Une semaine après l'annonce de la "trajectoire de compétitivité" du gouvernement Ayrault visant à créer 300.000 emplois en cinq ans (en admettant que l'application des recettes habituelles à base de cadeaux fiscaux pour les entreprises ne produise pas les mêmes effets sur l'emploi: c'est-à-dire aucun), une note du ministère du Travail nous apprend que 300.000 c'est précisément le nombre de salariés de l'Union européenne déjà en compétition locale avec les Français.
Aussi juste soit le diagnostic du rapport Gallois (constat de la désindustrialisation française depuis 10 ans et de l’effondrement de la balance commerciale de +3.5 milliards à -71 milliards dans le même laps de temps[1]), la réponse gouvernementale est en partie hors sujet. Comment prétendre traiter la question de notre "compétitivité" sans aborder...
1 / ...la question du protectionnisme. Quitte à augmenter les taxes pour aider nos entreprises, on pouvait la concentrer sur certains produits d'importation, hors UE, anormalement bas dans les rayons de nos magasins. Adossé à un effort financier ciblant la recherche et le développement, les PME et les entreprises de taille intermédiaire, cela nous pousserait à nous creuser la tête pour fabriquer français dans des secteurs technologiques ou manufacturiers délaissés.
2 / ...l'harmonisation de la fiscalité et de la grille des salaires au niveau de l'UE. Tant que subsistent des disparités allant du simple au quadruple au sein d'une même zone monétaire[2] nous empêchant une dévaluation compétitive, tout discours sur le coût du travail français revient à pisser dans un violon (en l’occurrence filer du pognon aux entreprises parmi lesquelles les plus grosses - que cela n’empêchera d'ailleurs pas de massivement licencier -, le tout en tapant dans le porte monnaie des Français et en réduisant les dépenses publiques). Pour le moment, l'Europe sert encore à justifier un dumping salarial sans fin pour ceux subissant déjà la crise, tandis que rentiers et détenteurs du capital s'en servent de support de chantage à la délocalisation.
Tant que ces deux questions[3] ne sont pas abordées, on peut financer autant de crédits d'impôt que l'on veut et brandir chaque jour de nouveaux sondages sur les velléités du salarié à voir sa paye ratiboisée pour conserver son emploi, la "trajectoire de compétitivité" se résumera à une course entre deux murs sur lesquels nous nous cognerons sans fin, un coup dans l'international, un coup dans l'européen. Peut-être espèrent-ils qu'à force de chocs, on ne sente plus rien.
[1] 10 ans de droite mais aussi 10 ans de monnaie unique.
[2] Le discours sur la compétitivité tend à cet alignement européen. Dommage qu'il se fasse par le bas, au détriment des droits du travailleur, du pouvoir d'achat des ménages, et sans pour autant arranger la situation sociale ici et là-bas.
[3] Une troisième piste serait d'augmenter le nombre des inspecteurs du travail et de contrôleurs fiscaux. Avantage: pour un investissement minimum, et avant d'avoir à leur signer un chèque en blanc, nous ramènerions rapidement des dizaines de milliards détournés par les entreprises (via les fraudes, dont par exemple le recours à cette main d'oeuvre européenne payée aux standards de leur pays d'origine alors que c'est interdit).
Articles connexes:
