1336", référence au nombre de jours de lutte qu’il a fallu aux salariés pour faire plier la multinationale anglo-néerlandaise. L’annonce publique, faite hier mardi sur le site à 13h36, en présence de nombreux médias et soutiens, a donné lieu à quelques larmes. Émotion non feinte : la naissance de ces deux nouvelles marques "1336" (« éveille les consciences, réveille les papilles ») et "ScopTI" (« engagé sur l’humain, engagé sur le goût ») symbolise bien le début d’une nouvelle aventure pour ces salariés devenus leurs propres patrons.


La coopérative ouvrière provençale est désormais dirigée par un trio de syndicalistes, désignés par le Conseil d’administration issu de l’assemblée générale des coopérateurs. Gérard Cazorla, ex-secrétaire CGT du comité d’entreprise de Fralib, en est le président, Olivier Leberquier, ancien délégué syndical CGT, le directeur général délégué et Marc Decugis, le directeur général. Gérard Affagard, ancien délégué CFE-CGC, désormais à la retraite après avoir participé à la lutte de bout en bout, présidera lui l’association Force et bon thé dont l’objet sera de soutenir et de faire connaître la coopérative. Prix de la cotisation annuelle : 13,36 euros. Forcément.

1336 jours de lutte et une année de transition

Quelques jours avant l’annonce, à l’extérieur, le parfum de lutte s’est estompé. Les barricades ont été remisées, les tags et graffitis nettoyés. Dans l’Algeco à l’entrée, un salarié en tenue verte distribue les badges aux visiteurs. L’usine est clairsemée mais ceux qui s’y trouvent ont déjà la tête et les mains au travail, testant méthodiquement les nouveaux sachets plastiques sur les chaînes où défilent des emballages Lipton et Eléphant - la marque emblématique qu’Unilever n’a pas voulu céder. « On utilise les stocks restant pour faire nos essais », confient Fred et Yves, responsables du bureau planning logistique et achat. « Dans les semaines qui viennent, 22 coopérateurs de plus vont entrer en tant que salariés, assure Gérard Cazorla. On devrait être prêts pour une reprise de la production fin juin. »


Après, donc, 1336 jours de lutte et une année de transition, les sept premiers contrats de travail ont été signés le 11 mai. Sur les 76 femmes et hommes concernés par l’accord de fin de conflit, ils sont au final 57 coopérateurs. Et 51 sont promis à être salariés de la coopérative [1]. Au bout de quatre ans de lutte, certains ont préféré partir avec les indemnités. D’autres, qui n’étaient pas loin de la retraite au moment de l’annonce de la fermeture en 2010, ont décidé de la prendre. Les treize élus syndicaux de Fralib, licenciés seulement en janvier dernier, lors du dernier « plan social » d’Unilever, iront au bout de leur congé de reclassement avant de se faire embaucher par la coopérative.

« L’écart des salaires allait de 1 à 210, chez nous ce sera de 1 à 1,3 »

L’année passée a été consacrée à préparer l’avenir : mise en place de la structure coopérative, réorganisation des équipes, prise en main des enjeux commerciaux, finalisation des partenariats, établissement d’un business plan... Les 2,85 millions d’euros « fongibles », arrachés au cours des négociations ont permis, entre autres, d’embaucher des prestataires extérieurs [2], comme « l’ équipe de jeunes » spécialistes du marketing avec qui les nouveaux logos et marques ont été façonnés.


Résolument tournés vers les enjeux à venir, ces salariés-patrons sont désormais débarrassés d’ « actionnaires à payer ». Ce qui ne garantit en rien l’absence de problèmes ! « Après des mois de discussions et de débats, nous avons réussi à décider collectivement de la politique salariale, soupire Gérard Cazorla. Chez Unilever, l’écart entre les salaires allait de 1 à 210, chez nous ce sera de 1 à 1,3. » Un salaire par catégorie. Le plus faible devrait tourner autour de 1480 euros net et le plus élevé, autour de 1880 euros, payé sur 13 mois et sans compter les aides aux chômeurs créant ou reprenant une entreprise (Accres).

Partenariat avec les enseignes spécialisées Biocoop

Côté production, 250 tonnes de thé et d’infusions doivent être produites la première année. Avec l’objectif d’arriver, d’ici 2019, à en fabriquer 1000 tonnes par an [3]. Au début, la majeure partie de la production (environ 60 %) devrait être vendue et conditionnée pour des marques distributeurs. L’autre partie sera commercialisée sous les marques 1336 dans la grande distribution et ScopTI sur les rayons des enseignes spécialisées Biocoop. Les deux marques reviennent à une « aromatisation 100 % naturelle ». ScopTI ne proposera que du bio, produit en France – sauf le thé, bien entendu. 1336, se contentera, elle, de « privilégier » le bio et la production française.
C’est la grande nouveauté : cégétistes et salariés en lutte se sont mis au bio. « C’est une démarche commerciale, bien sûr, mais cela répond aussi à une volonté ancienne de proposer des produits de qualité à nos clients », explique Bernard, 52 ans, opérateur sur la chaîne de production. « Dès janvier 2011, abonde Gérard Cazorla, nous avions défendu le principe d’un retour à l’aromatisation naturelle. » La certification Ecocert est déjà acquise pour l’usine.
Cette volonté de rehausser la qualité du produit fait écho à la lutte menée par leurs homologues de la Fabrique du Sud (ex-Pilpa), qui produisent des crèmes glacés du côté de Carcassonne. Abandonnés par les propriétaires de l’entreprise,19 salariés ont repris, en société coopérative, l’activité de cette fabrique de crème glacée en avril 2014. Et créé leur propre marque, La Belle Aude. « Nous sommes revenus à de la matière première noble : pas d’arôme, pas de colorant. Et dans la mesure du possible on prend les fruits dans une coopérative fruitière à 40 km d’ici, explique Christophe Barbier, président du Conseil d’Administration. Lorsque c’était Pilpa, peu de gens savaient que des glaces étaient fabriquées ici. Du coup, on a aussi voulu revaloriser nos savoir-faire sur le territoire pour les partager désormais avec les habitants et non plus avec des actionnaires. »

Une coopérative de crèmes glacées

En 2014, pour sa première année d’exercice, La Fabrique du Sud a dépassé ses prévisions : 750 000 d’euros de chiffre d’affaires, 22% supérieur aux prévisions. La concurrence est sévère et il va désormais falloir durer. Mais les débuts de La Belle Aude, plébiscitée par les consommateurs de la région, apportent la preuve que les initiatives en rupture avec les canons dominants de l’économie libérale ne sont pas vouées à l’échec. Même l’Élysée, rarement surpris en train d’admonester les multinationales, en convient. Mardi 19 mai, François Hollande rendait visite à la Fabrique du Sud où il a décelé « un signe d’espoir et de fierté » [4].


Du côté de la Scop TI aussi on pense « circuits courts » et participation à la « reconstruction des filières nationales ». La coopérative de Gémenos, de qui les glaciers de Carcassonne « se sont nourris » et avec qui ils « ont mené des combats communs », a passé un accord avec le Syndicat des producteurs de tilleul voisins. Une quarantaine de producteurs installés dans la Drôme approvisionneront désormais la coopérative en tilleul sec, malgré un prix (entre 16 et 18 euros/kg) deux fois plus cher que celui produit en Chine ou en Europe de l’Est. « Le tilleul qu’Unilever va chercher à l’Est coûte certes moins cher à l’achat, mais il passe par le port d’Hambourg, repart à Katowice en Pologne pour être conditionné et revient en France pour être vendu... Nous, entre son lieu de production et l’usine, il fera 180 km », explique Gérard Cazorla. En terme d’empreinte carbone, la démonstration est imparable...

Création d’emplois indirects en France

La qualité joue aussi un rôle : « En Chine ou en Europe de l’Est, ils mettent des additifs et allongent les délais de cueillette quitte à laisser la fleur tourner, ce qui leur permet de vendre à 8 euros le kilo... », déplore Nicolas Chauvet, président du syndicat des producteurs de tilleul des Baronnies, au sud de la Drôme. L’accord ouvre des perspectives, modestes mais réelles, de revivification d’une production locale et d’emplois indirects. « Si le projet de la Scop marche, des personnes qui ne cueillent plus s’y remettront peut-être : ce qui signifie de la taille, de l’entretien, une plus-value paysagère. Et pourquoi pas la création d’un emploi au sein du syndicat, un peu d’investissement dans des cellules de froid ? On peut imaginer la relance d’une petite activité autour de ça dans la région », s’enthousiasme Nicolas Chauvet.
Reste que le cœur de métier historique des ouvriers de Gémenos est bien le thé. Qu’il faut aller chercher en Asie, en particulier au Vietnam. Une filière y est débusquée en 2012, avec le concours de la Fédération agroalimentaire (FNAF) de la CGT et du Conseil général du Val-de-Marne. Olivier Leberquier était sur place courant mai, dans la province du Yen Baie, pour revoir les produits et discuter de leurs prix avec les producteurs de ces « thés vert et noir centenaires de très grande qualité », et pour certains desquels « des processus de certification bio sont en cours » et très avancés.

Commerce équitable en Asie ?

Quid de la dimension sociale à l’autre bout du globe, à l’heure où de nombreuses marques occidentales, dans le textile ou l’agroalimentaire, sont critiquées pour leur recours à du travail indigne ? « On en a tenu compte, assure Olivier Leberquier. En passant un accord avec eux, on assure du travail et donc une certaine autonomie à des ethnies minoritaires vivant dans cette partie du pays où elles cherchent des débouchés économiques. Ensuite, il s’agit d’acheter à un prix qui assure des revenus décents aux producteurs tout en restant à un seuil qui nous permette de proposer un thé accessible à nos clients en France. On ne veut pas vendre un thé réservé aux classes aisées. On tient à ce que ceux qui n’ont pas les moyens de payer 5 euros les 50 grammes puissent eux aussi accéder à des thés de qualité. »
Les discussions en cours ont déjà permis de réduire les prix. Dans la même zone, d’autres thés « d’excellente qualité » mais plus abordables sont en lice. Et la coopérative ne se fournira pas qu’au Vietnam : la Chine, le Laos, le Kenya ou Madagascar sont évoqués. Bienvenue dans le grand bain de la globalisation… Cette quête d’un équilibre idéal entre qualité des produits, prix abordable et rétribution décente, présage encore de longues heures de réflexions et de débats au sein de la coopérative de Gémenos. Cela tombe bien, dans le cadre de leur congé de reclassement, Olivier et Gérard se sont inscrits à Montpellier dans une formation longue de gestion d’entreprise de l’économie sociale et solidaire. « C’est une formation diplômante, se félicite Gérard Cazorla. Et on n’a vraiment pas fait exprès mais les cours débutent le 28 septembre ! » Soit cinq ans, jour pour jour, après l’annonce de la fermeture de l’usine par le géant Unilever. A Gémenos, le goût du thé a celui des anniversaires.
Emmanuel Riondé
Photos : Jean de Peña / Collectif à-vif(s)

Notes

[1] Les Fralib étaient 182 salariés au moment de l’annonce de la fermeture de l’usine de Gémenos par Unilever le 28 septembre 2010.
[2] Cette somme fait partie des quelques 20 millions d’euros cédés au final par Unilever aux ex-salariés de Fralib. Il faut y ajouter les indemnités légales et supra-légales des salariés (autour de 10 millions) et la valeur comptable de l’outil industriel - en l’occurrence le site, l’usine et l’outillage, récupérés par la Communauté urbaine de Marseille Provence métropole en septembre 2012 (estimés à 7 millions).
[3] L’usine qui compte six lignes de production distinctes avec des technologies différentes est en capacité de produire 6000 tonnes par an. Au moment de la fermeture en 2010, elle en faisait encore 3000.
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TAFTA et ses dangers : l'exemple de l'eau (sott)

TAFTA et ses dangers : l'exemple de l'eau
Traduction/correction : Maître Confucius/Chalouette
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© Inconnu
Discrimination

La gestion de l'eau en Europe est principalement assurée par les municipalités, mais il est aussi accordé des licences pour son exploitation, sur 20 ou 30 ans par exemple. Les municipalités peuvent aussi décider d'appliquer leur propre concession de distribution d'eau, ou de la confier à un prestataire privé au plus offrant. Donc avec le TAFTA/TTIP, un groupe américain titulaire d'une licence régionale pour l'approvisionnement en eau, pourrait intenter des poursuites dans le cadre «des tribunaux d'arbitrage» de la Banque mondiale privée CIRDI, si la municipalité s'accorde la concession à elle-même. Ici, le prestataire privé pourrait prétendre qu'il serait pénalisé par l'État, et insister sur l'indemnisation pour perte de profits. De là, un fournisseur américain pourrait également se plaindre parce qu'il voit inhibé sa liberté d'investissement dans son ensemble. Cela semble fou et bizarre ? Regardez par exemple ici, ces poursuites farfelues sont déjà traitées par la Banque mondiale du CIRDI. Le simple soupçon que l'on puisse avoir un projet qui ne dispose que d'une idée, qu'il risque d'être lésé ou de faire perdre des bénéfices, est un plaidoyer apparemment.

Bolivie

Un aperçu du passé contient souvent des informations importantes sur la façon à laquelle l'avenir pourrait ressembler. Un consortium mené par la société américaine « Bechtel » avait, en 2002, obtenu la gestion de l'[B]eau[/B] adoptée dans certaines parties de la Bolivie, mais elle augmente brusquement les prix pour les consommateurs de 50%. Après des protestations et des émeutes qui ont fait sensation dans le monde entier, Bechtel a fait marche arrière, et se plaignit à "l'arbitrage" de la Banque mondiale CIRDI pour les dommages, et non pas pour son investissement, mais pour les pertes des bénéfices, qui seraient à l'avenir peut-être engagées.

Après plusieurs années de va-et-vient et de protestations à travers le monde contre Bechtel, la société s'est cachée derrière une filiale néerlandaise, Bechtel a ensuite renoncé volontairement à l'appel - mais probablement seulement parce que l'État de la Bolivie, s'est abstenu pour les dommages indirects de poursuivre.

Regardez le TAFTA/TTIP, on constate une augmentation drastique des frais de gestion de l'eau. Dans une expropriation une réclamation drastique d'indemnisation surviendrait comme dans le cas de la Bolivie. Mais nous, Européens, ne sommes pas plus intelligents que les Boliviens. La stupidité des hommes politiques ne meurt pas - pas même la stupidité des concessions d'eau à des prestataires privés, qui s'attribuent sans restriction des hausses de frais.

Sigmar Gabriel "Superstar"

Le Ministre fédéral Gabriel veut plaire à tout le monde, et promet donc tout pour tout le monde. Sur l'approvisionnement en eau dans TTIP ? Ne vous inquiétez pas, la SPD protège chacun d'entre vous qui est déjà sur les ... TTIP de l'eau, écrit son ministre allemand de l'économie :
"Effectuer un TTIP de la privatisation de l'approvisionnement en eau ou des services de traitement des eaux usées ? Non, l'approvisionnement en eau dans le cadre de l'intérêt public ne doit pas être affecté par TTIP. L'approvisionnement en eau potable est l'un des domaines classiques des services municipaux. Encore une fois, l'Allemagne n'acceptera pas de nouvelles obligations pour l'ouverture du marché. Cela signifie que la portée des autorités locales allemandes dans le domaine de l'approvisionnement en eau ne sont pas limitées par TTIP. "
En outre, le ministre écrit :
"La décision sur l'approvisionnement en eau est de savoir jusqu'où peuvent aller les villes et villages dans l'attribution des concessions d'eau. La politique de début 2014 de la concession adoptée par le Parlement européen ferme explicitement le secteur de l'eau. Le gouvernement fédéral assume donc que l'attribution des concessions d'eau ne fait pas partie des négociations TTIP. La décision sur l'approvisionnement en eau est de savoir jusqu'où elle peut aller dans les villes et villages. Une exception explicite devrait être nécessaire pour être incorporée dans l'accord pour l'Allemagne."
L'accent est mis sur l'"octroi de concessions d'eau qui ne doivent pas être données". Parfait. Mais que dit un premier regard sur la protection des consommateurs ? Il est le coup de grâce ultime quand les sociétés américaines qui opèrent dans un marché de l'eau régulé librement, sous TTIP pour l'Europe de venir voir comment ils seront victimes de « discrimination » par des restrictions ou des interdictions, et donc leurs marchés sont pénalisés. La question est de savoir si les sociétés américaines qui sont actives dans le domaine de la gestion de l'eau, vont créer l'eau potable européenne ou allemande en or sans jamais donner une poignée de main. Et Sigmar Gabriel ouvre apparemment sans s'en rendre compte exactement cette brèche.

Directive sur les concessions de l'UE

En 2013, le commissaire européen au Marché intérieur Michel Barnier avait annoncé :
"Depuis plusieurs mois, il y a des rumeurs, la Commission européenne tente une privatisation par la porte arrière au moyen de sa proposition de direction sur les concessions de distribution d'eau. Cela n'a jamais été notre intention et n'a jamais été voté. La Commission européenne a présenté une proposition de directive de concession pour créer une zone économique de sécurité juridique pour les autorités publiques et les entreprises à travers l'Europe, et d'assurer la transparence et l'égalité de traitement dans le marché intérieur. A aucun moment, la Commission n'a proposé de forcer ou même de promouvoir la privatisation des services publics tels que l'approvisionnement en eau. La décision sur la façon dont les services publics doivent être fournis relève des États membres et de leurs villes et villages. Et cela restera ainsi. "
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Une telle approche est parfaite pour une plainte de la part d'une société américaine. Il suffit de désigner une société américaine (si le TTIP est en vigueur), qui vient de recevoir une demande de concession d'eau quelque part en Europe pour agir contre cette déclaration des fonctionnaires de l'UE à partir de 2013. Elle peut démontrer de manière concluante, avant même de saisir la Banque mondiale CIRDI, que dès le départ la discrimination contre les sociétés américaines a été voulue par les politiques européennes, et insister désormais sur les bénéfices perdus. Le CIRDI est une institution internationale avec des avocats (les moments heureux pour un juge, puis devenir avocat), qui a une perspective globale et donc probablement inclinée à reconnaître la discrimination.

Position européenne au TTIP

La Commission européenne a elle-même fournit assez de munitions ou de contradictions aux entreprises américaines en raison du non-état TTIP - pour donner des plaidoyers en faveur de l'«arbitrage». Il indique, en particulier dans le document de position de l'UE au TTIP : «Les services publics au niveau national ou local pourraient bien "être exclusivement réalisés par un prestataire privé de services « au lieu d'un ''monopole public".»

Maintenant, regardez un groupe américain qui veut prendre une concession d'eau municipale, quelque part en Europe, il peut prendre ce principe et jouer contre les restrictions susmentionnées. En face d'un non-état privé d'arbitrage, il a donc la meilleure chance de faire au moins une belle comparaison de l'or européen de l'eau. Et les bonnes nouvelles arrivées récemment : les décisions des tribunaux d'arbitrage et les résultats d'arbitrage devant la Banque mondiale CIRDI sont secrets, ils ne peuvent pas être publiés. Mais parfois, ils parviennent à donner les résultats via des détours dans l'expérience. Bien que tout fonctionne prétendument de manière transparente, le citoyen européen ne saura rien, de combien l'eau potable se transforme en or. Bien que nous entendons des politiciens en Europe dire fébrilement qu'ils essaient d'atténuer l'arbitrage, une solution saine pour les contribuables européens ne devraient pas être de confiance. La seule solution saine serait d'envisager des tribunaux-étatiques supplémentaires entièrement dédiés au TTIP.

La nouvelle logique de la répression étatique (sott)

La nouvelle logique de la répression étatique

A Nantes, le 22 février 2015
La dégradation continue de l'esprit démocratique se poursuit avec un cynisme ahurissant. Après l'émoi qu'avait causé l'homicide d'un manifestant écologiste, Rémi Fraisse, en octobre 2014, par une grenade lancée par un gendarme, une commission d'enquête parlementaire a été créée en décembre. Son titre : « Commission d'enquête sur les missions et modalités du maintien de l'ordre républicain dans un contexte de respect des libertés publiques et du droit de manifestation ». La motivation en était de comprendre comment les forces de l'ordre avaient pu tuer un manifestant et comment changer les modalités de leur action pour éviter de tels drames - que complète, hélas, le nombre croissant de manifestants blessés gravement par les projectiles policiers.

Ce rapport a été présenté le 21 mai (il ne sera publié que dans quelques jours sur le site de l'Assemblée nationale). Mais que dit-il ? Par un stupéfiant retournement de raisonnement, les députés qui l'ont adopté ont ciblé essentiellement les manifestants. Et leur principale proposition est de créer une interdiction de manifester pour les personnes signalées par les services de renseignement comme « individus connus en tant que casseurs violents ».

Sans jugement, les policiers seraient ainsi autorisés, avant tout acte donc tout délit, à empêcher telle ou telle personne de participer à une manifestation - un droit pourtant inscrit dans la Constitution et constitutif des libertés publiques. Par exemple, comme l'a indiqué le préfet de police de Paris, Bernard Boucault, lors de son audition, « de les attendre à la gare et de les interpeller ». Croisées avec la loi sur le renseignement récemment adoptée, ces méthodes ouvrent la voie à une interdiction de manifester pour toute personne qui sera jugée indésirable, sur des critères incertains, par les services de police.

Une autre proposition vise à rendre obligatoire une concertation préalable sur les manifestations. Comme le souligne le député écologiste Noël Mamère, président de la Commission - et qui a dû s'opposer au rapport de celle-ci -, « il y aurait dès lors un contrôle a priori et systématique de toutes les manifestations, ce qui entraînerait une restriction manifestement disproportionnée du droit de manifester. »

La Commission a paru faire un progrès en préconisant l'abandon des Flasballs. Mais c'est pour proposer de les remplacer par des LBD 40 (Lanceurs de balles de défense) plus puissants et plus précis. Autrement dit, d'accroître l'arsenal des forces de police, qui ont déjà provoqué des blessures graves (telles qu'énucléation) chez au moins trente-six personnes. Cette attitude des députés est d'autant plus choquante que les policiers responsables de ces actes sont quasi-systématiquement absous par la justice.

Le texte, rédigé par le rapporteur PS Pascal Popelin a été adopté par tous les participants de la Commission à l'exception de Noël Mamère et de Marie-Georges Buffet (PC). Il marque un nouveau recul des libertés publiques.

Le chef du service de renseignement belge avoue qu’il a menti sur des attentats pour faire approuver Prism (les crises)

Le chef du service de renseignement belge avoue qu’il a menti sur des attentats pour faire approuver Prism

Il a menti sur trois attentats: le chef du service de renseignement belge avoue

Eddy Testelmans, le patron du service de renseignement militaire, a donné une fausse information en 2013 sur trois attentats en Belgique qui auraient été déjoués grâce aux services de renseignement américains (NSA). Il n’en était finalement rien, lit-on mercredi dans De Tijd.
Afin de démontrer l’utilité du travail de la NSA, Eddy Testelmans aurait souligné, lors d’une interview au magazine MO* en 2013, que trois attentats avaient été déjoués grâce aux informations provenant de la NSA. “Dans trois cas, en effet un possible acte terroriste a été déjoué sur la base d’une info dont nous pouvons supposer qu’elle venait directement du système Prism (le programme d’espionnage controversé de la NSA). Si la NSA ne nous avait pas relayé l’info, nous n’en aurions rien su”, avait-il dit.
Un rapport du Comité I rejette la version que trois attentats ont été déjoués grâce aux Américains. Eddy Testelmans a aussi reconnu cela dans un écrit.
Source : RTL.be, le 6 mai 2015.

Le patron du renseignement belge avait menti (sans le savoir ?)

Le patron des services de renseignement belge a dû démentir cette semaine une information qu’il avait lui-même fournie en 2013, selon laquelle la NSA aurait permis de déjouer trois attentats en Belgique grâce au programme PRISM. Il se défend en affirmant qu’il avait à l’époque de mauvaises informations.
En 2013, alors qu’éclatait l’affaire PRISM avec les premières révélations d’Edward Snowden sur l’accès de la NSA aux données stockées chez les géants du web américains, le patron du renseignement belge Eddy Testelmans avait tenu à défendre le programme de ses homologues, en faisait une révélation. “Dans trois cas, un possible acte terroriste a été déjoué sur la base d’une info dont nous pouvons supposer qu’elle venait directement du système Prism, et qui nous a été fournie par les canaux classifiés“, avait-il affirmé. “Si la NSA ne nous avait pas relayé l’info, nous n’en aurions rien su“.
Le militaire en profitait pour expliquer que ses révélations justifiaient que l’Europe se dote des mêmes capacités de renseignement pour être “suffisamment armée pour la lutte contre le terrorisme, contre la criminalité transfrontalière grave et la prolifération des armes de destruction massive“.
C’est dans cet esprit que la France vient d’adopter en première lecture sa loi Renseignement, malgré l’opposition d’une coalition inédite d’associations et de personnalités que le Premier ministre Manuel Valls a dénoncé comme étant des “pressions” sur les parlementaires, qu’ils n’auraient “heureusement” pas suivi.
MENTEUR OU MANIPULÉ
Mais on apprend cette semaine qu’Eddy Testelmans avait menti, ou alors qu’il s’est fait avoir comme un débutant par les services américains. Le journal néerlandophone De Tijd indique en effet qu’un rapport d’un Comité officiel belge a démenti les informations communiquées à l’époque par le patron du Renseignement dans le magazine MO*, et que celui-ci a confirmé qu’il s’était un peu trop avancé. “Au moment de l’interview le 6 août 2013, je n’avais que des informations de la NSA elle-même, basées sur des informations qu’ils avaient principalement fourni aux États“, tente-t-il d’expliquer. “C’est seulement rétrospectivement, et après davantage d’analyse par les services de renseignement belges, qu’il est venu à ma connaissance que les informations de la NSA devaient être mises en perspective et atténuées“.
En d’autres termes, au moment où le scandale PRISM apparaissant, les Etats-Unis ont affirmé à leurs homologues que le programme illégal de la NSA avait permis de fournir différentes informations permettant de déjouer des attentats, et qu’il était donc légitime à défaut d’être légal. Affirmations que le patron du renseignement belge avait choisi de relayer en l’état, sans aucune précaution, parce qu’elles lui permettaient de demander le même jouet que les Américains.
Source : Guillaume Champeau, Pour Numerama, le 7 mai 2015.

Noam Chomsky et la stupidité institutionnelle (les crises)

Noam Chomsky et la stupidité institutionnelle

En janvier, Noam Chomsky a reçu le trophée décerné par Philosophy Now [NdT : revue bimestrielle de philosophie diffusée aux États-Unis, en Angleterre, en Australie et au Canada, et aussi en ligne https://philosophynow.org/], pour son combat contre la stupidité].
Introduction par Rick Lewis :
Bienvenue à cette 4e remise du prix de Philosophy Now pour les contributions à la lutte contre la stupidité. Je suis très heureux d’annoncer que nous l’attribuons cette année au professeur Noam Chomsky.
La stupidité peut se présenter sous plusieurs formes. Généralement, elle est plus facile à identifier lorsqu’elle se manifeste chez les autres, et plus difficile à remarquer lorsqu’on en est soi-même victime, la stupidité étant ici entendue comme le fait de se fier à des affirmations non vérifiées, des schémas de pensée bien ancrés ou des raisonnements boiteux. Pourtant, nous cédons tous parfois à de tels vices. Essayer de les éviter pour ne pas se mettre le doigt dans l’œil est le problème central de la philosophie.
Alors, en quoi Chomsky peut-il nous être utile pour ce problème ? Un des intellectuels les plus connus au monde, il a d’abord connu la gloire pour ses travaux en linguistique, en particulier pour sa théorie selon laquelle la grammaire serait innée et sous-tendrait toutes les langues naturelles du monde. Ensuite il a mené un travail important et novateur sur beaucoup de sujets variés, incluant la traduction automatique, la logique, la philosophie et la nature des médias. Commentateur infatigable de la société, il n’hésite pas à marquer son engagement politique sur un grand nombre de sujets extrêmement polémiques.
La récompense
Nous voulons décerner le Prix de la Lutte contre la Stupidité à Noam Chomsky non pas pour son militantisme, car Philosophy Now reste neutre sur les questions politiques, ni pour ses fascinants premiers travaux sur la grammaire universelle, mais principalement pour ses travaux sur la structure des médias, et pour son apologie incessante de la pensée critique indépendante. Dans leur livre de 1988, Manufacturing Consent [NdT : La fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie], Chomsky et son collaborateur Edward S. Herman ont examiné divers biais institutionnels qui affectent les médias partout dans le monde. Chomsky a continué à explorer le sujet avec des travaux comme son livre de 1991, Media Control: The Spectacular Achievements of Propaganda.
Emmanuel Kant a dit que notre expérience dépend non seulement de la nature du monde extérieur mais aussi de notre appareil perceptif et de nos catégories mentales. Il y a le monde phénoménal, le monde tel qu’on en a l’expérience, et il y a le monde nouménal, le monde extérieur tel qu’il est en réalité, et que l’on ne peut jamais pleinement connaître.
Le projet de Chomsky, sous certains rapports fait penser à celui de Kant. Il étudie de quelle façon on obtient notre connaissance du monde social et du monde politique. Le monde étant très vaste, il n’est pas possible d’être témoin direct de la plupart des événements qui s’y déroulent, et à la place on doit les découvrir par des intermédiaires, sous une forme condensée. C’est parce qu’ils sont des intermédiaires qu’on les appelle des médias. Mais avant de diffuser des informations, ils doivent décider de ce qui mérite d’être diffusé, et de quelle façon. Dans les régimes autoritaires ce processus est soumis à une censure qui est souvent flagrante et parfois brutale.
Chomsky soutient que, dans les démocraties capitalistes aussi, la manière de diffuser les informations est façonnée par de puissants intérêts, quoiqu’ils s’y prennent de façon beaucoup moins visible. Dans Manufacturing Consent, Chomsky et Herman montrent que le choix et la présentation des nouvelles en Occident est soumise au passage de cinq “filtres”. Le premier est le propriétaire (les conglomérats géants qui à présent possèdent la plupart des médias du monde ont des intérêts commerciaux étendus et ont tendance à décourager le rapport de nouvelles qui nuiraient à ces intérêts). Le second est que les médias dépendent de la vente de placards publicitaires, et auront tendance à exclure les sujets qui entreraient en conflit avec les “humeurs d’achat”. Le troisième est que, étant donné les ressources éditoriales limitées, ils dépendent tous de nouvelles fournies par des organismes extérieurs, y compris les services de presse des gouvernements et des entités commerciales, et sont souvent peu disposés à s’aliéner ces sources. Le quatrième est qu’ils sont contenus par leur désir d’éviter d’être “descendus en flammes” par la critique, en d’autres termes d’éviter les réactions hostiles à leurs articles. Et le cinquième est qu’ils travaillent sous contrainte idéologique, dans le passé c’était l’anticommunisme, et maintenant c’est la guerre contre la terreur. Chomsky et Herman présentent aussi des analyses statistiques sur les différents sujets traités, afin de tester la validité de leur modèle. Si l’on prend pour argent comptant les nouvelles telles qu’elles sont écrites sans prendre en considération les forces qui les déterminent, on peut s’égarer. Si l’on comprend ces mécanismes, alors on peut aussi les prendre en compte et peut-être y gagner une compréhension plus claire du monde lui-même.
Dans sa fonction de critique social, Chomsky met constamment en question la politique publique et la présentation des informations. Il pose des questions épineuses, et même si vous n’êtes pas d’accord avec lui, il vous force à justifier ce que vous pensez de la société et de ses valeurs. Pour toutes ces raisons, il est cette année le très méritant gagnant du prix.
Chomsky intervenant à la cérémonie des Philosophy Now Awards au Conway Hall de Londres en visioconférence depuis sa maison du Massachusetts
Réponse de Noam Chomsky :
Naturellement je suis très heureux de recevoir cet honneur, et de pouvoir aussi accepter cette récompense au nom de mon collègue Edward Herman, co-auteur avec moi de la Fabrique du Consentement, et qui a lui même effectué un grand nombre de remarquables travaux sur ce sujet crucial. Évidemment, nous ne sommes pas les premiers à l’avoir traiter.
Comme on peut s’y attendre, on dira que l’un des tout premiers a été George Orwell. Il a écrit un essai pas très connu qui est une introduction à son livre célèbre la Ferme des Animaux. Il n’est pas connu parce qu’il n’a pas été publié – on l’a trouvé des décennies plus tard dans ses papiers non publiés, mais il est à présent disponible. Dans cet essai il souligne que la Ferme des Animaux est évidemment une satire de l’ennemi totalitaire ; mais il presse le peuple de la libre Angleterre de ne pas trop se sentir porté à donner des leçons là-dessus, parce que, comme il le dit, en Angleterre, les idées impopulaires peuvent être interdites sans qu’il soit fait usage de la force. Il poursuit en donnant des exemples de ce qu’il veut dire, et seulement quelques mots d’explication, mais je crois qu’ils frappent exactement là où il faut.
L’une des raisons, dit-il, est que la presse appartient à de riches personnes qui ont tout intérêt à ce que certaines idées ne soient pas exprimées. La deuxième raison qu’il invoque est un point intéressant, que nous n’avons pas développé, mais nous aurions dû le faire : la qualité de l’éducation. Si vous êtes allés dans les meilleures écoles, on vous aura inculqué qu’il y a certaines choses qu’il serait inconvenant de dire. C’est là, affirme Orwell, un puissant moyen pour prendre les gens au piège, qui va bien au-delà de l’influence des médias.
La stupidité se présente sous plusieurs formes. Je voudrais dire quelques mots d’une forme particulière que je crois être la plus inquiétante de toutes. On peut l’appeler la « stupidité institutionnelle ». C’est une sorte de stupidité entièrement rationnelle dans le cadre où elle s’exerce, mais le cadre lui-même s’étend du grotesque au virtuellement dément.
Au lieu d’essayer de l’expliquer, il est probablement plus utile d’évoquer deux ou trois exemples pour illustrer ce que je veux dire. Il y a trente ans, au début des années 80 – les premières années de Reagan – j’ai écrit un article intitulé « la rationalité du suicide collectif ». C’était au sujet de la stratégie nucléaire, et de comment des gens parfaitement intelligents étaient en train de définir un projet de suicide collectif d’une façon qui était raisonnable dans leur cadre d’analyse géostratégique.
J’ignorais à l’époque à quel point la situation était mauvaise. Nous avons depuis beaucoup appris. Par exemple, un numéro récent du Bulletin of Atomic Scientists présente une étude des fausses alarmes lancées par les systèmes de détection automatique que les États-Unis et d’autres utilisaient pour détecter les attaques de missiles et d’autres menaces pouvant être perçues comme une attaque nucléaire. L’étude porte sur les années 1977 à 1983 et on estime que durant cette période il y eut un minimum d’environ 50 fausses alarmes, et au plus d’environ 255. Il s’agit d’alarmes auxquelles une intervention humaine a mis fin, prévenant le désastre à quelques minutes de l’irréparable.
Il est plausible de supposer que rien de fondamental n’a changé depuis. Mais en réalité, la situation a empiré – ce que je n’avais pas non plus compris à l’époque de la rédaction du livre.
En 1983, à peu près au moment où je l’écrivais, il y avait une très grande peur de la guerre. C’était dû en partie à ce que l’éminent diplomate George Kennan appelait à l’époque « les caractéristiques indubitables de la marche vers la guerre – et rien d’autre ». Elle a été initiée par des programmes que l’administration Reagan a entrepris dès l’entrée en fonctions de Reagan. Tester les défenses russes les intéressait, ils ont donc simulé des attaques aériennes et navales sur la Russie.
C’était une période de grande tension. Des missiles Pershing américains avaient été installés en Europe occidentale, ce qui leur donnait un temps de vol jusqu’à Moscou de cinq à dix minutes. Reagan a aussi annoncé son programme de « guerre des étoiles », compris par les stratèges des deux camps comme une arme de première frappe. En 1983, l’Opération Able Archer a inclus un entraînement qui « a amené les forces de L’OTAN à une simulation grandeur nature de lancement d’armes nucléaires ». Le KGB, nous l’avons appris d’archives récemment publiées, a conclu que les forces américaines avaient été placées en état d’alerte, et auraient même commencé le compte à rebours.
Le monde n’a pas tout à fait atteint le bord de l’abîme nucléaire; mais en 1983, sans en être conscient, il en a été terriblement près – certainement plus près qu’à tout autre moment depuis la Crise cubaine des Missiles de 1962. Les dirigeants russes ont cru que les États-Unis préparaient une première attaque, et qu’ils auraient bien pu avoir lancé une frappe préventive. Je cite en fait une analyse récente faite à un haut niveau des services secrets américains, qui conclut que la peur bleue de la guerre a été réelle. L’analyse indique qu’au fond d’eux-mêmes, les russes gardaient l’ineffaçable mémoire de l’Opération Barberousse, le nom de code allemand pour l’attaque de 1941 d’Hitler sur l’Union soviétique, qui a été le pire désastre militaire de l’histoire russe et a été bien près de détruire le pays. L’analyse américaine dit que c’était exactement ce que la situation évoquait pour les russes.
C’est déjà assez grave, mais il y a encore pire. Il y a un an, nous avons appris que en plein milieu de ces événements menaçant le monde, le système de première alerte de la Russie – semblable à celui de l’Ouest, mais beaucoup plus inefficace – avait détecté l’entrée d’un missile lancé des États-Unis et avait lancé l’alerte de plus haut niveau. Le protocole pour les militaires soviétiques consistait à riposter par une frappe nucléaire. Mais l’ordre doit passer par un être humain. L’officier de service, Stanislav Petrov, décida de désobéir aux ordres et de ne pas transmettre l’avertissement à ses supérieurs. Il a reçu une réprimande officielle. Mais grâce à son manquement au devoir, nous sommes maintenant en vie pour en parler.
Nous avons connaissance d’un nombre énorme de fausses alertes du côté des États-Unis. Les systèmes soviétiques étaient encore bien pires. Mais maintenant les systèmes nucléaires ont été modernisés.
Le Bulletin des Scientifiques atomistes possède une célèbre Horloge de la fin du monde et ils l’ont récemment avancée de deux minutes. Ils expliquent que l’horloge « affiche maintenant trois minutes avant minuit parce que les dirigeants internationaux ne remplissent pas le plus important de leurs devoirs, assurer et préserver la santé et la vitalité de la civilisation humaine. »
Individuellement, ces dirigeants internationaux ne sont certainement pas stupides. Cependant, dans leur fonction institutionnelle, leur stupidité a des implications mortelles. Si l’on regarde rétrospectivement depuis la première – et unique jusqu’ici – attaque atomique, cela semble un miracle que nous en ayons réchappé.
La destruction nucléaire est une des deux menaces majeures et très réelles de notre survie. La deuxième, bien sûr, est la catastrophe environnementale.
Il existe au sein de PricewaterhouseCoopers une équipe reconnue de services professionnels qui vient tout juste de publier son étude annuelle sur les priorités des PDG. Au sommet de la liste se trouve la sur-réglementation. Le rapport indique que le changement climatique n’apparaît pas dans les dix-neuf premières. Encore une fois, sans aucun doute, les chefs d’entreprise ne sont pas des individus stupides. On peut supposer qu’ils gèrent leurs entreprises intelligemment. Mais la stupidité institutionnelle est colossale, littéralement c’est une menace pour la survie des espèces.
On peut remédier à la stupidité individuelle, mais la stupidité institutionnelle est beaucoup plus résistante au changement. A ce stade de la société humaine, elle met réellement en danger notre survie. C’est pourquoi je pense que la stupidité institutionnelle doit être une préoccupation de première importance.
Merci.
Questions du public :
Comment pourrions-nous surmonter la propagande médiatique et améliorer les médias ? par l’éducation ?
C’est un vieux débat. Aux États-Unis, cela a été débattu pendant près d’un siècle dans le cadre du premier amendement de la constitution américaine, lequel interdit au gouvernement de censurer une publication. Notez que cela ne protège pas la liberté de parole, et n’empêche pas d’être sanctionné pour un discours.
Avant le XXe siècle, il n’y a vraiment pas eu beaucoup d’affaires en rapport avec le premier amendement. Auparavant la presse américaine était très libre, et il existait une large gamme de médias de toutes sortes : journaux, magazines, tracts. Les “Pères fondateurs” croyaient en la liberté de l’information, et beaucoup d’efforts étaient faits pour pousser à avoir la plus large gamme possible de médias indépendants. Néanmoins, la liberté de parole n’était pas fortement protégée.
Des décisions sur la liberté d’expression avaient commencé à être prises au temps de la première guerre mondiale, mais pas par les tribunaux. Ce n’est qu’à partir des années 60 que les États-Unis établissent un niveau de protection élevé de la liberté d’expression. Pendant ce temps, durant l’entre-deux-guerres nombre de discussions avaient pris place dans le cadre de ce qui avait été dénommé liberté “positive” et liberté “négative”, selon Isaiah Berlin, de ce que le Premier Amendement impliquait pour la liberté d’expression et de la presse. Il y avait un point de vue parfois appelé “libertarianisme du monde des affaires”, qui tenait que le Premier Amendement devait s’occuper de la liberté négative : c’est-à-dire que le gouvernement ne peut pas interférer avec le droit des propriétaires des médias à faire ce qu’ils veulent. L’autre point de vue était social démocrate, et était issu du New Deal après la Grande Dépression et au début de l’après seconde guerre mondiale. Celui-là tenait qu’il devait y avoir aussi la liberté positive : en d’autres termes, que les gens devaient avoir droit à l’information en tant que base d’une société démocratique.
La bataille a été menée dans les années 40, et le libertarianisme du monde des affaires a gagné. Les États-Unis sont un cas rare de ce point de vue. Il n’y a aux États-Unis rien qui ressemble à la BBC. La plupart des pays ont des sortes de médias nationaux qui sont aussi libres que l’est la société. Les États-Unis rejettent brutalement tout ceci dans les marges. Les médias ont été fondamentalement remis à des puissances privées qui se servent de leurs moyens selon leur bon vouloir. C’est une interprétation de la liberté d’expression en termes de liberté négative : l’état ne peut pas intervenir et n’affecte en rien les décisions des propriétaires privés. Il y a quelques restrictions, mais pas beaucoup. Les conséquences sont pratiquement l’existence d’un contrôle des idées tel qu’Orwell le décrit, et Edward Herman et moi en discutons de façon très détaillée.
Comment venir à bout de ce problème ? Un moyen est l’éducation ; mais un autre est de revenir au concept de liberté positive, ce qui signifie que dans une société démocratique un grand prix est accordé au droit des citoyens d’accéder à un large éventail d’opinions et de croyances. Ceci signifierait, aux États-Unis, revenir à ce qui en effet était la conception première des fondateurs de la République, à savoir qu’il devait y avoir non pas tant de réglementation de ce qui est dit, mais plutôt un soutien du gouvernement pour une large variété d’opinions, de recueil et d’analyses d’informations – ce qui peut être stimulé de beaucoup de façons.
Gouvernement signifie public : dans une société démocratique, le gouvernement ne doit pas être quelque Léviathan prenant des décisions. Il y a plusieurs importants projets fondamentaux qui cherchent à développer des médias plus démocratiques. C’est un grand combat, à cause de l’énorme pouvoir du capital concentré qui évidemment cherche à empêcher cet avènement par tous les moyens. Mais c’est un combat qui se poursuit depuis longtemps, et il y a des problèmes fondamentaux en jeu, y compris la question des libertés négatives ou positives.
Avez-vous une idée de l’impact que peuvent avoir les algorithmes de recherche et le bouillonnement des recherches sur les tentatives individuelles d’obtenir des informations en vue d’essayer de subvertir le Grand Média ?
Comme vous tous, je me sers tout le temps de moteurs de recherche. Pour les gens suffisamment privilégiés, internet est très utile ; mais en gros il ne vous est utile que dans la mesure où vous avez des privilèges. “Privilèges” ici signifie éducation, ressources, une aptitude de fond à savoir ce qu’il faut chercher.
C’est comme une bibliothèque. Supposons que vous décidiez “je veux être biologiste”, et alors vous vous inscrivez à la bibliothèque du département de biologie de l’université de Harvard. Tout y est, donc en principe vous pouvez devenir biologiste, mais évidemment tous ces livres ne servent à rien si vous ne savez pas quoi chercher, si vous ne savez pas comment interpréter ce que vous voyez, et ainsi de suite. C’est la même chose avec internet. Il y a là une énorme quantité de matériel, parfois de valeur et parfois sans valeur, mais il faut de la compréhension, de l’interprétation et une préparation ne serait-ce que pour savoir quoi chercher. C’est un problème assez différent du fait que le système Google, par exemple, ne soit pas un système neutre. Il reflète les intérêts des annonceurs par ce qu’il met ou ne met pas en avant, et vous devez apprendre à trouver votre chemin dans ce dédale. Donc nous en revenons à l’éducation et l’organisation qui vous permettent d’agir.
Il faut mettre l’accent sur le fait que, en tant qu’individu, vous êtes assez limité dans ce que vous pouvez arriver à comprendre, dans les idées que vous pouvez développer, et même pour savoir comment penser. Donc être isolé limite fortement votre capacité à avoir et à évaluer des idées, que ce soit pour devenir un scientifique créatif ou un citoyen à part entière. C’est une des raisons pour lesquelles le mouvement ouvrier a toujours été en première ligne dans le combat contre la suppression de l’information, avec par exemple des programmes d’éducation des travailleurs, qui avaient autrefois une grande influence à la fois en Angleterre et aux États-Unis. Le déclin de ce que les sociologues appellent les “associations secondaires”, où des gens se réunissent pour chercher et se renseigner, est l’un des processus d’atomisation qui conduit les gens à se retrouver isolés et à devoir faire face seuls à cette masse d’information. Donc, le net est un instrument de valeur, mais comme tous les outils, vous devez être en état de l’utiliser, et ce n’est pas simple. Il exige un développement social significatif.
Comment serait-il possible de rendre les institutions moins stupides ?
Eh bien, cela dépend de quelle institution il s’agit. J’en ai mentionné deux : l’une est le gouvernement au contrôle d’une capacité nucléaire ; l’autre est le secteur privé, qui est pratiquement contrôlé par des concentrations assez réduites de capitaux. Ils exigent des approches différentes. En ce qui concerne la situation du gouvernement, cela nécessite l’élaboration d’une société démocratique qui fonctionne, dans laquelle des citoyens informés joueraient un rôle central dans la détermination de la politique. Le public ne souhaite pas être confronté à la mort et à la destruction par des armes nucléaires, et dans ce cas nous connaissons, en principe, la façon d’éliminer cette menace. Si le peuple était impliqué dans l’élaboration des politiques de sécurité, je pense que cette stupidité institutionnelle pourrait être surmontée.
Il existe une thèse en théorie des relations internationales selon laquelle la principale préoccupation des états serait la sécurité. Mais cela laisse ouverte la question : la sécurité pour qui ? Si vous y regardez d’un peu plus près, il s’avère qu’il ne s’agit pas de la sécurité de la population, mais de celle des secteurs privilégiés de la société – les secteurs qui détiennent le pouvoir de l’état. Il y a des preuves accablantes à cela, malheureusement, je n’ai pas le temps de les passer en revue. Donc, une chose à faire est d’arriver à comprendre de qui l’état protège en fait la sécurité : ce n’est pas la vôtre. Ceci peut être résolu par la construction d’une société démocratique qui fonctionne.
Sur la question de la concentration du pouvoir privé, il y a aussi essentiellement un problème de démocratisation. Une entreprise est une tyrannie. C’est le plus pur exemple d’une tyrannie que vous puissiez imaginer : le pouvoir réside au sommet, les commandes sont envoyées vers le bas étage par étage, et au plus bas de l’échelle, vous avez la possibilité d’acheter ce qu’elle produit. Les gens, les prétendues parties prenantes de la communauté, n’ont presque aucun rôle dans le choix que fait cette entité. Et ces entités ont reçu des droits et pouvoirs extraordinaires, bien au-delà de ceux de l’individu. Mais rien de tout cela n’est gravé dans la pierre. Rien de tout cela n’est fondé par la théorie économique. Cette situation est le résultat, essentiellement, de la lutte des classes, réalisée par les classes d’affaires hautement conscientes de leur position sociale sur une longue période, qui ont maintenant établi leur domination effective sur la société sous diverses formes. Mais cette situation n’a pas de raison d’être, elle peut changer. Encore une fois, la question est de démocratiser les institutions de la vie sociale, politique et économique. Facile à dire, difficile à faire, mais je pense que c’est essentiel.
Source : Philosophy Now, le 04/2015
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

l’arnaque de la création monétaire, avec le Canada comme exemple (news360)

l’arnaque de la création monétaire, avec le Canada comme exemple

GPA : comment une agence américaine démarche des clients français (news360)

GPA : comment une agence américaine démarche des clients français

Même si la gestation pour autrui est interdite en France, une agence américaine a organisé une réunion d’information sur cette pratique à Paris. Deux journalistes de France Télévisions y ont assisté en se faisant passer pour de potentiels parents.
« Notre priorité : la famille. Votre famille. » Sur les prospectus, l’entreprise ne fait pas mystère de son activité : elle met en relation des mères porteuses et des couples souhaitant un enfant. Autorisée aux Etats-Unis et dans d’autres pays, la gestation pour autrui (GPA) est interdite dans l’Hexagone. L’agence américaine Circle Surrogacy a tout de même organisé, à la fin septembre, une réunion d’information à Paris destinée à de potentiels clients français. En se faisant passer pour un couple intéressé, France Télévisions a pu y assister de manière anonyme.
Après un bref échange par mail, rendez-vous est donné dans un palace parisien. En pleine semaine de la mode, l’établissement est envahi par les créateurs, qui ont transformé ces salles de réception en showrooms pour leurs clients. Impossible de rater ces marques, qui s’affichent ostensiblement dans le hall de l’hôtel. La présence de notre agence est, elle, plus discrète : il nous faut suivre un long couloir avant de finalement trouver le lieu de la réunion, un salon au premier étage de l’établissement.
Et pour cause : en France, d’après le Code pénal, le fait de mettre en relation, dans un but lucratif, « une personne ou un couple désireux d’accueillir un enfant et une femme acceptant de porter en elle cet enfant en vue de le leur remettre » est passible de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende. Et malgré sa discrétion, Circle Surrogacy n’a pas échappé à la vigilance des anti-GPA : l’association Juristes pour l’enfance, proche de la Manif pour tous, a annoncé, vendredi 3 octobre, avoir engagé des poursuites contre la société. Après une première plainte de ce type, une enquête a été confiée en mars à la brigade de répression de la délinquance sur la personne pour des faits d’entremise.

Une « réunion d’information »

A l’arrière de la salle, brochures, rafraîchissements et en-cas accueillent le public, une quinzaine de personnes, pour la plupart des couples d’hommes. John, le directeur de l’agence, prend la parole, prêt à dérouler son argumentaire de vente. Enfin presque. La réunion du soir est « seulement pour information », insiste-t-il à deux reprises. « Nous voulons vous expliquer comment fonctionne la GPA aux Etats-Unis, assure cet avocat de formation. Nous n’essayons pas de vous demander de rejoindre notre programme. »
Voici la lettre d’introduction contenue dans le dossier d’information à la disposition des clients potentiels :

Jusqu’à 100 000 euros la grossesse

Une fois cet avertissement passé, John détaille les services proposés par sa société : mise en relation avec des gestatrices et des donneuses d’ovocytes, conseils juridiques, partenariats avec des cliniques… Il nous promet de trouver une mère porteuse d’ici un à trois mois, sauf si l’on souhaite des jumeaux. Dans ce cas, le délai s’allonge, de quatre à six mois. Le tout à des tarifs qui peuvent grimper jusqu’à 100 000 euros la grossesse : le prix de la sécurité, à en croire John. « On est peut-être un peu plus cher que les autres agences américaines, reconnaît-il.Mais c’est parce qu’on contrôle au maximum. »
Au milieu de ces considérations matérielles, une voix finit par se faire entendre dans le public. « Il y a une chose dont on n’a pas encore parlé ce soir, et qui me semble importante, explique un futur père, qui a fait appel aux services de l’agence. C’est l’amour. » Amour pour l’enfant à naître, mais aussi pour la mère porteuse, à qui l’homme exprime toute sa reconnaissance. En plus de son témoignage, ce soir-là, l’agence a également fait appel à un autre père français, chargé de revenir sur son parcours, après la naissance il y a quelques mois, de ses enfants via une GPA.

Global gâchis, le scandale mondial du gaspillage alimentaire (news360)

Global gâchis, le scandale mondial du gaspillage alimentaire


Alors qu’un milliard d’êtres humains souffrent de malnutrition, on estime qu’un tiers de la production mondiale de nourriture est gâché. Ce gaspillage, qui intervient tout au long de la chaîne alimentaire, soulève des questions à la fois environnementales, éthiques et économiques. Si rien ne change, l’avenir de l’homme est menacé : neuf milliards d’humains peupleront la planète en 2050, et nourrir chacun d’eux représentera un véritable défi de civilisation. En compagnie de Tristram Stuart, auteur du best-seller « Waste » paru en 2009, le réalisateur voyage en Europe, au Costa Rica, au Pakistan, aux États-Unis ou encore au Japon, pour montrer des exemples de gaspillage. Il fait aussi le point sur les innovations existantes, qui permettraient d’éradiquer ce processus.